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Réflexions d'un médecin bouddhiste

16 Mars 2014, 09:41am

Publié par pam

POURQUOI NOUS DEVONS GRANDIR.

Par honnêteté scientifique : on peut aujourd’hui apprécier scientifiquement différents niveaux de conscience chez un être humain (comas). Mais la réalité spirituelle est un niveau de conscience plus subtil et difficilement mesurable par une science qui se veut objective. On ne peut pour autant nier son existence, donc remise en question dans notre manière de soigner.

Stuart Mill : “S’il s’était trouvé que les vérités géométriques puissent gêner les hommes, il y a longtemps qu’on les aurait trouvées fausses.”

Aspect déontologique : si nous pouvons faire mieux qu’actuellement, nous devons le réaliser, car il est du devoir du médecin de rechercher tout ce qui peut être bon pour la santé des patients.

En niant le phénomène conscience ou la réalité spirituelle, on se prive de quelque chose d’essentiel. Et une société qui se veut saine ne peut pas faire l’économie de la santé de chacun.

De plus, il y a une nécessité à approfondir notre connaissance de l’humain. De même qu’on observe des modifications physiologiques et métaboliques quand le corps humain se développe ou est soumis à certaines conditions (froid, chaleur, variations de pression...) ou que surviennent des manifestations émotionnelles (colère, désir), la conscience qui s’éveille donne lieu à diverses manifestations. Ces perturbations concernent les dimensions physique et psychologique de la personne, par exemple le calme de plus en plus profond de l’esprit, qui se développe au fur et à mesure de la pratique méditative, génère progressivement une sensation physique de grande souplesse, malgré le vieillissement. Un tel fait devrait interpeller les rhumatologues. On peut parler d’épiphénomènes de la croissance spirituelle.

Paradoxalement, le monde chaotique d’aujourd’hui agit comme un stimulus d’éveil de la conscience pour beaucoup. Les médecins seront donc bientôt confrontés à des hommes mutants, il faudra donc modifier notre manière de soigner.

Jean Rostand, dans les années 50 : “Ma conviction est que l’homme se trouve tout au début de son aventure intellectuelle. Son “âge mental” est extrêmement bas en regard de celui qu’il est appelé à prendre. Cette notion de l’immaturité, de l’infantilisme de notre espèce suffirait à me convaincre que pendant une très longue période, nous n’avons à espérer que des réponses naïves et grossières aux grandes questions qui nous préoccupent. Il n’est d’ailleurs pas sûr que l’humanité ait assez d’avenir pour épuiser toute la connaissance dont sa condition cérébrale la rendrait capable et il est extrêmement douteux que cette condition même l’habilite à une compréhension totale de l’univers.”

Importance de considérer rapidement la problématique de l’émergence spirituelle dans notre monde occidental.

L’éducation à la santé doit être aussi prise en compte. Mais la négation de la dimension spirituelle dans le domaine médical fait qu’on ne peut pas actuellement la considérer comme un élément à part entière, important et nécessaire à prendre en compte dans l’émergence et le maintien de la santé.

Pourtant, beaucoup de souffrances psychologiques ont leurs racines dans cet espace méconnu. La conscience intervient d’une manière considérable dans la façon de vivre sa maladie, dans l’évolution de celle-ci et très certainement dans la manière de mourir.

L’être humain ne peut pas se contenter de la vie tout court, il est aussi à la recherche, même inconsciemment, de la vie sacrée, ou en tout cas d’une oasis de paix. D’ailleurs, dans le cadre d’une quête spirituelle, on ne trouve pas parce qu’on cherche, mais on cherche parce qu’on a déjà trouvé, parce qu’on sait au plus profond de soi cette indicible réalité.

La santé spirituelle est le défi que nous avons à relever, pour la médecine, mais aussi pour l’éducation, la justice, la politique, le commerce...

En matière de pollution, nous polluons notre environnement parce que nous n’avons pas bien compris les liens très subtils qui nous unissent à lui. Il y a une relation étroite entre le spirituel et l’écologie par le biais de la prise de conscience. Il ne peut y avoir d’écologie extérieure sans une véritable écologie intérieure.

Thich Nath Hanh appelle cela l’inter-être. Quand nous grandissons dans notre corps spirituel, nous percevons d’une manière plus aiguë notre lien avec l’univers et ses différentes composants.

