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Conte de Noël

14 Décembre 2012, 08:32am

Il y a quelques années, je cherchais une idée de spectacle de rue sur le thème de Noël visant à détourner (tant que faire ce peut…) enfants et adultes du maelström hyper consommateur qu'est devenue cette ancienne fête du solstice d'hiver. Des cadeaux d'accord, la fête d'accord, la surenchère capitaliste et matérialiste… on oublie !

L'idée de base était d'installer la "scène" devant un fast-food dans une rue commerçante où l'activité commerciale autour de Noël bat son plein. Et pendant qu'on raconte l'histoire, d'utiliser les déchets et emballages qui trainent souvent dans ces lieux pour fabriquer des jouets, des cadeaux et leurs emballages sans en avoir l'air, afin que, l'histoire terminée, le public puisse se servir et que chacun reparte avec un petit cadeau.

Bon, j'avoue, c'est optimiste voire irréaliste de capter l'attention des consommateurs pendant cette période, mais qui ne risque rien… et quand on prend le temps de les aider, les enfants adorent réaliser eux-même des cadeaux.

Je vous livre le début de l'histoire, vous aurez la suite demain et les jours prochains, et si vous avez des idées, pour la suite de l'histoire ou pour la fabrication de cadeaux à base de trois fois rien… vous êtes bienvenus !!!!

Histoire du lutin jaune.

Le meilleur jour pour commencer l’observation de la chute du Père Noël dans la cheminée se situe aux alentours du 24 novembre.

Ça en étonne plus d’un, je le sens. Mais pour être sur qu’un Père Noël tombera bien dans cette cheminée le soir de Noël, il faut disposer d’un nombre de données tout à fait inimaginables, dans des domaines aussi variés que la météorologie, l’étude du comportement des mammifères herbivores des terres les plus au Nord, l’étude des vents... Enfin de quoi remplir une bibliothèque…

Un mois d'attente studieuse, anxieuse, où la tension monte jusqu'à l'apothéose du 24 décembre au soir. Et là, dans le calme de la nuit hivernale, à l'heure où l'on ne sait plus si l'on rêve éveillé ou si l'on a déjà plongé dans le sommeil, un bruit sourd suivi d'une dégringolade et avant qu'on est le temps de sursauter on sait que tout le travail accompli va se concrétiser, on va voir enfin le Père Noël et ses cadeaux !

...à suivre....

Conte de Noël

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confiance et vigilance !

14 Décembre 2012, 08:17am

“Il ne faut pas vous confier aux personnes qui chercheraient à vous décourager juste pour répondre à leurs propres besoins psychologiques. Par exemple, il y a des gens qui se sentent mieux quand vous allez mal, et qui font donc tout pour que vous n’alliez pas mieux ! Ou d’autres qui détesteraient vous voir réaliser vos rêves car cela leur rappellerait leur absence de courage pour réaliser les leurs. Il existe aussi des gens qui se sentent valorisés par vos difficultés car cela leur donne l’occasion de vous aider. Dans ce cas, les projets qui viennent de vous leur coupent l’herbe sous le pied, et ils feront ce qu’ils peuvent pour vous en dissuader. Cela ne sert à rien de leur en vouloir car ils font cela inconsciemment. Mais il est préférable de ne pas leur confier vos plans. Ils vous feraient perdre votre confiance en vous.

Un bébé qui apprend à marcher ne se décourage jamais malgré ses échecs à répétition. Il persévère et finit par réussir car, notamment, aucun parent au monde ne doute de la capacité de son enfant à marcher, et personne ne va le décourager dans ses tentatives. Alors qu’une fois adulte, nombreux seront les gens qui vont le dissuader de réaliser ses rêves. 

En revanche, il est positif d’avoir dans son entourage une ou deux personnes qui croient en vous. Si vous passez par une période de doutes, quelqu’un qui croit en vous, en votre capacité de réussir votre projet vous aidera à ne pas abandonner ou douter et effacera vos peurs. Il n’est pas nécessaire qu’elle vous aide, juste qu’elle croit en vous. Et si on n’a personne comme ça sous la main, on peut penser à un aïeul décédé, à un ami  lointain et l’imaginer vous encourager.”

Laurent Gounelle in “L’homme qui voulait être heureux”.

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Divakaruni

13 Décembre 2012, 09:38am

“N’est-ce pas la plus grande des illusions : croire que nous nous comprenons les uns les autres ?”

Divakaruni

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Peau d'âne

13 Décembre 2012, 09:03am

“ Nous sommes tissés de l’étoffe dont sont faits nos rêves” disait Shakespeare.

Alors moi, j’ai plein de pièces multicolores

Pour boucher les nombreux trous de mon costume rapetassé.

Le tissu de départ était sûrement très beau,

Le tissu des fées : changeant, moiré et soyeux, merveilleux et fragile.

Les premières pièces aux genoux et aux coudes, puis petit à petit s’étendant...

Il reste trace de cette merveille féerique, mais il faut des yeux attentifs,

Sinon on ne voit que les reprises.

Peau d'âne

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Causse blanc

11 Décembre 2012, 08:41am

Ce matin, le jour qui se lève sur le Causse est tout blanc, blanc de givre et de brume, silence ouaté, un vrai magnifique matin d'hiver, du moins quand on a la chance d'avoir un bon feu qui ronfle dans la cheminée ou le poele.

Impression d'être hors du temps, comme on peut l'être en méditation.

Ce texte qui précède, trouvé grace à Yog'lavie, qui s'est levée avant le jour, et qui répond à une question entendue hier au cours de Qi Gong.. pas de coïncidences, juste un flux, toujours fort à propos quand on est vigilant !

Pas toujours facile d'expliquer ce qu'est la méditation...

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11 Décembre 2012, 08:31am

Publié par Fabrice Midal

Fabrice Midal, philosophe spécialiste du bouddhisme et fondateur de l'Ecole occidentale de Méditation, répond à quelques unes de nos questions sur la méditation.

Quelle est la différence entre réfléchir et méditer ?

Réfléchir implique de penser à quelque chose, tandis que méditer consiste à être ouvert à tout ce qui se passe, aux sensations, aux pensées et aux émotions qui nous traversent. Nous ne nous occupons pas du contenu des expériences que nous traversons, nous n’essayons pas d’en tirer une conclusion, de les analyser, mais simplement nous faisons attention à leur manière d’être.

Par cet exercice nous découvrons que nous sommes souvent peu attentifs à ce qui nous arrive, vivant comme en pilotage automatique — et donc peu en rapport à notre propre vie.

