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Jean-Marie Pelt

27 Décembre 2015, 09:37am

Publié par pam

Jean-Marie Pelt

JEAN-MARIE PELT :

LA TERRE : UNE PLANÈTE QUI SOUFFRE.

Jamais l’espèce humaine, à travers sa longue histoire, n’a exercé un effet aussi dévastateur sur la nature.

Au rythme actuel de la déforestation, la plupart du Sud-Est asiatique n’aura plus de forêt d’ici 40 ans.

80% de la population mondiale n’a pas accès aux médicaments conventionnels, faute d’argent. Les soins leur sont prodigués par les tradipraticiens ou les chamans grâce aux plantes médicinales propres à chaque ethnie, culture, tradition. On constate l’extrême diversité des ressources auxquelles ont recours les populations locales pour se soigner ou se nourrir. La sauvegarde de la biodiversité n’a pas pour seul objectif de servir les besoins directs de l’homme, elle représente aussi un facteur d’équilibre indispensable à la survie des écosystèmes. Elle jouerait un rôle d’assurance contre les changements climatiques.

D’où il ressort que l’écologie est bel et bien une science, n’en déplaise à certains de ses détracteurs qui n’y voient que discours passéistes ou arrivismes politiques !

Une chose est de décréter des protections, une autre de faire appliquer les mesures décidées. Le sens de la nature et celui des affaires font mauvais ménage... le destin de l’humanité est parfaitement inséparable de celui de la nature dont elle a besoin pour subsister. La nature, à l’inverse, n’a nul besoin de l’homme. Le fameux principe de précaution exige que l’homme approche désormais la nature avec respect et humilité.

Le WEB est devenu l’allié des ethnies isolées. L’UNESCO qui recense 300 millions d’indigènes répartis à travers 70 pays, tente depuis des années de faire signer aux gouvernements du monde une Charte mondiale sur le droit des peuples indigènes : protéger la nature, c’est sauver les “naturels”. Même objectif, même combat.

AU-DELÀ DU LIBÉRALISME : ÉCONOMIE AU SERVICE DE L’HOMME.

Formidable montée en puissance du libéralisme poussé par le concept de mondialisation. La mondialisation de l’économie ou globalisation pousse aux concentrations et au gigantisme. Le but est d’atteindre la taille critique qui permette de dominer le marché, entraînant les réductions de personnel.

100 multinationales sont en train de devenir les maîtres de monde, inquiétant les Nations Unies, dictant leurs lois aux chefs d’états qui laissent faire avec complaisance. Seul contre-pouvoir : les citoyens, les thèses antimondialistes contre le marché unique et mondial. La mondialisation se désintéresse radicalement des pays aux maigres ressources : 1/3 de la population, toute l’Afrique en particulier. Et coexistence avec les favelas de plus en plus nombreuses en banlieues.

La chute du mur de Berlin laisse désormais sans rival un ultralibéralisme triomphant, donnant dès le début des années 90 le signal de départ du processus de mondialisation, accéléré sous la double influence du progrès technologique (Internet...) et des politiques (Reagan, Tatcher) qui ont généralisé les privatisations, la dérégulation, déréglementation, délocalisation, laissant le jeu économique entièrement ouvert aux seules forces du marché.

De 1973 à 1993, le PIB mondial a été multiplié par 6.

Entre les pays les plus riches et les plus pauvres l’écart était de 1 à 30 en 1960, de 1 à 74 en 1998.

20 % de la population mondiale détient 86 % de la production.

Les 20 % les plus pauvres disposent de moins d’1 % des richesses.

Les 3 personnes les plus riches du monde ont une fortune supérieure au PIB total des 48 pays les plus pauvres...

Les 225 plus grosses fortunes représentent l’équivalent du revenu annuel des 47 % d’individus les plus pauvres, soit 2,5 milliards de personnes. Ces 225 fortunes permettraient de donner à TOUS les hommes l’accès aux besoins de base et aux services sociaux élémentaires.

Paul Houé, 2000 : “Tout n’est plus que tourbillon spéculatif. Les capitaux s’engagent et se désengagent, désarticulant les dynamiques économiques et sociales qui ont besoin de temps et de sécurité pour se réguler. Les États, les corps intermédiaires s’avèrent impuissants ou complices... L’insécurité du personnel quant à l’emploi crée un climat de tension, de stress, de compétition et d’incertitude finalement préjudiciable à l’entreprise.”

Telle est la force du libéralisme, fondée sur l’image d’un homme égoïste, individualiste, soucieux seulement de s’approprier des biens et des services indéfiniment suggérés à sa convoitise par un pilonnage publicitaire et médiatique sans précédent.

La montée du tél ou d’Internet serait-elle ce qu’elle est si elle n’était pas orchestrée par une fantastique pression médiatique qui crée le besoin en exacerbant le désir ? Le libéralisme exige qu’à tout moment le consommateur, pressé par l’effet de mode et le mimétisme, se comporte comme un “militant du besoin incoercible de consommer”. Conformisme social...

Et sans cela, l’économie s’effondre !!!

Initiative visant à tempérer les excès de l’ultralibéralisme : rendre la bourse “vertueuse” par la création de “fonds éthiques” : excluant tabac, casinos, armes, alcool... et la qualité éthique des entreprises et des produits, les conditions inhumaines du travail des enfants, de certains prisonniers, d’ouvriers sans droits sociaux.

Concept de commerce équitable assurant un revenu digne aux travailleurs, priorité à l’agriculture bio...

