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esprit de solitude...

11 Octobre 2014, 06:05am

Publié par pam

extraits de "Esprit de solitude" de Jacqueline Kelen.

VIII - UN GRAND RETIREMENT.

La voie solitaire est universellement désignée comme noblesse et liberté de l’individu, approche de la divinité ou du vide, maîtrise et détachement à l’égard du temporel. La solitude fait le pont entre domaine social où nous vivons et domaine spirituel, qui rend l’homme attentif à ses frères et ouvert à une transcendance.

Diogène dit : “Est riche parmi les hommes celui qui se suffit à lui-même”.

Épicure insiste sur “l'autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse.”

Ces exemples de la sagesse grecque représentent moins une apologie du dénuement qu’une recherche de liberté totale. Ils invitent chacun à dépendre le moins possible des circonstances extérieures et à s’ancrer en soi. C’est aussi une façon de savourer le présent, sans se plaindre, sans être suspendu à l’avenir. La solitude n’est pas misanthropie, la compagnie des autres n’est pas fuite de soi, on peut alterner les deux états pour un meilleur équilibre.

Souvent les ermites sont des contestataires, des pionniers, des êtres assoiffés de perfection. Le désert apprend l’humilité, et fait prendre conscience de la fragilité humaine et de la perdition qu’est l’absence de sacré. Seuls avec le réel, la vérité.

Toute solitude est hantée de présences et de signes, on devient attentif à tout.

Derrière l’ascétisme, le dénuement visible, il y a des moments d’exaltation intérieure, de multiples joies. Plus rien n’est ordinaire, tout devient précieux. Le solitaire fraternise avec tout le monde du vivant au lieu de se limiter aux hommes. Un être humain qui rayonne l’amour et la bienveillance pacifie tout autour de lui. La vie solitaire mène à l’état d’ouverture.

Préférer l’absolu de l’absence à une présence approximative.

Vérité paradoxale : je suis toujours plus seul que je le crois, et bien moins seul que je ne pense.

Les joies de la solitude font de nos plaisirs terrestres d’illusoires compensations à un manque essentiel et ineffable.

Les solitaires se comprennent vite, ayant approché l’essentiel, ils ne vont pas discuter sur des broutilles ni perdre leur temps à des choses insignifiantes. Ils ne vont pas non plus s’affronter, faire valoir leur vérité ni défendre une image de soi, parce que la solitude leur a montré leur ignorance et leur pauvreté extrêmes en même temps qu’elle les a nourris du grand silence de l’amour.

Il n’y a pas de spiritualité de groupe.

L’état acquis par le solitaire est un affranchissement du monde des contingences et de l’éphémère, aussi peut-il se vivre hors des religions et des formes.

Tant que nous sommes dépendants du monde, nous nous efforçons par conscience morale d’avoir de la rectitude, de mettre de la cohérence entre nos pensées et nos actes, de trouver un accord avec les autres.

esprit de solitude...

IX - DE L’EXIL À L’ABSOLU.

Le pèlerin se sent étranger sur terre et entreprend le voyage vers sa véritable patrie, tandis que la plupart des hommes aménagent leur prison ou en jouissent.

L’esseulement cache un grand secret d’amour, mais il n’est pas pour autant léger à vivre. Il enjoint de se dépouiller entièrement de soi, de s’affranchir de toute satisfaction et de toute consolation, de parvenir à un état de parfait dénuement...

L’être humain est appelé à devenir un être spirituel, pas un maître spirituel...

Tout être profondément solitaire porte en lui une immense soif d’absolu, et sa solitude n’étanche pas cette soif, au contraire.

Dans toute société, le solitaire est celui qui empêche de tourner en rond, qui empêche de s’endormir les gens si satisfaits. Il porte sa soif démesurée au cœur d’un monde tiède, repu ou cuirassé. Sa solitude est une blessure autant qu’une épée, fort déplaisante. Toute solitude est une voix qui crie ou une voix qui se tait dans le désert des hommes. Elle n’annonce pas une destruction ni un malheur, elle invite à entendre ce qui ne passe pas, elle ouvre la porte du mystère.

