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au sujet des guérisseurs...

21 Juin 2013, 06:48am

Publié par pam

David Servan-Schreiber et Stephane Allix pour l'INREES.

INREES : Quel regard portez-vous sur l’action de ces barreurs de feu, et autres guérisseurs ?
David Servan-Schreiber : En tant que médecin, j’ai un contrat avec le patient : ce que je lui propose ne doit pas lui faire de mal et j’ai de bonnes raisons de penser que cela lui fera même du bien. Dans ce contrat implicite, il n’est pas stipulé que je doive savoir comment ça marche ! Je connais des radiothérapeutes qui, quand ils initient un traitement conseillent à leur patient d’aller voir un barreur de feu de la région, parce que dans leur expérience, les patients traités par un barreur de feu en accompagnement de la radiothérapie ont beaucoup moins de brûlures de l’épiderme. De vraies questions se posent. Personne ne sait comment cela fonctionne. A l’heure actuelle, le fait de « barrer le feu » n’a aucune base physiologique, scientifique ou rationnelle... Mais si ça marche, les effets secondaires sont nuls, et cela permet au patient d’aller au bout de son traitement avec le maximum de bénéfices. Donc c’est finalement totalement rationnel. Ce serait même irrationnel de ne pas le faire. Quelle est la médecine la plus rationnelle : Est-ce celle qui n’utilise pas un traitement efficace sous prétexte qu’il sort des pratiques habituelles, ou est-ce celle qui va faire tout ce qu’elle peut pour soigner un patient ?

Sait-on quel mécanisme est en jeu ?
On sait que l’esprit peut avoir une influence considérable sur les mécanismes physiologiques. La peau et le système nerveux central sont issus du même tissu embryonnaire. Dans l'embryon, il n'y a que trois types de tissu : il y en a un qui va donner, le cerveau avec tous les nerfs et toute la peau. Donc la peau, c'est presque un organe du système nerveux. On peut donc imaginer que les barreurs de feu, par des mécanismes psychologiques savent agir sur les réactions de la peau à une agression extérieure. Ayant dit cela, je ne vous ai pas expliqué le début du pourquoi du comment.

Certains magnétiseurs disent activer des mécanismes d’autoguérison chez ceux qu’ils ont en face d’eux. Qu’est-ce que cela évoque pour vous ?
L’effet placebo est incontournable. Toute la science le reconnaît et ce n’est rien d’autre que cela : activer des mécanismes d'autoguérison qui forcément sont là puisqu'on fait une intervention qui pour nous, médecins, n'est pas censée avoir d'effet, or il y a un effet de guérison qui se manifeste. Il faut comprendre qu’un effet placebo qu'on contrôle, qui, à chaque fois qu’on l’utilise, guérit le patient, n’est plus un placébo, c’est un traitement. Souvent, il y a une confusion. Les médecins parlent d'effet placebo pour désigner quelque chose qu'on ne contrôle pas, qui n'est pas efficace, quelque chose qui est dans la tête du patient. Mais si une guérison s'opère au niveau de la peau, de façon systématique avec la même intervention, même si elle n'a pas de fondements scientifiques, vous avez là un véritable traitement.

Et sur les maladies sur lesquelles vous vous êtes penché, notamment sur le cancer, est-ce que, en dehors de la radiothérapie, il y a d'autres champs de cette maladie qui peuvent éventuellement intégrer les pratiques alternatives, voire du travail de guérisseur ?
En travaillant longtemps avec des gens qui ont souffert de cancer, en donnant des conférences dans le monde entier sur le sujet, j’ai rencontré énormément de personnes qui m’ont raconté qu'un guérisseur a joué un rôle important dans leur maladie. Ça ne prouve rien scientifiquement. Ils ont aussi fait de la radiothérapie, de la chimiothérapie, de la chirurgie. qu'est-ce qui a véritablement permis la guérison ? On n’a jamais la réponse définitive. Mais beaucoup de gens sont convaincus que certains guérisseurs les ont prodigieusement aidés dans leur approche de la maladie. Pour moi, tant qu'un guérisseur ne vous prend pas trop d'argent, qu'il ne vous fait rien faire de dangereux, qu'il ne vous empêche pas de suivre les traitements conventionnels dont on sait qu'ils sont efficaces, il n’y a pas de charlatanisme ni de danger. Mais il faut évidemment avancer sur ce terrain avec beaucoup de précaution.

