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"Réflexions d'un médecin bouddhiste" fiche de lecture suite...

8 Août 2014, 07:45am

Publié par pam

RÉFLEXIONS D’UN MÉDECIN BOUDDHISTE À L’USAGE DES SOIGNANTS ET DES SOIGNÉS.

Dr. Daniel Chevassut. Éditions Sully. 2007.

CHAPITRE 1.

“Nous sommes ce que nous expérimentons et nous expérimentons ce que nous sommes.”

Lama Denys Teundroup.

Les événements et circonstances que nous rencontrons dans notre existence exercent une influence indéniable, sur notre constitution, et sur la manière dont nous appréhendons le monde.

On ne devient pas médecin par hasard. Se poser la question de la souffrance et s’engager sérieusement sur une voie spirituelle sont le fruit d’un cheminement, et d’une sensibilité, assez mûre pour prendre le risque d’être blessée. Car à moins d’être vraiment touché, on ne se pose pas véritablement de questions, ou pas les vraies questions.

- L’INFLUENCE DE LA TERRE MÈRE.

On peut se demander dans quelle mesure le lieu où l’on naît exerce ou non une influence sur notre vie : nourritures matérielles et spirituelles, terre, air qu’on respire, saveurs, parfums, sons, couleurs, êtres qui y vivent. Quelque chose au départ est déjà scellé.

Mon apprentissage de la solitude et cette aptitude à ressentir plus qu’à analyser me sont utiles comme médecin, et aussi comme aspirant spirituel. Dans ma vision d’enfant, j’avais déjà perçu le jeu de l’égocentrisme, la puissance de l’aveuglement et leurs conséquences dramatiques sur les êtres, avant-goût de l’équanimité bouddhiste.

Le sous-développement le plus grave n’est pas tant celui du matériel et de l’avoir que celui de l’être. Le délabrement progressif de la planète et la souffrance qui en résulte nous amèneront peut-être à le réaliser plus tôt que prévu.

Parler à ses parents avant leur mort : la fin de l’existence n’est plus le moment des conflits, mais celui de la réconciliation et de la paix.

“La nature nous aide à être nous-mêmes, à traverser les changements majeurs et les situations où notre vie est en jeu. Elle apporte la magie et le rire.” Sobonfu Somé.

L’être humain ne réalise pas à quel point sa propre survie dépend de l’amour et du respect qu’il porte à la planète. Tout le monde le ressent plus ou moins, mais peu le réalisent vraiment. La nature et les éléments ont ce pouvoir extraordinaire de procurer des expériences de ravissement, où l’on s’oublie, où ce qui est superficiel en nous disparaît pour laisser place à notre vraie nature, la plus profonde.

Mircea Eliade : “Je crois que l’élément essentiel de la condition humaine est le sens du sacré.”

Si nous voulons que s’installe l’harmonie entre l’homme et son environnement, et aussi simplement survivre sur cette terre, nous devons retrouver, par un important travail sur nous-mêmes cette réalité sacrée qui vit en chacun de nous.

Nous devons préserver à tout prix un système de vie interdépendant qui doit rester intact si chacun veut continuer à exister. Seule solution pour sortir de l’impasse.

“Quand les êtres humains perdent le contact avec la nature, avec le ciel et la terre, ils ne sont plus capables de nourrir leur environnement, ni - ce qui revient au même - de gouverner leur monde ; ils détruisent leur écologie en même temps qu’ils se détruisent entre eux. Dans cette optique, la guérison de notre société doit s’effectuer de concert avec la guérison de notre lien personnel et élémentaire avec le monde phénoménal.” Chögyam Trungpa in “Shambhala, la voie sacrée du guerrier”.

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- L’INFLUENCE DES ANCÊTRES.

Retenir de la transmission et de l’apport de nos parents et grands-parents ce qui a été positif en ressentant pour eux une vraie gratitude, même si les relations n’ont pas toujours été ce qu’elles auraient dû être. Devoir de gratitude ?

Capacité à être moi-même, en accord avec mon ressenti et mes idées, même si ceux-ci s’avéraient être en décalage, ou en désaccord avec l’entourage.

Aujourd’hui, plus que jamais, l’importance de l’énergie féminine dans le monde doit être considérée à sa juste valeur : c’est une énergie cachée, terriblement puissante, dont la femme elle-même n’est pas toujours consciente. C’est l’énergie de la Vie qui est présente et c’est parfois la fonction de certains hommes de la leur révéler. C’est probablement le pressentiment de cette puissance qui peut aussi inconsciemment faire peur au sexe masculin. André Breton appelait cette puissance mystérieuse le noyau de nuit.

Dans les temps anciens et dans certains pays, la femme qui portait un enfant était sacralisée. Elle était porteuse de vie et consciente de l’importance de ses états d’âmes sur la vie future de son bébé.

La mort étant l’opposé de la naissance, les connaissances issues de la pratique des soins palliatifs doivent venir compléter celles de la gynécologie-obstétrique. Et réciproquement.

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- LA MALADIE COMME MAÎTRE.

Mourir est une succession de deuils à vivre : on fait le deuil de sa santé, puis de sa vitalité et de son indépendance, ce qui amène à réfléchir à la question de la vulnérabilité. Puis deuil de ses identifications (sociale, familiale) ; dans la vie, c’est l’autre qui vous confère votre statut, l’autre qui vous indique le rôle qu’il convient de jouer au bon moment. L’image de soi change, la maladie transforme. Tout cela abouti progressivement à une dépression réactionnelle avec une douleur morale profonde.

Puis quelque chose en soi cède, on accepte de mourir. Pas résignation mais acceptation du corps et de l’esprit. Cet état s’accompagne d’une paix indescriptible, à l’origine pour moi de ma quête spirituelle.

Changements psychologiques : comment expérimenter une douleur physique intense et en même temps être intérieurement en paix ? Et aussi changement de notre relation au monde et à l’environnement. Plus grande transparence et plus grande acuité de perception. Plus grande aptitude à communiquer avec la nature, plantes, animaux. Plus le degré de connaissance spirituelle s’affine, plus le rapport avec le monde naturel s’élabore.

Poème persan : “La Vie est dormante dans le minéral, rêve dans la plante, se réveille dans l’animal et devient consciente d’elle-même dans l’homme.”

Graf Dürckheim, philosophe : “À condition que l’homme comprenne à quoi il a affaire, la grande expérience est un tournant et un bouleversement. Elle induit une transformation de l’attitude globale envers la vie.”

Cette maladie fut un élément déterminant dans ma quête spirituelle. Elle m’aide à mieux ressentir ce que l’autre peut éprouver et à ne jamais oublier la compassion ni l’enfer psychologique que l’on peut parfois expérimenter quand on s’apprête à quitter ce monde ou lorsqu’on est atteint d’une maladie sévère, longue et invalidante.

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