Privés d’un rapport réel et vivant à ce que nous vivons, nous prenons bien souvent trop au sérieux les pensées et les émotions qui nous traversent. Pourtant, ce n’est pas nécessairement parce que vous ressentez de la colère que la personne en face de vous exagère ! Méditer permet d’établir un lien plus sain et plus juste à ce que nous vivons, moment après moment, jour après jour.

Pourquoi associe-t-on la méditation au « lâcher-prise » ?

Méditer consiste en effet à lâcher-prise de toute volonté de saisir ce que nous vivons — en étiquetant nos pensées, en figeant nos émotions, en s’identifiant à ce qui nous arrive. Ainsi nous ratons un examen et nous en concluons « je suis nul », nous bredouillons en public, « je suis timide », elle me regarde, « je suis aimable ».

Pour faire pleinement l’expérience de ce qui est, tel qu’il est, nous devons abandonner nos idées reçues et nos préventions. Telle est précisément la ressource de l’attention : observer simplement ce qui est pour le laisser être. En ce sens, l’attention nue est un mouvement qui implique un lâcher-prise.

Je vis la méditation durant mes longues marches solitaires où mon mental semble en dormance. Puis-je considérer que je médite ?

Certes tout être humain a fait d’une manière plus ou moins nette l’expérience d’un état de méditation, c'est-à-dire d’un état de présence. Que ce soit en marchant dans la nature, en écoutant de la musique, en prenant sa douche, en mangeant un fruit mûr ou en étant auprès d’un être aimé.

Mais ce n’est pas l’essentiel. Méditer est d’abord un travail ardu pour se confronter à ce qui entrave la présence et non pas seulement pour la célébrer. Certes, la méditation nous met en rapport à ce sens d’unité et de paix, mais au premier chef parce qu’elle nous apprend à travailler avec les ombres.

Comme l’explique Chögyam Trungpa : « La méditation ne consiste pas à essayer d’atteindre l’extase, la félicité spirituelle ou la tranquillité, ni à tenter de s’améliorer. Elle consiste simplement à créer un espace où il est possible de déployer et défaire nos jeux névrotiques, nos auto-illusions, nos peurs et nos espoirs cachés. Nous produisons cet espace par le simple recours à la discipline consistant à ne rien faire. » (Chögyam Trungpa, Le mythe de la liberté, Paris, Éd. du Seuil, 1979, p. 16.) Faute d’une confrontation réelle à nos propres manques, à nos propres peurs, nous n’entrons pas dans la profondeur de la présence.

En ce sens la méditation n’est pas un état mais une pratique.

Pourquoi méditer est si difficile ?

La méditation est simple, mais comme tout ce qui est simple, elle demande un grand investissement personnel. Il faut beaucoup de travail pour trouver la simplicité. Un chanteur, un ébéniste, un sportif de haut niveau diraient probablement la même chose. Le simple se gagne en traversant ce qui l’obstrue. La difficulté propre à la méditation tient à ce qu’elle nous confronte à tout ce qui restreint notre vie. Elle fait apparaître en pleine lumière le cadre étroit où nous nous sommes enfermés, souvent sans même nous en rendre compte. Or nous préférerions que l’on nous réconforte, que l’on nous dise que tout ira bien, que nous allons obtenir tout ce que nous voulons et passer un bon moment. Or la méditation nous confronte à nos difficultés. Elle n’est en rien une sinécure. C’est paradoxalement pourquoi elle est si précieuse. Habituellement, face à cette angoisse de fond, à cette incertitude, nous cherchons à nous enfuir au loin : partir en vacances, regarder la télévision, « communiquer » avec « les autres ». La méditation est une attitude réaliste. Elle nous invite à ne pas rêver les yeux ouverts, à ne plus fuir nos difficultés. A prendre notre vie en main.

Peut-on ressentir des effets de la méditation dès la première séance, ou faut-il plusieurs mois ou années pour avoir un résultat ?

Dès la première séance, il se passe quelque chose. L’expérience est différente pour chacun mais vous vous posez. Vous vous sentez respirer. Vous découvrez un sens de présence qui ne dépend d’aucune circonstance extérieure pour se manifester. Vous savez, pour pratiquer comme il faut, il suffit de le faire tel que vous êtes. Si vous êtes en pleine forme ou déprimé, triste ou joyeux, plein de doutes ou de peurs, malade ou en bonne santé, amoureux ou le cœur brisé, alors vous êtes dans la situation idéale pour pratiquer. Méditer n’est pas réussir quelque chose, mais simplement s’ouvrir à ce que nous sommes, être attentif à ce qui est.

Qu’est-ce qu’une méditation réussie ?

Il n’y a pas de méditation réussie et il n’y pas de méditation ratée. Notre idée de maîtrise et de contrôle, notre obsession du résultat, qui déterminent tant de nos actions ne sont pas ici nécessaires. Si la méditation a un sens, il consiste précisément à nous délivrer du règne de l’efficacité à tout prix.

De toute façon, quoi que nous fassions, parfois notre méditation sera merveilleuse : nous sommes par exemple pleinement présent dans une profonde détente. Parfois, notre méditation sera au contraire difficile, parce que nous sommes alors confronté à des tourments, des inquiétudes diverses. Une expérience n’est pas meilleure que l’autre. Certes tous les pseudo-gurus prétendent que grâce à la méditation on obtient tel et tel résultat. Ils vous font saliver. Leurs promesses rassurent et leur attirent une armée de disciples. Mais ils ne rendent service à personne.

Alors la méditation, ça ne sert à rien ?

Absolument. La méditation ne sert à rien. Ou si je voulais être plus précis, je devrais dire que la finalité de la méditation est d’être une finalité sans aucune fin représentable. C’est son seul intérêt. C’est pourquoi vous ne pouvez ni la réussir ni la rater. N’est-ce pas un profond soulagement ?

Il y a suffisamment de choses dans la vie qu’il faut à tout prix réussir, pour lesquelles il faut ajuster des moyens en vue de fins déterminées…Mesurer ses efforts pour accomplir telle ou telle tâche, réussir tel examen ou telle présentation en public. Là vous avez le droit de vous poser, d’être tel que vous êtes. C’est un geste d’une bienveillance radicale.

Imaginer que la méditation sera réussie parce qu’on aura atteint un état de paix parfait est une impasse. A la première contrariété de la vie, on sera fâché de perdre cette paix si difficilement atteinte. On va ainsi renforcer le sentiment de lutte et de séparation. Quelle souffrance ! C’est uniquement en abandonnant l’idée d’utiliser la méditation qu’on lui permettra de transformer notre existence pour de bon. Nous pourrons ainsi découvrir qu’il y a autre chose au-delà de « moi-moi-moi et mes problèmes ».

