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migrants.... autres points de vue...

10 Septembre 2015, 05:50am

Publié par pam

Eric Legrand :

"Guerre, pauvreté, noyades, massacres, l'actualité à nos frontières ne résonne que de ces maux. Et voici que notre cœur nous presse d'accueillir ces migrants, ces réfugiés, qui les fuient. Et nous les accueillons, en nombre encore trop faible telle est leur multitude.

Il ne faudrait pourtant pas oublier que le sort de ces émigrés, de ces auto-expatriés par nécessité, est aussi le reflet de ce que nous devenons. Le mal que nous faisons aux autres naît en nous du mal que l'on nous fait et nous revient projeté, démultiplié par la multitude des autres, nos semblables, nos frères en destinée, nos propres nous même.

Car, en réalité, nous sommes déjà des migrants et si certains d'entre nous, chanceux, ne le sont pas encore, qu'ils se remémorent le souvenir d'un proche, de leur famille très certainement, qui, ayant perdu son emploi, se retrouve à la rue, ou de ces jeunes, toujours plus nombreux, qui s'expatrient pour trouver un emploi et se vendent parfois pour un salaire de misère ne suffisant pas à couvrir leurs besoins les plus vitaux.

Car, en réalité, nous sommes tous des migrants, nous qui, nous prostituant, nous prosternant devant nos employeurs, avons dû laisser derrière nous, sur le bord de la route, cet enfant qui rêvait d'un devenir meilleur.

Et migrants, nous le devenons toujours davantage, à force de délaisser l'être humain, l'être aimant, qui sommeille en nous, contre l'éphémère et illusoire bonheur du confort matériel que nous promet la société.

Société qui elle-même ne sait pas trop où elle va, société migrante, errant comme un animal sans tête, ou plutôt avec pour seule tête une caste sans foi qui n'honore qu'un seul dieu que l'on nomme Profit.

Une caste capitaliste qui, pour garantir son profit, décide seule de notre devenir. Une caste, ou devrais-je dire une hydre, qui nous exploite, nous presse, nous compresse, nous "esclavagis", nous remplace quand nous ne sommes plus bons à rien, nous tue quand cela lui sied.

Migrants, nous sommes, en apparence encore vivants. Mais jusqu'où, jusqu'à quand, jusqu'à quel refuge ?

Migrants, nous sommes, mais nous l'ignorons encore, aveuglés que nous sommes par une illusoire sécurité.

Migrants, nous sommes, mais encore sans refuge, nous qui prétendons l'offrir, ce refuge, à ceux qui se pressent à nos frontières.

Migrants, nous sommes, pas encore réfugiés.

Car il s'agit bien de cela, de trouver un refuge, un vrai, un de ses refuges qui nous permettra de vivre enfin nos rêves, nos rêves d'enfant, nos rêves d'être humains, nos rêves d'être aimants, nos rêves enfin retrouvés quand nous aurons oublié ces rêves froids, sans âme, ni vie, que l'on nous impose."

Eric Emmanuel Schmitt

LE DISCOURS SOUTERRAIN D'UN MOT

L'avez-vous remarqué ? On ne parle plus d'émigrés ni d'immigrants mais de migrants.
Cette amputation des termes me semble lourde de sous-entendus inquiétants... Lorsqu'on évoque un émigré, on le caractérise par le lieu d'où il vient. Lorsqu'on désigne un immigré, on affirme qu'il est d'ici, même s'il vit le jour ailleurs. En revanche, de par son nom, le migrant vient de nulle part et ne va nulle part, sans origine et sans destination, dépourvu de terre de racines et d'espace d'accueil, comme s'il était destiné à errer sans jamais trouver un port où s'arrêter. Nomade forcé et éternel.
Ce mot "migrant" est une condamnation.
Qui peut se permettre de décider des sorts ? Qui peut s'estimer légitimement propriétaire de la planète ? Lorsqu'on dit "migrant", on dit "circulez, votre place n'est ni ici ni ailleurs ! «
Ma seule façon d'accepter ce mot consiste à inventer un autre sens implicite : nous sommes tous des migrants, fils et filles de migrants, voyageurs provisoires sur cette terre qui nous a précédé et qui nous survivra.

Samtosha Yoga

Faut-il se sentir si haut -voire Dieu- pour constamment juger qui est bien et qui ne l'est pas? Qui a le droit de manger ou pas?

Depuis qu'on aide les migrants, beaucoup placardent des affiches gémissantes: "Et nos SDF ?". J'aimerais savoir si ces personnes ont déjà invité un SDF à prendre un café et une douche chez eux...

Les mêmes qui râlent sur les bénéficiaires du RSA alors que, hein, des retraités gagnent si peu, et ragnagna...

Les mêmes toujours qui voient les bénéficiaires des Resto du Cœur arriver en BMW...

Et encore les mêmes jasant sur les allocations de rentrée utilisées pour acheter des multi médias,...

Quand bien même, si une proportion d'individus "profitent du système", il faut savoir que ce sont des broutilles par rapport aux énormes profits que font les banques, les multinationales, les supermarchés et malgré tout, vous continuez à contribuer à ce système silencieusement et vous êtes bien au chaud le soir dans votre canapé, vos pantoufles, votre télé, votre chien chien et votre ronron.

Faut-il vraiment s'ennuyer pour passer son temps à divulguer des propos qui n'entretiennent que la division? Il n'y a donc pas assez de guerres dans ce monde?

Et pour en finir (pour aujourd'hui....!!)

Samtosha Yoga : L'immigré, le bouc émissaire idéal.

