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canicule ?

4 Juillet 2015, 08:51am

Publié par pam

Pourtant consentuel et pas extrémiste, Hulot.... et c'est daté de près de 10 ans....

POUR UN PACTE ÉCOLOGIQUE. 2006.

Avec le Comité de veille écologique.

Que demain soit ce que nous décidons d’en faire, et pas ce que le temps décidera à notre place.

LETTRE OUVERTE AU FUTUR PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE.

Nous sommes arrivés à un carrefour de crises (crises multiformes et interdépendantes de la machine du vivant).

Pas d’autre alternative que d’engager une vaste mutation économique, sociale et culturelle, en nous appuyant sur une mobilisation collective.

Comment répondrez-vous aux multiples défis du changement climatique, de la crise énergétique, de l’extinction des espèces, de l’épuisement des ressources, de la raréfaction et de la contamination de l’eau potable, des pollutions chimiques, des maladies émergentes... et de leurs conséquences multiples ?

L’espèce humaine risque une déstabilisation majeure car sa santé et ses activités dépendent du bon fonctionnement des écosystèmes et de ressources en abondance.

La crise écologique est apparue il y a 30 ans déjà, beaucoup de temps perdu, sans doute parce que nous ne voulions pas y croire, renoncer à nos mirages, d’autant plus que la communauté scientifique tardait à venir étayer et conforter ce qui n’était au début qu’un faisceau de présomptions. Le temps du doute, du scepticisme, des polémiques est révolu. D’hypothétique, le risque est devenu avéré.

Désormais, le climat est susceptible d’être soumis à de brusques emballements qui conduiraient au chaos. Les changements climatiques se développent de manière quasi exponentielle. Personne n’est capable de dire si nous avons déjà franchi le seuil de l’irréversible.

Biodiversité : 12% de toutes les espèces d’oiseaux, 23% des mammifères, 25% des conifères, 32% des amphibiens sont actuellement menacés de disparition.

60% des services vitaux que les écosystèmes fournissent à l’humanité sont dégradés ou exploités de manière non rationnelle. La fertilité des sols s’affaiblit.

L’air, l’eau, les sols, donc l’agriculture et les aliments héritent de molécules chimiques inédites susceptibles d’induire des cancers, des malformations ou des stérilités. La baisse des ressources halieutiques, la raréfaction de l'eau douce dans quelques-uns des pays les plus peuplés, l’abaissement du niveau des nappes phréatiques, la montée de celui des mers, l’acidification des océans, le casse-tête du traitement des déchets, la disparition des forêts primaires... L’ère de l’abondance va se terminer, celle de la rareté des ressources naturelles s’annonce.

Nous sommes à la fois responsables et victimes.

On a tenté de dire que la modernité a profané la sphère du sacré en outrepassant les limites imparties à l’humanité.

L’humanité est scindée en deux mondes qui ne se comprennent plus : ceux qui se gavent et ceux qui souffrent. Les tensions s’accroissent et les foyers de conflits potentiels sont immenses. Excès de frénésie consommatrice d’un côté, damnés de la terre de l’autre, majorité de la population mondiale, sans-espoir dont on continue à piller les ressources, laminer les cultures, au profit d’une homogénéisation stupide.

Frustrations énormes, opulence indécente qui exacerbe un profond sentiment d’injustice chez ceux qui ont peine à se nourrir. La communication planétaire qui devait rapprocher les hommes cristallise au contraire des rancœurs qui ont tôt fait de se transformer en haine. Tentation forte de céder aux sirènes d’un fondamentalisme religieux, d’un nationalisme exacerbé, d’un irrédentisme (en politique, mouvement souhaitant réunir à une nation les groupes ethniques de même langue ou même culture vivant dans d'autres nations) irrationnel. Or, en Occident, nous continuons de raisonner en vase clos, à l’intérieur de frontières dont on refuse d’admettre qu’elles sont obsolètes. Il n’y a plus qu’une seule humanité sur une seule planète.