Y-a-t-il une manière de mesurer ses progrès ?

Il vaut mieux abandonner toute idée de progrès. La tradition explique que le chemin est le but. Il n’y a pas d’autre finalité que la pratique elle-même. En ce sens le maître Zen Shunryu Suzuki disait que chaque fois que l’on s’assoit, là est l’éveil. Il ne se trouve pas dans le futur. La seule raison de pratiquer est d’être pleinement ouvert à ce qui est, là, maintenant.

Le problème avec l’idée de progrès est qu’elle nous conduit à nous projeter dans l’avenir et à dénigrer l’expérience présente. Or la méditation nous invite à nous abandonner sans conditions au présent vivant, sans rien espérer, sans rien attendre, sans chercher à avoir un retour sur bénéfice.

Toute expérience positive qui est décrite entraîne le désir de l’atteindre. Elle nous empêche alors de nous ouvrir sans conditions au présent. C’est un piège.

Mais ceci reconnu, bien sûr que la pratique agit en vous. Elle est même une voie de transformation décisive. Le critère ici est tout simple : si vous êtes plus doux, joyeux, ouvert et en rapport à la réalité, si vous avez le sentiment d’être plus vivant, d’avoir moins peur de qui vous êtes, alors vous êtes sur le chemin. Il suffit de vouloir atteindre cependant un tel état pour le manquer. Car ce qui vous rend plus doux et vivant, ce n’est pas de l’avoir décidé, c’est d’avoir accepté d’entrer pleinement en relation avec qui vous êtes. De n’avoir plus aucun but.

Cette vérité est confirmée par le fait que si la méditation nous transforme, ce n’est aucunement selon les projets que nous avons élaborés. Si je regarde avec honnêteté la motivation que j’avais quand j’ai commencé à pratiquer, je me rends compte qu’elle était étroite et peu juste. Je voulais pratiquer pour me débarrasser de moi-même, manquant de toute affection pour qui j’étais. La méditation ne m’a pas du tout conduit dans les pays que je voulais visiter. Elle m’a fait entrer plus profondément en rapport à ce que je suis et à faire un peu la paix avec moi.

Méditer, c’est faire confiance dans les ressources de la pratique.

A quoi est-on censé penser si la méditation ne consiste pas à faire le vide ?

Soyez simplement présent à ce qui survient, peu importe ce qui survient. Votre corps est là, la respiration est là, le silence est là... Ce n’est pas vide mais plein, vivant. Le philosophe Kierkegaard disait : « La vie et le monde tel que nous le connaissons sont gravement malades. Si j’étais médecin et que l’on me demandait mon avis sur les hommes, je répondrais : Du silence ! Prescrivez-leur du silence ! » Kierkegaard était visionnaire. Aujourd’hui l’idée de ne rien faire terrorise le monde.

Cette situation cause dans notre société de nombreux problèmes. Les gens ont l’impression d’être vivants seulement quand ils s’enivrent d’émotions fortes, par exemple en pratiquant des sports extrêmes, en regardant des films d’horreur ou chez les jeunes en s’adonnant au binge drinking…

Et puis ensuite, d’avoir ressenti tant d’émotions fortes, chacun veut faire le vide, de la même manière qu’il éteindrait la télévision ou l’aspirateur — c'est-à-dire comme on débranche un appareil ou l’on vide un dossier informatique. Mais notre être n’est pas une machine ! Nous n’avons pas à nous vider.

On veut faire le vide parce qu’on n’a pas réussi à établir un rapport réel aux choses. Et saturé de l’agitation habituelle, on veut se couper de tout au point même de s’abrutir. La méditation n’a rien à voir avec cette réaction. Ni fuir dans l’excitation, ni s’anéantir dans le vide — mais être pleinement, enfin.

Comment être sûr de ne pas se tromper dans la pratique ?

D’abord, abandonnez l’idée qu’on puisse se tromper ou que l’on puisse réussir. Cela peut surprendre, mais la première expérience de la méditation est souvent déroutante pour ne pas dire inconfortable. Contre toute attente, vous découvrez que votre esprit est agité. Cela ne vous plaît pas du tout. S’y confronter est cependant salutaire. Méditer n’est pas être en état de paix, mais travailler avec ce que vous êtes. La vie est comme ça ! Des gens que vous aimez sont parfois malades, d’autres vous font de la peine. Personne de toute façon n’obtiendra tout ce qu’il veut. Il vaut donc mieux abandonner tout projet.

Si la méditation consistait à se tenir pendant des heures sur une seule main en récitant des formules complexes, à force d’efforts nous finirions peut-être bien par y arriver. Mais la méditation consiste à simplement être assis, le dos droit, attentif à ce qui est, attentif au souffle qui entre et qui sort. Elle déjoue tous nos projets d’accomplissement personnel. Son génie est son extrême simplicité. Voilà pourquoi vous ne pouvez pas la rater.

Mais cependant cette simplicité ne s’appréhende que si l’on en reconnaît aussi la profondeur. Les ouvrages qui en détaillent le sens et la portée sont, dans la tradition bouddhique, d’une finesse d’analyse impressionnante. On a d’autant plus confiance dans notre pratique que l’on comprend en détail le sens et la portée de la méditation.

La méditation n’est-elle pas la recherche de la fameuse paix intérieure ?

Rechercher la paix intérieure est un piège redoutable. Dès qu’on l’évoque, on ne va pas manquer de la fabriquer. Je connais plein de gens intoxiqués à la paix intérieure. Ils essaient de rester paisibles parce qu’ils ont peur des défis. Ils ont peur de la vie. Ils sont déprimés ou tristes : alors ils respirent pour rester « zen ». Une émotion les submerge : vite un peu de « méditation » !

Leur pratique vise à les calmer ! C’est un peu dérisoire, non ?

Quand vous regardez la vie des grands pratiquants de la tradition bouddhiste, mais aussi celle des saints, des artistes, de tous ceux qui sont en rapport à cette pleine présence, les défis qu’ils rencontrent ne sont pas amoindris par leur pratique, mais ils sont au contraire de plus en plus vifs, difficiles même. Ce n’est que dans la propagande spirituelle vendue comme un produit commercial qu’on parle de paix intérieure.

