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Épices....

4 Mai 2015, 07:02am

Publié par pam

“LA MAÎTRESSE DES ÉPICES” de Divakaruni.

Postface de Marie-Odile Probst :

Médecins et cuisiniers emploient depuis l’Antiquité ces substances végétales que sont les épices. Utilisées avec discernement, les épices soignent : trop fortement dosées, elles peuvent empoisonner. Et Tilo, être intermédiaire entre les hommes et des entités supérieures, investies du pouvoir des épices, s’est incarnée pour aider les faibles. Elle intercède en faveur de ceux qui viennent à elle, les assiste sur le chemin de leurs vrais désirs, s’emploie à redresser, secrètement, humblement, l’équilibre des humeurs, maux du corps et de l’âme, et à les protéger des forces d’un mal qui les dépasse.

Le maniement des épices est affaire de mesure et d’expérience, affaire de cuisine et d’alchimie, travail de laboratoire.

L’Inde possède aussi une science des lapidaires, avec ses traités et ses spécialistes, car les pierres soignent aussi.

Les épices échauffent, stimulent, fluidifient, neutralisent, libèrent... le sang, le souffle, le flux vital, affectent comme nos drogues modernes les émotions. En Inde, la médecine ayurvédique, science de “longue vie”, enseigne dans ses universités que l’énergie des aliments et des épices répond tout ensemble aux besoins du continuum corps-esprit. La règle fondamentale se résume grossièrement à un “ni trop, ni trop peu” des éléments de base : nourriture, repos, sexualité. Travail de l’énergie à quoi il faut ajouter la conscience des autres énergies, celle de l’amour, de la paix intérieure, et de l’absolu. Les aliments émettent des radiations solaires, terrestres, et humaines car les aliments se chargent des radiations des personnes qui les manipulent. Néanmoins, chaque personne est différente, possède une nature et un équilibre propres. Tilo, en thérapeute, chamane, cherche l’épice particulière, l’épice-racine, clef intime, qui convient à chacun et à chaque situation. Les nombreuses variétés de sucreries dont les Indiens et leurs dieux sont si friands ont la réputation d’enlever l’amertume, de soigner le deuil et de concilier la peine ; la cannelle et le fenugrec tonifient, le gingembre atténue les douleurs, le sésame soigne les maladies de bouche, le poivre combat tant les fièvres que la léthargie, le lotus régularise le pouls. Le drame cosmique se joue à l’intérieur du corps de l’homme cosmique.

L’art ne s’acquiert qu’après la plus âpre des disciplines et ne se pratique que dans le plus grand respect des règles qui comportent des interdits stricts. Les brahmâchârin ne doivent pas quitter l’enceinte de leur affectation, rester chastes (unies en elles-mêmes, toute leur volonté tendue vers un seul but), ne pas toucher la peau, le corps de l’autre pour ne pas mêler les énergies ni prendre le risque de se laisser contaminer par l’émotion ou la peur de son vis-à-vis.

Tilo accompagne ses mélanges et ses poudres rituelles de ces formules propitiatoires, prières ou mantras. Magie ? Les mantras sont une technique de concentration et leur répétition, telle la méditation, aide le récitant à atteindre un état psychique de réceptivité et d’équilibre optimal.

Tilo est yoginî, elle pratique l’âsana de l’assise en lotus ; elle entend ce qui ne peut se formuler, devine le passé et prévoit l’avenir, bien qu’elle se défende de bonimenter comme une vulgaire diseuse d’aventures ; elle sait que chaque parole, chaque geste, chaque pensée est un acte lourd de conséquences. C’est pourtant l’abandon de la distance nécessaire à l’efficacité de sa pratique,

c'est parce qu’elle se laisse contaminer par l’émotion et risque de perdre sa maîtrise, c’est l’adoption de la “voie humide” des larmes et des passions qui vont lui permettre de mettre en lumière les ombres que l’orgueil du savoir-pouvoir réglementé lui présentait jusqu’alors en un ordre parfait.

Si le lundi, jour de fermeture de l’épicerie, est consacrée aux mères, à chaque autre jour correspond une épice ; cela est conforme à la tradition, car chaque jour à sa déité particulière. Il est des jours où l’on prescrit de donner de l'argent et de l’huile aux pauvres, des jours où il faut protéger les enfants, un jour consacré au guru : chaque jour fait entendre un aspect de ce divin aux si nombreuses facettes, le divin au cœur de la matière de chaque graine comme de chaque étoile.

Tilo honore et nourrit les serpents invisibles qui peuplent les coins sombres de sa boutique, lovés dans les replis souterrains de notre inconscience.

Tilo est magicienne, elle maîtrise les formules de métamorphose dans la plus pure des traditions qui dit aussi qu’être tenté par l’amour, c’est risquer l’échec.

Tilo, sous son sari blanc de veuve, va changer en Amérique ; la femme nourricière - la femme - ne va plus s’immoler dans le feu de l’ego masculin ; elle va affirmer son droit à l’individualité, à la sensualité sans rien perdre de cette âme dont d’autres gardiens de la Loi niaient aux femmes, en d’autres temps, sous d’autres cieux, jusqu’à l’existence.

Le récit se déroule, s’enroule ; le mouvement, l’écriture est contemplation de l’énergie divine. Entre la sagesse et l’art existe une harmonie profonde.

Épices....

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