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Vérité et politique...

7 Janvier 2015, 08:09am

Publié par pam

extraits de "Antimanuel de philosophie" de Michel Onfray :

9 - LA VÉRITÉ. Le politicien, le menteur et le cannabis.

Pourquoi honorer le devoir de vérité par la certitude de faire du mal ?

L’idéal est de ne pas se mettre dans la situation d’avoir à mentir, d’éviter l’action que vous vous sentirez obligé de cacher. Prévenir pour éviter de guérir. On peut aussi ne rien dire, sans qu’il soit besoin de mentir (refusé par les chrétiens : péché par omission). Le mensonge peut être un mal nécessaire. La vérité c’est la coïncidence entre l’être et le dire, entre une affirmation et l’état réel d’une chose, d’un fait, d’un geste, d’une parole. Est vrai ce qui a eu lieu.

Vérité rarement bonne à dire. La vie quotidienne se réduit à un genre de mensonge par omission.

Le mensonge rend impossible, et définitivement, la confiance nécessaire à la relation éthique. Chacun a droit à la vérité et il est un devoir de la donner pour celui qui en dispose. Chacun constate ne pas devoir forcément la vérité à tout le monde. Nécessité de distinguer le mensonge pour nuire, celui qui vise une tromperie destinée à soumettre l’autre, à l’éviter, à le mépriser, et le mensonge pour servir, qu’on commet pour épargner peine et douleur à une personne aimée.

On voit mal comment un homme décidé à sacrifier sa vie à la vérité pourrait faire une carrière politique. Comment parvenir au pouvoir, et une fois parvenu au sommet, s’y maintenir ?

Réponse : tous les moyens sont bons. Machiavélisme : art d’évacuer intégralement la morale pour réduire la politique à de purs problèmes de force : la fin justifie les moyens. Dans cette perspective, le mensonge fournit une arme redoutable et efficace.

L’accès au pouvoir suppose la démagogie = mensonge au peuple. Au lieu du souci de l’intérêt général que la fonction appelle, le politicien cherche bien souvent l’assentiment du plus grand nombre (51%!… des votants…) et pour l’obtenir il flatte, séduit, promet sans intention de tenir, et affirme ensuite que ses promesses n’engagent que ceux qui y ont cru.... Il ment aussi sur l’adversaire à discréditer. Il cache aussi ses zones d’ombre. Et il prétend présenter un projet pour le destin de la France alors qu’il a été concocté par des cabinets de conseillers en communication pour correspondre au profil du meilleur produit vendable. Toujours la volonté particulière triomphe au détriment de l’intérêt général.

La fonction politique oblige à un mensonge particulier caractérisé par une pratique sophiste. Les sophistes étaient des ennemis de Platon. Pour eux, l’essentiel réside dans la forme, jamais dans le fond. Ancêtres des publicitaires, aucune considération pour les idées véhiculées mais véhiculons et chèrement payés. Pour un sophiste, la vérité réside dans l’efficacité. Est vrai ce qui parvient à ses fins et produit ses effets. Est faux tout ce qui manque son but.

L’art politique est un art de la sophistique, donc du mensonge. Pour dissimuler cette évidence, les théoriciens du droit ont même forgé le concept de raison d’État qui permet de tout justifier, d’entretenir le silence, de classer des affaires secrets défense ou secrets d’État, de négocier avec des terroristes ou des États sanguinaires, de vendre des armes à des pays ennemis des Droits de l’Homme, mais amis quand ils paient.

La raison d’État prouve que l’État existe rarement pour les individus mais que les individus n’existent que pour le servir et qu’en cas de refus d’obéissance il dispose, tout puissant, de moyens de contrainte : police, tribunaux, armée, droit, loi.

Sachez-le, ne l’oubliez pas, et votez si le cœur vous en dit...

Haschich en vente libre à Amsterdam, interdit ici :

Preuve est faite qu’une frontière décide du juste et de l’injuste, du bien et du mal, du permis et du prohibé. Il n’existe donc pas une vérité universelle, commune à tous les peuples, du moins pas tant qu’un État universel n’est pas promulgué et que subsistent des vérités locales, subjectives, propres à des communautés limitées dans le temps et l’espace. La vérité définirait la proposition admise par le plus grand nombre à un moment donné de l’histoire et en un lieu précis. L’ensemble de ces vérités étant sujet à repentir, amendement et modification.

Pourtant, il existe des défenseurs de la vérité absolue, les platoniciens, pour lesquels il existe dans un monde intelligible et hors du temps, un monde des Idées pures. Évidemment, le christianisme s’est nourri de cette pensée pour mieux réfuter la diversité, l’explosion des visions du monde et ramasser sa proposition philosophique pour en faire un corps de doctrine se présentant comme la vérité : “Je suis la Vérité et la Vie” dit le Christ. Pour un chrétien, le temps qui passe, l’histoire et les changements, l’évolution et le progrès n’ont aucune incidence sur la Vérité révélée à laquelle ils sacrifient. Défenseurs de Platon et du Christ croient à la même universalité de la Vérité et à sa permanence en dehors des péripéties historiques.

L’inconvénient, c’est que les chrétiens se sont souvent et beaucoup trompés : géocentrisme (la Terre est au centre du système solaire) par exemple : il a fallu attendre 30 ans après qu’un homme ait mis le pied sur la Lune pour que Jean-Paul II reconnaisse que le soleil est au centre du système.

Vérité issue de la croyance et de la foi contre vérité procédant de la raison et de l’observation : le choc est rude. Car les vérités différentes et successives montrent des opinions changeantes, des certitudes rarement immuables mais occasionnelles et relatives à des conditions historiques. La vérité est singulière et non universelle, relative et non absolue. Est vrai ce qu’une époque énonce comme tel jusqu’à preuve du contraire. En dehors de quelques vérités irréfutables il n’existe que du changement. D’où la validité du perspectivisme (la vérité n’existe pas, seules existent des perspectives) sinon sa vérité. Là où je suis, je ne vois qu’une partie de ce qui m’apparaît. D’où une condamnation à ne saisir qu’une réalité fragmentée, mutilée. La vérité supposerait une saisie globale, intégrale du monde et de sa constitution dans le détail.

Que faut-il en conclure ? Non pas que nulle vérité n’existe, ce qui serait donner des arguments au nihilisme, révisionnisme, négationnisme qui mettent en doute l’existence véritable de faits historiques avérés afin de poursuivre un dessein politique dangereux, mais qu’une vérité n’est qu’un instantané.

Alain : “Le mensonge consiste à tromper, sur ce qu’on sait être vrai, une personne à qui l’on doit cette vérité-là. Le mensonge est donc un abus de confiance ; il suppose qu’au moins implicitement on a promis de dire la vérité.”

Vérité et politique...

La tâche de la philo selon Nietzsche : “Nuire à la bêtise”.

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