Micro-financement : petits prêts à faible taux aux populations pauvres souvent des femmes, permettant la création de mini-entreprises, basé sur la parole et la solidarité, permettant une production de biens soustraite au pouvoir tyrannique de l’argent et du salariat loué.

Importance des organisations coopératives ou mutualistes, solidaires, contre l’économie marchande égoïste et gigantesque, restaurant le lien social, le revenu minimum...

La pensée unique tend à étouffer tout débat constructif sur l’avenir.

Développement durable : vise à préserver et renouveler les ressources de la planète pour n’en point démunir les générations futures, à l’encontre du “tout tout de suite” de l’ultralibéralisme. Intègre la lutte contre les pollutions, le développement des technologies propres, la promotion des énergies renouvelables, le recyclage des déchets et l’ensemble des concepts écologiques.

QUAND L’INDUSTRIE S’INSPIRE DE LA NATURE.

“La notion de progrès économique désigne une production croissante de biens matériels, donc une constante augmentation du niveau de vie, supposée engendrer un bien-être accru et le bonheur pour tous... Le rythme de croissance suppose une forte augmentation de la consommation. Trois types de stratégies concertées permettent d’atteindre cet objectif : la création de nouveaux besoins et la stimulation des désirs par la publicité ; l’ouverture de nouveaux débouchés à l’exportation ; la réduction de la durée de vie des objets... En résultent en amont l’épuisement rapide des ressources naturelles, et en aval, la pollution et l’accumulation des déchets... Notre mode de développement engendre la crise de l’énergie et la crise de l’environnement.”

J.M. Pelt “L’homme renaturé” en 1977.

C’est bien le fonctionnement de la société industrielle : produire et consommer toujours plus, quitte à mettre en péril les ressources naturelles et le bien-être des générations futures.

Depuis 15 ans, nouveau concept : l’écologie industrielle : s’inspirant du fonctionnement des écosystèmes naturels, il tend à réintégrer le sous-système industriel au sein de la biosphère dont il représente le dernier avatar. Elle cherche à remettre en cause les processus et les concepts qui fondent l’industrie en réduisant le taux des nuisances et des pollutions.

Dans la “symbiose de Kalundborg” (Danemark) par exemple, ils réutilisent l’eau chaude produite en grande quantité par les centrales thermiques pour chauffer les particuliers, les partenaires industriels échangent entre eux les déchets de leurs activités pour instaurer une symbiose entre les diverses usines du site. Rien ne se perd, tout se transforme, les échanges d’eau et de vapeur sont l’élément central de cette symbiose. Soucieuse de désulfuriser ses émissions gazeuses (une des principales causes de la pollution de l’air en milieu industriel), la centrale a mis en service une installation de désulfuration : les gaz de combustion barbotent, avant d’être rejetés, dans un lait de chaux, ce qui donne du gypse, utilisé dans une entreprise voisine où il sert de matière première à la fabrication de panneaux de construction... et sans frais de transport...

Ces échanges croisés représentent des avantages économiques considérables. Le profit annuel résultant de l’économie des ressources et de la vente des déchets est évalué à 10 millions de dollars.

Il suffit que les usines soient complémentaires.

Concept de la biocénose industrielle : comme dans la nature, trouver les bonnes associations pour valoriser les déchets et sous-produits. Plutôt qu’une seule usine, on développera un complexe d’unités diversifiées mais affines utilisant mutuellement les déchets, produits et sous-produits des unes et des autres.

Désormais, la valorisation des déchets, l’optimisation des flux de matières et d’énergie deviennent des paramètres économiques tout aussi importants à prendre en considération que la seule vente des produits fabriqués.

Concept de métabolisme industriel : il s’agit pour un produit donné, d’analyser finement le coût en énergie et en matières premières utilisées pour le produire.

On a calculé que pour son transport et sa congélation, chaque tonne de jus d’orange produit au Brésil et consommé en Allemagne nécessite environ 100 kilos de pétrole. Chaque verre de jus d’orange consommé en Allemagne exige l’équivalent de 22 verres d’eau. Aux USA c’est encore pire, un litre de jus requiert 1000 litres d’eau d’irrigation et 2 litres de pétrole !!

La solution est de susciter des écosystèmes industriels régionaux, îles de développement durable, afin de réduire au maximum les coûts énergétiques et économiques des transports, chers et polluants.

Les effets sur l’environnement des stratégies de durabilité sont évidents : forte chute de la consommation de matière et d’énergie. De plus il implique des prestataires de services à la porte des utilisateurs donc relocalisation.

Mais il conviendrait d’abord que les économistes se montrent capables d’imaginer d’autres critères d’évaluation que le produit national brut et le taux de croissance.

“LA TERRE EN HÉRITAGE”. J.M.Pelt. 2000.

Quelques fois on se demande combien de temps faudra t'il encore répéter les mêmes évidences....

Bossuet : “Chacun se donne la liberté de dire : j’entends ceci, je n’entends pas cela, et sur ce seul fondement on approuve ou on rejette tout ce qu’on veut...”

Il faut désormais considérer la nature, en la faisant notre partenaire et notre alliée. En nous mettant à l’écoute des peuples premiers, nous retrouverons en nous-mêmes le juste rapport qui nous lie à la Nature.

Oren Lyons, Indien iroquois : “L’homme croit quelquefois qu’il a été créé pour dominer, pour diriger. Mais il se trompe. Il fait seulement partie du Tout. Sa fonction ne consiste pas à exploiter, mais à surveiller, à être un régisseur. L’homme n’a ni pouvoirs, ni privilèges, seulement des responsabilités.”

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