Plutôt que d’opposer l’homme à l’animal, il serait plus éthique de dire que si l’être humain a une quelconque supériorité sur l’animal, cela lui confère la responsabilité de prendre soin du règne animal et non pas de l’exploiter sans aucune compassion comme il le fait actuellement à des fins commerciales, souvent dans un grand gâchis, voire avec un objectif ludique et mercantile, ce qui est pire. Ce que nous faisons subir aux animaux, dans une indifférence quasi générale, est honteux.

Le monde d’aujourd’hui, dans son système d’hyper et de surconsommation, dans son sacro-saint développement économique, est un monde qui brise et qui consomme de l’humain. L’objectif de notre système économique ne serait-il pas finalement d’entretenir le système pour lui-même, sans tenir compte des conséquences sur les gens, sur le produit concerné, ou encore sur son utilité ?

L’être humain a besoin de sanctifier le monde : de le percevoir à partir d’une conscience épanouie, vaste et profonde. Cela fait partie de sa nature fondamentale, et c’est aussi un élément structurant et fondateur de sa bonne santé.

Harry Moody et David Caroll : “La plupart des gens passent leur vies rivés à un niveau de conscience bien inférieur à ce qu’il pourrait être. Ils ont une perception réduite du monde, vivant, comme le dit une ancienne parabole, au rez-de-chaussée d’un palais de mille pièces.”

Nous sommes plus vastes que notre existence, et sans conscience ou sans élargir son champ de conscience, c’est comme un chasseur d’horizon, on arrive nulle part.

RÉFLEXIONS D’UN MÉDECIN BOUDDHISTE À L’USAGE DES SOIGNANTS ET DES SOIGNÉS.

Dr. Daniel Chevassut. Éditions Sully. 2007.

Matthieu Ricard.

Tout le monde y perd ou tout le monde y gagne

La recherche du bonheur égoïste semble vouée à l’échec pour plusieurs raisons. Tout d’abord, du point de vue de l’expérience personnelle, l’égoïsme, né du sentiment exacerbé de l’importance de soi, s’avère être une perpétuelle source de tourments. L’égocentrisme multiplie nos espoirs et nos craintes et nourrit les ruminations de ce qui nous affecte. L’obsession du "moi" nous conduit à magnifier l’impact du moindre événement sur notre bien-être, à regarder le monde dans un miroir déformé. Nous projetons sur ce qui nous entoure des jugements et des valeurs fabriqués par notre confusion mentale. Ces projections constantes nous rendent non seulement misérables, mais aussi vulnérables à toutes les perturbations extérieures et à nos propres automatismes de pensée, qui entretiennent en nous une sensation de malaise permanent.

Dans la bulle de l’ego, la moindre contrariété prend des proportions démesurées. L’étroitesse de notre monde intérieur fait qu’en rebondissant sans cesse sur les parois de cette bulle, nos états d’esprit et nos émotions s’amplifient de manière disproportionnée et envahissante. La moindre joie devient euphorie, le succès nourrit la vanité, l’affection se fige en attachement, l’échec nous plonge dans la dépression, le déplaisir nous irrite et nous rend agressifs. Nous manquons des ressources intérieures nécessaires pour gérer sainement les hauts et les bas de l’existence. Ce monde de l’ego est comme un petit verre d’eau : quelques pincées de sel suffisent à le rendre imbuvable. À l’inverse, celui qui a fait éclater la bulle de l’ego est comparable à un grand lac : une poignée de sel ne change rien à sa saveur. Par essence, l’égoïsme ne fait que des perdants : il nous rend malheureux et nous faisons, à notre tour, le malheur de ceux qui nous entourent.

La deuxième raison tient au fait que l’égoïsme est fondamentalement en contradiction avec la réalité. Il repose sur un postulat erroné selon lequel les individus sont des entités isolées, indépendantes les unes des autres. L’égoïste espère construire son bonheur personnel dans la bulle de son ego. Il se dit en substance : "À chacun de construire son propre bonheur. Je m’occupe du mien, occupez-vous du vôtre. Je n’ai rien contre votre bonheur, mais ce n’est pas mon affaire." Le problème est que la réalité est tout autre : nous ne sommes pas des entités autonomes et notre bonheur ne peut se construire qu’avec le concours des autres. Même si nous avons l’impression d’être le centre du monde, ce monde reste celui des autres.

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