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au sujet de la violence...

9 Octobre 2014, 05:55am

Publié par pam

Très récemment trois de mes amis, à Paris et à Toulouse, ont subi la violence gratuite de leurs concitoyens, avinés pour la plupart, mal dans leur peau c'est probable, mal dans la société certainement. Je pense à eux.

Extraits de : Michel Onfray in “La philosophie féroce. Exercices anarchistes.

“La violence est vieille comme le monde... De l’inventeur du gourdin paléolithique à l’ingénieur qui met au point une bombe à raréfaction d’oxygène, la brutalité ne cesse pas, elle se métamorphose. On la dit légitime lorsqu’elle prétend faire respecter l’ordre républicain - en fait, quand elle se contente de permettre et de cautionner le bon fonctionnement de la machine libérale. En revanche, elle est qualifiée d’illégitime chaque fois qu’elle procède d’individus agissant pour leur compte - du vol à la tire à l’assassinat politique en passant par les agressions, crimes et délits notifiés dans le Code civil...

Je pose que la délinquance des individus fonctionne en contrepoint à celle des gouvernements. Partout sur la planète, les États polluent, asservissent les minorités, déclarent des guerres, matent les soulèvements, matraquent les manifestants, emprisonnent les opposants, pratiquent la torture, les arrestations arbitraires, les pendaisons, les emprisonnements, en tout lieu ils achètent des silences et des complicités, détournent des fonds en quantités pharaoniques et autres joliesses rapportées partiellement par la presse quotidienne. Cette violence ne rencontre rien au-dessus d’elle, voilà qui la fait dire légitime.

Parallèlement, les délinquances privées font pousser des cris d’orfraie aux praticiens des violences publiques. Comme un seul homme, le personnel politique s’excite sur ces questions porteuses pour les démagogues : l’insécurité, la délinquance, la criminalité, les incivilités, voilà à quoi se résume le débat politique contemporain. Répression ou prévention ? Désormais, on récuse même cette alternative, jadis opératoire, pour répondre d’une seule manière : répression. Dans nos sociétés dépolitisées, les différences résident dans les formes et non plus dans le fond.

Les bêtes de proie qui activent le libéralisme agissent par-delà le bien et le mal, elles créent des richesses considérables qu’elles se partagent en laissant la plus grande partie de l’humanité croupir dans la misère. L’argent, le pouvoir, les honneurs, la jouissance, la puissance, la domination, la propriété, c’est pour elles, une poignée, l’élite ; pour les autres, le peuple, les petits, les sans-grade, la pauvreté, l’obéissance, le renoncement, l’impuissance, la soumission, le mal-être suffisent... Villas cossues dans les quartiers chics des pays riches contre masures effondrées dans les zones dévastées ; fortunes concentrées dans l’hémisphère Nord, pauvreté dans l’hémisphère Sud ; riches des centre-villes et déshérités des banlieues ; chiens et chats repus d’Europe, enfants africains qui meurent de faim ; prospérité économique des nantis contre soupir des victimes exsangues. Violence légitime des puissants contre violence illégitime des mendiants, le vieux moteur de l’histoire...

On aurait tort de braquer le projecteur sur les seules violences individuelles alors que tous les jours la violence des acteurs du système libéral fabrique les situations délétères dans lesquelles s’engouffrent ceux qui, perdus, sacrifiés, sans foi ni loi, sans éthique, sans valeurs, exposés aux rudesses d’une machine sociale qui les broie, se contentent de reproduire à leur degré, dans leur monde, les exactions de ceux qui (les) gouvernent et demeurent dans l’impunité. Si les violences dites légitimes cessaient, on pourrait enfin envisager la réduction des violences dites illégitimes...”

Konstantin Shalev

Konstantin Shalev

Extraits de : Michel Onfray in “Antimanuel de philosophie”.

“Peut-on recourir à la violence ?

