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Qu'est ce que l'homme ?

15 Juillet 2014, 07:18am

Publié par pam

Michel Onfray. Antimanuel de philosophie. Extraits-réumé-fiche-de-lecture- suite : chapitre 1 : Qu'est ce que l'homme ?

I - LA NATURE. Le singe, le cannibale et le masturbateur.

L’éthologie enseigne qu’il existe des comportements naturels communs aux animaux et aux humains, on obéit la plupart du temps à des mouvements naturels. Différences sur la façon d’y répondre : l’homme peut choisir d’exercer sa volonté, sa liberté, son pouvoir de décision, réduire la nécessité. Besoins spirituels propres aux hommes. Langage, définition réelle de l’humanité. La culture éloigne de la nature, arrache aux obligations qui soumettent les animaux qui n’ont pas le choix. Spécifiquement humain : capacité à transmettre des savoirs mémorisés et évolutifs. Plus l'acquisition intellectuelle augmente en l’homme, plus le singe recule en lui, plus l’homme est libre, inverse d’une personne dominée par ses instincts.

Diderot : “Méfiez-vous de celui qui veut mettre de l’ordre (institutions politiques, civiles et religieuses).

Ordonner, c’est toujours se rendre le maître des autres en les gênant.”

Thomas Hobbes : propose un contrat social générateur de droits et de lois qui agissent en remèdes à la méchanceté naturelle des hommes.

Simone de Beauvoir : “On ne naît pas femme, on le devient.”

Le cannibalisme célèbre à sa manière le culte dû aux ancêtres, assure la survie du mort et son utilité dans la communauté. Ainsi le mort sert une fois encore au groupe et rend possible une société où triomphe la solidarité, la réalisation de l’un par l’autre, de la partie au tout.

Les prétendus barbares qui mangent leurs morts pour les honorer trouveraient sûrement barbares nos coutumes : on prétend aimer nos défunts et on leur destine le même sort qu’aux animaux (mettre les morts en terre où ils seront dévorés par les vers). Et si la barbarie n’était pas là où l’on croit ?

Montaigne : “Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage.”

La masturbation est naturelle et sa répression culturelle (Église, science). La civilisation se construit sur la répression des pulsions naturelles, les détourne. Un onaniste est un improductif social.

Pour les Cyniques grecs, la culture consiste à imiter la nature, à rester au plus proche d’elle. La culture sert la plupart du temps les intérêts de la société, la sexualité doit viser à la fabrication de la famille. Réappropriation de soi par soi sans autre souci que sa satisfaction égoïste, la masturbation est un facteur d’équilibre psychique personnel chaque fois qu’une sexualité classique est impossible.

Wilhelm Reich associe la critique marxiste et la psychanalyse pour libérer les êtres des aliénations économiques et sexuelles.

Les Cyniques enseignent le renoncement aux fausses valeurs (pouvoir, argent, famille, réputation, honneurs...) et célèbrent des vertus austères (liberté, autonomie, indépendance, insoumission...).

Peter Sloterdijk : “La honte est la chaîne sociale la plus intime qui nous attache aux normes générales du comportement avant toutes les règles concrètes de la conscience”.

“L’indépendance sexuelle demeure une des conditions les plus importantes de l’émancipation”.

Qu'est ce que l'homme ?

II - L’ART. Le décodeur, la Joconde et la pissotière.

Tout jugement esthétique devient impossible si l’on ignore les conditions d’existence et d’émergence d’une œuvre d’art. Comme les langues parlées, le langage artistique change en fonction des époques et des lieux. Il faut donc savoir resituer l’oeuvre d’art dans son contexte géographique et historique. Savoir qui elle veut toucher, à quoi ou à qui elle sert. Connaître aussi son auteur.

Car l’oeuvre d’art est cryptée, toujours.

Comme on ne parvient pas à répondre à toutes ces questions, le spectateur ou le critique se contentent souvent de projeter leurs obsessions sur les œuvres examinées.

Il n’y a pas de compréhension d’une œuvre si l’intelligence du regardeur fait défaut.

L’objet ne prend son sens qu’avec la culture, le tempérament et le caractère du personnage appréciant le travail.

On ne naît pas amateur, on le devient, en construisant son jugement : éduquer les sens, solliciter le corps. L’École et la famille devraient jouer ce rôle, l’une ne le fait pas, l’autre ne le peux pas toujours, alors la tâche vous incombe.

Adorno : “L’oeuvre d’art demande plus que le simple abandon en elle-même.”

Le goût de chacun provient souvent de ses chances ou malchances, de son milieu ou de son éducation, de ses rencontres ou de son isolement, de son parcours scolaire ou familial : la plupart du temps le goût kitsch caractérise les victimes exclues de la culture, de l’art et du monde des idées par un système qui recourt à l’art pour marquer les relations sociales entre les individus, puis les classes.

