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Souvenirs d'Alzheimer....

2 Avril 2015, 07:03am

Publié par pam

papa

Dans la plupart des traditions spirituelles, c’est la conscience qui fait de nous des êtres humains.

La maladie d’Alzheimer, en privant de la mémoire, prive-t-elle de la conscience ?

Que reste-t-il de l’être aimé quand, jour après jour, des pans entiers de son histoire d’homme disparaissent dans l’oubli ?

Autrefois, on disait “il retombe en enfance” pour qualifier un parent qui semblait s’échapper de la vie réelle pour se réfugier dans une vie simple et végétative, avec de moins en moins de communication avec l’extérieur, avec les autres, avec ceux et celles qu’il avait aimé.

Autrefois, celui qui perdait ainsi la mémoire et son rôle dans la famille, la société, trouvait sa place naturelle au coin de la cheminée, dans la pièce commune, et restait ainsi au bord de sa vie d’avant, là sans être là, un peu abandonné dans son coin, mais au centre de la vie, des bruits et des odeurs de sa maison, de sa famille. Mais la société change, les familles se dispersent, les générations ne cohabitent plus, et il n’y a plus guère de place pour la différence.

Aujourd’hui on se rassure en mettant un nom sur ce problème ingérable, on entoure la personne de tous les soins et attentions pour chercher à minimiser les conséquences de la maladie.

Hormis les rares moments où la peur et l’incompréhension de ce qui lui arrive rende le malade agressif ou différent de ce qu’il est vraiment en tant qu’homme ou femme, il retombe effectivement en enfance. Est-ce un mal ? L’enfance est le lieu de l’amour, de l’innocence et de la vérité. On s’y satisfait de choses simples, on n’a ni remords ni regrets ; un rayon de soleil, une bonne odeur de soupe, la tendresse d’un regard ou d’une caresse amènent le sourire et la joie.

Les questionnements sont pour les autres, ceux qui vous aiment et cherchent désespérément un signe de reconnaissance, de compréhension, inquiets en permanence du bien-être d’un être cher qui n’exprime plus ses envies ni ses besoins, qui de chef de famille est devenu le plus faible d’entre tous. Le plus dur pour les proches c’est bien sûr cette absence-présence, cette présence-absence. On dit de cette maladie que c’est la maladie de la famille et c’est vrai. Comment accepter une nouvelle place dans une famille qui n’a perdu aucun de ses membres mais dont l’un n’est plus vraiment là en étant là de plus en plus.

Nous avons tous eu avec Papa de merveilleux moments ces derniers mois, ces dernières années, des regards magiques, des rires, notre nom retrouvé, notre appartenance à sa vie réappropriée le temps d’un instant. Absolument là avec nous, mais sans la conscience de ce qui arrivait à son cerveau.

De nombreuses personnes, amis, personnel soignant dévoué et attentif, étrangers rencontrés en promenade, nous ont aidé et soutenu, voyant en Papa ce qu’il a toujours été, un homme doux et courtois, gentil et gai.

Il m’a tellement apporté, tellement aidé à me construire, tellement manqué ces dernières années, j’espère comme vous tous qu’il n’a pas trop souffert de ce qui lui arrivait car il ne le méritait pas.

12 janvier 2011.

Souvenirs d'Alzheimer....

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