Malheureusement, on constate que le recours à la violence entraîne un mouvement que seule arrête la destruction de l’un des deux protagonistes. Y recourir c’est constater son incapacité à épuiser sa haine contre qui on la dirige. La violence se défend moralement lorsqu’elle arrête un processus qui menace d’être destructif et catastrophique, dans le cas où elle est défensive. Offensive, en revanche, elle est intenable : l’histoire des hommes et celle des nations procèdent pourtant de cette énergie sombre qui agit en moteur de l’histoire.

Hegel : “Les peuples heureux n’ont pas d’histoire”.

Là où l’autre met en péril ma possession, je réagis instinctivement. La guerre est naturellement inscrite dans la nature humaine ; la paix en revanche, procède de la culture et de la construction, de l’artifice et de la détermination des bonnes volontés. À l’origine, la violence suppose une incapacité à se parler, une impossibilité à vider la querelle par le langage, en ayant recours aux seuls mots. Ceux qui ne maîtrisent pas les mots, parlent mal, ne trouvent pas d’explications sont des proies désignées pour la violence.

La diplomatie est l’art d’éviter la violence en travaillant sur le terrain de la politesse, courtoisie, intérêts communs et bien défendus. Elle doit faire face aux intimidations qui sont toujours les manifestations premières des nations belliqueuses, agressives ou guerrières. Quand la diplomatie ni la dissuasion ne suffisent et que la guerre froide persiste, on passe le cap de la violence théâtralisée pour franchir un seuil dont on ne revient pas : le passage à l’acte. L’histoire passe souvent pour la mémoire consignée de ce seul état. Les belligérants qui prennent l’initiative de libérer les pulsions de mort sur le terrain des nations cherchent et trouvent des prétextes.

À l’origine des conflits, le désir d’empire, la volonté d’étendre ce qu’on croit être la vérité politique à l’ensemble de la planète. L’histoire des hommes se réduit souvent à l’enregistrement des faits et gestes qui découlent de leurs pulsions animales. Chaque fois, le droit disparaît sous la force, la convention est écartée au profit de l’agression, la violence triomphe là où le langage et les contrats faisaient précédemment la loi. L’homme recule, la bête avance.

La lutte est le moteur de l’histoire : entre classes sociales, appartenances ethniques, identités régionales, nations, confessions religieuses.

La violence se propose de régler les problèmes, en fait, elle les déplace et les nourrit. “

René Girard : “La violence inassouvie cherche et finit toujours par trouver une victime de rechange. À la créature qui excitait sa fureur, elle en substitue soudain une autre qui n’a aucun titre particulier à s’attirer les foudres du violent, sinon qu’elle est vulnérable et qu’elle passe à sa portée.”

Georges Sorel : “Nous dirions donc que la force a pour objet d’imposer l’organisation d‘un certain ordre social dans lequel une minorité gouverne, tandis que la violence tend à la destruction de cet ordre.”

Michel Onfray in “Antimanuel de philosophie”.

au sujet de la violence...

“Avant l’arrivée des Occidentaux, les Indiens d’Amérique du Nord vivaient dans une société adepte de la mesure. La violence existait, certes, mais elle était ritualisée. Pas de surnatalité, donc pas de guerre pour résorber les excédents démographiques. Au sein de la tribu, la violence servait à témoigner son courage en affrontant la douleur ou les situations d’abandon.

Les guerres tribales étaient généralement déclenchées par des conflits concernant des territoires de chasse dégénéraient rarement en massacres. Ce qui importait, c’était de prouver à l’autre qu’on aurait pu aller plus loin si on l’avait voulu. Mais c'était généralement admise l’inutilité de s’avancer plus loin dans la violence.

Longtemps, les Indiens ont combattu les pionniers de la conquête de l’Ouest en leur tapant l’épaule de leur lance, leur prouvant ainsi qu’ils auraient pu l’enfoncer s’ils l’avaient voulu. Les autres leur répondirent en faisant face et en utilisant leurs armes à feu. Car pour pratiquer la non-violence, il faut au moins être deux.” ”Werber in “Nous les Dieux”.

au sujet de la violence...

France, août 2008 :

“L’âge à venir sera celui de la femme ! Le monde a besoin pour survivre des valeurs qu’elle incarne.”

