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esprit de solitude...

11 Octobre 2014, 06:05am

Publié par pam

extraits de "Esprit de solitude" de Jacqueline Kelen.

VIII - UN GRAND RETIREMENT.

La voie solitaire est universellement désignée comme noblesse et liberté de l’individu, approche de la divinité ou du vide, maîtrise et détachement à l’égard du temporel. La solitude fait le pont entre domaine social où nous vivons et domaine spirituel, qui rend l’homme attentif à ses frères et ouvert à une transcendance.

Diogène dit : “Est riche parmi les hommes celui qui se suffit à lui-même”.

Épicure insiste sur “l'autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse.”

Ces exemples de la sagesse grecque représentent moins une apologie du dénuement qu’une recherche de liberté totale. Ils invitent chacun à dépendre le moins possible des circonstances extérieures et à s’ancrer en soi. C’est aussi une façon de savourer le présent, sans se plaindre, sans être suspendu à l’avenir. La solitude n’est pas misanthropie, la compagnie des autres n’est pas fuite de soi, on peut alterner les deux états pour un meilleur équilibre.

Souvent les ermites sont des contestataires, des pionniers, des êtres assoiffés de perfection. Le désert apprend l’humilité, et fait prendre conscience de la fragilité humaine et de la perdition qu’est l’absence de sacré. Seuls avec le réel, la vérité.

Toute solitude est hantée de présences et de signes, on devient attentif à tout.

Derrière l’ascétisme, le dénuement visible, il y a des moments d’exaltation intérieure, de multiples joies. Plus rien n’est ordinaire, tout devient précieux. Le solitaire fraternise avec tout le monde du vivant au lieu de se limiter aux hommes. Un être humain qui rayonne l’amour et la bienveillance pacifie tout autour de lui. La vie solitaire mène à l’état d’ouverture.

Préférer l’absolu de l’absence à une présence approximative.

Vérité paradoxale : je suis toujours plus seul que je le crois, et bien moins seul que je ne pense.

Les joies de la solitude font de nos plaisirs terrestres d’illusoires compensations à un manque essentiel et ineffable.

Les solitaires se comprennent vite, ayant approché l’essentiel, ils ne vont pas discuter sur des broutilles ni perdre leur temps à des choses insignifiantes. Ils ne vont pas non plus s’affronter, faire valoir leur vérité ni défendre une image de soi, parce que la solitude leur a montré leur ignorance et leur pauvreté extrêmes en même temps qu’elle les a nourris du grand silence de l’amour.

Il n’y a pas de spiritualité de groupe.

L’état acquis par le solitaire est un affranchissement du monde des contingences et de l’éphémère, aussi peut-il se vivre hors des religions et des formes.

Tant que nous sommes dépendants du monde, nous nous efforçons par conscience morale d’avoir de la rectitude, de mettre de la cohérence entre nos pensées et nos actes, de trouver un accord avec les autres.

esprit de solitude...

IX - DE L’EXIL À L’ABSOLU.

Le pèlerin se sent étranger sur terre et entreprend le voyage vers sa véritable patrie, tandis que la plupart des hommes aménagent leur prison ou en jouissent.

L’esseulement cache un grand secret d’amour, mais il n’est pas pour autant léger à vivre. Il enjoint de se dépouiller entièrement de soi, de s’affranchir de toute satisfaction et de toute consolation, de parvenir à un état de parfait dénuement...

L’être humain est appelé à devenir un être spirituel, pas un maître spirituel...

Tout être profondément solitaire porte en lui une immense soif d’absolu, et sa solitude n’étanche pas cette soif, au contraire.

Dans toute société, le solitaire est celui qui empêche de tourner en rond, qui empêche de s’endormir les gens si satisfaits. Il porte sa soif démesurée au cœur d’un monde tiède, repu ou cuirassé. Sa solitude est une blessure autant qu’une épée, fort déplaisante. Toute solitude est une voix qui crie ou une voix qui se tait dans le désert des hommes. Elle n’annonce pas une destruction ni un malheur, elle invite à entendre ce qui ne passe pas, elle ouvre la porte du mystère.

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H
C'est un beau texte. Merci de faire connaitre cet auteur que je découvre.
Bise
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