Lisez la vie de Milarépa (1040-1123), le grand maître de la tradition tibétaine. Il part dans son ermitage en retraite, quand des monstres et des démons l’attaquent. Il tente de les calmer. Il invoque pour ce faire son maître, récite des formules magiques. Mais rien n’y fait. C’est uniquement quand il renonce, quand il consent à leur présence, qu’ils cessent de le terroriser. Milarépa ne s’est pas installé dans la paix intérieure. Sa méditation est une aventure, une confrontation aux difficultés de l’existence. Vivre n’est pas s’arrêter sur une aire de repos.

Personnellement, par la pratique de la méditation, je n’ai pas trouvé la paix parfaite, me préservant de toute souffrance et inquiétude, mais je la vis comme une aventure passionnante. Certains vont escalader l’Himalaya. Je ne pense pas que ce soit aussi palpitant que de pratiquer la méditation. En méditant, vous allez traverser des paysages incroyables, rencontrer de grands défis. Vous allez entrer dans l’ampleur de la vie. C’est magnifique ! Je comprends bien cependant votre question. J’ai eu la même. Il y a bien des années, j’ai écrit un livre avec un évêque, Monseigneur Dubost. Quand le travail fut achevé, nous avons dîné ensemble. Il m’a alors parlé des retraites spirituelles qu’il faisait chaque année dans un monastère où les moines vivaient retirés du monde dans une grande solitude. « Quelle chance, lui dis-je, ces moines qui peuvent se consacrer à la vie spirituelle doivent certainement découvrir la paix. » Et là, il m’a répondu : « Mais pas du tout, ne vous trompez pas, ils vivent un combat profond. » J’ai reçu ce soir là une belle leçon. Comme l’écrit Rimbaud : « Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille des hommes. » Tous les pratiquants qui sont entrés pour de bon dans le chemin le disent. Il faut cesser de rêver. La méditation est un combat sain et positif qui consiste à travailler avec la peur et l’angoisse. Elle n’est pas une partie de plaisir, une façon de se détendre. Un produit concurrent aux productions de Walt Disney.

La méditation tranche le brouillard, aussi bien celui de l’esprit que celui du cœur.

Je vais vous raconter une de mes histoires préférées de la tradition bouddhique. Quand Marpa (le maître qui introduisit le bouddhisme indien au Tibet au XIIe siècle) perdit son fils dans un accident de cheval, il en fut profondément atteint. Il l’aimait profondément et l’avait éduqué pour qu’il puisse lui succéder dans ses responsabilités spirituelles. Les gens lui demandèrent alors : « Mais je croyais que la méditation donnait la paix intérieure ? (Vous voyez, c’est une vieille histoire !). La mort de ton fils est une simple illusion. » Ou encore : « Si tu souffres, c’est que tu es encore dans l’attachement. »

Marpa répondit alors : « La mort de mon fils est une super-illusion. »

Quelle magnifique réponse, si profondément humaine !

Cette phrase, que l’on retrouve dans l’ouvrage de Chögyam Trungpa Pratique de la voie tibétaine, est d’une grande profondeur. Roland Barthes l’a reprise en quatrième de couverture de La chambre claire. C’est particulièrement émouvant, car ce livre, vous le savez sans doute, est une méditation saisissante sur la mort de sa propre mère.

Quand la vie blesse, quand vous êtes submergé par une émotion, la voie ne consiste pas à vous réfugier dans un abri douillet de paix. Respirer pour ne plus être stressé. Ne plus rien ressentir. Elle consiste à accepter les épreuves. A reconnaître que sans ombre, il n’y a de lumière qu’artificielle ! N’ayez plus peur de vos émotions et de la vie. Voilà la paix véritable ! Voilà la leçon de la méditation.

Si dans la méditation on doit chaque fois que nous pensons revenir au moment présent, est-ce parce que penser est un problème ?

Penser n’est pas en soi un problème ! Il est même au contraire merveilleux que nous ayons cette faculté ! Mais penser dans le présent n’est pas penser de façon désincarnée et abstraitement. Il est tout à fait différent d’écouter quelqu’un quand il vous parle, que de ne pas l’écouter parce que vous pensez déjà à autre chose.

Nous en faisons l’expérience tout le temps. Nous sommes confrontés à tant de gens qui n’écoutent pas, parlent sans être véritablement en rapport à ce qu’ils vivent, prisonniers de leur bavardage mental incessant, de leurs attentes et de leurs obsessions.

Ce que nous découvrons dans la pratique, c’est que loin de penser, nous ressassons un ensemble d’idées fixes. Et nous vivons comme s’il y avait en nous un pilote automatique. Vous allez prendre votre douche et vous vous retrouvez en bas dans la rue, sans avoir de conscience claire de ce qui s’est passé entre le moment où vous êtes entré dans la salle de bain et cet instant précis.

En ce sens, méditer c’est aussi apprendre à penser, c'est-à-dire apprendre à rendre à la pensée sa portée véritable. La désobstruer.

Peut-on se mettre en état de méditation tout en continuant ses activités du quotidien ?

En un sens, non. La pratique de la méditation consiste en quelque sorte à faire un exercice. C’est un peu comme si nous prenions un microscope pour regarder sa propre expérience. Et si vous le faites même un quart d’heure régulièrement, le ton de votre journée s’en trouvera changé.

En ce sens, la manière dont vous continuez vos activités quotidiennes va s’en trouver bien sûr pleinement transformée. Un plus grand sens de présence viendra à vous, comme par surprise. Vous serez moins centré sur vous-même, vous aurez moins peur de vous ouvrir à la magie de l’existence.

A-t-on besoin d’un enseignant pour pouvoir pratiquer ? J’ai l’impression qu'il n'est pas possible de se mettre à la méditation sans professeur ou « maître spirituel ». Qu'en pensez-vous ?

Il est tout à fait possible de pratiquer seul chez soi. C’est même pour cette raison que j’ai enregistré ces méditations guidées.

Mais cependant avoir un maître et pratiquer en groupe peut être à un moment donné une aide, si l’on souhaite approfondir sa pratique et en faire un véritable chemin de vie. La méditation est une science subtile qui ne peut être complètement transmise par des enseignements écrits. Le maître connaît le disciple et peut ainsi le guider à travers les difficultés qui lui sont propres à mesure qu’elles surviennent.

Les textes comparent parfois la pratique de la méditation à l’apprentissage d’un instrument de musique. Tout est affaire de doigté et de juste vision. Le maître est d’abord celui qui vous initie à cette subtilité et sait vous guider par son expérience, par la sûreté de sa vision et par sa connaissance des textes. Il vous montre ainsi un chemin.

À un niveau plus profond, il vous ouvre aussi son cœur.

