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ÉLOGE DU BON SENS. Marc de Smedt.

2 Août 2013, 07:13am

Publié par pam

Le stress actuel rend de plus en plus nécessaire l’utilisation de gymnastiques de sagesse.

Vouloir être meilleur, c’est aussi vouloir aller mieux. Il faut donc se donner les moyens d’y arriver.

Méditation :

Être capable de voir ainsi sa vie psychique défiler est une expérience fondatrice.

D’abord, cela permet de se détacher de l’emprise de la psyché, de se libérer de cette mainmise de pensées virevoltant sans cesse et occupant de fait tout le champ de la conscience : en effet, si je suis capable de voir bouger mon psychisme, j’entre dans un processus d’indépendance vis-à-vis de lui et suis donc à même de le contrôler mieux.

Durant la pratique de la posture de méditation, se passent les choses suivantes:

- concentration sur l’instant présent

- observation de cet observateur que nous sommes

- développement de la persévérance

- contrôle du souffle

- discrimination de nos énergies positives et négatives

- discernement des rêves et illusions

- maîtrise des passions, émotions et désirs

- accroissement de la prise de conscience

- émergence du détachement, du lâcher-prise

- accroissement de la compassion

- amour de la vérité et de la sagesse

- éclosion du bon sens et de la liberté d’esprit

- apprentissage de la mort en soi

- découverte de la sagesse du vide

- naissance à la paix intérieure

- entrée dans le silence vécu.

Tout cela se passe en vrac et en détail, durant les quelques minutes que nous prenons pour nous asseoir tranquillement dans une posture énergétique centrée sur la respiration. On y découvre quelque chose de fascinant : chaque jour on naît différent.

Le processus une fois engagé, c’est notre existence toute entière qui devient une vraie méditation. On médite sur son existence et on se fait méditer par elle.

Maître Deshimaru : “Il y a le grand ego, celui qui recherche liberté, sagesse, calme et silence et regarde l’autre, le petit ego de tous nos soucis.”

Vivre l’instant présent n’est pas un concept de jouisseur qui renvoie au fameux “carpe diem” des Latins. Le fameux “ici et maintenant” des soixantuitards avait occulté le vrai sens de la démarche qui consistait à essayer de vivre dans l’instant présent en pleine attention.

Hors de l’action, si l’on pense à l’action passée, on n’est plus dans l’instant, on ne naît plus à la nouvelle action présente.

Le mot sanscrit karma signifie avant tout “relation de cause à effet” : c’est la responsabilité attachée aux actes et aussi le poids, moral et matériel, de ceux-ci. Quoi que je fasse, je crée du karma - qui est à la fois mon destin, ma liberté, ma charge d’existence personnelle, ma particularité individuelle et mon rôle, avec tous les effets bienfaisants et pervers qui en découlent pour mes proches, la société, la nature, le cosmos.

Maître Deshimaru prétendait que l’acte de méditer coupe le karma : simplement, par l’acte même de se regarder soi-même, on ne se laisse plus (ou en tout cas moins) emporter par soi-même.

Dans le processus de la méditation, on s’aperçoit que tout problème, quel qu’il soit, diminue en intensité : on se faisait une montagne de telle situation qui, envisagée dans le calme de la posture en silence et de la respiration retrouvée, ne disparaît pas, non, mais retrouve une dimension normale. L’esprit humain a cette tendance de toujours tout exagérer : si l’on reste en phase avec cet esprit, tout notre comportement plongera dans l’exagération et il en découlera des conséquences exagérées. C’est cela, le karma, que l’on peut moduler avec un peu d’introspection, donc de méditation.

Pascal : La faute vient toujours de l’autre.

Et il est facile de manipuler les esprits sur ce thème du bien et du mal - l’art des tyrans, des fanatiques et des hommes politiques ambitieux consiste à en faire métier. À nous de ne pas nous laisser berner. Ne nous laissons pas imposer notre futur ! Inventons-le tous les jours... en sachant être présent au monde.

Malraux : Il faut transformer en conscience le plus d’expérience possible.

La méditation permet de très bien discerner les moments de rêverie fantasmatique où l’on imagine la réalité, les moments de retour en arrière où l’on fouille ses pensées en ressassant souvenirs douloureux ou plaisants, les phases structurantes où l’on fait des plans, où l’on envisage les situations professionnelles et relationnelles, ainsi que les phases de calme, de véritable vide psychique, qui permettent de tout remettre à niveau en créant un véritable lâcher-prise de la conscience.

Les maîtres de méditation insistent beaucoup sur ce lâcher-prise car, en vérité, bon nombre de nos problèmes viennent de nos fixations mentales.

Je pense que l’acte de méditer permet d’éviter l’emprise de la subordination chimique, car on y apprend à faire le ménage en soi et à réguler ses propres émotions et pulsions. Évidemment, ce n’est pas chose facile.

Et c’est le processus respiratoire qui va nous permettre d’agir en ce sens.

Par la pratique, hors des moments de méditation, dans la vie quotidienne, on peut reprendre contact avec son respir et expirer profondément dès que le besoin s’en fait sentir : stress, angoisse, emportement ; ou alors dans un moment libre où l’on reprend racine ne opérant un “rappel à soi”.