Quand ces “gens de peu” ne se contentent pas de consommer de l’art kitsch, mais qu’ils le créent, on dit qu’ils évoluent dans le monde de l’art brut. Exclus du rapport bourgeois à l’oeuvre d’art, les artistes du brut pratiquent en toute liberté, sans contrainte, sans souci de plaire à d’autres qu’eux ou leurs proches. Seul importe leur besoin de créer avec les matériaux modestes à leur disposition et qui ne coûtent pas cher. Dans une intégrale liberté d’inspiration, création, facture, composition, avec une imagination entièrement débridée, sans avoir à produire pour une institution à même de transformer l’oeuvre d’art en argent, indépendants à l’endroit des gens qui font la loi dans le milieu artistique, ces artistes kitsch insufflent un véritable vent de fraîcheur dans le monde de l’art. On le trouve aussi dans les arts premiers qui concernent les peuples dits primitifs.

Indépendants du monde occidental et du marché bourgeois, ces objets d’art vivent une existence autonome, en marge. Les sortir de leur milieu pour les exposer dans un musée font du kitsch et du primitif des objets d’art à part entière, car aujourd’hui, le musée crée et fabrique l’art.

Jean Dubuffet : “Ce n’est pas des écrivains ni des artistes que la classe possédante, à la faveur de sa propagande culturelle, entend susciter, c’est des lecteurs et des admirateurs. La propagande culturelle s’applique, bien au contraire, à faire ressentir aux administrés l’abîme qui les sépare de ces prestigieux trésors dont la classe dirigeante détient les clefs, et l’inanité de toute visée à faire œuvre créatrice valable en dehors des chemins par elle balisés.”

Après Marcel Duchamp et son urinoir, une œuvre d’art n’a plus à être belle, on lui demande de faire sens. Duchamp tord le cou à la Beauté et invente un art radicalement cérébral, conceptuel et intellectuel. Duchamp donne les pleins pouvoirs à l’artiste, décideur de ce qui est de l’art et de ce qui ne l’est pas. Il pensait que le regardeur fait le tableau. L’art contemporain, plus qu’un autre, exige une participation active du regardeur.

Octavio Paz : “L’intérêt des ready-made est moins plastique que critique ou philosophique.... il est une arme contre ce que nous trouvons valable, une critique active. ”

Marcel Duchamp : “Ce qui ne va pas en art dans ce pays aujourd’hui, et apparemment en France aussi, c’est qu’il n’y a pas d’esprit de révolte - pas d’idées nouvelles naissant chez les jeunes artistes... L’art est produit par une suite d’individus qui s’expriment personnellement ; ce n’est pas une question de progrès.” 1975.

“Qu’est-ce que le goût ? Une habitude. La répétition d’une chose déjà acceptée.” 1977.

méduses. Hélène Lagrange.

méduses. Hélène Lagrange.

III - LA TECHNIQUE. Le cellulaire, l’esclave et la greffe.

Une fois accomplis, les progrès techniques rendent difficiles et improbables les retours en arrière.

La technique se définit par l’ensemble des moyens mis en œuvre par les hommes pour s’affranchir des nécessités et des contraintes naturelles. Là où la nature oblige, la technique libère, elle recule les limites de la soumission aux puissances naturelles. À l’origine, la technique vise à permettre l’adaptation de l’homme à un milieu hostile. Dans un premier temps assurer la survie, puis rendre la vie plus agréable. Ensuite, besoins humains de communication. Chaque problème posé appelle une solution et induit les développements technologiques appropriés. L’histoire de l’humanité coïncide avec l’histoire des techniques. Quelquefois, les inventions déclenchent des révolutions de civilisation (feux, métaux, roue, délectricité, informatique, code génétique).

Mais une invention n’existe pas sans contrepoint négatif. Aujourd’hui, le monde de la technique s’oppose tellement à celui de la nature qu’on peut craindre une mise à mal de l’ordre naturel, mettant en danger la planète. D’où apparition de l’écologie en appelant au principe de précaution. De plus le fossé se creuse entre riches et pauvres : ceux qui disposent de la technologie de pointe et les autres qui n’ont même pas les moyens de la survie. La technique est un luxe de civilisation riche. En Occident, la technique mène à la paupérisation, chômage, raréfaction du travail, aliénation.

Il faut espérer un monde où la technologie serait au service des hommes.

Risques technologiques majeurs résultant du développement des industries chimiques ou du nucléaire.