“La violence est démodée. Laissons les valeurs féminines s’épanouir dans nos sociétés afin de changer les mentalités. Les dirigeants politiques doivent donner des rôles plus importants aux femmes. C’est essentiel pour construire une paix durable et le futur de l’humanité.”

S.S. Dalaï-Lama.

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Bonjour tristesse...

8 Octobre 2014, 07:20am

Publié par pam

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Nous pouvons vivre libres.

6 Octobre 2014, 07:00am

Publié par pam

EMMANUEL DANIEL (REPORTERRE)

samedi 4 octobre 2014

Dans son ouvrage, Comme si nous étions déjà libres, l’anthropologue David Graeber s’appuie sur le mouvement Occupy pour rafraichir la pensée de la démocratie et de la liberté. « Il ne s’agit pas de construire une société à partir de zéro, mais de la construire à partir de la société existante, en y élargissant les zones de liberté, jusqu’à ce que la liberté serve de principe d’organisation absolu ».

En 2011, un vent révolutionnaire a soufflé sur les Etats-Unis. Dans l’antre du capitalisme mondialisé, des milliers de personnes ont occupé plusieurs centaines de places publiques, de Wall Street à Phoenix en passant par Cincinnati. Le mouvement, baptisé Occupy, ne réclamait pas une hausse des salaires, de meilleures retraites ou une meilleure prise en charge des soins médicaux. C’est le fonctionnement même de notre système économique et politique qui était remis en cause. Non pas un changement des personnes au pouvoir, mais bien un changement d’institutions.

Dans son livre au titre encourageant, Comme si nous étions déjà libres, l’anthropologue David Graeber nous raconte par le menu la naissance, le déroulement et l’essoufflement de ce mouvement au sein duquel il a été très actif. Scènes de vie collective, discussions pendant ou en dehors des assemblées, violences policières, traitement médiatique... Il nous livre un riche témoignage de ce qu’il a vécu sur les places de New York et d’ailleurs ainsi que son analyse d’un mouvement politique inédit de par sa composition et sa forme.

Pour lui, l’expulsion des derniers campements en novembre 2011 ne marque pas la fin, mais plutôt le début d’un processus : « Une fois les horizons politiques de la population élargis, le changement est permanent. Des centaines de milliers d’Américains ont aujourd’hui fait l’expérience directe de l’auto-organisation, de l’action collective et de la solidarité humaine. Ils est alors presque impossible de revenir en arrière et de voir les choses comme avant ».

Il argue que l’occupation de places a permis une "renaissance de l’imaginaire révolutionnaire", notamment chez des participants qui pour beaucoup étaient éloignés des sphères militantes. En prenant part à ce mouvement, des personnes qui se contentaient d’être des électeurs passifs et résignés se sont transformées en citoyens conscients de leur pouvoir individuel et collectif.

Il voit les assemblées générales et ses prises de décisions au consensus comme un modèle de "véritable démocratie directe" capable de faire"contrepoids à la mascarade corrompue que le gouvernement américain qualifie de démocratie". Il espère que "la liberté soit contagieuse" et pense que "voir un groupe de mille ou deux mille individus prendre des décisions collectivement, sans structures hiérarchiques et uniquement motivé par des principes de solidarité peut changer notre conception fondamentale de ce à quoi pourrait ressembler la politique, ou même la vie humaine".

Graeber place l’expérimentation démocratique au cœur de la reconquête de notre existence. Il est persuadé que les Américains "aiment la démocratie, détestent les politiciens et doutent de la notion même de gouvernement", mais n’imaginent pas qu’un autre mode de fonctionnement soit possible. Lui assure au contraire que "la démocratie est aussi ancienne que l’histoire et l’intelligence humaine". Il va puiser dans l’histoire et l’anthropologie des exemples concrets pour défendre l’idée que les hommes pourraient tout à fait se gouverner sans appareil d’Etat.

