Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Futur OU croissance ?

17 Février 2015, 09:37am

Publié par Christiane Kliemann Nicolas Casaux

Soyons honnêtes: Nous devons choisir entre notre économie et notre futur! (Christiane Kliemann)

LePartage 13 février 2015

Environnement / Écologie

capitalisme, climat, croissance, écologie, économie,environnement

Article initialement publié en anglais sur le site du Guardian, en date du 23 janvier 2015.

Christiane Kliemann est une journaliste allemande, en Freelance qui écrit pour différents médias, dont le Guardian. Les sujets qu’elle aborde le plus souvent sont l’après-croissance, les alternatives économiques, et les changements sociétaux. Elle est membre de l‘organisation internationale pour la décroissance.

Oubliez Davos. L’heure est venue de créer un mouvement social qui mette la pression aux gouvernements et aux entreprises afin que la priorité soit mise sur la qualité de vie plutôt que sur la croissance économique.

La nouvelle année début à peine et nous sommes déjà submergés par des nouvelles horribles: deux nouveaux rapports ont accumulés des preuves du risque que l’activité économique humaine fait peser sur la vie terrestre, et un autre nous a stupéfait en expliquant que les 85 personnes les plus riches de la planète possédaient autant que les 50% les plus pauvres – et que le fossé se creusait en permanence. Sans parler des attaques de Charlie Hebdo, des guerres en cour au Moyen-Orient et en Ukraine, et de la situation catastrophique des réfugiés.

Parallèlement, beaucoup d’efforts sont faits pour nous assurer que la croissance économique et que l’économie capitaliste sont essentiels pour résoudre ce que certains appellent « la crise de civilisation ».

La croissance est le mot clé perpétuel du forum économique mondial – de cette année comme des autres. Les représentants nous assurent que leurs propres profits sont vitaux pour la sauvegarde de l’humanité, tandis que nous, les gens ordinaires, continuons avec notre routine: nous conduisons jovialement nos voitures, nous réservons nos vols pour nos prochaines vacances et élevons nos enfants comme nous l’avons toujours fait.

Il semble que nous souffrions de déni collectif vis-à-vis des implications menaçantes de la réalité. Nous croyons toujours en cette vieille litanie, comme quoi la croissance et la compétition sont des bonnes choses, comme quoi la technologie et les experts répareront tout et comme quoi le capitalisme est la victoire ultime de l’histoire. Les limites écologiques et les inégalités sociales croissantes, mais aussi la violence des fondamentalistes de tous bords en augmentation nous indiquent qu’il est grand temps de mettre en place une nouvelle économie et une nouvelle structure sociale. Une économie essentiellement basée sur la compétition continuera à perpétuer la violence et la haine.

[A ce propos la présentation de Naomi Klein lors des conférences Bioneers 2014 est extrêmement intéressante!!]:

Recherché: nouveau projet économique

Avant qu’un nouveau projet – la décroissance par exemple – puissent prendre racine, nous devons accepter qu’il ne reste plus que des options radicales. Nous devons choisir entre notre économie et notre futur.

Aujourd’hui même, la décroissance attire de plus en plus de monde, comme la quatrième conférence internationale sur la décroissance et pour la soutenabilité écologique et l’équité sociale, de l’an dernier à Leipzig, nous le prouve.

Elle englobe bien des aspects communs à un certain nombre d’initiative populaires sociales et écologiques à travers la planète:

  • Intégrer les problèmes sociaux et écologiques au lieu de les mettre en concurrence.
  • Remplacer la croissance économique par une idée holistique de bien-être
  • Se détourner de la production qui surexploite les ressources et de l’agriculture industrielle
  • Instaurer une démocratie réellement participative et la co-création
  • Préférer les petites solutions décentralisées avec retours rapides, relocaliser l’économie et décentraliser
  • Favoriser l’autonomie et la résilience
  • Créer des lieux de vies résilients plutôt que des emplois instables dans des chaines logistiques mondialisées

Dans les cercles proches du « mainstream », j’ai pu personnellement observer que critiquer la dépendance à la croissance économique et appeler à une transformation socio-écologique de l’économie était bien accueilli par beaucoup.

Le doute et l’hésitation naissent de l’impression répandue comme quoi transformer le système serait irréaliste, vu les puissants intérêts des élites. Les gens ordinaires se sentent plutôt sujets, plutôt que maitres, de leurs circonstances. Afin que la perspective d’une société de décroissance soit acceptée largement comme réaliste, nous devons accepter les points suivants:

  • Croissance et stabilité climatique sont incompatibles
  • La croissance perpétuelle n’augmente pas la prospérité
  • La croissance va de toute façon bientôt toucher à sa fin
  • Après un certain point, les coûts écologiques et sociaux du maintien de la croissance sont inacceptables
  • Les schémas de croissance et de consommation occidentaux sont de plus en plus réprouvés dans l’hémisphère Sud
  • Les « retombées économiques » n’existent pas
  • La « croissance verte » n’existe pas non plus
  • La décroissance ne signifie pas moins, mais différemment, c’est-à-dire répondre aux besoins de chacun de manière plus soutenable et équitable en utilisant moins de ressources
  • La décroissance n’est pas contre l’innovation technologique, mais requiert son administration démocratique et basée sur le principe de précaution

La marche pour le climat du 21 septembre 2014 à New-York!

Il est temps de créer un mouvement social mondial

En dépit de ce que les intérêts des corporations disent, nous pouvons tous comprendre qu’une bonne vie ne requiert pas plus de traffic, des maisons plus grandes, et plus de gaspillage. On ne peut pas comparer les bénéfices de « plus de trucs » alors que nos écosystèmes sont menacés et que cela entraine de la pauvreté extrême à certains endroits du globe.

Une bonne vie requiert que les besoins fondamentaux de tous soient sécurisés: nourriture, toit, affection, loisirs, protections, compréhension, santé, participation, création et liberté. Toutes ces conditions dépendent d’une planète saine.

Si nous prenons les valeurs occidentales – dont nous parlons sans cesse – au sérieux, il ne fait aucun doute que nous devons changer nos modes de vies et nous assurer que valeurs viennent avant les corporations et le profit.

Il est grand temps d’esquisser un vaste mouvement social qui mettrait la pression sur les gouvernements et le monde du commerce afin de modifier les productions et la consommation au bénéfice de tous. Nous voulons la coopération au lieu de la compétition, le bien commun au lieu de l’intérêt des corporations, la solidarité au lieu de l’avarice, des relations sociales fortes au lieu d’une consommation insensée, une gestion intelligente des ressources au lieu d’un extractivisme et la compassion au lieu de l’indifférence. Nous voulons moins de trafic, moins de méga-projets et plus de règles basées sur les communautés.

Il est grand temps de prendre en main notre futur et de réaliser que notre système économique actuel fait partie du problème et ne peut donc faire partie de la solution.

Christiane Kliemann

Traduction: Nicolas CASAUX

Futur OU croissance ?

Commenter cet article