Mais un conseil : soyez vigilant et examinez attentivement le centre où vous allez. Il importe de ne pas se laisser influencer : un enseignant réel est simplement quelqu’un dont les propos vous parlent de telle manière que ses instructions vous permettent de mieux vous comprendre et de mieux vous ouvrir au monde. Méfiez-vous des gourous ! De ces maîtres que tout le monde suit, sans jamais les rencontrer directement, face à face, de cœur à cœur, et que toute une communauté admire aveuglément. Ce n’est pas cela qui va vous aider à mieux pratiquer. Ne vous laissez pas impressionner. Gardez toujours votre esprit critique.

Puis-je me mettre à méditer alors que je suis dans un état de préoccupation ou d'énervement ?

C’est même une situation parfaite ! On ne pratique pas la méditation parce que tout va bien, comme on peut aller au bord de la mer se faire dorer sur le sable. On médite pour travailler concrètement avec son énervement, sa peur, sa colère, son désespoir, sa jalousie.

Et même, plus précisément, nous apprenons à rester avec l’émotion pénible au lieu de fuir la tête la première. Vous pouvez ainsi apprendre à éviter que vos irritations se transforment en affirmations dogmatiques et définitives « je suis en colère à cause de ton comportement », mais aussi à aplanir les difficultés en prétendant que tout va bien. Ni fuir ce qui survient, ni le justifier. Autrement dit, nous ne propageons pas la tendance à fuir les expériences pénibles.

Vous êtes énervé, la méditation vous permet de découvrir que ce n’est pas en le regrettant ou à l’inverse en montant sur vos grands chevaux que vous allez arranger la situation.

Existe-t-il des pratiques méditatives destinées spécifiquement à augmenter l'estime et l'amour de soi ?

La pratique de la méditation est profondément une manière d’apprendre à devenir ami avec soi. A faire la paix avec ce que nous sommes. Je crois même que c’est là l’un des points les plus essentiels. Et cela se fait non en passant par une réflexion cérébrale, en essayant de se convaincre, mais d’abord en apprenant à faire attention à ce que nous vivons. Sans nous juger. Sans nous en vouloir. Simplement prendre contact avec ce qui arrive.

Nous découvrons que ce qui en nous nous irrite n’est pas aussi affreux que nous le pensons. Nous sommes bien moins terrible que nous le croyons au fond de nous. Inutile de nous dénigrer ou à l’inverse de se rassurer en étant toujours plus vaniteux et voulant que les autres vous rassurent. De toute façon c’est inutile. La seule façon d’avoir confiance est de toucher la bonté inhérente de notre propre existence. Découvrir nos propres ressources. Comme il est bon d’être un être humain.

Il existe aussi des pratiques spécifiques visant à développer le sens d’amour — et que je présente aussi dans le coffret. De manière surprenante souvent pour nous Occidentaux, elles commencent toujours par soi. Laisser l’amour prendre toute sa place vous inclut nécessairement en lui. Aimer quelqu’un ce n’est du reste pas le vouloir, avoir besoin de lui, être malheureux sans lui mais sentir que vous êtes liés. Sentir que vous n’êtes plus séparés. Que quelque chose vous unit. L’amour est ce qui unit — comment pourrions nous aimer qui que ce soit, sans être inclus dans cet amour ?

J'ai acheté un dvd sur la méditation guidée, mais je trouve la pratique très délicate car je n'arrive pas à « visualiser » quoi que se soit. Quels sont vos conseils ?

Il existe de très nombreuses formes de méditation. Je crois important pour nous Occidentaux vivant au XXIe siècle, de commencer par pratiquer la méditation telle que je la présente ici. Sans récitation de mantra et sans visualisation. Simplement s’asseoir. Apprendre à être présent. Découvrir et comprendre son esprit pour devenir ami avec soi. Je ne vois pas comment sans cette base solide les autres approches peuvent être autre chose que du folklore. On joue avec des énergies sans comprendre leur rôle dans l’économie générale du chemin. Et évidemment la pratique reste alors abstraite, les visualisations semblent au mieux des fabrications mentales ou des exercices surréalistes.

Quelle est la différence entre la méditation zen et la méditation bouddhiste ?

Le zen est une forme de bouddhisme qui s’est développé au Japon. Elle vient du Tchan chinois. Sa compréhension de la méditation est d’une grande subtilité qui ne diverge pas fondamentalement de celle développée dans l’Asie du Sud-Est sous le nom de Vipassana ou encore des formes propre au monde tibétain.

Personnellement, je dois beaucoup à des maîtres de ces trois grandes traditions et le fait de pouvoir les étudier chacune est une chance profonde.

En revanche, je crois vraiment important de ne pas confondre l’aspect culturel — japonais, tibétain ou birman — avec la vérité de la méditation. Manger des sushis ou des momos (raviolis tibétains), porter un kimono noir ou un chuba, chanter avec une voix grave des textes japonais que l’on ne comprend pas ou frapper sur un grand tambour, n’est pas se familiariser avec son esprit et avancer sur le chemin !

Faut-il être bouddhiste pour pratiquer la méditation ?

Nullement. La pratique de la méditation comme discipline pour travailler avec son esprit et ce que nous sommes n’est pas liée à une tradition religieuse particulière. Et par exemple de nombreux moines et moniales chrétiens pratiquent la méditation qu’ils incorporent à leurs pratiques religieuses. Ce qui importe n’est pas d’adopter une identité, fut-elle « bouddhiste », mais d’être prêt à entrer dans l’espace ouvert et de se confronter à nos crispations, nos peurs et nos espoirs.

Vous pouvez donc découvrir la méditation quelles que soient vos convictions.

Du reste, la Voie du Bouddha, dans sa perspective la plus subtile et profonde, ne vise pas à établir une sorte de manuel ou de catéchisme nous donnant des réponses à toutes nos questions. Elle nous invite à regarder au-delà de toutes les réponses que nous avons, à nous rencontrer d’une façon directe, sans peur. Dans notre nudité. Pour ma part, je crois que devenir « bouddhiste » et être convaincu par exemple de la vérité de l’impermanence, de l’interdépendance, du karma et de la vacuité ne veut au fond rien dire. Ce ne sont que d’autres concepts — qui ainsi nommés n’ont pas de sens réel. En revanche, si l’on considère que le bouddhisme est l’ensemble de tous les textes qui décrivent l’expérience de la méditation, la manière d’en discerner toutes les subtilités, une transmission vivante, alors il peut devenir passionnant d’explorer plus avant la richesse de cette tradition. Et les grandes notions bouddhistes deviennent alors des descriptions de notre expérience présente et non plus des dogmes exotiques.

