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manifs de la honte...

3 Février 2014, 06:32am

Publié par pam

Manifester non pour revendiquer des droits mais pour en interdire ou en enlever à d'autres....

Je ne veux pas écrire sur ce sujet qui me révolte tellement que je crains de dépasser les bornes et je cherche plutôt des solutions pacifistes mais fermes, des répliques non violentes mais catégoriques, à ce flot de haine de l'autre que nous envoie ces gens et que nous renvoient les médias en parlant d'eux.

Quel bonheur de m'être faite débaptisée il y a quelques années, sinon c'est à cela que j'emploierais ma matinée !

Manifs de la honte, manifs de la haine de l'autre...

Je pense à tous ces enfants qu'on a trainé à ces manifs : que ce passera t'il ce matin si dans leur classe il y a un gamin ou une gamine un peu "différent" que se passera t'il dans leur tête s'ils se sentent eux-mêmes "différents" ?

quelques pistes de réflexions :

manifs de la honte...

extrait d'un article de Claudio Rumolino dans Mediapart :

"Nous sommes en présence d'un réveil violent de l'idéologie réactionnaire, partie comme en 1981 d'un principe viscéral et savamment entretenu par certains hommes politiques (voir les déclarations récentes du maire de Nice) établissant que la gauche n'a aucune légitimité pour nous gouverner. Elle ne peut être qu'usurpatrice, et toute avancée sociale ou sociétale portée par elle sera vécue comme insupportable.

Le racisme, l'antisémitisme, le sexisme ne sont plus considérés comme honteux ou condamnables et s'étalent au grand jour à force de slogans ou de spectacles prétendument anti-système. Enseigner l'égalité entre les sexes à l'école donne lieu à des réactions d'indignation, appelant à manifester ou à boycotter l'école et répandant toute sortes de rumeurs malveillantes prétendant que les instituteurs apprennent aux enfants à se masturber ou bien le délire de la "théorie du genre" enseignée à l'école qui ferait l'apologie du féminisme et la promotion de l'homosexualité.

Comment ne pas faire le parallèle entre ces positions délirantes et les rapports sur la politique énergétique qui se suivent et se ressemblent, s'appuyant sur des mensonges ou des analyses biaisées, labellisées et présentés comme parole d'évangile puisque émanant de nos élites technocratiques. Notre pouvoir politique est paralysé et n'ose pas dénoncer les conflits d'intérêt résultant d'une collusion entre les aristocraties de grands Corps et syndicale - si tant est qu'il en mesure la nuisance ou qu'il en ait envie.

Le souci est que, à force de laisser faire et se laisser submerger par une bande d'agitateurs réactionnaires et rétrogrades, notre société va droit vers une violence incontrôlable : je crains qu'il ne faille s'attendre à des événements sanglants (je pèse mes mots)."

manifs de la honte...

un autre article dans Mediapart d' Yvan Najiels :

Riposter aux diviseurs funestes de l'humanité.

Depuis des semaines, peut-être des mois, les diviseurs réactionnaires de l'humanité sont à l'oeuvre. Ils agissent même sur Mediapart en se drapant parfois du drapeau de nobles causes - comme l'antisionisme ou l'égalité hommes/femmes - pour déverser, de front ou en biais, leur haine, islamophobe ou antisémite.

L'histoire, relatée par Libé il y a quelques jours (ici), d'un antisémite du parti fasciste hongrois Jobbik découvrant ses origines juives pour devenir loubavitch en dit long sur le point commun entre les antisémites et les sionistes, à savoir leur conviction - jalouse dans un cas, fière dans l'autre - que "les Juifs" sont séparés du reste de l'humanité. Ce point est au carrefour du délire antisémite et de la justification du sionisme. Le militant de Jobbik, perclus comme Soral de jalouissance antisémite, s'est tourné vers une aile sectaire du judaïsme après avoir découvert sa propre judéïté car sa haine et son complexe d'infériorité se sont mués en une fierté "d'en être" et en un complexe de supériorité. La trajectoire de ce militant d'extrême droite n'étonnera donc que les naïfs : dans les deux cas, il a certes changé de position par rapport à "l'être juif" mais guère de conviction. Il reste persuadé, sans aucun doute, qu'il existe une race juive. Il reste en cela au carrefour de funestes théoriciens comme Soury ou Edouard Drumont d'un côté et Jabotinski ou Meir Kahane, fondateur de la LDJ de l'autre.