Theodor Adorno : “L’affirmation selon laquelle les moyens de communication sont source d’isolement ne vaut pas seulement pour le domaine intellectuel... Le progrès sépare littéralement les hommes.... Les communications établissent l’uniformité parmi les hommes en les isolant.”

La possibilité technique oblige-t-elle à sa réalisation effective ? La seule faisabilité technologique donne-t-elle la mesure du faisable et de l’infaisable ? Morale, éthique, sens du bien et du mal ?

Les progrès considérables du génie génétique prend de vitesse toute réflexion.

Limites des manipulations génétiques ?

Les possibilités et les limites de la technique médicale supposent aussi une morale.

La brevetabilité du vivant ainsi que les organismes génétiquement modifiés font aussi problème. Piller le patrimoine végétal des pays pauvres pour le profit de quelques uns : la technique artificialise la planète, met à mort la nature au profit d’un seul pays riche ainsi dominateur.

Seule une politique éthique écologique et humaniste pourra éviter la transformation de la terre en champ de bataille pour de nouvelles guerres économiques.

Hans Jonas : maître à penser des défenseurs du principe de précaution, face aux périls écologiques, biologiques et technologiques de la modernité, formule une éthique de la responsabilité en invitant à agir seulement après avoir réfléchi aux conséquences de l’action immédiate dans le futur.

Esclaves modernes, de nombreux individus croupissent en victimes du capitalisme qui se caractérise par un usage de la technique exclusivement indexé sur le profit et la rentabilité. Subir ce processus, c’est être esclave : smicards, chômeurs, SDF, prostitués, enfants et adultes exploités. Passé le temps de la découverte, la technique permet aux plus forts de dominer les plus faibles, de l’âge des cavernes à celui d’Internet. La technique se met au service de ceux qui possèdent les moyens de production. Fabrication d’objets périssables destinés à faire circuler l’argent des consommateurs.

En utilisant la technologie à des fins humanistes et libertaires, et non inhumaines et libérales, on augmente le temps de loisir, on diminue le temps et la pénibilité du travail, on ne produit que les richesses nécessaires, on limite les stocks.

L’esclave d’aujourd’hui, c’est aussi l’individu privé de relations humaines, coupé du monde ou relié que par des réseaux de providence (aides humanitaires).

Là où la technique permet un progrès matériel, elle annonce souvent une régression morale. On ne peut prévoir ce que donneront ces énergies nouvellement libérées par la mise en réseau planétaire des initiatives privées et publiques. La quantité tue la qualité (livre, informations...).

Nietzsche (1844-1900) : “Pauvre, joyeux, indépendant ! tout cela est possible simultanément. Pauvre, joyeux et esclave, c’est aussi possible... Fi ! croire que l’on pourrait remédier par un salaire plus élevé à l’essentiel de leur détresse, je veux dire leur asservissement impersonnel ! ... Fi ! avoir un prix auquel on cesse d’être une personne pour devenir un rouage !... quelles énormes sommes de valeur intérieure (celle des hommes) sont gaspillées pour une fin aussi extérieure (celle des nations)... Qu’est devenue votre valeur intérieure sans un minimum de maîtrise de vous-mêmes ? Si vous n’avez plus foi en la liberté spirituelle de l’homme sans besoins ?

Paul Lafargue : “Au lieu de réagir contre cette aberration mentale (l’épuisement des forces vitales au travail), les prêtres, économistes, moralistes, ont sacro-sanctifié le travail... Dans la société capitaliste, le travail est la cause de toute dégénérescence intellectuelle... Si la classe ouvrière se soulevait non pour réclamer les Droits de l’homme (droits de l’exploitation capitaliste) ou le Droit au travail (droit à la misère), mais pour forger une loi d’airain, défendant à tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la Terre... sentirait bondir en elle un nouvel univers... Mais comment demander à un prolétariat corrompu par la morale capitaliste une résolution virile ?

André Gortz : “Le sens de l’actuelle révolution technique ne peut pas être de réhabiliter l’éthique du travail, l’identification au travail. Elle n’a de sens que si elle élargit le champ des activités non professionnelles dans lesquelles chacun puisse épanouir la part d’humanité qui, dans le travail technicisé, ne trouve pas d’emploi.”

Herbert Marcuse (1898 -1979) : “Dans les zones techniquement avancées de la civilisation, la conquête de la nature est pratiquement totale... Cependant, le développement du progrès semble être lié à l’intensification de la servitude... L’asservissement et la destruction de l’homme par l’homme les plus efficaces, s’installent au plus haut niveau de la civilisation, au moment où les réalisations matérielles et intellectuelles de l’humanité semblent permettre la création d’un monde réellement libre.”

Qu'est ce que l'homme ?
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H
:-)
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