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Pharmacopée. Jean-Marie Pelt.

9 Mars 2013, 08:17am

Publié par pam

Toute l’habileté du praticien chinois consistait à combiner les plantes par des associations judicieuses en vue de potentialiser les produits actifs tout en tempérant leur éventuelle toxicité. De cette conception ancienne subsiste aujourd’hui dans la pratique chinoise l’idée que la pharmacopée doit être considérée comme une source non pas seulement de remèdes, mais aussi de produits destinés à empêcher de tomber malade ou à aider à recouvrer la santé au fil d’une convalescence. Tant et si bien que sont englobés naturellement dans les listes de plantes médicinales les végétaux courants de l’alimentation, légumes et fruits. Ces préoccupations diététiques et préventives, spécifiques de la Chine ancienne, restent très vivaces aujourd’hui, ainsi qu’en témoigne le succès d’ouvrages sur le thème “se soigner en s’alimentant”, thématique aujourd’hui récurrente en Occident.

Découvrir de nouveaux médicaments est une chose, en permettre l’accès à ceux qui en ont besoin en est une autre. L’accès aux soins des populations du Sud, largement insolvables, est devenu une préoccupation majeure, mais force est de constater que le système strictement libéral de production des médicaments est bien incapable de faire face à la demande.

Les médecins chinois partant d’observations empiriques très anciennes, soumettent les plantes traditionnelles de leur pharmacopée à des essais scientifiques comparables à ceux de la médecine occidentale. Les études d’ethnopharmacologie visent à répertorier, puis à accréditer par des méthodes scientifiques rigoureuses la valeur des médicaments traditionnellement utilisés depuis des siècles, voire des millénaires.

Les grands laboratoires pharmaceutiques se montrent de plus en plus avides de connaître (voire de s’approprier !) les secrets des chamans, guérisseurs ou autres tradipraticiens dans le monde entier. A qui appartient la découverte des propriétés d’une plante : à la tradition qui véhicule de génération en génération ce savoir, ou au laboratoire qui l’exploite après s’être procuré les informations auprès des populations ou de leurs guérisseurs ?

La Convention de Rio sur la biodiversité exige des exploitants d’un médicament nouvellement découvert par les ethnopharmacologues de reverser des royalties aux gouvernements locaux et/ou aux ethnies détentrices et utilisatrices du savoir impliqué, si leur utilisation nécessite transformation.

THÉORIE DES SIGNATURES.

Elle est présente dans la plupart des traditions thérapeutiques. Selon cette théorie, la nature indique par certains signes extérieurs les propriétés des plantes qu’elle met à notre disposition pour nous soigner.

Le meilleur exemple est le saule, vivant les pieds dans l’eau et recommandé depuis le IV° siècle avant J.C. par Hippocrate comme traitement des rhumatismes (aggravés par l’humidité) et comme les “pieds mouillés” donnent la fièvre, on l’a aussi utilisé pour soigner les fièvres. La gaultherie et la spirée (reine des prés) contiennent elles aussi de l’acide salicylique. L’invasion d’un pré par la spirée signifie que celui-ci devient marécageux...

La consommation mondiale de l’aspirine est estimée à 100 milliards d’unités. Mais elle a des effets secondaires : bourdonnements d’oreille, risques hémorragiques et surtout douleurs gastriques. On continue à trouver des applications thérapeutiques à l’aspirine et des médicaments dérivés aux conséquences moindres. Tout ça grâce à trois plantes : saule, spirée et gaultherie.

GINKGO BILOBA :

Véritable fossile vivant, il fait preuve partout où on le plante d’une robuste santé. C’est l’arbre le plus ancien du monde. Il fait aussi des records de longévité : 2 000 et peut-être 4 000 ans... Il manifeste une très grande résistance à toutes formes d’agressions (pollution, insectes, maladies…).

Ce fut le premier signe de vie après l’explosion nucléaire d’Hiroshima : une jeune pousse d’un ginkgo calciné tout proche de l’épicentre de l’explosion est apparu le printemps suivant l’explosion.

Pharmacologie : augmentation du seuil de l’hypoxie (diminution ou disparition du taux d'oxygène dans les tissus) activation du métabolisme cérébral, piégeage des radicaux libres (ennemis invétérés des tissus et facteurs essentiels de leur vieillissement, déchets toxiques du métabolisme cellulaire). États dépressif des personnes âgées, pertes de mémoire, d’attention et de vigilance, troubles visuels, olfactifs ou auditifs, artériopathies chroniques des membres inférieurs, troubles d’origine vasculaire et veineuse. Le ginkgo sera d’autant plus efficace qu’il sera pris dès les premiers symptômes, avant dégénérescence.