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Culture et cultures - 2 -

10 Décembre 2012, 16:45pm

Publié par Pam. 2006-2011

J’ai eu de très beaux résultats certaines années où mon activité professionnelle m’éloignait de longs mois durant de mon jardin, et de grandes joies à découvrir des légumes ou des fleurs noyés sous une profusion de “mauvaises herbes” envahissantes. J’ai passé de magnifiques moments assise par terre à trier les cailloux et les racines des squatters, sans outil, à pleines mains dans la terre, alors que mes douleurs physiques m’interdisaient même de porter le poids d’une bêche... alors l’utiliser !!!

Et le résultat était positif, l’été suivant, tout en m’ayant permis, en passant des heures au contact de “ma” terre de me sentir utile pendant ces jours de grandes douleurs handicapantes à l’issue desquelles je retrouvai le bonheur d’une saine fatigue le soir, d’un appétit revenu et d’une sérénité reposée. Qui n’a pas “travaillé” un jardin, ignore que, comme nombreux travaux manuels, pendant que les mains s’activent, entraînant le corps tout entier, l’esprit est libre, disponible, porté à la méditation et à la philosophie.

Les résultats tangibles du travail au jardin ne se limitent pas à la récolte des fruits, légumes, aromates, fleurs ; on peut y trouver le bonheur d’être utile et constructif, l’amour du travail bien fait, la joie de réaliser et cette possibilité de faire le point sur soi et sa vie, d'éliminer stress et mauvaises pensées envahissantes.

Et on réalise une œuvre créatrice, dévoilant un sens artistique quelques fois inconnu de soi ou jamais exploité, et ce en symbiose avec la nature. Et ça nous rapproche des premiers hommes dans une communion simple, primaire, essentielle avec votre environnement... et combien équilibrante !

Et que dire des discussions fortuites avec quelques vieux du village qui “passaient” par là, intrigués par mes méthodes et curieux voire moqueurs quand aux compétences possibles d’une parisienne aux cheveux rouges (j’étais déjà dans le Lot depuis plus de 20 ans mais mon accent de la capitale aussi ... obstacle à mon intégration comme mon métier d’artificier, comme mon choix de vie solitaire, comme mes activités de bricolage, jardinage, maçonnerie et autres travaux d’aménagement trop peu féminins manifestement à leurs goûts...). Quand vous jardinez, vous avez non seulement la tête libre pour philosopher mais vous pouvez aussi tenir une conversation d’autant plus facile que chacun a son avis à donner sur les plantes à privilégier, les bonnes places pour chaque chose selon l’orientation, les vents et les habitudes ancestrales. Et ainsi j’ai appris que quelques dizaines d’années seulement avant ma venue en ce lieu, les anciens en gardant les bêtes avaient coutume de greffer les merisiers sur les talus, multipliant les récoltes de cerises à la belle saison, comme les bons coins à champignons (qui se taisent eux, limités au seul “en par là”) ou à fraises des bois (qui se partagent surtout avec les enfants). Si vous voulez vous installer à la campagne, sachez que le meilleur vecteur à votre intégration sera vos enfants, et ensuite, juste derrière, votre jardin ou ce que vous en ferez. Et on vous attendra au tournant, au moment de la récolte, si vous vous éloignez trop des habitudes locales en plantant des incongruités (nouvelles espèces, plantes inconnues du lieu, variétés trop exotiques) comme on m’a attendu goguenards sur la place du hameau le premier matin suivant une nuit d’orage après que j’ai refait ma toiture, histoire d’être premiers à colporter la bonne blague d’une nuit passée à éponger voire à installer les cuvettes au grenier... mais aussi prompts à fêter l’événement d’une étanchéité parfaite par le partage d’une belle bouteille de ratafia ! Scellant par là l’intégration de la nouvelle voisine enfin soulagée, acceptée, du moins pour son travail, et c’est bien le plus important chez ces gens proches de la terre qui savent bien depuis toujours que l’on n’a rien sans rien, et qui stoppent leurs critiques dès qu’ils peuvent reconnaître le vôtre.

La vieille Madame Viazac, ma meilleure voisine, m’a raconté le village chaque jour lors de ses promenades (conseillées par le médecin pour soulager ses jambes douloureuses) qui invariablement faisait la pause devant chez moi quand je jardinais, me conseillant, me racontant sa vie d’avant, plaisantant sur les tonnes de cailloux que je remuais pour planter mes fleurs, les appelant l’or du Causse car c’est bien le seul trésor que cette terre ingrate nous offre... Encore que nous sommes environnés de sites préhistoriques prestigieux et que chaque jour j’ai rêvé d’une découverte concrétisant la réalité d’une habitation préhistorique là même où je vis. Je sais que proche de chez moi, des agriculteurs soucieux de leur tranquillité ont recouvert de tels sites, l’entrée d’une grotte par exemple, de quelques charrettes de fumier ou de cailloux, préférant la paix à l’envahissement de ces messieurs de l’Université ! Combien de Lascaux, de Pech-Merle sont ainsi retombés dans l’oubli et combien de fois au fil des siècles qui nous séparent de nos lointains ancêtres Cro-Magnons ? Et si par hasard, ma maison fut construite sur une de leur sépulture, un de leurs lieux de vie, il me plaît de penser qu’ils dorment en paix sous moi qui dort en paix sur eux. Souvent les rêves n’ont pas besoin d’être concrétisés pour être les plus beaux.

Et, rêveuse invétérée, je me retrouve régulièrement assise par terre, nettoyant une dalle de pierre affleurant, pour en trouver la fin et peut être ainsi découvrir l’entrée d’une grotte imaginée juste sous mes pieds. Je gratte, je racle, j’arrache tout ce qui pousse pour enlever la terre et retrouver la pierre dessous. Et quelques heures plus tard, d’un affleurement de quelques centimètres carrés, je découvre une dalle de deux mètres carrés au moins qui s’enfonce d’un côté, se termine en arête d’un autre, gardant pour elle son mystère, son secret, mes ongles usés jusqu’à la peau, les doigts, les bras douloureux, le dos en feu, évaluant incrédule le nombre de vies qu’il me faudrait consacrées toutes entières à ce labeur de nettoyage de siècles de poussières d’étoiles, de sable du désert porté par les vents, d’humus accumulé et auto-entretenu par la végétation du Causse. Un hectare et demi c’est bien trop pour une personne seule, dans certains pays on vit à une centaine là-dessus et moi je suis seule avec mes lubies... Et le rêve reste un rêve, le mystère reste, je ne découvrirai pas encore aujourd’hui la trace de mes ancêtres préhistoriques. Demain peut-être si j’ai la pêche, la semaine prochaine quand mes ongles auront repoussé, jamais si mon dos me lâche.

