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Histoire du lutin jaune

15 Décembre 2012, 09:42am

- Chapitre 2 -

Mais bien sûr, qui, dans cette société matérialiste en diable, se préoccupe encore des rêves et même de ses propres rêves ?

Quant à découper en rondelles un interrupteur de rêves, ne rêvons pas....

Mais que les réajusteurs de réalité qui n’ont jamais œuvré me jettent la première pierre.

En tout cas, mon lutin jaune, non content d’avoir interrompu ma rêverie, était en train de ficher par terre le château de cartes de mes contes de fées. J’étais comme la laitière et son pot au lait, mais moi, c’est le Père Noël que j’avais perdu avec son attelage de rennes, son chariot rouge et doré, sa grande barbe blanche et ses cadeaux par milliers.

Après un dernier coup d’oeil dégoûté au gnome ensuifé, je décidais  promptement de changer de tactique et choisissais de l’ignorer purement et totalement.

Je fermais les yeux un moment et quand je les rouvris (espérant secrètement en sa disparition), il était toujours là, au bout du tapis, sur les pierres usées de l’âtre, se chauffant le postérieur devant le feu qui jouait avec le bois en poussant des petits crépitements de plaisir (le feu pas le lutin !). J’attrapais ma chope de thé encore tiède et allumais une cigarette. Le dossier de mon fauteuil n’avait pas encore fini de s’étirer le long de ma colonne vertébrale, que cet abruti de lutin se mit à vociférer contre les pollueurs de  planète verte. Outre que sa capacité vocale dans les aigus, voire les suraigus, n’aurait pas laissé indifférent un producteur d’opéra (même assoupi), son débit était digne des chutes de Gavarnie... postillons inclus.

Je me noyais donc dans ce flot de paroles, et bien que bonne nageuse, buvais la tasse deux ou trois fois en m’étranglant avec une gorgée de thé.

Le bond que je fis pour reprendre souffle me projeta à vingt centimètres de lui. Je me penchais pour mettre mes yeux à la hauteur des siens, l’attrapais par le colbac (on  ne sait pas exactement où se situe le colbac, personnellement je le place à deux doigts sous le col, là où la prise sur le tissu est la plus efficace) et le chapitrais d’un ton sans réplique sur l’importance des  libertés individuelles et du respect de l’espace vital de chacun... surtout quand cette chacune-là vous offre l’hospitalité contrainte et forcée suite à une usurpation d’identité non encore justifiée. Mais, en raison des lois sacrées de l'hospitalité, je lui proposais un petit fauteuil situé dans l’angle de la cheminée et par conséquent fort bien ventilé. Et de plus il se trouve que ce siège était pile à sa taille ( aussi adapté à sa taille que les trois fauteuils des trois ours dans l’histoire de Boucle d’Or et des trois ours justement ). 

Un peu séché sur place par ma véhémence, il se laissa tomber dans le fauteuil, étouffant d’un soupir prolongé le grincement d’un ressort récalcitrant.

Refusant d’une main lasse ma proposition de tisane, il s’enquit d’un whisky avec des glaçons.

Je déteste le whisky. De toutes façons, je déteste l'alcool. Mais bon, j'ai toujours quelques bouteilles pour les amateurs, pas la peine d'être sectaire ! Je lui servis donc sa potion préférée dans un verre à sa mesure.

Je laissais la bouteille près de lui, et lui, laissa le silence s’installer.

Histoire du lutin jaune
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L
Whaouuuu !!!!!! jolie plume !!!! j'ai hâte de lire la suite.....
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M
Merci Lavande ! si tu as des idées de petits objets faits mains avec trois fois rien... ça me permettra d'étoffer cette histoire ! Bonne journée ! Myosotis...