Ce sont des gens comme ce transfuge de Jobbik qui ont défilé dimanche. Des gens qui, comme disait Albert Cohen, s'aiment de détester ensemble bien que cela crée - heureusement, peut-on dire pour des raisons tactiques - des conflits internes à cette nébuleuse entre d'un côté ceux qui détestent surtout les musulmans et les musulmanes comme Renaud Camus, l'ami de MM. Finkielkraut et Zemmour, et de l'autre, ceux qui, comme Alain Soral, du mouvement d'extrême-droite Egalité et réconciliation, réactivent ou tentent de réactiver le vieil antisémitisme d'antan, honteux depuis 1945.

Le discours de Renaud Camus consiste à dire que la France est menacée d'un "grand remplacement" de population passant d'un pays blanc et catholique à un pays basané et musulman tandis que Soral et Dieudonné soutiennent que la France et l'Etat d'Israël, c'est pareil puisque, par derrière, les Juifs sont à la manoeuvre, comme au bon temps du judéo-bolchevisme.

20000 personnes derrière ces furieux, c'est glaçant. D'autant que le FN, plus parlementarisé et en quête de respectabilité, n'appelait pas à cette manif (du moins, pas officiellement). D'autant aussi que si les haines de ces groupes divers ont des "priorités" divergentes, on peut hélas penser qu'il y aura bientôt une structure ou quelqu'un pour les rassembler vu que, par exemple, Soral n'a pas spécialement de sympathie pour les gens d'ici venus de pays musulmans.

Il y avait sans doute bien longtemps que sur le pavé parisien de tels slogans haineux et antisémites n'avaient pas été beuglés par autant de monde et il y avait longtemps aussi que la droite dite républicaine n'avait pas été, à tout le moins, aussi timorée sur ces manifestations, certains membres éminents de l'UMP allant jusqu'à "comprendre" ce défilé que Vingtras, à juste titre (ici), rapproche de la manifestations des ligues de février 1934.

Que se passe-t-il donc pour que nous soyons si nombreux à être inquiets et à constater que ça déraille ?

Plusieurs choses, évidemment, dont la plus visible immédiatement : un retour en force du discours racial et essentialiste. Je le constate aussi parmi mes élèves. Cela peut se dire sur le ton de la blague mais c'est un univers mental reconstitué. Les Noirs sont comme ceci, les Arabes comme cela et Les Juifs, je ne vous dis pas.

Un deuxième aspect, qui explique au moins en partie le premier, est la faillite complète de l'idéal politique de l'émancipation. Ce qui s'appelle la gauche - et singulièrement le Parti socialiste - a une responsabilité écrasante sur ce point. Elle a désespéré les ouvriers quand elle ne les a pas carrément traités en ennemis ainsi que le montre tout récemment le pas de deux avorté entre Hollande et Peter Hartz, l'homme qui a fait exploser la pauvreté en Allemagne.

La désespérance sociale n'est pas nécessairement la cause du racisme mais l'effondrement d'un discours de classe laisse de toute évidence le champ libre à un autre discours, haineux voire fasciste, qui peut prospérer sur les ruines d'un discours progressiste. Les racistes et les fascistes, de ce point de vue, ne sont pas nécessairement des "progressistes retournés" ; ils se relèvent sur une extinction discursive. A tel point que l'on constate avec horreur qu'en ces années 2010, la manifestation d'extrême droite fasciste est le pendant de celles, rouge écarlate, de l'immédiat après-68.

Manque donc un idéal, un idéal qui rendrait au peuple des cités une fierté ouvrière et prolétarienne. Pasolini nous sera sans doute d'une grande aide contre l'extrême droite qui s'engouffre avec succès dans l'affaissement terrible de l'idéal communiste, affaissement qui rend possible la pénétration des "valeurs" bourgeoises dans toute la société. Les mots "ouvriers" et "patrons" nous manquent.

