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le meilleur et le pire...

10 Octobre 2013, 05:57am

Publié par pam

“Alors que tant de mal se fait sur cette planète, personne n’aspire au mal. Nul n’est méchant volontairement, même le plus grand rompeur de promesses, le pire des assassins ou le dictateur le plus sanguinaire. Chacun croit agir bien, en tout cas en fonction de ce qu'il appelle le bien, et si ce bien s’avère ne pas être le bien des autres, s’il provoque douleur, chagrin et ruine, c’est par voie de conséquence, cela n’a pas été voulu. Tous les salauds ont les mains propres. Moi qui ai été nonne-visiteuse dans les prisons de Prusse, je peux te le confirmer : le salaud se regarde tranquillement dans la glace, il s’aime, il s’admire, il se justifie, il a l’impression - tant qu’il n’est pas mis en échec - de triompher des difficultés qui arrêtent les autres ; il n’est pas loin de se prendre pour un héros.

... Les salauds altruistes provoquent des ravages supérieurs car rien ne les arrête, ni le plaisir, ni la satiété, ni l’argent ni la gloire. Pourquoi ? Parce que les salauds altruistes ne pensent qu’aux autres, ils dépassent le cadre de la malfaisance privée, ils font de grandes carrières publiques. Mussolini, Franco ou Staline se sentent investis d’une mission, ils n’agissent à leurs yeux que pour le bien commun, ils sont persuadés de bien faire en supprimant les libertés, en emprisonnant leurs opposants, voire en les fusillant. Ils ne voient plus la part de l’autre. Ils essuient leurs mains pleines de sang dans le chiffon de leur idéal, ils maintiennent leur regard fixé sur l’horizon de l’avenir, incapables de voir les hommes à hauteur d’homme, ils annoncent à leurs sujets des temps meilleurs en leur faisant vivre le pire. Et rien, rien jamais ne les contredira. Car ils ont raison à l’avance. Ils savent. Ce ne sont pas leurs idées qui tuent, mais le rapport qu’ils entretiennent avec leurs idées : la certitude.

... La plus haute nuisance n’a donc rien à voir avec l’intelligence ou la bêtise. Un idiot qui doute est moins dangereux qu’un imbécile qui sait. Tout le monde se trompe, le génie comme le demeuré, et ce n’est pas l’erreur qui est dangereuse mais le fanatisme de celui qui croit qu’il ne se trompe pas. Les salauds altruistes qui se dotent d’une doctrine, d’un système d’explication ou d’une foi en eux-mêmes peuvent emporter l’humanité très loin dans leur fureur de pureté. Qui veut faire l’ange fait la bête. J’ai peur, Adolf, j’ai peur car ce n’est pas fini, j’ai peur de ce qu’ils peuvent faire aujourd’hui avec le progrès des armes et des techniques de communication. Je redoute des désastres radicaux, irrémédiables, des charniers, des ruines...”

E.E. Schmitt in “La part de l’autre”.

le meilleur et le pire...

“ J’avais perdu beaucoup de choses, c’était sûr. Il y avait des cas où je m’étais dit sur le moment que ça n’avait pas d’importance, et où je l’avais amèrement regretté ensuite, et dans d’autres cas c’était le contraire. Il me semblait que j’avais passé mon temps à perdre des choses, des gens, des émotions. Les poches du manteau symbolisant ma vie étaient pleines des trous de la destinée, et aucune aiguille, aucun fil ne pouvait plus les raccommoder. En un sens, si quelqu’un avait brusquement passé la tête par ma fenêtre pour me crier : “Ta vie n’est qu’un zéro !”, je n’aurais pas eu grand-chose à lui opposer.

Pourtant, si j’avais pu recommencer ma vie, aucun doute, j’aurais mené exactement la même. Parce que ma vie - cette vie faire d’une succession de pertes - c’était moi-même. Je n’avais pas d’autre chemin pour devenir moi-même.”

Haruki Murakami in “La fin des temps”.

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