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rêves, questions, injustice et solitude....

22 Février 2015, 08:59am

Publié par pam

Je me suis rendue compte à force d'années passées, que je ne savais pas poser des questions, impression d'arracher les vers du nez à l'interlocuteur, pas envie de faire aux autres ce que je déteste qu'on me fasse, ce qui à moi fait mal…

Poser une question… indiscrétion ? pieds dans le plat ?

Cherchant des réponses, je me rends compte qu'enfant j'avais tant de questions, que je devais en être pénible.

Mon père au travail, ma mère au travail mais à domicile, débordée, excédée, peu patiente, pousse toi de là, toujours dans mes jambes, j'ordonne tu obéis, les adultes savent les enfants écoutent et obéissent…

rêves, questions, injustice et solitude....

Et des questions j'en avais tant et tant… l'immensité de l'infini, juste le mot, infiniment grand et infiniment petit, jusqu'où ? à l'infini. Maman, je ne peux pas dormir : c'est facile, ferme les yeux et ne penses à rien. Et moi, au fond de mon petit lit, je tentais de ne penser à RIEN et je pensais à RIEN pendant des heures. Le mot, les lettres, c'est quoi rien, il y a toujours quelque chose, R I E N rien, compte les moutons. Jusqu'à l'infini ? 

Si la terre tourne pourquoi est-ce que je ne le vois pas ? 

S'il ne faut pas mettre des choses dans les prises électriques dis-moi pourquoi ? parce que. Péremptoire, excédée, lassée, Pousse toi, vas dans ta chambre. Une épingle à chignon qui traine, expérience, oui l'électricité ça fait mal, un peu comme une brulure qui pique. Je sais maintenant, inutile de renouveler l'expérience. Enfin si, dans un champ, une clôture électrique : pas cap de la toucher ! moi cap bien entendu, non mais il m'a regardé celui-là avec ses certitudes anti-féministes ? Je touche, ça picote, quasi rien. Et là le couillon m'attrape l'autre bras, et j'apprends ce qu'est la conductibilité. Là ça secoue… Ne jamais approcher une clôture électrique tout en étant à proximité d'un garçon. Se méfier des garçons. Ils sont tout mielleux, protecteurs, grands frères dans l'âme. Et quand une fille veut les imiter ou pire rivaliser : je vais plus vite que toi, je saute plus haut, j'ose plus que toi. Alors là ça devient méchant et ça sort les muscles et les crocs. Inutile d'aller pleurer dans les jupes de ma mère : c'est bien fait, tu n'as qu'à jouer avec les filles, regarde tes cousines, toutes propres, toutes sages, toutes douces, toutes calmes et bien coiffées. Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça, regarde l'état de tes chaussettes, de ton  pull, va te coiffer, va te débarbouiller. Et ce n'est pas la peine de soupirer, privée de dessert, et je t'interdis d'aller jouer dehors, et arrête de poser des questions, va mettre la table.

À 4 ou 5 ans, un dimanche après-midi chez mon grand-père, les femmes dans la cuisine font la vaisselle, les hommes sont sortis essayer la dernière bagnole, mon grand-père apprend à mon grand cousin à jouer aux échecs. Je m'ennuie, pas envie de jouer à la poupée avec les cousines. Grand-papa je veux apprendre moi aussi. Ce n'est pas un jeu pour les filles.

Silence.

Pas de questions, pas la peine. Juste un petit vélo qui se déclenche dans la tête : ah bon, il y a des trucs réservés aux garçons ? déjà que je n'ai pas le droit de crier, de sauter, de jouer aux cow boys et aux indiens, pas le droit de me salir, pas le droit d'avoir un train électrique à Noël, alors en plus étant fille je ne serai pas capable de jouer aux échecs ? Est-ce qu'il veut dire que les garçons sont plus intelligents que les filles, parce qu'alors là… il avait l'air tellement formidable ce grand-père, et d'un coup je m'aperçois qu'il est con comme ses pieds, comment peut-on penser un truc pareil ?

Rien à foutre, ça à l'air con ce jeu. 

Qu'est-ce que tu fais là à bouder, regarde tes cousines, va jouer à la dinette avec elles. Non, elles sont connes. Tiens ! celle là tu ne l'as pas volé, et privée de dessert.

 

 

 

rêves, questions, injustice et solitude....

Quand je serai grande, je serai féministe.

Quand je serai grande, je ferai un métier de mec, "dit de mec".

Je serai moi, je lirai autant qu'il le faudra pour répondre à mes questions, je prendrai la route aussi loin qu'il le faudra pour tout comprendre, tout expérimenter.

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rêves, questions, injustice et solitude....

Je ne poserai plus de questions, sauf à moi-même, de toutes façons la plupart des gens répondent l'inverse de ce qu'on les voit vivre, faire. Inutile.

Quand je serai grande, je serai autonome pour ne plus rien avoir à demander à personne.

Du coup il me faudra apprendre l'autonomie, apprendre à bricoler, coudre, cuisiner, jardiner, réparer ma bagnole, trouver les réponses à toutes les questions qui toujours et encore se bousculent au portillon de la curiosité, de l'inassouvi désir de compréhension.

J'ai appris à faire le pain, démonter un moteur, à construire une maison, à créer un potager, j'ai tondu un mouton, cardé la laine, filé au rouet, trouvé des plantes pour teindre mes écheveaux, construit un métier à tisser, tissé ma laine et me suis fait un manteau très beau, plein de couleurs.

J'ai appris à me passer des choses que je ne pouvais pas m'offrir ou pas me fabriquer.

J'ai appris à vivre ma vie sans perdre mon temps à la gagner.

Je suis passée, comme un cabri fait des bonds, d'un apprentissage à l'autre, laissant tomber quand la technique ne me posait plus de problèmes, plus de questions.

Je me suis faite traitée de dilettante, ça m'a toujours fait marrer. Je répondais que j'avais tant de rêves à réaliser et si peu de temps. On me répondait, c'est bien beau de rêver mais tu ferais bien de mettre les pieds sur terre… juste parce que rêver, expérimenter, tester, essayer, ça ce n'est pas un métier, ça ne nourrit pas son homme. Je m'en fous je suis une femme.

J'ai compris que la plupart des gens n'avaient qu'un ou deux rêves, alors pour eux c'était réalisable.

Et aussi que certains rêves sont encore meilleurs si on ne cherche pas à les réaliser.

rêves, questions, injustice et solitude....

J'ai appris à me consoler toute seule de la tristesse extrême qu'engendre parfois la solitude.

J'ai appris à éviter les poseurs de questions, les machos (hommes ou femmes) et les cons (enfin j'essaye ! c'est pas toujousr facile...). 

Je suis devenue grande et solitaire, et je refuse toujours de jouer aux échecs !

Mais j'essaye toujours et encore de répondre aux questions des enfants, toutes les questions !

Notre monde est violent, les humains sont pour la plupart violents. Je suis violente même si je travaille en permanence à ne pas l'être.

J'ai honte de risquer de l'être...

En pensées, en actes ou en paroles, dans l'action ou dans l'omission, physiquement ou intellectuellement, contre les autres ou contre moi.

La non-violence est pour moi le plus bel emblème de notre humanité. Difficile et magnifique. Essentiel.

 

Pour trouver la paix, pour faire la paix, il faut comprendre l'autre, les choses, le monde. 

Pour faire la paix avec soi-même, il faut se comprendre et s'accepter.

Pour être en paix, il faut travailler, se poser les questions et y répondre du mieux que l'on peut.

Pour peut être un jour, mourir en paix.

rêves, questions, injustice et solitude....

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