Le monde est très malade et le plus grave reste à venir. Les bouleversements catastrophiques liés au changement climatique ou aux pénuries de ressources (appauvrissement des sols, extinction d’espèces, contamination des eaux, raréfaction énergétique, baisse des ressources halieutiques, ralentissement de la croissance des rendements agricoles, inondations, sécheresses, canicules, incendies, famines, tempêtes, cyclones, montée des eaux dans les deltas et sur les littoraux, désertification, déforestation, épidémies, exodes, “bidonvillisation” sauvage, déculturation massive, encouragement des économies mafieuses...) frappent prioritairement cette part misérable d’humanité à laquelle, se rattache le plus grand nombre des hommes et qui, d’ici une ou deux générations, en constituera plus des trois quarts. La crise écologique amplifie les crises latentes de l’humanité et elle va en générer de nouvelles.

1° besoin : la lucidité. Je ne crois pas à la durabilité de notre éthique et de nos valeurs en période de paroxysme des conflits ou des tragédies. Nous ne sommes qu’en partie civilisés. Voir par exemple la sélectivité des secours à La Nouvelle-Orléans. Et pourtant, l’essentiel des malheurs touche les plus démunis pour le moment. Les politiques sont dans un état de sidération peu efficace et préfèrent laisser dormir le problème tant que l’opinion ne sera pas prête... d’où déni et immobilisme.

Sainte-Beuve : “Nous sommes condamnés à faire mieux avec moins.”

Il y a eu le temps de l’information, puis de la prise de conscience, maintenant nous sommes dans un face-à-face dramatique avec l’effet de seuil : ce niveau à partir duquel les crises risquent de se conjuguer et de s’emballer. Si nous ne passons rapidement à l’action, la spirale infernale s’emballera. Il est exclu d’en reprendre pour 30 ans d’hésitations et de demi-mesures, de continuer à se payer de mots non suivis d’effets. Il faut décréter un état d’urgence planétaire, pour une guerre d’un type particulier puisqu’elle est dirigée contre nous-mêmes. L’ennemi siège à l’intérieur de notre système et de nos consciences. L’impératif écologique ne sera pas relevé en faisant l’impasse sur cette double dimension, collective et individuelle, en sous-traitant le problème aux scientifiques, aux politiques ou aux industriels. Tout le monde doit s’engager dans la même direction, participer au changement. Personne ne peut se sentir dédouané de ce combat et de l’urgence qu’il impose.

Si dans un monde aussi fragmenté, divisé et porté à la guerre des clans, le péril écologique ne fournit pas l’occasion de s’unir, rien d’autre ne le fera.

Ce défi détermine tout le reste, il se situe sur une échelle de gravité sans comparaison avec les autres dilemmes qui agitent nos sociétés. C’est une question d’intérêt général qui suppose une confluence d’intérêts plutôt qu’un conflit d’intérêts. La crise des écosystèmes et le déséquilibre des cycles naturels ne trouveront pas d’issue dans le triomphe des intérêts des uns sur celui des autres, même si les inégalités de situation obligeront à des contributions différenciées à l’échelle des catégories sociales, mais si certains sont moins blancs que d’autres. Fabriquer des boucs émissaires ne serviraient à rien.

Il faut conjuguer les impératifs d’aujourd’hui avec les nécessités de demain, et la solidarité entre les générations d’aujourd’hui et de ceux qui vont nous suivre.

Nous n’y parviendrons, progressivement, que si toute la société partage le même objectif et si chacun prend sa part du fardeau. la responsabilité de tous est donc requise, même si les efforts ne peuvent pas être identiques pour chacun. C’est à nous d’aider les pays émergents pour qu’ils évitent d’emprunter la même voie suicidaire que la nôtre. Ce sont les pays développés qui se trouvent à la source des désordres écologiques, en particulier climatiques, et ce sont les plus pauvres qui en deviennent les victimes. Quand la nature se rebelle, tout le monde n’est pas exposé de la même manière. Aux pollueurs d’être les payeurs.

La somme des intérêts particuliers ne fait pas l’intérêt général. Admettre la priorité de l’impératif écologique ne revient pas à ignorer les enjeux sociaux et les inégalités mondiales, c’est au contraire, les prendre fondamentalement en compte afin d’épargner une crise supplémentaire qui les aggraverait.

