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sobriété heureuse...

15 Mars 2015, 08:50am

Publié par pam

PIERRE RABHI. Vers la sobriété heureuse. Acte sud 2010.

Pour un esprit naïf, l'économie est cet art magnifique dont la raison d'être est de gérer et réguler les échanges et la répartition des ressources, avec le minimum de dissipation et pour le bien de tous, en évitant les dépenses inutiles, excessives, qui porteraient atteinte au patrimoine vital. Bien éloigné de la réalité élémentaire, fondée sur la survie et la perpétuation de l'espèce, l'être humain est pris au piège de ses fantasmes. Il donne à des métaux ou des pierreries une valeur symbolique exorbitante. Pourquoi tant d'irrationalité devait affecter de façon aussi tragique toute l'histoire…

L'immodération semble être fille de la subjectivité humaine, quête d'une sorte de dépassement de la banalité du quotidien, en ouvrant un champ illimité aux désirs toujours renouvelés, toujours inassouvis et concurrentiels, l'essentiel étant de susciter l'envie de ses semblables par l'apparence que l'on offre.

Les cultures traditionnelles, régulées par la modération qui y est une attitude naturelle et spontanée ("nous appartenons à la Terre"), font place aux civilisations de l'outrance ("la Terre nous appartient"), responsables de leur propre éradication.

Les outils de la communication renforcent-ils les liens sociaux, ou ne font-ils que connecter les solitudes ? L'internet a incontestablement l'avantage de libérer l'information des censures arbitraires des pouvoirs. Il peut alors participer à la constitution d'une belle sphère de conscience planétaire. Mais il peut aussi véhiculer, propager et mutualiser toutes les turpitudes du monde. Comme tous les outils inventés par le genre humain, il peut servir au pire et au meilleur, selon l'évolution et la conscience qui en fait usage.

Fondé sur des outils entièrement dépendants des énergies conventionnelles, le monde moderne est à l'évidence -et en dépit des apparences- le plus vulnérable qui ait jamais existé.

Même ceux qui récusent l'ordre établi sont condamnés à l'entretenir par leurs gestes quotidiens : acheter, s'éclairer, user de l'eau, se servir du téléphone, des ordinateurs et des portables, se déplacer, etc. Les situations de cohérence entre nos aspirations profondes et nos comportements sont limités, et nous sommes contraints de composer avec la réalité.

sobriété heureuse...

PROPOSITIONS : VIVRE ET PRENDRE SOIN DE LA VIE.

Incarner l'utopie.

L’utopie n’est pas la chimère mais le « non lieu » de tous les possibles. Face aux limites et aux impasses de notre modèle d’existence, elle est une pulsion de vie, capable de rendre possible ce que nous considérons comme impossible. C’est dans les utopies d’aujourd’hui que sont les solutions de demain. La première utopie est à incarner en nous-mêmes car la mutation sociale ne se fera pas sans le changement des humains.

La terre et l'humanisme.

Nous reconnaissons en la terre, bien commun de l’humanité, l’unique garante de notre vie et de notre survie. Nous nous engageons en conscience, sous l’inspiration d’un humanisme actif, à contribuer au respect de toute forme de vie et au bien-être et à l’accomplissement de tous les êtres humains. Enfin, nous considérons la beauté, la sobriété, l’équité, la gratitude, la compassion, la solidarité comme des valeurs indispensables à la construction d’un monde viable et vivable pour tous.

La logique du vivant.

Nous considérons que le modèle dominant actuel n'est pas aménageable et qu'un changement de paradigme est indispensable. Il est urgent de placer l'humain et la nature au coeur de nos préoccupations et de mettre tous nos moyens et compétences à leur service.

Le féminin au coeur du changement.

La subordination du féminin à un monde masculin outrancier et violent demeure l’un des grands handicaps à l’évolution positive du genre humain. Les femmes sont plus enclines à protéger la vie qu’à la détruire. Il nous faut rendre hommage aux femmes, gardiennes de la vie, et écouter le féminin qui existe en chacun d’entre nous.

Agroécologie.

De toutes les activités humaines, l’agriculture est la plus indispensable car aucun être humain ne peut se passer de nourriture. L’agroécologie que nous préconisons comme éthique de vie et technique agricole permet aux populations de regagner leur autonomie, sécurité et salubrité alimentaires tout en régénérant et préservant leurs patrimoines nourriciers.

Sobriété heureuse.

Face au « toujours plus » qui ruine la planète au profit d’une minorité, la sobriété est un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond. Elle représente un positionnement politique et un acte de résistance en faveur de la terre, du partage et de l’équité.

Relocalisation de l'économie.

Produire et consommer localement s’impose comme une nécessité absolue pour la sécurité des populations à l’égard de leurs besoins élémentaires et légitimes. Sans se fermer aux échanges complémentaires, les territoires deviendraient alors des berceaux autonomes valorisant et soignant leurs ressources locales. Agriculture à taille humaine, artisanat, petits commerces... devraient être réhabilités afin que le maximum de citoyens puissent redevenir acteurs de l’économie.

Une autre éducation.

Nous souhaitons de toute notre raison et de tout notre cœur une éducation qui ne se fonde pas sur l’angoisse de l’échec mais sur l’enthousiasme d’apprendre. Qui abolisse le « chacun pour soi » pour exalter la puissance de la solidarité et de la complémentarité. Qui mette les talents de chacun au service de tous. Une éducation qui équilibre l’ouverture de l’esprit aux connaissances abstraites avec l’intelligence des mains et la créativité concrète. Qui relie l’enfant à la nature à laquelle il doit et devra toujours sa survie et qui l’éveille à la beauté et à sa responsabilité à l’égard de la vie. Car tout cela est essentiel à l’élévation de sa conscience.

« Pour que les arbres et les plantes s’épanouissent, pour que les animaux qui s’en nourrissent prospèrent, pour que les hommes vivent, il faut que la terre soit honorée »

Pierre Rabhi.

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