De temps en temps un abruti me dit qu’il me serait si facile à moi l’artificier de mettre un baton de dynamite dans ce trou que j’ai découvert, étroit, profond (je n’ai dégagé que la longueur de mon bras, allongée à plat ventre, mais plein de potentialité puisqu’un jour j’y ai vidé la totalité de l’eau de la piscine (une dizaine de baignoires au moins, sans pour autant que l’eau ne déborde de ce trou). Comment même envisager de faire sauter à la dynamite ce qui pourrait être un trésor caché ? Alors, qu’y a-t’il dessous, une grotte ? un simple passage vers la nappe phréatique ? les restes d’une habitation datant de 10 000 ans ? des peintures, des objets, des restes humains ? une source d’eau pure permettant la réalisation de mon rêve de larguer la Compagnie des Eaux, exploiteuse, pollueuse, si onéreuse pour mon petit budget...

Ou juste un rêve ?

Un sculpteur lotois a un jour, en vue d’une exposition de ses œuvres, nettoyé les dalles de pierre dans son jardin, j’ai vu le reportage réalisé par la télé régionale : un véritable paysage miniature, des canyons, des vallées, des éperons rocheux, un paysage magnifique minéral, incroyable. Il semblerait que depuis, il nettoie ses pierres années après années, jour après jour.

Je ne sais s’il a posé ses œuvres dessus, mais pour moi son chef d’oeuvre, c’est celui qu’il a découvert sous ses pieds.

Je l’ai expérimenté à plus petite échelle : les mousses, lichens, herbes folles et mêmes arbustes reprennent leurs places en quelques mois. Ce qui signifie qu’en 10 000 ans, ce sont des mètres cubes qui sont ainsi accumulés. Mais il faut le voir pour le croire. Qu’un jardin retourne bien vite à l’état sauvage sans entretien, on le sait, mais que des plantes réinvestissent si vite un rocher soit disant stérile, ça c’est hallucinant. Après tout, tant mieux, ça laisse peut être un espoir que la Terre puisse un jour se soigner du mal que lui font les humains, tant de mal depuis un siècle. Tant de honte sur nous, sur notre civilisation. Je vois là l’inverse du travail de sape de l’avancée irrépressible du désert de sable en Chine ou en Afrique, des méfaits humains, agricoles, miniers ou chimiques, de la désertification due aux plantations ravageuses pour l’huile de palme au détriment de toute autre espèce végétale, à la déforestation, bref aux excès de l’homme avide et irréfléchi.

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Culture et cultures - 1 -

10 Décembre 2012, 16:37pm

Il y aurait d’un côté les chanceux, ceux qui ont le temps et l’argent pour se cultiver et l’intelligence de la concision, de la théorisation, de l’analyse. Et en face, nous tous pauvres crétins, qu’une fable bien tournée amène plus facilement à la compréhension d’une morale, d’un mode de vie.

Ceux qui haïssent Coelho, Werber et les autres sont englués dans une mode crétine et prétentieuse qui ressemble étrangement à cette mode des best-sellers dont ils se gaussent. “Nous les intellos” face au “bas peuple” qui lit dans le métro ou après une longue journée de labeur quand les gosses sont couchés, pendant les quelques minutes où les yeux restent encore ouverts avant que la tête ne tombe sur l’oreiller. Et ces minutes-là, c’est vrai, ne sont guère propices à la compréhension du verbiage pompeux de philosophes hermétiques.

Éclectisme... soit synonyme de pluralité des connaissances, donc ouverture d’esprit et diversité maximale des centres d’intérêt, soit dispersion stérile, effleurement des sujets d’étude, papillonnage et superficialité donc dilettantisme.... Il est nécessaire de trouver le juste milieu, déterminer avec rigueur ses vrais centres d’intérêt et les creuser. Et laisser tomber les disgressions stériles.

Prenons l’exemple de “plantes et soins”, j’ai déjà beaucoup bossé sur le sujet alors même que je ne bois que rarement des tisanes que je décris comme sainement curatives. J’ai le sentiment que je pourrais abandonner ce projet en gardant seulement un inventaire des plantes médicinales cultivables en pays tempéré par un jardinier du dimanche disposant d’une are de jardin potager derrière sa maison. Le lopin de terre idéal où se côtoieraient légumes, aromates et plantes médicinales dans un but de relative autonomie familiale. Mettant l’accent sur les associations bénéfiques entre certaines plantes dans un jardin bio, les possibilités simples et faciles d’un hobby sain (qui associe une activité de plein air avec le bonheur de voir pousser ses plantes, de prendre conscience des changements de saisons et du besoin d’avoir les mains - et les pieds - dans le concret : la terre). Hobby esthétisant : fleurs, légumes, couleurs, saveurs, odeurs, disposition harmonieuse des différentes plantes, satisfaction de se nourrir et de soigner son corps et son esprit par son travail, leçon de vie journalière pour les enfants comme pour les adultes.

L’approche philosophique du jardinier est intrinsèque à son activité, et les bienfaits d’un tel jardin tellement nombreux et évidents qu’il devient de nos jours une des meilleures compensations à la vie stressée-industrialisée-mondialisée-polluée-superficielle à laquelle nous a mené notre civilisation matérialiste et capitaliste et libérale...

Sur tout cela je ne peux pas faire l’impasse.

Se soigner le corps et l’esprit, comprendre notre terre et notre corps, analyser nos besoins naturels et spirituels, expliquer le monde et l’intérêt qu’il y a à protéger notre environnement à nos enfants par un travail concret, le jardinage, travail au sens noble du terme, compréhension des étapes nécessaires et indispensables à l‘aboutissement d’un projet, concrétisation palpable de la loi des causes et des effets (causalité ?), bienfaits de l’apprentissage, importance de la rigueur, nécessité de soutenir son effort à long terme. Et même si le jardin s’accommode mal de dilettantisme, je suis contre ces “techniciens du jardinage” qui voudraient nous faire croire qu’un “bout de jardin” nécessite non seulement un travail énorme et fastidieux, mais une technicité de pointe réservée à des pros détenteurs d’un savoir colossal !

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bibliographie

4 Décembre 2012, 11:21am

Publié par Bernard Tywoniak

Notre prof de QI GONG, Bernard Tywoniak a eu la bonne idée de concocter une bibliographie en vue des cadeaux de Noël... je fais suivre !...

