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au sujet de la douleur physique...

25 Septembre 2013, 07:48am

Publié par pam

Comment faire face à une douleur physique qui nous accule aux limites du tolérable?

1° distinguer douleur physiologique et souffrance mentale et émotionnelle que la première engendre. Du point de vue neurologique, on sait que la réaction émotionnelle à la douleur varie de façon importante d’un individu à l’autre, et qu’une part considérable de la sensation douloureuse est associée au désir anxieux de la supprimer. Si nous laissons cette anxiété submerger notre esprit, la plus bénigne des douleurs devient vite insupportable. Notre appréciation de la douleur dépend donc aussi de notre esprit : c’est lui qui réagit à la douleur par la peur, la révolte, le découragement, l’incompréhension ou le sentiment d’impuissance, de sorte qu’au lieu de subir un seul tourment, nous les cumulons. Comment, dès lors, prendre en main la douleur au lieu d’en être la victime ? Que l’on sombre dans le découragement le plus total ou que l’on conserve sa force d’âme et son désir de vivre, dans les deux cas la douleur subsiste, mais, dans le second, on sera capable de préserver sa dignité et sa confiance en soi, ce qui fait une grande différence.

À cette fin, le bouddhisme a élaboré différentes méthodes : l’une fait appel à l’imagerie mentale en vue de modifier la perception de la douleur, une autre permet de transformer la douleur en s’éveillant à l’amour et à la compassion, une 3° consiste à examiner la nature de la souffrance et, par extension, celle de l’esprit qui souffre.

Les scientifiques ont montré que dans 85 % des cas, le recours aux méthodes mentales augmente la capacité à supporter la douleur, l’imagerie mentale étant la plus efficace, variant selon les supports visuels. Autres méthodes : concentration sur un objet extérieur, pratique d’un exercice répétitif, acceptation consciente de la douleur. L’imagerie mentale mobilise davantage l’attention et est ainsi plus apte à distraire le malade de sa douleur.

La seconde méthode permettant de gérer la souffrance physique mais aussi morale, est liée à la pratique de la compassion. C’est un état d’esprit fondé sur le souhait que les êtres soient délivrés de leurs souffrances et des causes de leurs souffrances. Il en résulte un sentiment d’amour, de responsabilité et de respect à l’égard de tous. Imprégné d’altruisme, nous cessons de nous demander avec amertume : “Pourquoi moi ?”. Lorsque nous sommes totalement absorbés par nous-même, nous sommes vulnérables et devenons facilement la proie du désarroi, de l’impuissance et de l’angoisse. Mais lorsque, par compassion, nous éprouvons un puissant sentiment d’empathie face aux souffrances des autres, la résignation impuissante fait place au courage, la dépression à l’amour, l’étroitesse d’esprit à une ouverture envers tous ceux qui nous entourent.

La 3° méthode est celle des contemplatifs : moins évidente, nous pouvons nous en inspirer pour réduire nos souffrances physiques et mentales. Elle consiste à contempler la nature de l’esprit qui souffre. Il faut simplement regarder la douleur, chercher sa couleur, forme, caractéristique. On s’aperçoit alors que les contours de la douleur s’estompent à mesure qu’on tente de les cerner. La nature fondamentale de l’esprit est cette pure faculté de connaissance. Détendons notre esprit et essayons de laisser la douleur reposer dans cette nature claire et inaltérable. Cela nous permettra de ne plus être la victime passive de la douleur, mais, peu à peu, de faire face et de remédier à la dévastation qu’elle engendre dans notre esprit. Lorsque l’esprit s’examine lui-même, que peut-il apprendre sur sa propre nature ? I° chose, les courants de pensées qui ne cessent de surgir presque à notre insu, innombrables, entretenus par nos sensations, nos souvenirs et notre imagination. Mais quelque soit le contenu des pensées, une qualité de l’esprit reste toujours présente, c’est la conscience première qui sous-tend toute pensée et demeure tandis que, pendant quelques instants, l’esprit reste tranquille. Cette faculté, présence éveillée, est la conscience pure, qui peut exister en l’absence de constructions mentales.

On dit que l’esprit est vide d’existence propre, cette notion de vacuité des pensées est très étrangère à la psychologie occidentale. Utilité : lorsque qu’une puissante émotion ou pensée surgit, colère par ex., nous sommes très facilement submergé par elle, elle s’amplifie et se multiplie en nombreuses autres pensées qui nous perturbent, nous aveuglent et nous incitent à prononcer des paroles, commettre des actes qui font souffrir les autres et seront bientôt pour nous source de regret. Au lieu de laisser se déclencher ce cataclysme, on peut examiner cette pensée au départ pour s’apercevoir que ce n’est que du vent, et ainsi s’affranchir de l’emprise des émotions perturbatrices. Autre avantage à mieux appréhender la nature fondamentale de l’esprit : si l’on comprend que les pensées surgissent de la conscience pure, puis s’y résorbent, comme les vagues de l’océan, on a fait un grand pas vers la paix intérieure. Les pensées auront perdu une bonne part de leur pouvoir de nous troubler. Lorsqu’une pensée surgit, essayons d’observer sa source, quand elle disparaît, demandons-nous où elle s’est évanouie. Dans le laps de temps où notre esprit n‘est pas encombré de pensées discursives, ne perçoit-on pas une conscience pure et lumineuse qui n’est pas modifiée par nos fabrications conceptuelles ? Procédant ainsi, par expérience directe, nous apprendrons à mieux comprendre ce que le bouddhisme entend par nature de l’esprit.

En restant dans cet état de présence éveillée, la douleur physique semble alors très lointaine, et n’empêche pas de conserver sa paix intérieure. Des tibétains emprisonnés, torturés, revenaient toujours à la méditation sur la paix intérieure et la compassion, et c’est elle qui avait préservé leur désir de vivre et les avait finalement sauvés.

Quand on a trouvé le bonheur en soi, rien ne peut nous l’enlever, ni la vie ni la mort.

d'après Matthieu Ricard in "Plaidoyer pour le bonheur".

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