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Une sociologie du bonheur...

7 Juillet 2014, 06:08am

Publié par pam

extraits de "Plaidoyer pour le bonheur" de Matthieu Ricard.

Chapitre XX - UNE SOCIOLOGIE DU BONHEUR.

Nous cherchons à déterminer les conditions qui favorisent le bonheur et celles qui l’entravent.

Au XX°, psychologie et psychiatrie se sont surtout occupées de décrire et de traiter les troubles psychologiques et les maladies mentales. Mais la science s’est peu interrogée sur la possibilité de passer d’une situation “normale” à un état de bien-être et de satisfaction accrus.

3 000 publications scientifiques sur le bonheur... 3 conclusions :

Nous avons une prédisposition génétique à être heureux ou malheureux : environ 50% de la tendance au bonheur peuvent être attribués aux gènes.

Les conditions extérieures et autres facteurs généraux (statut social, éducation, loisirs, richesse, sexe, âge, ethnie...) ont une influence circonstancielle mais n’expliquent que 10 à 15% des variations dans la satisfaction de vie.

On peut influencer considérablement l’expérience du bonheur et du malheur par sa manière d’être et de penser, par la façon dont on perçoit les événements de l’existence et dont on agit en conséquence.

Heureusement, car si la faculté d’être heureux était invariable, étudier le phénomène du bonheur et essayer d’être plus heureux n’aurait aucun sens !

Nombreux sont les philosophes qui se sont moqués de l’idée que le bonheur pouvait être bon pour la santé, favoriser la longévité et qu’on pouvait cultiver le bonheur. Ce sont pourtant des faits établis, le bonheur n’est pas une “niaiserie inutile” !!

Selon les chercheurs, les événements de la petite enfance n’ont qu’un effet mineur sur la personnalité adulte, beaucoup moins d’effet que les gènes.

Les dispositions à ressentir des émotions plaisantes ou déplaisantes semblent être gouvernées par des gènes différents. Pour la psy occidentale, l’émotivité plaisante inclut joie, plaisir, contentement, émerveillement, gratitude, affection, soulagement, intérêt, élévation, amour et enthousiasme, et l’émotivité déplaisante comprend colère, tristesse, angoisse, peur, dégoût, mépris et honte. L’émotivité déplaisante que l’on ressent dépend à 55% des gènes, l’émotivité plaisante qu’à 40%.

Une série d’expériences a montré chez des rats ayant eu une mère aimante et attentive, le gène de l’anxiété n’était pas exprimé et ce pour la vie. Cela est en accord avec le bouddhisme pour qui le jeune enfant a essentiellement besoin d’affection encore et toujours. Il est indéniable que le degré d’amour et de tendresse qu’on reçoit dans la petite enfance influence profondément notre vision de l’existence.

Parmi les traits fortement liés aux gènes certains sont peu modifiables (orientation sexuelle, poids moyen...), mais d’autres peuvent être considérablement modifiés par les conditions de vie et un entraînement mental (peur, pessimisme, bonheur...). L’entraînement mental peut augmenter notablement l’aptitude à l’altruisme, la compassion, la sérénité.

Nombreuses recherches consacrées au bonheur défini comme qualité de vie ou appréciation subjective que l’on a de la qualité de vie.

Les résultats montrent qu’une proportion plus importante de gens se disent heureux dans les pays économiquement prospères. Mais dans ces pays, au delà d’un certain seuil de richesse, le niveau de satisfaction ne s’accroît pas même si les revenus augmentent encore. Problème des “pauvres heureux” qui sont plus gais et insouciants que bien des riches stressés. Nombre de ces pauvres ont abandonné l’espoir de voir évoluer leur statut social et financier et ne ne sont donc pas anxieux à ce sujet. Ceux qui n’ont presque rien seraient sans doute heureux d’en avoir davantage, mais tant qu’ils peuvent manger à leur faim et que l’absence de richesse ne les obsède pas, le fait de ne posséder que très peu de choses va de pair avec une forme de liberté sans soucis.