Mais il y a urgence. 20000 personnes qui hurlent "Juif, Juif, la France n'est pas à toi !" dans les rues de Paris et l'UMP infichue de condamner, voilà qui est grave et inquiétant. D'autant qu'il ne faut pas se faire d'illusions : si rien n'est opposé à cela, il n'y a aucune raison pour que ce mouvement s'effondre tout seul, bien au contraire. L'histoire ne nous apprend rien et seuls les naïfs peuvent s'imaginer que les crimes du passé font réfléchir. C'est maintenant qu'il faut agir. Non par la mémoire, vaine et contingente, mais par la politique.

manifs de la honte...

“La violence est vieille comme le monde... De l’inventeur du gourdin paléolithique à l’ingénieur qui met au point une bombe à raréfaction d’oxygène, la brutalité ne cesse pas, elle se métamorphose. On la dit légitime lorsqu’elle prétend faire respecter l’ordre républicain - en fait, quand elle se contente de permettre et de cautionner le bon fonctionnement de la machine libérale. En revanche, elle est qualifiée d’illégitime chaque fois qu’elle procède d’individus agissant pour leur compte - du vol à la tire à l’assassinat politique en passant par les agressions, crimes et délits notifiés dans le Code civil...

Je pose que la délinquance des individus fonctionne en contrepoint à celle des gouvernements. Partout sur la planète, les États polluent, asservissent les minorités, déclarent des guerres, matent les soulèvements, matraquent les manifestants, emprisonnent les opposants, pratiquent la torture, les arrestations arbitraires, les pendaisons, les emprisonnements, en tout lieu ils achètent des silences et des complicités, détournent des fonds en quantités pharaoniques et autres joliesses rapportées partiellement par la presse quotidienne. Cette violence ne rencontre rien au-dessus d’elle, voilà qui la fait dire légitime.

Parallèlement, les délinquances privées font pousser des cris d’orfraie aux praticiens des violences publiques. Comme un seul homme, le personnel politique s’excite sur ces questions porteuses pour les démagogues : l’insécurité, la délinquance, la criminalité, les incivilités, voilà à quoi se résume le débat politique contemporain. Répression ou prévention ? Désormais, on récuse même cette alternative, jadis opératoire, pour répondre d’une seule manière : répression. Dans nos sociétés dépolitisées, les différences résident dans les formes et non plus dans le fond.

Les bêtes de proie qui activent le libéralisme agissent par-delà le bien et le mal, elles créent des richesses considérables qu’elles se partagent en laissant la plus grande partie de l’humanité croupir dans la misère. L’argent, le pouvoir, les honneurs, la jouissance, la puissance, la domination, la propriété, c’est pour elles, une poignée, l’élite ; pour les autres, le peuple, les petits, les sans-grade, la pauvreté, l’obéissance, le renoncement, l’impuissance, la soumission, le mal-être suffisent... Villas cossues dans les quartiers chics des pays riches contre masures effondrées dans les zones dévastées ; fortunes concentrées dans l’hémisphère Nord, pauvreté dans l’hémisphère Sud ; riches des centre-villes et déshérités des banlieues ; chiens et chats repus d’Europe, enfants africains qui meurent de faim ; prospérité économique des nantis contre soupir des victimes exsangues. Violence légitime des puissants contre violence illégitime des mendiants, le vieux moteur de l’histoire...

On aurait tort de braquer le projecteur sur les seules violences individuelles alors que tous les jours la violence des acteurs du système libéral fabrique les situations délétères dans lesquelles s’engouffrent ceux qui, perdus, sacrifiés, sans foi ni loi, sans éthique, sans valeurs, exposés aux rudesses d’une machine sociale qui les broie, se contentent de reproduire à leur degré, dans leur monde, les exactions de ceux qui (les) gouvernent et demeurent dans l’impunité. Si les violences dites légitimes cessaient, on pourrait enfin envisager la réduction des violences dites illégitimes...”

Michel Onfray in “La philosophie féroce. Exercices anarchistes".

manifs de la honte...
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