Dans votre parcours de malade, avez-vous envisagé d’avoir recours à un guérisseur ?
J’ai accompagné une jeune femme qui avait un cancer très grave voir un chamane amérindien, un sioux dans le Dakota du Sud. Ma curiosité était attisée. C’était un des derniers grands chamanes. Je n’ai pas résisté à la tentation de lui poser des questions sur moi car je savais que je portais un cancer au cerveau mais j’allais bien depuis plusieurs années. Il a mis ses mains autour de moi, il a invoqué les esprits et il m’a dit : il n’y plus rien, vous allez très bien. « Vous savez, a-t-il ajouté avec humour, le vrai guérisseur ici, ce n’est pas moi, c’est ma mère, qui a 95 ans et ne travaille plus parce qu’elle est trop fatiguée. C’est à elle qu’il faudrait demander. » Le lendemain, je suis donc allé voir sa mère avec lui et je lui ai posé la même question. C’était une petite dame toute frêle et édentée qui vivait dans une roulotte mais qui avait des yeux extrêmement vifs, perçants et d’une grande intelligence. On sentait une vivacité d’âme extraordinaire. Elle a mis sa main sur la tête à l’endroit où j’avais eu ma tumeur et elle m’a dit : « votre tumeur est revenue, elle est là, il va falloir vous faire soigner à nouveau, mais tout ira bien. » Je venais de faire des examens qui indiquaient que la tumeur se comportait parfaitement normalement et qu’il n’y avait pas de danger. J’ai donc pris ça un peu à la légère. Mais au bout de trois mois, un peu avant la date prévue, je suis allé refaire des examens. La tumeur était revenue et elle avait beaucoup grossie. Il a fallu que je refasse toute une série de traitements. Aujourd’hui je vais très bien. Il y a quelque chose de très mystérieux dans cette histoire pour laquelle je n’ai pas d’explication. C’était ma rencontre avec ce monde mystérieux des guérisseurs.

Il y a des notions d’énergie, de rapport avec des traumatismes de choses passées. Cela fait-il sens pour vous, en tant que neuropsychiatre ?
Pour moi, il ne fait aucun doute que les traumatismes du passé jouent un rôle majeur dans la physiologie du présent. Si vous portez avec vous une immense douleur d’avoir été très impuissant dans des situations de guerre, de viol, de mort d’un parent ou d’un enfant, des dizaines d’années plus tard vous pouvez encore en souffrir et dans la physiologie, on peut détecter des anomalies, par exemple de la cortisone, de la noradrénaline, dont on sait qu’elles agissent sur la capacité du système immunitaire à lutter contre le cancer. Donc pour moi il n’y a aucun doute, en tant que scientifique. On sait par quels mécanismes des traumatismes psychologiques peuvent affecter nos capacités à lutter contre la maladie. En tant que médecin, que psychiatre, j’insiste toujours pour que mes patients qui font face à des maladies graves se nettoient autant que possible de leurs traumatismes afin que leur physiologie puisse lutter le plus efficacement possible contre la maladie.

Ce mystère de la guérisseuse sioux, qu’est-ce que cela éveille en vous ?
Le respect pour le mystère. Je pense que c’est la seule attitude plausible à avoir en médecine aujourd’hui : faire le plus possible avec ce que l’on sait, aller le plus loin possible, et garder le respect pour ce mystère qu’est la vie et sa capacité à se renouveler, à se soigner, à se guérir, à se décupler, que nous ne maîtrisons pas scientifiquement.

au sujet des guérisseurs...

Shakespeare : “Il existe pour l’homme, entre le ciel et la terre, toujours plus d'éléments inconnus.”