Diogène à Alexandre : “je suis plus grand que toi, Seigneur, car j’ai dédaigné plus que tu n’as possédé”.

Le sentiment de bonheur est plus élevé dans les pays qui garantissent davantage de sécurité, d’autonomie et de liberté, d’accès à l’éducation et à l’information et bien sûr de paix. Le bonheur augmente avec l’implication sociale, la participation à des organisations bénévoles, la pratique du sport, de la musique, d’activités. Il est lié à la présence et la qualité des relations privées. Il semble lié à l’emploi, la bonne santé, l’énergie, les loisirs, mais pas au climat. Plus le pays est moderne, plus heureux sont les citoyens. Mais la dépression est 10 fois plus fréquente dans les pays développé qu’en 1960. Les suicides augmentent.

Martin Seligman : “Une culture qui se construit sur une estime de soi excessive adopte la tendance exacerbée à s’ériger en victime au moindre préjudice et encourage l’individualisme chronique, qui a sans doute contribué à cette épidémie”.

Un bouddhiste ajoutera que c’est sans doute aussi le fait de consacrer la plus grande partie de son temps à des activités et des buts extérieurs qui n’ont jamais de fin, au lieu d’apprendre à jouir de l’instant présent, de la compagnie de ceux qui nous sont chers, de la sérénité d’un paysage, et surtout, de l’épanouissement de la paix intérieure qui confère une qualité différente à chaque moment de la vie.

L’excitation et le plaisir occasionnés par la multiplication et l’intensification des stimulations sensorielles ne peuvent pas remplacer cette paix intérieure et la joie de vivre qu’elle engendre. Les excès ont pour but de secouer notre apathie, mais ne font que produire une fatigue nerveuse doublée d’une insatisfaction chronique.

Ce dégoût de la vie vient d’une totale ignorance ou d’un mépris de notre richesse intérieure. D’un refus de regarder en soi et de comprendre que c’est en cultivant la sérénité pour soi et la bonté envers les autres que l’on pourra respirer cet oxygène qu’est la joie de vivre.

L’”intelligence émotionnelle” différencie de façon significative les gens heureux des malheureux. Notion de Daniel Goleman, est définie par la faculté de percevoir avec justesse les sentiments des autres et d’en tenir compte, faculté d’identifier lucidement et rapidement nos propres émotions.

K. Magnus : le bonheur va de pair avec la capacité de s’affirmer, avec l’extraversion et l’empathie : les gens heureux sont en général ouverts au monde. Les malheureux ont tendance à se croire les jouets du destin. Plus on maîtrise son environnement, plus on est heureux. Les extravertis vivent plus d’évènements positifs que les autres, les névrosés davantage d’expériences négatives que les stables. On peut donc bien “attirer les ennuis” ou “avoir la poisse”.

Les personnes pratiquant une religion sont plus heureuses et vivent plus longtemps : sociabilisation accrue, entraide, morale évitant les excès, espoir, sentiment d’être protégé, favorise un but dans l’existence.

Peu d’influence de la santé , ainsi que de la richesse et de la beauté, sur le bonheur.

Tout dépend des buts que l’on se fixe dans l’existence.

Les gens heureux vivent plus longtemps.

Le problème de ces corrélations c’est qu’on ne sait pas si elles sont causes ou conséquences. On parle des conditions extérieures, peu des conditions intérieures du bonheur.

Cavalli-Sforza : “Les États contemporains ne considèrent pas que c’est leur rôle de faire le bonheur des concitoyens, ils s’occupent plutôt de garantir leur sécurité et leur propriété.”

Chercher le bonheur dans la simple amélioration des conditions extérieures revient à moudre du sable en espérant en extraire de l’huile. Le bonheur est en soi.

Une sociologie du bonheur...
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