De sensibilité anarchiste, l’universitaire croit que l’homme peut se comporter de manière décente et responsable sans y être contraint par un Etat, un policier ou un juge. Il rappelle que même dans notre société individualiste et hiérarchisée, nous faisons preuve de générosité tous les jours et il existe déjà des espaces où nous nous organisons de manière horizontale. "Il ne s’agit donc pas de construire une société à partir de zéro. Il s’agit plutôt de la construire à partir de la société existante, en y élargissant les zones de liberté, jusqu’à ce que la liberté serve de principe d’organisation absolu". Pour lui, le meilleur moyen de réveiller l’instinct démocratique qui sommeillerait en nous, serait de multiplier les expériences d’organisations horizontales et égalitaires qui préfigurent le monde de demain. Il nous invite à incarner au quotidien le monde que nous désirons créer en choisissant de vivre "comme si nous étions déjà libres".

Comme si nous étions déjà libres, David Graeber, éd. Lux, 278 p., 22 €.

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Pas en mon nom...

6 Octobre 2014, 06:08am

Publié par pam

Bonjour tout le monde ! nouveau record de fréquentation de ce blog et aussi de nationalités différentes et ça fait chaud au coeur.

Plein de possibilités d'articles ce matin, de sujets passionnants, de sujets de révoltes, de livres à livre, d'auteurs, d'artistes à découvrir, de projets constructifs à soutenir, d'idées à faire circuler...

Ca fait trop pour un seul jour, pour une seule vie même ! alors un slogan pour commencer la semaine :

"PAS EN MON NOM"

Pas en mon nom la guerre, les conflits, le racisme, le sexisme, la haine de l'autre.

Pas en mon nom les prosélytismes religieux agressifs de tous poils.

Pas en mon nom l'exploitation d'enfants, de femmes, d'hommes.

Pas en mon nom l'élevage intensif, les souffrances animales.

Pas en mon nom la destruction de la nature, de la planète Terre, pour le profit d'une poignée d'hommes avides au pouvoir de multinationales répugnantes.

Pas en mon nom l'abrutissement des cerveaux par des médias aux ordres qui ne cherchent qu'à endormir les consciences par des infos orientées et sectaires.

Pas en mon nom la société de consommation.

Pas en mon nom l'uniformisation des esprits, des corps, des gouts et des choix.

Pas en mon nom...

Que votre semaine soit douce et joyeuse, calme et sereine,

Faites chaque jour une chose nouvelle,

Découvrez, rencontrez, essayez, aimez, riez,

Et à demain pour de nouvelles découvertes...

Photo de Papy qui s'est fait injustement castagner dans le métro hier et à qui je pense très fort.

Photo de Papy qui s'est fait injustement castagner dans le métro hier et à qui je pense très fort.

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TAFTA

5 Octobre 2014, 06:11am

Publié par pam

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Le sel de la terre.

5 Octobre 2014, 06:02am

Publié par pam

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Les alimenteurs

4 Octobre 2014, 07:04am

Publié par pam

J'ai hésité à (encore !) vous proposer un documentaire anxiogène... mais, même si vous faites partie des convaincus, je vous propose de passer une heure de votre week-end à regarder celui qui suit et puis à aller faire votre marché (local !) et à diffuser autour de vous les raisons de vos choix. Regardez-le jusqu'au bout, faites le regarder à vos enfants, eux aussi doivent savoir. Et ils auront surement moins envie de vous tanner au supermarché pour acheter des produits industriels qui ne sont que des poisons pour leurs corps. Je sais qu'on pense qu'il est plus long et plus onéreux de bien se nourrir mais c'est faux. Ce n'est qu'une question d'organisation et aussi de partage. En se groupant avec nos amis, nos voisins, en échangeant les produits du jardin, les recettes, les bonnes adresses, en groupant les commandes chez les producteurs locaux, vous gagnerez du temps, de l'énergie et de l'argent... et vous serez, ainsi que vos proches en meilleure santé. Désolée si vous êtes déjà convaincus, voici juste des arguments pour vous aider à convaincre d'autres autour de vous ! et bon week-end !

Deux pour le prix d'un !!

