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au sujet de la douleur...

26 Février 2013, 08:04am

Publié par pam

Matthieu Ricard in “Plaidoyer pour le bonheur”.

“Comment faire face à une douleur physique qui nous accule aux limites du tolérable?

1° distinguer douleur physiologique et souffrance mentale et émotionnelle que la première engendre. Du point de vue neurologique, on sait que la réaction émotionnelle à la douleur varie de façon importante d’un individu à l’autre, et qu’une part considérable de la sensation douloureuse est associée au désir anxieux de la supprimer. Si nous laissons cette anxiété submerger notre esprit, la plus bénigne des douleurs devient vite insupportable. Notre appréciation de la douleur dépend donc aussi de notre esprit : c’est lui qui réagit à la douleur par la peur, la révolte, le découragement, l’incompréhension ou le sentiment d’impuissance, de sorte qu’au lieu de subir un seul tourment, nous les cumulons. Comment, dès lors, prendre en main la douleur au lieu d’en être la victime ? Que l’on sombre dans le découragement le plus total ou que l’on conserve sa force d’âme et son désir de vivre, dans les deux cas la douleur subsiste, mais, dans le second, on sera capable de préserver sa dignité et sa confiance en soi, ce qui fait une grande différence. 

À cette fin, le bouddhisme a élaboré différentes méthodes : l’une fait appel à l’imagerie mentale en vue de modifier la perception de la douleur, une autre permet de transformer la douleur en s’éveillant à l’amour et à la compassion, une 3° consiste à examiner la nature de la souffrance et, par extension, celle de l’esprit qui souffre.

Les scientifiques ont montré que dans 85 % des cas, le recours aux méthodes mentales augmente la capacité à supporter la douleur, l’imagerie mentale étant la plus efficace, variant selon les supports visuels. Autres méthodes : concentration sur un objet extérieur, pratique d’un exercice répétitif, acceptation consciente de la douleur. L’imagerie mentale mobilise davantage l’attention et est ainsi plus apte à distraire le malade de sa douleur.

La seconde méthode permettant de gérer la souffrance physique mais aussi morale, est liée à la pratique de la compassion. C’est un état d’esprit fondé sur le souhait que les êtres soient délivrés de leurs souffrances et des causes de leurs souffrances. Il en résulte un sentiment d’amour, de responsabilité et de respect à l’égard de tous. Imprégné d’altruisme, nous cessons de nous demander avec amertume : “Pourquoi moi ?”. Lorsque nous sommes totalement absorbé par nous-même, nous sommes vulnérable et devenons facilement la proie du désarroi, de l’impuissance et de l’angoisse. Mais lorsque, par compassion, nous éprouvons un puissant sentiment d’empathie face aux souffrances des autres, la résignation impuissante fait place au courage, la dépression à l’amour, l’étroitesse d’esprit à une ouverture envers tous ceux qui nous entourent.

La troisième méthode est celle des contemplatifs, moins évidente, nous pouvons nous en inspirer pour réduire nos souffrances physiques et mentales. Elle consiste à contempler la nature de l’esprit qui souffre. Il faut simplement regarder la douleur, chercher sa couleur, forme, caractéristique. On s’aperçoit alors que les contours de la douleur s’estompent à mesure qu’on tente de les cerner. La nature fondamentale de l’esprit est cette pure faculté de connaissance. Détendons notre esprit et essayons de laisser la douleur reposer dans cette nature claire et inaltérable. Cela nous permettra de ne plus être la victime passive de la douleur, mais, peu à peu, de faire face et de remédier à la dévastation qu’elle engendre dans notre esprit.”

“La façon dont nous vivons ces vagues de souffrance dépend considérablement de notre propre attitude. Ainsi il vaut mieux se familiariser et se préparer aux souffrances que l’on est susceptible de rencontrer et dont certaines sont inévitables, plutôt que d’être pris au dépourvu et de sombrer dans la détresse. 

Une souffrance physique ou morale peut être intense sans pour autant détruire notre vision positive de l’existence.

La paix est un trésor de l’esprit qui ne s’acquiert pas sans efforts. Si nous nous laissons submerger par nos problèmes personnels, si tragiques soient-ils, nous ne faisons qu’accroître nos difficultés et devenons également un fardeau pour ceux qui nous entourent. Il est essentiel d’acquérir une certaine paix intérieure, de sorte que, sans diminuer en aucune façon notre sensibilité, notre amour et  notre altruisme, nous sachions nous relier aux profondeurs de notre être.

Il est commun en Occident de considérer la souffrance comme une anomalie, une injustice ou un échec. En Orient, celle-ci est moins dramatisée et on l’envisage avec plus de courage et de tolérance. Aux yeux d’un occidental, beaucoup plus individualiste, tout ce qui perturbe, menace et finalement détruit l’individu est ressenti comme un drame absolu car l’individu constitue un monde à lui seul.”

“Une profonde souffrance peut nous ouvrir l’esprit et le cœur, et nous ouvrir aux autres.” Le Dalaï-Lama.

"La souffrance peut être un extraordinaire enseignement, à même de nous faire prendre conscience du caractère superficiel de nombre de nos préoccupations habituelles, du passage irréversible du temps, de notre propre fragilité et surtout de ce qui compte vraiment au plus profond de nous-même." 

“À long terme, la souffrance favorise la découverte d’un monde où il n’y a pas de séparation réelle entre l’extérieur et l’intérieur, entre le corps et l’esprit, entre moi et les autres.” Guy Corneau.

"Il serait absurde de nier que la souffrance peut avoir des qualités pédagogiques si l’on sait l’utiliser à bon escient. Par contre, s’y résigner en pensant simplement “c’est la vie !” équivaut à renoncer d’avance à cette possibilité de transformation intérieure qui s’offre à chacun et permettrait d’éviter que la souffrance ne soit systématiquement convertie en malheur. Ne plus être submergé par des obstacles comme la maladie, l’inimitié, la trahison, la critique ou les revers de fortune ne signifie en rien que les événements ne nous affectent pas, ni que nous les ayons éliminés à jamais, mais qu’ils n’entravent plus notre progression vers la liberté intérieure. Il est important de ne pas laisser l’anxiété et le découragement envahir l’esprit." 

Shantideva : “S’il y a un remède, à quoi bon le mécontentement ? S’il n’y a pas de remède, à quoi bon le mécontentement ?”

Matthieu Ricard “Plaidoyer pour le bonheur”.

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