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décroissance et empreinte écologique

31 Août 2014, 06:24am

Publié par pam

Pollution : ma planète va craquer28/08/2014 | 09h56

Les inrocks article de Jean-Marie Durand.

Pollution en Chine (Reuters)

Dans un essai très personnel et très documenté, “Je crise climatique, la planète, ma chaudière et moi”, la journaliste de Médiapart Jade Lindgaard questionne le mystère d’un aveuglement collectif face à la crise environnementale. Une réflexion salutaire et enlevée sur une question qui nous concerne tous, au quotidien.

En dépit d’un savoir largement étayé sur les causes du dérèglement climatique, en dépit de nombreux rapports officiels, d’études argumentées, d’une prise de conscience mondiale partagée, de cris d’alarme répétés depuis des années…, la crise environnementale s’aggrave.

Nous produisons toujours plus de déchets, de rejets de CO2, d’autoroutes, d’aéroports, de grandes surfaces… La destruction de la planète semble plus que jamais souveraine, comme une dette dont nous portons tous aveuglément le poids. En s’en moquant, finalement, trop préoccupés que nous sommes par l’horizon à court terme de notre confort quotidien (bien se chauffer, se déplacer vite, consommer beaucoup…).

Cécité généralisée

Comment comprendre cette insensibilité collective à l’impact de nos vies sur l’environnement ? La journaliste Jade Lindgaard, spécialiste à Médiapart des questions écologiques, fait de cette question l’objet d’une enquête circonstanciée, nourrie de ses informations accumulées au fil de nombreux reportages effectués ces cinq dernières années autant que de ses interrogations plus personnelles.

Très habilement, elle entrelace données objectives et réflexions circonspectes sur la cécité généralisée, y compris chez certains de ses proches avec lesquels les malentendus créent des clivages absurdes. Car chacun peut au moins admettre une évidence : par nos industries, notre mondialisation, notre consommation, nos habitudes…, nous modifions la réalité géophysique de notre planète.

“Nous sommes collectivement devenus une force géologique”, observe l’auteur, qui dépasse le cadre de son effarement face aux “psychopathes” de la pollution et de la dépense énergétique pour prendre raisonnablement la mesure d’un mystère irrésolu : que peut-on faire, seuls, du savoir imparable sur le changement climatique ? Ne plus prendre l’avion ? Ne plus manger de viande ? Abattre tous les bovins pour endiguer les rejets de méthane ?… S’il n’y a pas “de simples solutions”, admet-elle, Jade Lindgaard déconstruit surtout la logique morbide “d’un système de pensée et d’affects, d’une idéologie qui a enfermé l’individu en lui-même, qui a perdu tout sens du commun et de la solidarité”.

La politique des “petits gestes”

Or, il faut penser autrement, c’est-à-dire valoriser l’attention au monde, la sobriété énergétique, “faire de la place au public dans notre intimité”, se transporter d’un monde individuel à un monde commun ; “il faut nous déprivatiser”, c’est-à-dire s’extraire de la gangue néolibérale. Sortir de la bulle cotonneuse de son “égo climat” exige au minimum une politique des “petits gestes”, à la fois insuffisante, vu la dimension des problèmes, et nécessaire, vu l’absence de cadre général d’action. Ce n’est pas parce que la réforme par le bas échoue en partie qu’il faut y renoncer totalement.

“Si l’on se contente des petits gestes, c’est catastrophique : rien n’empêchera l’épuisement des ressources naturelles et notre bonne conscience deviendra une imposture. Pour autant, en ignorer la puissance de transformation personnelle est idiot”.

Jade Lindgaard salue les progrès de la culture du “faire soi-même”, des contraintes auto-appliquées : “manger ses restes, composter ses déchets organiques, cesser de manger de la viande à cause des pollutions causées par l’élevage et de son énorme consommation d’eau… fabrique de la société, en développant une culture alternative au consumérisme passif et à la dépendance industrielle”.

Ces quelques “graines de dissidence” ne suffiront probablement pas à neutraliser les dérives de notre culture consumériste que l’auteur cartographie impeccablement à travers un état des lieux affligeant de nos modes de vie, surtout lorsqu’ils sont dépendants de modes de chauffage domestique (chaudières à gaz) et de transports (avion, voiture), tous très polluants, de modes de consommation (la place abusive des hypermarchés, sans parler même de notre dépendance numérique, dont l’impact sur l’écosystème est énorme (nous dépensons plus d’énergie pour transporter des données électroniques que pour nous déplacer nous-mêmes !).

“Agir sur soi pour ne pas rester seul”

Tout en critiquant l’insuffisance des politiques publiques, Jade Lindgaard nous met surtout face nos responsabilités individuelles, dont l’association cumulative conduit à une vraie responsabilité collective. Sans disculper les Etats et les industriels, elle souligne qu’ils ne peuvent pas être les seuls acteurs impliqués et incriminés.

L’environnement est l’affaire de tous, à condition de le savoir et de le vouloir. Alors, que faire, sinon au minimum ajuster ses gestes quotidiens à la prise de conscience du dérèglement climatique ? Plus qu’une politique parfaitement dessinée dans ses types d’intervention, c’est à une action “infra-politique” que l’auteur nous invite, au cœur de notre existence enfin éveillée à la présence des périls. “Agir sur soi pour ne pas rester seul” : un programme de vie préférant au sens commun le sens du commun.

Je crise climatique, la planète, ma chaudière et moi de Jade Lindgaard (La Découverte, 240 p, 17 €, sortie le 28 août)

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