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UNE FORÊT QUI SE MANGE

3 Octobre 2014, 07:36am

Publié par pam

http://www.bioconsomacteurs.org/bio/dossiers/agriculture/une-foret-qui-se-mange

A Dartington, dans le sud de l'Angleterre, nous avons visité un jardin expérimental nourricier qui reproduit un écosystème forestier en milieu tempéré. Créé il y a 20 ans, il est aujourd'hui autogéré et produit suffisamment de fruits, feuilles comestibles, champignons, graines et noix pour subvenir aux besoins d’un ménage.

Imaginez un jardin d'un hectare qui ressemblerait à une forêt vierge, avec des grands arbres, des arbustes, buissons, des plantes grimpantes, champignons et feuilles mortes au sol. Cette forêt jardin nourrirait en grande partie votre famille, sans que vous y travailliez plus d'une fois par semaine. Enfin, par travail... entendez prendre un panier et des ciseaux pour cueillir salades, myrtilles et autre noix. Nul besoin d'arrosage, de tonte ni de labour, et encore moins d'épandage de pesticides ou d'ajout d'engrais : les plantes se débrouilleraient toutes seules. Vous en rêvez ? Martin Crawford l'a fait. Ce passionné d'agroforesterie mène depuis 20 ans des expérimentations sur les systèmes d'alimentation les plus soutenables et résilients possibles en milieu tempéré.

550 espèces sur 1 hectare
Mai 2014. Nous entrons dans la forêt jardin de Martin Crawford, à Dartington, dans le Devon, circonscription du sud de l'Angleterre. Pins, aulnes, châtaigniers, saules, brocolis, artichauts, poireaux sauvages, framboisiers, bigaradier, plaqueminier, bambous, pêchers, lierre... On ne sait où poser les pieds et les yeux. Deux pigeons ramiers se bécotent dans un sorbier, à 50 centimètres de nos visages. En regardant de près les feuilles poilues d'une consoude, je marche sur un framboisier sauvage. Je me décale et écrase un petit tapis de menthe et de mélisse, caché par un poivrier du Sichuan. Sur un hectare seulement, environ 550 espèces de végétaux poussent tranquillement, comme dans un écosystème forestier. Sauf que la plupart sont comestibles. Si la méthode de la forêt jardin existe depuis des millénaires sous les latitudes tropicales, c'est un Anglais, Robert Hart, qui a expérimenté le premier la forêt jardin en milieu tempéré, dans les années 60 en Angleterre. Martin Crawford est l'un de ceux qui ont pris le relais.


Une forêt est naturellement très productive. Pas un centimètre carré de sol n'étant nu, tous les rayons du soleil sont interceptés, donc exploités pour faire la photosynthèse. Une forêt est aussi autonome : contrairement à ce qui se passe dans un champ homogène d'une seule espèce, maladies, plantes adventices et éventuels ravageurs se régulent d'eux-mêmes dans ce milieu très riche en biodiversité. Mais s'il laisse faire la nature le plus possible, l'homme intervient tout de même, précise Martin Crawford.

Ne pas tuer les plantes que l'on ne veut pas, mais laisser pousser celles que l'on veut
« Ce qui semble sauvage et bordélique est en fait géré : les plantes ont une place bien précise, et on enlève les pousses d'arbres, sinon il n'y aurait que des arbres, puisqu'une forêt a naturellement tendance à se refermer ! ». Les nouvelles pousses de bambous sont régulièrement coupées. Et il faut tailler de temps à temps un arbuste qui prend un peu trop de place et gêne l'ensoleillement. Au final, cette forêt jardin réclame le travail d’une personne durant un jour par semaine. Le printemps et l'automne réclament un petit coup de collier : « j'ai désherbé durant deux jours il y a deux semaines, il va falloir que je le refasse bientôt », souligne Martin en insistant sur le fait qu'il ne s'amuse pas à arracher une par une chaque plante indésirable. «Il n'est pas question de tuer les plantes que je ne veux pas, mais de laisser pousser celles que je veux ». Le plus gros du travail, finalement, consiste à la créer, cette forêt jardin. Il y a 20 ans, Martin a dû choisir et planter toutes les espèces, à commencer par les arbres et en poursuivant avec les strates inférieures. Et il faut être patient : ce n'est qu'au bout de plusieurs années que le système commence à être autonome et qu'il n'y a quasiment plus besoin de s'en occuper.


