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Éviter de nuire

30 Juillet 2014, 07:25am

Publié par pam

Pema Chödrön. “Conseils d’une amie pour des temps difficiles”.

Éviter de nuire :

Ne pas nuire à autrui suppose évidemment de s’abstenir de tuer, voler ou mentir. Cela implique aussi de ne pas être agressif (en parole comme en esprit ou en action). Apprendre à ne nuire ni à nous-mêmes ni aux autres est un enseignement de base du bouddhisme sur le pouvoir de guérison lié à la non-agression. C’est la base même d’une société éveillée.

L’agression la plus fondamentale envers nous-mêmes, le mal le plus fort que nous pouvons nous faire est de demeurer ignorant en n’ayant ni le courage ni le respect de nous regarder avec honnêteté et douceur.

C’est le parcours de toute une vie que d’entrer honnêtement en relation avec le caractère immédiat de notre expérience et de nous respecter suffisamment pour ne pas porter de jugement sur celle-ci.

C’est un vrai choc de constater à quel point nous avons refusé de voir certaines de nos manières de nuire. Notre style est si bien enraciné en nous que nous ne pouvons pas entendre ceux qui essayent de nous dire que peut-être nous causons du tort par notre façon d’être ou dans nos rapports avec les autres.

Grâce à l’attention, nous voyons nos désirs et notre agression, notre jalousie et notre ignorance, sans suivre ces pulsions ; nous nous contentons de les voir, d’en prendre acte. L’étape suivante consiste à s’abstenir. L’attention est la base, l’action de s’abstenir est la voie.

Une pratique de méditation faisant appel à l’attention et à la faculté de s’abstenir : remarquer les mouvements de notre corps quand nous nous sentons mal à l’aise. La consigne est de ne pas essayer de changer quoi que ce soit, de ne pas nous critiquer quoi que nous fassions, mais de nous contenter d’observer nos gestes. Prendre note de la manière dont nous essayons d’éviter l’absence de terrain solide est un moyen d’entrer en contact avec cette perte d’assise.

S’abstenir, c’est-à-dire ne pas passer à l’acte de façon impulsive comme d’habitude, a quelque chose à voir avec le renoncement à la mentalité de divertissement. En nous abstenant d’agir, nous pouvons voir que quelque chose existe entre l’apparition du désir (ou de l’agression ou de la solitude...) et toute action que nous accomplissons comme résultat de ce sentiment. Il y a quelque chose dont nous ne voulons pas faire l’expérience et dont nous ne faisons jamais l’expérience parce que nous sommes tellement pressés d’agir.

S’abstenir, c’est la méthode dont on use pour parvenir à connaître la nature de cette agitation et de cette peur. C’est la méthode permettant de se faire à l’absence de terrain solide.

Si nous nous divertissons aussitôt en commençant à parler, agir ou penser, nous ne pourrons jamais nous détendre. Notre vie sera un marathon sans fin. Nous demeurerons bloqués au stade de “vrai paquet de nerfs”.

Si vous ne faites pas ce que vous dicte la peur, alors la peur n’a aucun pouvoir sur vous.

Quand nous comprenons le processus, nous ne nous faisons pas avoir par la réaction en chaîne qui transforme des choses minuscules en monstruosités.

En restant en attente, nous commençons à entrer en rapport avec l’agitation fondamentale aussi bien qu’avec l’espace fondamental. Et la conséquence, c’est que nous cessons de nous causer du tort. Établir une relation vraiment bonne avec nous-mêmes nous apprend l’immobilité, ce qui n’empêche pas de courir, danser, sauter, mais signifie que la compulsion a disparu. Nous arrêtons de trop manger, trop fumer, chercher à trop séduire...

Notre parole est apprivoisée et communique quelque chose. Nous ne gaspillons pas le don de parole pour exprimer notre névrose. C’est la libération qui se produit naturellement quand nous sommes tout à fait là, sans nous faire de souci au sujet de l’imperfection.

Éviter de nuire
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