Difficile de rationnaliser l'irrationnel... on ne peut que regarder et constater... qu'il se passe quelque chose, que ce n'est pas seulement psychosomatique ou placebo puisque les expériences de guérison sur des animaux ou des bébés se multiplient, d'autant plus fréquentes d'ailleurs qu'ils sont plus réceptifs que nous. J'ai du être obligée de soigner par téléphone (en raison de mon éloignement géographique d'avec un enfant grand brulé) pour l'essayer et y croire.

au sujet des guérisseurs...

"Il est essentiel pour le guérisseur d’acquérir des connaissances de base : psychologie, anatomie, physiologie, pathologie, techniques de massage, notions d’acupuncture, d’homéopathie, de diététique et de phytologie. Disciplines presque toujours associées à l’imposition des mains. Le guérisseur doit donc avoir de bonnes notions de ces méthodes, comprendre comment elles contribuent à la guérison et forment un tout..."

Barbara Ann Brennan in "Le pouvoir bénéfique des mains".

au sujet des guérisseurs...

Dr Schweitzer :

“Le succès du sorcier est dû à la même raison que notre succès à nous. Tout malade porte son propre médecin à l’intérieur de lui-même. Il vient chez nous parce qu’il ignore cette vérité. Ce que nous pouvons faire de mieux, c’est donner une chance d’agir au médecin qui réside à l’intérieur de chacun.”

au sujet des guérisseurs...

magazine "Inexploré" Février 2012. Virginie Gomez.

Dans la guérison, bien des facteurs entrent en jeu, dont l’approche biomédicale n’est pas en mesure de rendre compte. L’anthropologue Jean-Dominique Michel, auteur du livre, "Chamanes guérisseurs médiums" revient sur ce processus complexe, où mécanismes inconnus, croyances et subjectivité, jouent un grand rôle.

L’acuponcture, l’homéopathie, entre autres, se sont peu à peu imposés dans le paysage médical. Est-ce que c’est lorsque l’efficacité d’une méthode est prouvée qu’elle s’impose, même si on ne sait comment l’expliquer ?
Il y a d’autres déterminants : l’acuponcture et l’homéopathie reposent sur des corpus de connaissances complets et construits. Dans l’acuponcture, une très bonne formation de l’acuponcteur, le fait qu’il ait une longue expérience professionnelle, seront autant de vecteurs de sa crédibilité. Au niveau des guérisseurs, on est dans l’empirisme total; historiquement, ces gens ont eu le pouvoir de soigner à l’écart d’une connaissance au sens intellectuel du terme. L’anthropologue Bertrand Hell montre que dans ce registre, plus le praticien est éloigné de ce qui correspond à la notabilité en terme sociologique, plus on lui attribue fantasmatiquement le pouvoir d’avoir accès à l’énergie de guérison. Ce qui crédibilisera un guérisseur, ce sera le fait d’avoir un don, de recevoir les gens dans sa cuisine, au coin d’un feu, dans une atmosphère un peu mystérieuse. Dans l’univers du « guérissage », on est dans une inversion par rapport à la construction théorique qui rend crédible, l’homéopathie, l’acuponcture, l’ayurveda ou la médecine tibétaine.

Comment le médecin se positionne-t-il face aux techniques de soin alternatives ?
S’il a dans son arsenal quelque chose qui peut être utile par rapport à la pathologie d’un individu il va l’utiliser. Mais très souvent, les médecins en consultation n’ont pas de thérapeutique utile. Dans le domaine de la rhumatologie aujourd’hui, 50% des consultations n’ont pas de diagnostic. Le médecin dispose de quelques anti inflammatoires qui selon les cas vont marcher ou non. Dans ces cas, les médecins pourraient naturellement penser à adresser ces patients pour lesquels il n’y a pas de traitement médical satisfaisant vers d’autres sources de soin, sachant qu’un certain nombre de pratiques alternative – yoga, tai chi, méditation - ont une influence sur les douleurs articulaires. Le médecin, du fait de son pouvoir médical, a vocation à se transformer en conseil de santé, en prenant en compte de ce qui ne relève pas de son univers strict mais a néanmoins démontré une valeur potentielle.

