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nihilisme et esclavagisme...

6 Juillet 2013, 06:09am

Publié par pam

Michel Onfray in "Politique du rebelle"

Le désenchantement du monde structure la religion nihiliste actuelle. Misère, exclus... entraînent un désespoir aboutissant au repli sur soi. Les nihilistes sont moins dangereux pour le pouvoir que les volontaristes utopiques (non l’irréalisable que le non encore réalisé). Formuler une pensée soucieuse de rendre impossible ce qui a justifié, légitimé les tragédies, nationalismes, génocides... Être à gauche loin de ceux qui ne pensent qu’à en finir avec la propriété privée. Peu à gauche (Proudhon conserve la propriété privée dans son projet de société anarchiste) les nihilistes ont fait un éloge de la liberté doublé d’une critique de l’autorité et de l’autoritarisme. Fuir les options moins égalitaristes qu’uniformisantes des communistes ou néo-scientifiques. Proposition d’une économie alternative dont la priorité serait l’élaboration de modes de production transversales dans le capitalisme.

Avant la réactualisation des solutions de Proudhon, il faut vouloir la révolution copernicienne, en finir avec la soumission des hommes à l’économie libérale, afin de soumettre l’économie à un projet hédoniste de vie en commun. Non plus servir le capitalisme mais le mettre à disposition des hommes. Le triomphe du capitalisme a tué le politique et la politique au profit d’un éloge de la technique d’administration des hommes et des biens. Capitalisme comme science de la soumission des esclaves aux maîtres. En finir avec cette religion de l’économie qui fait du capital son Dieu et des hommes des esclaves. Confiner l’économie au seul registre des moyens. Elle doit être soumise au politique et non l’inverse. L’activité économique ne peut se pratiquer malgré les hommes voir contre eux et leur bien-être.

Combien de douleurs, tortures, maladies, carnages, sacrifices dus à la religion de l’économie séparée ? Désenchantement, nihilisme, pessimisme dureront tant que l’ordre des choses perdurera.

L’économie est une discipline de transmutation qui à partir du temps des esclaves fait l’argent des maîtres.

Tant de constructions pharaoniques pour satisfaire le narcissisme, la puissance et la souveraineté du pouvoir temporel puis du pouvoir spirituel qui s’en inspire ou le soutient. Pharaon, prêtre, ingénieur, industriel, financier, s’appuient sur armées, polices, parfois avec l’aide de philosophes inféodés, payés par le système pour se protéger des exploités rendant possibles ces édifices monstrueux, depuis l’Antiquité. Et on continue à utiliser, jeter, humilier, exploiter selon les besoins du marché. Les capitaux virtuels n’ont pas de frontières, d’interdictions éthiques, de visas démocratiques. Ils sont les armées d’une superpuissance dominant planétairement. Pendant que les flux monétaires ruinent, s’accumulent, se dispersent, se thésaurisent, les hommes sans richesses perdent temps, énergie, forces, liberté, vie. Sans aucun bénéfice aux gigantesques barrages, à la conquête de la lune, la cathédrale... qu’un salaire dérisoire.

Toutes les époques ont mis l’idéologie, religion, philosophie, art au service de ces cultes rendus à la production. Actuellement religion du capital plastique et sans cesse recyclée. On célèbre le conceptuel, le virtuel.

La misère des hommes a permis la création de la sainteté de l’argent. Dans leurs sublimations, les civilisations expriment ce qui fait leurs manques, puis leurs dieux. Ce manque transfiguré fascine car il est interdit à la plupart, confiné dans les mains de quelques-uns. Les exclus, privés d’avoir, sont donc interdits d’être. Les capitaux sont inaccessibles à ceux dont l’existence se consacre à rendre possibles leurs flux. Ni la terre, ni le travail ne permettent la rente ou le salaire. Rarement la paupérisation aura été à ce point cynique. Les pauvres iront en s’appauvrissant dans la mesure où les riches iront en s’enrichissant.

Le culte rendu au capital flottant est inversement proportionnel à la participation, directe ou différée, des impétrants. Sectateurs de la religion du capital : ceux qui en jouissent et tous ceux qui croient pouvoir en jouir un jour et, pour cette raison, souhaitent le maintien des règles du jeu. Décentralisations, délocalisations, les instances qui rendent possible l’inégale répartition des richesses sont invisibles, insaisissables, seulement repérables par leurs méfaits. Ce Dieu exige soumission, dévouement, inféodation à ce nouvel univers invisible.

Les maîtres possèdent les esclaves, leur fournissant pitance, salaire, moyens de survivre, mais guère plus. L’économie est science de cette alchimie cannibale tant qu’elle fonctionne séparée en soumettant le politique à son ordre, à sa loi. Dans cet art de la relation avec l’esclave, Aristote précisait que le maître devait faire savoir et comprendre à son inférieur qu’ils avaient tous les deux les mêmes intérêts, sinon une communauté de destin. Or, les intérêts divergent sur le mode de la lutte des consciences de soi opposées (Hegel) ou lutte des classes (Marx). La société sans classe est une fiction. En revanche, les inégalités, leur exploitation économique, non.

L’esclave est celui dont l’emploi du temps suppose deux saturations : il donne le maximum de son temps pour et dans un espace qu’il n’a pas choisi. Il officie tout entier au service d’un ordre dans lequel il n’a pas le choix, dépouillé de son corps et de son temps. L’économie apparaît comme l’art de dispenser les places en fonction des nécessités du culte à rendre.

En auxiliaire de cet assujettissement, on peut compter les crédits nécessités par les endettements, eux-mêmes sollicités par les soumissions des esclaves aux désirs mimétiques sculptés par la publicité. Nietzsche affirmait que quiconque ne dispose pas des deux tiers de son temps en liberté pure pour son propre usage est un esclave...

L’effritement du catholicisme est lié à l’élaboration des conditions de possibilité de l’économisme, monstre hybride qui fait de l’économie une religion. Disparition de Dieu, apparition de l’économie et théologie des richesses triviales.

Le dessein du Discours de la méthode de Descartes, outre les acquis sur lesquels nous vivons encore, consiste à promouvoir toutes les sciences qui permettaient à l’homme de se rendre “comme maître et possesseur de la nature”. Cette volonté de puissance sur la nature, le monde réel, forme la base de l’économie. Le cartésianisme embrase l’Europe.

Les théistes ont laissé place aux déistes puis aux athées, le tout accélérant l'autonomie de l’économie et sa métamorphose en religion de substitution. Jamais l’argent et les richesses n’ont à ce point mené le monde.

nihilisme et esclavagisme...
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