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L'empreinte des avions.

18 Mai 2014, 07:26am

Publié par pam

article extrait de la :

Revue Silence

9, rue Dumenge,
69317 LYON Cedex 04
04 78 39 55 33 (du lundi au jeudi, 10 à 12h, 14 à 17h)

www.revuesilence.net

L'empreinte des avions

***

La flambée des prix du pétrole en 2008 était un avertissement : nous ne sommes pas loin du pic de production. Et il va falloir commencer à changer nos comportements, en particulier au niveau de l'avion.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, il faut quand même rappeler que l'avion est un moyen de transport pour les plus privilégiés de la planète. 36 % des avions qui décollent dans le monde le font depuis le territoire des Etats-Unis ! 70 % décollent de l'ensemble Amérique du Nord-Europe-Japon/Corée du Sud. Seulement 3 % décollent d'Afrique1.

L'empreinte des avions

Mais où est le problème, puisque, selon l'Association internationale du transport aérien (IATA), l’avion a une consommation par passager inférieure à celle d’une voiture ? L'Airbus 380 et le Boïng Dreaminer annoncent des consommations de 3 litres aux 100 km par passager. Des chiffres trompeurs.

D'abord, si, dans une voiture urbaine, on ne compte effectivement que 1, 1 passager en moyenne, plus la distance augmente, plus le remplissage est important.

A quatre dans une voiture familiale, la consommation par passager n'est que de 1, 5 litre pour 100 km. Dans un bus, c'est encore bien moins : moins d'un litre aux cent en moyenne2. Le train, — même rapide — consomme encore moins pour chaque passager.

Ensuite, la consommation est annoncée par siège et non par personne : tous les avions ne sont pas remplis lorsqu'ils volent3. Et elle est calculée sur un vol stationnaire... alors que l'avion consomme beaucoup plus au décollage, un décollage qui peut représenter une part importante du voyage pour les trajets de courte distance4.

Enfin, l'essentiel des émissions de gaz à effet de serre ne se limite pas à la consommation de kérosène. Les spécialistes du climat, malgré encore bien des incertitudes, estiment que les traînées de condensation que l'on voit derrière les avions ont un impact sur le réchauffement : elles seraient entre 1 et 4 fois plus graves que la combustion du carburant, car elles forment une sorte de "couvercle" empêchant la chaleur de la planète de s'échapper dans l'espace ; de plus, cela modifie la condensation de l'eau dans les nuages5.

Résultat : les avions seraient responsables, selon les sources, de 4 à 9 % du total des impacts humains sur le climat, une estimation qui monte à 5 à 12 % pour l'Union européenne6.

L'incroyable coût des voyages

Depuis des années, le coût des voyages en avion ne fait que diminuer. Si cela s'explique effectivement par des avions plus économes en carburant, les tarifs baissent également par la biais de méthodes discutables... et illégales.

Arguant qu'une ligne régulière est un apport économique local, les compagnies cherchent de plus en plus à être financées par de l'argent public pour ouvrir de nouvelles liaisons. RyanAir ou Easyjet négocieraient ainsi des aides de 200 000 € à un million d'euros par an pour chaque nouvelle ligne. La Commission européenne est intervenue pour contrer ce phénomène (au nom du libre marché !)... mais les procédures sont longues. La Cour des comptes, en France, mène aussi l'enquête. Elle s'interroge également sur le fait que les aéroports sont maintenant entretenus par l'argent public alors que, naguère, chaque avion payait une taxe d'atterrissage proportionnelle à son poids7.

De nombreux procès sont en instruction.

Les compagnies low-cost jouent également sur les frais de personnel. Les employés sont réduits au minimum et leurs conditions de travail sont dévalorisées. Selon l'European Cockpit Association, qui regroupe les pilotes, chez RyanAir, les salaires sont de 28 % inférieurs à la moyenne, pour un temps de travail 25 % supérieur à la moyenne.

Les conditions de vol pour les passagers sont pour le moins drastiques : sièges serrés, pas de nourriture, surtaxe pour les bagages (parfois aussi chère que le billet). Bref, les prix bas sont un trompe-l'œil qui, malheureusement, fonctionne : la quantité de passagers a connu une croissance importante : entre 5 et 6 % par an depuis une vingtaine d'années. En 2007, il y a eu, au niveau mondial, 2, 26 milliards de voyageurs (+ 7,6 % par rapport à 2006) et 41 millions de tonnes de frêt8.

Même si l'on observe un fléchissement en ce début 2009 du fait de la crise9, la multiplication des transports aériens est une catastrophe écologique.

Pistes d'atterrissage

Il faut espérer que l'Union européenne mette fin au système des financements publics. Cela fera doubler ou tripler le prix des billets et provoquera sans doute la fermeture de nombreuses lignes jugées alors non rentables.

Il faut espérer aussi que la révision du protocole de Kyoto à Copenhague, fin 2009, se penche enfin sur la question des avions et prenne en compte les vrais chiffres de ses conséquences sur le climat.

Il faut espérer encore que la question des avions militaires émerge. Cela donnera sans doute un coup de frein.

Du côté des citoyens, il faudrait informer les gens sur les conséquences négatives des voyages par avion de courte durée et/ou de courtes distances.

Il faudrait s'opposer à toute extension des aéroports existants.