Que penser des cas de rémissions inexpliquées ?
Sur ce sujet, on est dans une extraordinaire zone aveugle de la médecine. J’ai cherché tout ce que je pouvais trouver sur la quantification de ces cas. J'avais ce chiffre de 1 à 2% de guérisons spontanées, dont je ne connaissais pas la source. Malgré des heures de recherche, je n’ai pas pu trouver une seule statistique. On sait pourtant qu’il a existé et qu’il existe encore des cas de guérison spontanée. Il y a là un terrain de recherche qui devrait passionner le monde de la santé et le monde médical, mais qui est laissé de côté.

Pour quelles raisons à votre avis ?
C’est trop contraire aux convictions de l’idéologie bio médicale. On cherche des explications détournées qui pourraient invalider le processus, un faux diagnostic initial par exemple. Reste posée la question de savoir ce qui se passe dans ces cas, et s’il y a des principes à en tirer pour essayer de mettre sur pied des méthodologies ou des façons d’encourager ce processus. Mais on a des empreintes fortes en Occident – les guérisons miraculeuses du Christ, celles de Lourdes ; dès lors tout se passe comme si ce domaine, qui est sanitaire, était transbordé dans le religieux, la foi ou le paranormal et échappait au médical.

Pouvez-vous revenir sur votre expérience personnelle avec les guérisseurs ?
Il y a une quinzaine d’années, je souffrais d’une double hépatite virale. Ayant essayé différents traitements sans succès, je suis allé voir un guérisseur philippin qui passait à Genève. En trois interventions de soins de deux minutes 30 chacune, il a complètement effacé cette maladie de mon système, ce qui n’est pas compréhensible au regard des connaissances médicales actuelle. Mais à vouloir objectiver à tout prix, on perd la sensibilité au fait que chaque situation est unique et qu’elle se tisse à la croisée de l’objectif et du subjectif. Aujourd’hui encore, je n’ai aucune idée de ce qui m’a guéri. Pour moi, c’est une évidence que je me suis guéri moi-même selon des processus mystérieux. Mais j’ai eu besoin d’être au contact de ce guérisseur pour pouvoir le faire.

Les patients atteints par exemple de cancer grave par exemple ne risquent-ils pas d’être abusés par ces guérisseurs?
Un guérisseur spirituel peut abuser un patient de deux manières, soit en lui faisant croire que la guérison adviendra, soit en l’exploitant économiquement. Il dit généralement qu’il soigne à partir de ce qu’il reconnait être une dimension d’amour. J’ai observé personnellement de nombreuses situations où des personnes dans un état terminal cherchaient une guérison qui ne s’est pas avérée possible. Mais elles ont reçu tellement de compassion et ont été tellement nourrie par la relation humaine avec le guérisseur que ça leur a été utile. J’ai observé aussi que parfois, le fait de tout tenter, d’aller voir un dernier guérisseur au fin fond de la campagne en France, aux Philippines ou ailleurs, peut, lorsque le traitement ne donne pas le résultat escompté, permettre le surcroît de conscience qui fait que la personne se dit : « J’ai tout essayé, ça n’a pas marché. Je suis prêt à affronter l’échéance de la mort. »Si on évite le double écueil des faux espoirs et de l’exploitation, il n’y a pour moi aucune contre-indication à une démarche de guérison spirituelle. Reste à savoir si la personne en retirera quelque chose d’utile.

Le fait que les guérisseurs ne déconseillent jamais le traitement prescrit par le médecin est-il pour vous un indice de fiabilité ?
Bien sûr, ne serait-ce que parce que de la part d’un guérisseur, suggérer à un patient de renoncer à un traitement médical serait un abus d’autorité épouvantable. Ce n’est pas son domaine. Le guérisseur n’intervient pas sur le corps biochimique pris en compte par la médecine scientifique, il intervient sur une autre dimension du réel. Un guérisseur qui dissuaderait un patient d’avoir recours à un traitement proposé par un médecin se mettrait dans une position intenable sur le plan éthique.

pour plus d'infos : tapez "guérison" ou "guérisseurs" sur le moteur de recherche du blog en haut de page.

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