Le débat sur l’accueil des réfugiés fait rage. La haine est sur de nombreuses lèvres. "Touche pas à mon travail" "C'est chez nous ici" "Fermons les frontières contre l'invasion" ... Les langues se délient, la France a peur et se réfugie, à son tour, dans les plus sombres idées. Nous revoilà à nous questionner sur l'origine de la haine.

On dit que la liberté commence où termine l'ignorance. Comment saisir ce qui se passe sans sombrer dans un extrême où l'autre ? En pratique, une situation d'urgence se présente. Des gens meurent, concrètement, à nos portes, et fuient une situation innommable qu'on ne souhaiterait pas à nos pires ennemis. Si on aimerait tous s'attaquer à la cause des causes, la réaction humaine la plus élémentaire est de tendre la main. Pourtant, beaucoup s'y refusent, et les théories du complot vont bon train pour justifier l'inhumanité. Le SDF devient soudainement un argument dans la bouche de ceux qui, hier, ne les regardaient pas ou les traitaient de 'parasites sociaux', alors que toutes les associations ne font aucune distinction entre les misères humaines - des associations qui voient toujours leur budget amputé quand l’extrême droite gagne une mairie. Une redite de l'histoire. Comme si nous étions incapables d'apprendre, englués dans la médiocrité de nos préjugés.

Depuis quelques jours, les articles racoleurs venant de sites d'extrême droite circulent en boucle sur les réseaux sociaux. De l'invasion en masse de terroristes au complot médiatique, la France a peur. Rares sont ceux qui semblent vouloir prendre la peine de vérifier leurs sources. L'idée la plus commune et simpliste, serait que l’accueil, et donc une forme d'ouverture des frontières temporaire, ferait partie du grand complot mondialiste. Alors on se questionne, pourquoi la fachosphère, connue comme étant le chien de garde du capitalisme, s’inquiète tant de la circulation des personnes ? Car la récupération politique se construit autour d'une confusion volontaire entre "mondialisme" et "solidarité internationale". Une confusion qui profite pourtant à cette mondialisation bâtie sur la perpétuation des inégalités et des dites frontières.

Un bon chien de garde du Capital doit porter la confusion entre la circulation des marchandises (et des capitaux) et la circulation des Hommes et de ses droits. En pratique, ce qui permet à des multinationales d'être richissimes, d'exploiter des peuples ou de s'accaparer des terres, ce sont précisément les rigidités nationales qui bâtissent un capitalisme de connivence au profit de certains états, et donc du confort de certains au détriment d'autres, notamment via les traités de libre-échange imposés et les guerres néo-coloniales. En pratique, la mondialisation est plus une guerre implicite entre états, chacun cherchant à maximiser son bilan. Difficile de remettre en question son mode de vie dans ces conditions. Sur le terrain, tout est fait, contrairement aux discours, pour que les droits de l'Homme, les droits sociaux, le déplacement des personnes, ne se mondialisent PAS, à contrario des marchandises, afin que l'exploitation et le pillage organisés puissent continuer. Que tous les peuples aient accès à un même niveau de vie, les mêmes chances, le même droit au bonheur, tout en ayant la possibilité de se déplacer, c'est précisément la mondialisation que les puissants ne veulent pas voir, car cela impliquerait une redistribution des cartes trop importante et une remise en question des modes de vie et de production à l'échelle de la planète. Oh, oui, tout le monde se plaint de voir des pauvres exploités pour produire du t-shirt à 5 euros. Mais quelle part de la population veut vivre plus simplement pour que d'autres puissent simplement vivre ? La voie de la division et de la haine est une bien meilleure option, du point de vue du Capital, comme l'histoire nous l'apprend toujours et encore. Reste à convaincre assez d'esprit que la division est une bonne chose. Visiblement, ça marche.

Ainsi, venant de ceux qui se plaignent de leurs conditions de vie et qui préfèrent juger le réfugié plutôt que de questionner les 1% qui détiennent 70% des richesses, il va falloir se passer la tête sous une douche froide. Car quand on soutient des idées nationalistes dont le projet affiché est de soutenir l'industrie de l'armement et les rigidités internationales, tout ça pour perpétuer, l'air de rien, l'exploitation continue des ressources des autres, il ne faut pas se plaindre des inégalités et de la volonté des victimes de migrer. Pouvoir reconnaître la réalité de nos agissements, en prendre la responsabilité, redistribuer la richesse là où elle peut l'être, voilà qui semble digne de maturité.

La seule voie possible est une répartition équitable des richesses à l'échelle mondiale et la mise en application immédiate des droits humains. Non pas des beaux discours politiques venant souvent de ceux qui sont les premiers à violer ces droits, mais une concrète application de ceux-ci. Mettre fin aux guerres, à l'exploitation, à l'élitisme, au pillage du Sud, aux traités de libre-échange, à l'austérité, aux échanges militaires avec les dictatures du Golfe, à l'obscurantisme idéologique, aux différences de niveaux de vie, aux pratiques qui créent de l'inégalité. Et pour y arriver, il faut bousculer les règles du capitalisme actuel, non pas pour se renfermer au niveau national tels des petits êtres frustrés qui s'imaginent appartenir à un peuple supérieur, mais pour créer de la résilience LOCALE au niveau MONDIAL. Et cette distribution commence maintenant, par l’accueil de réfugiés en situation d'urgence, tout en s'attaquant aux 1% des plus riches afin d'exiger une équité dans l'accès aux richesses et la fin de l'hypocrisie. Ce n'est ni simple, ni impossible. Cela demande de prendre beaucoup de recul pour être à même de comprendre les nuances des différents niveaux de contrôle dont la haine et la division font partie. Mais c'est une bonne nouvelle, car la facilité est souvent la voie de l'obscurantisme.

Texte : Mr Mondialisation

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