Le voyage respiratoire que l’on opère dans la méditation permet de déplier petit à petit l’être vrai recroquevillé au fond de nous, comme s’il était coincé par la charge des émois, désarrois, commotions, impressions de toutes sortes, acculé par toute la gamme des sentiments que notre sensibilité nerveuse et psychique émet et reçoit et dans laquelle nous nous débattons sans cesse.

Apprendre à se promener dans sa respiration libère.

La méditation fait devenir amoureux du monde et rend le cœur compatissant.

Que la posture soit immobile ou en mouvement (Taï Chi), l’entraînement respiratoire, de par sa poussée vers le bas, vers le hara des Japonais (trois doigts sous le nombril), que les Chinois définissent comme le centre vital, ce mouvement créé à la fois force et tendresse. Force : une véritable puissance énergétique nouvelle se révèle en nous et se manifeste par une vitalité accrue. Tendresse : en retrouvant nos capacités cachées, en réveillant peu à peu nos potentialités, la vision que l’on a du monde se fait moins étriquée. Et tout nous parle.

Une fois entré dans ce processus, notre mentalité change. Ayant moins envie de se compliquer la tête et, partant, d’emberlificoter les situations, une certaine sagesse naturelle semble apparaître et nous accompagner : elle simplifie l’existence.

Le nettoyage de ces portes de la perception (Aldous Huxley) permet aussi de réveiller une part subtile de nous-mêmes : l’intuition. Cette perspicacité fait qu’on sent mieux. mais tous ces avantages que l’on peut tirer de techniques d’éveil ne sont rien. Car si on pratique pour les obtenir, on se retrouve dans la conquête de pouvoirs et par conséquent hors de la quête. On reste donc à courir après d’illusoires fantasmes : rêver de devenir un grand moine ou un grand saint est aussi sot que rêver de devenir superman. Il s’agit toujours là de la course au pouvoir absolu, qui est un leurre.

On fait pour bien faire.

Et c’est ici que la méditation rejoint l’art de vivre. Nous n’emmènerons ni nos réalisations, ni nos richesses, ni notre famille, ni tout ce que nous avons aimé, dans notre tombe.

Pourquoi sommes-nous là ? Pour essayer de faire évoluer cette énergie qui nous a été donnée pour quelques années.

Nous sommes liés à l’époque historique dans laquelle nous vivons. Notre transformation intime crée aussi la transformation du monde. Si je crée du calme en moi, de la paix, je crée aussi du calme et de la paix autour de moi. Mais si le leurre et la violence m’habitent, ils habiteront mon monde. Il s’agit donc là d’un choix de vie, d’une éthique de fonctionnement.

Dans l’acte de méditer, la conscience se retrouve face à son propre miroir.

Parce que nos peurs paralysent notre action en ce monde, parce que notre manque de détachement et nos pensées nous ligotent, parce que, enfin, le lâcher-prise intérieur, l’éveil à une conscience de soi plus vaste et le regard neuf suscité par notre méditation nous permettent d’avancer dans un nouvel espace de liberté.

Perdus dans nos pensées, nous ne voyons plus le monde.

Perdus dans la pensée, nous oublions l’être qui existe en nous.

Méditer, c’est trouver un moment de calme pour se poser et se laisser, immobile, traverser par le flux des pensées et préoccupations qui s’en vont alors et cessent d’occuper et d’envahir le champ de la conscience. Libérée, celle-ci devient plus apte à servir. La méditation n’est pas oubli, mais recentrage. Rééquilibrage de nos deux cerveaux. Le gauche et le droit. L’intellect frontal et l’instinct thalamique.

C’est aussi un acte volontaire, et guerrier, qui consiste à briser le moi des habitudes et des apparences, à sortir de sa coquille égotique et figée, afin de se dégager de l’armure caractérielle chère à Reich.

Ce n’est pas facile, c’est un travail :

- sur la colonne vertébrale, notre axe de vie qu’il faut redresser, déployer dans l’assise.

- sur la respiration : expiration profonde et abdominale, vers le hara.

- sur la posture : épaules à détendre, nuque à tenir droite, pouces opposés qui ne doivent faire “ni montagne, ni vallée”.

- sur l’immobilité : par l’arrêt du geste et le silence se développent patience, endurance et pacification nerveuse.

- sur la conscience : “laisser passer les pensées comme des nuages dans le ciel”, sans les entretenir ni les retenir, crée un double processus d’autoanalyse et de vidange du trop-plein cérébral.

Méditer c’est aussi “faire sans faire”, et surtout se retrouver soi-même.

Méditer c’est aussi veiller, s’éveiller, entrer en osmose.

Il faut considérer la méditation comme un havre de paix qui permet de mieux poursuivre l’effort quotidien, la lutte vitale, la marche en avant.

Oui, l’acte même de la méditation sauve et régénère. Encore faut-il s’y plonger avec courage, détermination, vigueur et patience. Sans s’attacher à rien d’autre que l’effort lui-même qui, seul, suffit à notre métanoïa, à notre métamorphose, notre transformation incessante, quotidienne et essentielle. C’est là une façon pragmatique de voir et comprendre les arcanes de notre psychologie intime ; la base même de la connaissance de soi.

quelques extraits de "ÉLOGE DU BON SENS" de Marc de Smedt.

ÉLOGE DU BON SENS. Marc de Smedt.
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