Il va falloir également surveiller la question des agrocarburants, car les compagnies aériennes cherchent activement des alternatives au kérosène dont le prix peut rapidement s'envoler.

Il faudrait que la question du tourisme solidaire et éthique se penche sur la question et s'oriente vers une approche plus écologique, c'est-à-dire sans avion.

Il faudrait redécouvrir que le dépaysement commence au coin de la rue et non pas à l'autre bout du monde.

Il serait souhaitable que le tourisme par avion disparaisse (35 % des vols, voir encart). L'avion ne devrait rester que pour les rares usages où il est indispensable...

Michel Bernard

1 Banque mondiale, Indicateurs de développement dans le monde, éd. 2005. Après les Etats-Unis, on trouve le Canada (4, 9 % des décollages), la Chine (4, 5 %), le Royaume-Uni (4, 2 %), l'Allemagne (4%), la France (3, 3%), le Japon (3%), l'Australie (2, 5 %), l'Espagne (2, 4 %), le Brésil (2, 3%)... Les chiffres datent de 2003. Depuis lors, on peut penser que la Chine est passée en deuxième position et que l'Inde (1, 2 %) a plus que doublé ses vols, se plaçant au niveau de l'Espagne.

2 Source : Ecocomparateur de l'ADEME.

3 Selon l'IATA, en 2007, le taux d'occupation moyen au niveau mondial était de 77% en personnes et 66 % en poids (les enfants occupent une place mais pèsent peu).

4 Pour un vol qui dure moins d'une heure (Lyon-Bordeaux, Paris-Londres par exemple), l'avion ne fait que monter et redescendre.

5 Après les attentats du 11 septembre 2001, les avions ont été interdits de vol pendant cinq jours. Le ciel au-dessus des villes a été d'un bleu rarement observé auparavant.

6 Compilation faite par le Réseau action climat européen, www.climnet.org. Ce chiffre n'intègre que les données de l'aviation civile... car pour les avions militaires, c'est malheureusement confidentiel. Le total est donc encore beaucoup plus élevé.

7 Ainsi le Conseil d'Etat a jugé en février 2006 que la convention entre l'aéroport de Strasbourg et Ryanair est entachée d'irrégularité, estimant qu'il s'agissait de subventions et non d'une convention (CE 27/02/2006, n° 264406 et 264545). La Cour des comptes régionale de Poitou-Charentes arrive à la même conclusion sur l'accord passé à l'aéroport de Poitiers (délibération du 24 mai 2007).

8 Source : IATA.

9 - 6 % pour l'aéroport de Lyon en janvier 2009.

Le monde.fr

Vendredi 10 septembre 2010, par Audrey Garric

Quel est l’impact des avions sur le changement climatique ?

D'après vous, quel est le moyen de transport le plus polluant ? 1/ L'avion. 2/ La voiture. 3/ Le train. Vous choisissez la première option ? Moi aussi ! Combien de fois n'a-t-on pas lu que les oiseaux de fer sont les vilains petits canards des transports, la faute aux tonnes de carburant qu'ils consomment avant de les régurgiter sous forme de CO2 ? Pour s'en convaincre, un petit tour par le site Action Carbone permet de calculer qu'un aller-retour Paris-Toulouse émet 350 kg d'équivalent CO2 en avion contre 280 kg pour la voiture. Sans compter les traînées de condensation ou les oxydes d'azote qui augmentent la concentration d'ozone. Eh bien, ces résultats ne sont valables qu'à court-terme. Sur le long-terme, les trajets en voiture contribuent davantage au réchauffement climatique que les vols sur une même distance parcourue.

Ces résultats pour le moins étonnants proviennent d'une étude que j'avais totalement manquée... Ces recherches, publiées en juillet dans la revue Environmental Science & Technology et financées par l'Union européenne, comparent les effets sur le climat des différents modes de transport à l'échelle mondiale.

Sur le court-terme, à savoir dans les cinq années qui suivent un déplacement, l'impact de l'avion sur le changement climatique est en moyenne cinq fois pire que celui de la voiture alors même qu'il représente seulement 16% du volume total de tansport des passagers contre 51% pour la voiture et qu'il consomme 4,5 fois moins de carburants que les automobiles en volume total sur une année. Mais si l'on prend une période de vingt ans comme référentiel, les résultats s'inversent et l'avion provoque une augmentation des températures moindre.

La raison ? L'impact sur l'ozone et les nuages des avions est très élevé du fait qu'ils volent à haute altitude et qu'ils émettent de nombreux gaz et matières polluantes. Mais les particules de pollution finissent par se dissiper avec le temps. Au contraire,"les déplacements en voiture émettent davantage de CO2 que les voyages par avion par voyageur-kilomètre. Le CO2 reste dans l'atmosphère plus longtemps que tout autre gaz, aussi les voitures ont-elles un impact plus dangereux sur le changement climatique à long terme", explique Jens Borken-Kleefeld, l'auteur principal de l'étude. A long-terme, l'impact de l'avion et de la voiture reste toutefois environ trois fois supérieur à celui du bus ou du train.

Au-delà de l'intérêt purement scientifique, ces résultats prouvent que l'empreinte écologique doit se comprendre dans un large rapport au temps.

L'empreinte des avions.
L'empreinte des avions.
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