QI GONG

"Guide du bien-être selon la médecine chinoise". Trédaniel éditeur. Requena et Borel. (Pour une étude complète des 5 éléments)

"Les racines du Qi Gong". Trédaniel. Dr Yang Jwing-Ming. (Origine et bases fondamentales du Qi Gong par un Maître de Taïwan)

"La voie de l'énergie". Courrier du livre. Lam Kam Chuen. (Approfondissement de la posture de l'arbre)

MEDECINE CHINOISE

"Dictionnaire de médecine chinoise". Larousse. Hiria Ottino. (Étude complète des principaux fondements de la médecine chinoise)

"La médecine chinoise". Odile Jacob éditeur. Dr Eyssalet, Evelyne Malnic. (Étude selon les saisons et mois par mois : nombreuses recettes)

"Précis de médecine chinoise". Dangles éditeur. Eric Marié. (Fondements historiques, théorie et pratique)

"Pratique du massage chinois". Marabout. You-Wa Chen. (Connaître et masser les points d'acupunture)

PHILOSOPHIE

"Tao Te King". PUF. Traduit et commenté par M. Conche. (Le livre fondateur de la pensée taoïste)

"Le Vrai Classique du Vide Parfait". Folio. Lie-Tseu. (L'autre classique de la pensée taoïste)

"Histoire de la pensée chinoise". Points essais. Anne Cheng.

"Le YI Jing" de C Javary. Cerf. (Introduction au Livre du Changement)

ROMANS

"Le dit de Tianyi" de F. Cheng, Poche, prix Femina.

"L'éternbité n'est pas de trop" de F. Cheng. Albin Michel.

"Balzac et la petite tailleuse chinoise" de Dai Sijie.

CUISINE

"La santé vient en mangeant". P.H.Meunier. PHM éditions. (Les grands principes de la diététique chinoise)

"À la table d'un cuisinier taoïste". M. Saso. Picquier poche. (81 recettes accompagnant les 81 chapitres du Tao Te King)

bibliographie

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Krishnamurti : Le philosophe insoumis

4 Décembre 2012, 08:52am

Publié par Marc Lafontan

« Il n’y a pas de Krishnamurti », comme il n’y a pas de dieu consolateur, ni de sens à la vie, affirmait cet inclassable et virulent philosophe indien. La vérité était pour lui « un pays sans chemin », une vision intime, en élaboration perpétuelle, qu’il ne prétendait ni détenir ni transmettre.

 "Dès que vous suivez quelqu’un, vous cessez de suivre la vérité ", disait-il. A chacun d’entrer en contact avec son enseignement, sans intermédiaire, crédulité ou idées préconçues, pour devenir « son propre maître et sa propre lumière ».

La volonté de satisfaction détruit l’amour.

Dans cette perspective, chère à Socrate, il conduit à « comment penser » et appelle à « une révolution silencieuse » : la connaissance de soi et le dépassement de la peur, pour s’ouvrir à la réalité de « ce qui est », seule voie d’accès à la dimension sacrée de la vie.

 Après avoir fui l’Inde qui voulait faire de lui un gourou, il s’installe en Californie. Pendant plus de cinquante ans, il a parcouru le monde, animant des cycles de conférences suivies par des milliers de personnes.Meurt en 1986 en Californie. « Je n’ai pas peur de mourir, je n’ai jamais transporté de mémoire en moi. »

Quelques Pensées :

Etre attentif à notre présent

Aux dogmes, modèles, certitudes de toutes obédiences, Krishnamurti oppose la vigilance, la prise de risque, la remise en question, individuelle et permanente. « La vérité n’a pas de sentier, et c’est cela sa beauté : elle est vivante… » Pour y accéder, il suffit de porter l’attention la plus vive à notre présent, notre banalité quotidienne. « L’ignorance, c’est de ne pas se connaître soi-même profondément ; et vous ne pouvez pas vous connaître si vous êtes incapables de vous regarder, de vous voir tels que vous êtes, maintenant, sans déformation, sans désir de changer. Dès cet instant, ce que vous verrez sera transformé, parce que la distance entre l’observateur et la chose observée ayant disparu, il n’y a plus de conflits. »

Vivre comme un être neuf

« Savoir » au sens où l’entend Krishnamurti, c’est « se dénuder complètement, se dépouiller des accumulations du passé et aborder la provocation [de la vie] à la façon d’un être neuf. » C’est se libérer de la pensée, qui est une réaction de la mémoire visant essentiellement à répéter un schéma connu, rassurant. Sous cet angle paradoxal, la pensée n’est, pour lui, jamais intelligente.

La peur empêche l’épanouissement de l’esprit

L’école est « un moule mortifère » axé sur le passé, la spécialisation, la compétition et l’autorité. A cette critique, il a apporté une réponse concrète : la création de quatre écoles à travers le monde, où sont enseignées aussi bien la connaissance de soi que les mathématiques. Elles s’attachent à éduquer et à enseigner du savoir, sans autorité ni peur : « Dès qu’il y a crainte, vous cessez d’apprendre vraiment. » La peur abrutit le cerveau, « empêche l’épanouissement de l’esprit et de la bonté… Accumuler des connaissances vous rend mécanique, mais apprendre permet à l’esprit d’être plein de spontanéité, de jeunesse, de subtilité. »

Trouver l’immobilité de l’esprit

S’il ne donne jamais sa propre méthode de méditation, Krishnamurti explique comment voir, en solitaire, la vérité. « Savez-vous ce que signifie : regarder un arbre et n’avoir aucune pensée, aucun souvenir interférant avec votre observation, vos sensations, votre sensibilité, votre état nerveux dans ce moment d’attention, de sorte qu’il y ait seulement l’arbre et non vous qui regardez cet arbre ? » Alors l’observateur est aboli.

Dans cette immobilité de l’esprit, « la vérité peut entrer en existence ». Cet état est pour lui création, un espace sans bornes, qui bruisse de « l’extraordinaire énergie de l’univers »

La beauté existe là où l’ego n’est point

« L’amour n’est pas la sensation. L’amour n’est ni le plaisir, ni le désir, ni son assouvissement. L’amour n’est ni la jalousie ni la haine. L’amour sait être généreux, compatissant, plein de tact. Pourtant, ces qualités ne sont pas l’amour. Il faut, pour y accéder, être extrêmement sensible à la beauté. Il ne s’agit pas de la beauté d’une femme, d’un homme… La beauté dont je parle existe là où l’ego n’est point. Cette beauté, cet amour, cette vérité, c’est la plus haute forme d’intelligence… »

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