Dans le grand vacarme de la communication, de la mise en scène, des postures médiatiques et des faux-semblants, pourrez-vous encore entendre le murmure de la raison ?

Si ce n’est pas la société toute entière qui anticipe et conduit le changement, celui-ci nous sera imposé dans des conditions bien plus difficiles.

Il faut dépasser les différences politiques traditionnelles. Le défi qui est devant nous ne peut s’accommoder de vraies-fausses divisions idéologiques ou d’obscurs appétits de pouvoir. Le pacte écologique est une adhésion à une problématique qui transcende les querelles partisanes, l’affirmation d’une volonté collective de faire face à un enjeu vital et de se mettre en mouvement ensemble pour trouver des solutions. Le silence de la plupart des intellectuels laisse pantois. Pensent-ils que leur statut d’élite les immunise contre le risque ? Ne laissez pas les écologistes, et eux seuls, être porteurs à la fois du diagnostic sur le risque, de l’alerte sur les effets, des solutions à mettre en œuvre et des réflexions sur la refondation d’une autre société. Si le péril commun ne provoque pas un processus unitaire dans la sphère politique, si les familles idéologiques se déchirent sur l’impératif écologique comme sur le reste, nous n’emporterons jamais l’adhésion de l’opinion. Psychologiquement, la méfiance dominera. Le doute sera entretenu chez les uns et les autres, qui servira de prétexte au plus grand nombre pour rester en retrait. L’impératif écologique rend obsolète un certain nombre de clivages gauche-droite par exemple) et de comportements. Il faut en finir avec les logiques exclusives de parti, cette psychologie de horde où l’individu abdique toutes conscience pour privilégier les intérêts de sa boutique. Il faut en finir avec ses pratiques occultes qui font passer en catimini des amendements favorisant tel ou tel intérêt particulier sans que l’opinion en soit informée. Il faut en finir avec la pléthore des textes de loi si compliqués qu’ils mettent des années à être efficients et aussi avec cette dérive des mœurs politiques que constitue le cumul des mandats. Assez des camps faussement opposés car, à droite comme à gauche, on partage le même engouement pour une croissance illimitée, pour l’augmentation du PIB, des productions, des consommations. À quand un dirigeant politique qui émettrait le moindre doute sur ces questions ?

Nous avons besoin cruellement de nouveaux instruments financiers pour lutter contre la pauvreté et le sous-développement.

Pour les citoyens, les politiques sont assimilés à l’incapacité et la corruption. On a les politiques qu’on mérite... Nous devons accepter le postulat que le législatif et l’exécutif n’ont qu’une part relative de pouvoir, qu’ils doivent composer en permanence avec d’autres (industriels, syndicats, lobbies, ONF, médias...) et que les initiatives nationales sont encadrées par un réseau de contraintes et de réglementations internationales. Nous ne viendra pas d’en haut.

L’essentiel, si l’on veut avancer, c’est de s’interroger sur les raisons de l’incapacité de la société à opérer les changements nécessaires. Pourquoi restons-nous bloqués alors qu’une ardente obligation de changement s’impose à nous ?

Les modifications devront intervenir non seulement au niveau des structures mais aussi à l’échelle de nos faits et gestes quotidiens. Les bouleversements ne sont pas destinés à s’appliquer aux autres seulement !

La force de persuasion clandestine de la publicité finit par nous convaincre que l’envie de posséder permet d’échapper au mal-être. Nous nous retrouvons formatés par l’idée que le progrès est quelque chose de continu et que chaque nouvelle technologie, chaque nouveau produit apporte forcément un mieux-être. Le système du progrès est grippé. En portant atteinte aux équilibres du vivant, l’excès de nos productions, l’outrance de nos consommations, la dérive de nos comportements ont engendré quelque chose qui nous dépasse et qui s’est retourné en risque majeur. La faute à qui ? À tout le monde et à personne !

extraits de "Le syndrome du Titanic" de Nicolas Hulot.

photo d'Oleg Oprisco

photo d'Oleg Oprisco

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