Une forêt jardin, c’est quoi ?
Plusieurs strates de végétaux dessinent la forêt jardin. Soit ils sont nourriciers, soit ils aident au système. Tout en haut, les arbres, qui produisent du bois et de la résine (pins) ; puis les arbustes ou petits arbres, surtout fruitiers (pommiers, pruniers, poiriers, sorbier), les arbrisseaux (néflier, mûrier, plaqueminier, cognassier, arbousier, févier d'Amérique, chêne-châtaignier jaune, azérolier), les herbacées (plantes et légumes vivaces comme la consoude, les poireaux sauvages, l'oseille, l'osta, l'oya, l'ail des ours), les couvre-sol (fraisiers, ronces, gaulthérie, etc.), la strate mycélienne (champignons, légumes-racines) et les plantes grimpantes (kiwis, lierre, vigne). Toutes ces plantes sont natives de partout dans le monde. « Si on n'utilise que des plantes originaires du Royaume-Uni, on mourra de faim. Et puis l'Angleterre a une longue histoire d'importation d'espèces de végétaux, lesquelles sont devenues en quelque sorte, au fil du temps, natives ».

La consoude, extraordinaire pour les pollinisateurs
Les plantes ne sont pas placées au hasard. On les plante ici ou là en fonction de leurs exigences en soleil, en humidité, en nutriments, et aussi en fonction de leurs affinités avec d’autres plantes. Point important: les espèces qui enrichissent le sol en nutriments sont indispensables : elle rendent ces derniers disponibles pour les autres végétaux. C'est le cas du cornouiller et de l'aulne, qui fixent l'azote de l'air et le rendent disponibles dans le sol; et aussi de la valériane officinale et de la consoude, qui vont chercher le phosphore et le potassium profondément dans le sol grâce à leurs grandes racines, et les ramènent à la surface. La faune n’est pas négligée. Une petite mare accueille « une très grosse population de grenouilles » qui mangent les limaces. Les arbres sont des maisons à chauves-souris qui, elles, mangent beaucoup d'insectes. La consoude est, selon Martin, extraordinaire pour attirer les pollinisateurs. Conclusion : il faut un minimum de connaissances en biologie végétale et en écologie pour réussir une forêt jardin. Résultat: un taux de matière organique dans le sol qui est « passé de 5 à 12 % en 20 ans », ce qui fait de cette forêt comestible un réservoir important de carbone. Et des fruits, feuilles comestibles, champignons, graines et noix en quantités suffisantes pour nourrir un foyer (celui de Martin). Sans compter le bois de chauffage et d’œuvre, ainsi que l'osier pour faire de la vannerie. Tout ça sur un hectare.


Avec cette forêt jardin, Martin Crawford voulait montrer qu'un système nourricier pouvait être productif, soutenable, réclamant très peu de travail sur une petite surface, et résilient - c'est à dire capable de s'adapter aux changements, tels que le réchauffement climatique et ses conséquences. Agronome autodidacte (il a fait des études en informatique), il mène d'autres expériences de forêts jardins dans le Devon. Il gagne sa vie en vendant plantes et semences et en donnant des cours et des conférences. En goûtant à une jeune pousse de bambou qu'il a coupée devant nous, j'ai une légère amertume dans la bouche – c'est meilleur cuit à la vapeur, dit-il - mais une certitude : d'autres façons de nous nourrir, bien loin de nos systèmes productivistes déconnectés de la nature, existent et méritent d’être explorées.

Pour en savoir plus sur les méthodes qu'emploie Martin Crawford, les semences et plants qu'il utilise et les cours qu'il donne, allez voir le site internet de son association, Agroforestry research trust!

Crédit photos: Diana Semaska

UNE FORÊT QUI SE MANGE
UNE FORÊT QUI SE MANGE

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