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Droit de se rebeller...

17 Juillet 2014, 06:21am

Publié par pam

extraits, résumé, fiche de lecture, simple outil pour donner envie de lire ou de relire, pour méditer, pour occuper l'esprit quand les mains sont à l'ouvrage...suite...

MICHEL ONFRAY. ANTIMANUEL DE PHILOSOPHIE.

Leçons socratiques et alternatives.

5 - LE DROIT. Le règlement, le surveillant et la police.

Il existe un droit de se rebeller ou de désobéir qui s’appuie même sur un devoir de se comporter ainsi. Le droit ne peut pas vous obliger quand la morale vous retient. Avant toute législation, et indépendamment d’elle, les obligations éthiques priment (respecter la dignité de l’autre, assurer son existence ou sa subsistance alimentaire, lui accorder la protection élémentaire de son corps et de sa santé, de son identité et de sa subjectivité, donner à son cadavre les soins convenables...)

Les uns placent l’humanité et la justice au-dessus de tout, les autres vénèrent la loi, l’ordre et le droit au détriment de toute autre considération.

La Déclaration des droits de l’homme, la Constitution de 1958 reconnaissent légalement et juridiquement la possibilité d’un droit de refus ou d’insurrection. Article 21 de la Constitution : lorsque “le gouvernement viole les libertés et les droits garantis par la Constitution, la résistance sous toutes ses formes est le plus sacré de tous les droits et le plus impérieux des devoirs”. On ne peux mieux dire : le droit obéit d’abord à la morale, il doit garantir la sécurité et la liberté des individus ayant accepté de s’y soumettre. Le pouvoir existe par le seul consentement de ceux sur lesquels il s’exerce. Le droit d’opposition se manifeste dans le refus de contribuer personnellement à la logique qui fait sa force : déséquilibrer en refusant de soutenir. En n’obéissant pas à une loi inique, on en supprime l’effet. La loi et le droit existent pour les hommes, pas le contraire.

Epicure (342-270 av. J.C.). Matérialiste (il ne croit qu’aux atomes et à leur organisation dans le vide), indifférent aux dieux (qui n’ont que faire des hommes), eudémoniste (recherchant le maximum de bien-être dans l’existence), il propose pour parvenir au bonheur de satisfaire les seuls désirs naturels et nécessaires. “Le droit de la nature est le moyen de reconnaître ce qui est utile pour ne pas se faire du tort les uns aux autres et ne pas en subir.”

La Boétie : “Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libre.”

Henri-David Thoreau (1817-1862) : “La seule obligation que j’aie le droit d’adopter, c’est d’agir à tout moment selon ce qui me paraît juste... La loi n’a jamais rendu les hommes plus justes d’un iota.”

Si l’on exige de vous que des devoirs sans vous reconnaître aucun droit, alors vous expérimentez la situation des esclaves, des domestiques et des prisonniers ; si en revanche on ne vous accordait que des droits, vous brilleriez de tous les feux du tyran. La liberté n’est pas la licence de faire ce que l’on veut, quand on veut, avec qui l’on veut. Cela est plutôt la loi de la jungle. La liberté pure c’est la violence de tous contre tous, le maximum de pouvoir accordé aux plus forts et aux plus rusés. Elle permet aux dominants d’imposer leur loi aux plus faibles.

Chacun doit parler, échanger et contribuer à la rédaction d’un règlement intérieur pour consentir à l’essentiel (le besoin d’une règle du jeu) sans qu’il soit nécessaire de payer le prix fort (tous les droits pour l’administration et la direction, aucun pour les élèves). La loi réalise une liberté : pouvoir disposer de soi sans craindre pour soi. Partout entre les individus et les groupes, le contrat social doit se pratiquer : constater le risque d’une liberté sans limitation, vouloir vivre ensemble et construire un projet pour permettre cette convivialité, accepter de renoncer à un pouvoir de nuisance, puis construire une règle du jeu viable à laquelle chacun peut se référer en cas de besoin - voilà la nature du projet. Trop souvent, le règlement intérieur correspond à la liste des interdits et des obligations à vous destinés. La loi et le droit sont justifiables quand ils permettent de réduire les risques de la vie en communauté. S’ils doivent servir à asseoir le pouvoir de l’autorité habituelle sur les individus qui deviennent ainsi des sujets soumis, alors la loi est l’instrument de domination du pouvoir, le droit sert l’autorité en place et les individus subissent l’injustice d’un système qui les bâillonne.

J.J. Rousseau : “Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même..... Enfin chacun se donnant à tous ne se donne à personne, et comme il n’y a pas un associé sur lequel on n’acquière le même droit qu’on lui cède sur soi, on gagne l’équivalent de tout ce qu’on perd, et plus de force pour conserver ce qu’on a.”

Au regard de ces disparités (entre les petits et les grands), a-t-on vraiment envie de défendre la police ? Le mot police suppose l’organisation de la cité dans le respect de tous et de chacun, l’ordre reconnu pour les citoyens, la protection des personnes exposées et la contrainte exercée sur ces individus décidés à n’écouter que leur intérêt, donc nuisibles. Légitimer l’idée de police ne signifie pas légitimer l’action des policiers dans le détail. Tant que les hommes vivront en société, il faudra une police pour empêcher la loi de la jungle et permettre la loi de la civilisation.

Nous laissons partout des traces numériques, informatiques, électroniques. Les États qui aspirent à dominer la planète commencent à contrôler la circulation des informations, d’où la crainte d’une maîtrise des ondes de communication par une puissance secrète, commerciale et mafieuse. L’apparent effacement de la discipline correspond à l’augmentation du contrôle. Craignez plutôt la police invisible. Moins vous la voyez, plus elle vous voit.

Droit de se rebeller...
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