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Chamanisme

8 Décembre 2013, 08:32am

Publié par pam

“Chamanes au fil du temps”. 500 ans sur la piste du savoir.

Jeremy Narby et Francis Huxley. 2002.

Il y a 500 ans, les explorateurs européens rencontrèrent en Amérique des individus affirmant pouvoir communiquer avec les esprits afin de guérir les gens et de connaître la vie. Ils s’empressèrent de les juger diaboliques, ignorants...

De même, les russes au XVII° commençant à coloniser la Sibérie rencontrèrent des individus qui affirmaient pouvoir entrer en communication avec les esprits, on les appelait shamans. Ils prétendaient pouvoir guérir, faire du mal, influer sur le temps et le gibier, prédire l’avenir. Mêmes jugements...

XVIII°, les premiers observateurs rationalistes ont généralement déconsidéré les chamanes. Ils ne craignaient plus le savoir mais restaient troublés par le comportement étrange de ces derniers qui n’entrait pas vraiment dans le champ de la connaissance scientifique et objective. Ils cherchaient à comprendre le monde par la raison. Donc leur but était de démasquer les chamanes, comme autant d’imposteurs.

XIX° : naissance de l’anthropologie sociale ou ethnologie. Les premiers anthropologues estimaient que les peuples indigènes étaient des “sauvages”, des “primitifs” appartenant à des “sociétés inférieures”.

À cette époque, le chamanisme évolue en raison des attaques aux sociétés indigènes de la civilisation occidentale.

Au début du XX°, les anthropologues se mirent à prendre en compte les préjugés de leur propre vision des choses, améliorant la qualité de leurs observations et écrivant des rapports détaillés sans précédent sur les chamanes. Ils les laissent s’exprimer et retranscrivent mot à mot.

Chamane Igjugârjuk à Rasmussen : “La véritable sagesse ne peut être trouvée que loin des gens, dans la profonde solitude. On ne la rencontre pas à travers le jeu, mais seulement dans la souffrance. La solitude et la souffrance ouvrent l’esprit humain. C’est donc là que le chamane doit puiser sa sagesse.”

Dans le même temps, d’autres estimaient que les chamanes étaient atteints de maladies mentales (hallucinations, parler avec les esprits, parler avec d’autres voix).

Claude Lévi-Strauss renversa la logique de ce débat en postulant que les chamanes ressemblaient plus à des psychanalystes qu’à des psychopathes.

D’autres admettaient que les chamanes étaient considérés comme médecins par leurs pairs.

Milieu XX° : rapports divers sur des chamanes de régions très éloignées (Australie, Arctique, Amazonie).

Différents noms tous synonymes du shaman sibérien.

Alfred Metraux : les fonctions du chamane comprennent la guérison des maladies, l’enchantement du gibier, l’interprétation des signes ou augures, l’influence sur le temps et la divination. Le chamane peut aussi faire du mal.

Pour lui (1944) est chamane : “Tout individu qui, dans l’intérêt de la communauté, entretient par profession un commerce intermittent avec les esprits ou en est possédé”.

1951, Mircea Eliade, historien roumain spécialiste des religions, écrit une étude référence : “Le chamanisme et les techniques archaïques de l’extase”. Il y fait état des correspondances frappantes existant dans les pratiques chamaniques, les visions du monde et les comportements symboliques de centaines de sociétés disséminées sur notre planète. Il démontre que les pratiques et conceptions chamaniques sont anciennes et profondément humaines. Il pressent que le chamane va devenir un personnage très attractif du fait du vide spirituel et de l’insatisfaction des gens à l’égard de la religion traditionnelle. Le chamanisme est “l’expérience religieuse par excellence. Le chamane, et lui seul, est le grand maître de l’extase”.

Parallèlement, des scientifiques et des écrivains découvrent les propriétés des hallucinogènes (L.S.D., mescaline). Ils observent que ces substances peuvent radicalement modifier la perception du monde des consommateurs et découvrent que les hallucinogènes renferment des molécules dont le profil est similaire aux substances sécrétées par le cerveau humain. Ce qui indique que leur fonctionnement repose davantage sur les modifications des échanges chimiques du cerveau que sur la superstition ou l’autosuggestion.

L’absorption de plantes hallucinogènes permettent des expériences analogues à celles décrites par les chamanes.

Gordon Wasson écrit un rapport (Life Magazine 1957) sur la consommation de champignons psilocybes avec la chamane mazatèque Maria Sabina au Mexique.

Années 60, la consommation d’hallucinogènes se répand parmi des jeunes de nombreux pays.

Arrive Carlos Castaneda, étudiant en anthropologie, qui prétend avoir étudié avec un indien Yaqui en Arizona et au Mexique. Il décrit un monde étrange mais cohérent, qu’il qualifie de réalité séparée, explorée sous l’influence de plantes hallucinogènes. Voir "L’herbe du diable et la petite fumée” et suivants.

Il n’appelait pas son maître chamane mais sorcier (sortiarus = devin en latin alors qu’en français sorcier = personne qu’on croit en relation avec le diable et qui peut opérer des maléfices). Il ne le décrit pas comme un guérisseur mais comme un homme de savoir intéressé par le pouvoir. Ses lecteurs pensent pouvoir être eux aussi des apprentis sorciers et faire l’expérience directe du chamanisme.

Doutes quant à l’authenticité de ses récits. Mais l’intérêt pour le chamanisme est né, et les études se multiplient. Les chamanes commencent à écrire leurs récits.

Au cours des dernières années, les anthropologues regardent le chamanisme comme un “ensemble de techniques de connaissance”.

Pendant que les scientifiques tirent partie des connaissances des chamanes concernant les vertus thérapeutiques des plantes pour fabriquer de nouveaux produits pharmaceutiques, les chercheurs ont encore à étudier l’efficacité du traitement proposé par les chamanes ainsi que la façon dont ceux-ci appréhendent la nature et le monde. Si les chamanes apparaissent comme les pionniers de l‘exploration de la conscience humaine, leur système d’analyse, lui, n’a presque pas été étudié à ce jour.

Les chamanes seraient des médecins de l’esprit.

Un dialogue entre ces deux visions du monde pourrait un jour se réaliser.

Le chamanisme est une autologie ou étude de soi, alors que la science consiste en une hétérologie ou étude de l’autre.

Le chamanisme n’est pas qu’une manière d’exploiter le pouvoir de l’imagerie mentale, il touche à la connaissance, à la guérison, au pouvoir. Il est ambigu par nature.

Michael Brown : “Le chamanisme affirme la vie, mais il sème aussi la violence et la mort”.

Les chamanes ont toujours été les spécialistes du voyage entre les mondes.

Le chamanisme perdure, adoptant la tactique du caméléon.

Un champ de force continue à séparer observateurs et chamanes, qui implique un conflit de croyances concernant la nature fondamentale de la réalité.

De nombreux observateurs sont des matérialistes philosophiques. Ils croient que tout ce qui existe est fait de matière physique ou dépend de la matière pour exister. Les chamanes croient aux esprits.

Le cœur du chamanisme reste un mystère.

Chamanisme

“Ceux qui ne s’attendent pas à l’inattendu ne le trouveront pas, car il est inexploré et dénué de piste.” Héraclite.

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