Pharmacopée. Jean-Marie Pelt.

GINSENG.

La plus prestigieuse plante de la pharmacopée chinoise : dans le plus ancien traité, le “Pen T’sao” remontant à l’empereur Shen Nong (2 700 ans avant J.C.) on lit :

“On utilise le ginseng pour restaurer les cinq organes vitaux, pour harmoniser les énergies, pour calmer l’esprit, chasser les peur, faire briller les yeux, ouvrir les vaisseaux du cœur, éclaircir les pensées, fortifier le corps et prolonger la vie.” Définition d’une panacée d’où son nom Panax ginseng du grec pan = tout et akos = remède. Le nom ginseng signifie “homme racine” comme la mandragore, plante mythologique occidentale. Puissant tonique agissant sur tout l’organisme, 150 principes divers ont été identifiés dans ses racines. Il améliore les performances physiques et psychiques de ceux qui le consomment sans être sur la liste des dopants. Selon une étude soviétique (années 60) cette plante permet une meilleure résistance au stress, une convalescence plus rapide, des performances intellectuelles améliorées, notamment chez les sujets âgés, une meilleure oxygénation de l’organisme, notamment une meilleure irrigation du cerveau, une stimulation de l’immunité cellulaire, une résistance à l’asthénie et à la fatigue (tous résultats confirmés par d’autres études depuis). Le ginseng améliore également les processus de mémorisation. Le ginseng illustre parfaitement l’une des spécificités de la phytothérapie qui consiste à mettre en œuvre une multitude de principes agissant simultanément et surtout synergétiquement les uns avec les autres et les uns par rapport aux autres. Rien de comparable avec l’action d’une molécule isolée dont, de nos jours, il est relativement plus aisé de définir le mode d’action pharmacologique et biochimique et les effets thérapeutiques et physiologiques qui en découlent. Aucune substance ne peut justifier et expliquer à elle seule l’action globale de la plante, contrairement aux plantes dites “ héroïques” comme la belladone, l’aconit ou la digitale.

“ Pour des raisons qui tiennent essentiellement aux bouleversements des modes de vie, la perte des rythmes et des rites, à la nécessité de s’adapter en permanence aux changements, au risque de perdre tous ses repères, enfin et surtout à un stress et à une agressivité omniprésents, la dépression fait aujourd’hui des ravages.”

Pharmacopée. Jean-Marie Pelt.

MILLEPERTUIS.

Le millepertuis est l’antidépresseur naturel le plus efficace bien que son action perturbante vis à vis d’autres médicaments et les recherches trop récentes donc pas assez significatives l’ont récemment faites interdire.

(Depuis l'écriture du livre, les choses ont un peu changé : le millepertuis est utilisé dans de nombreux pays et en France on peut le trouver sous forme de teinture mère (Hypericum Perforatum) remboursée par la sécurité sociale. Contrairement à tous les autres antidépresseurs il est sans effets secondaires, c'est bien la raison de son interdiction de l'époque... avec l'impossibilité pour les laboratoires de déposer le brevet...!!!)

Pharmacopée. Jean-Marie Pelt.

OPIUM.

Plante du bonheur, vertu dormitive . Au XIX° siècle, on en tire le principe actif : la morphine, elle est utilisée dans le traitement des douleurs chroniques, mais aussi dans les états d’agitation en psychiatrie. Après avoir été exclue comme plante toxicomanogène, elle revient en force : on a découvert dans le cerveau les fameuses morphines endogènes, endorphines, qui se fixent sur les mêmes récepteurs cérébraux spécifiques que la morphine elle-même. Les pharmacologues s’étaient en effet longtemps interrogés sur cette singularité : voir une substance élaborée par une plante se fixer avec précision sur les récepteurs cérébraux spécifiques auxquels, en tant que plante, elle ne semblait nullement destinée à priori. Ils en avaient déduit que le cerveau devait probablement sécréter des substances analogues auxquelles correspondaient les dits récepteurs et que la morphine “mimait” physiologiquement.

La douleur, écrivit Albert Schweitzer, “est un fléau plus terrible que la mort elle-même.”

De fait, une douleur intense et prolongée détruit toute qualité de vie, et jusqu’à l’envie de vivre. Les traitements de la douleur par la morphine ne provoquent pratiquement pas d’accoutumance. Il convient de faire une distinction fondamentale entre les toxicomanes, d’une part, et, de l’autre, les malades qui n’ont recours à la morphine que pour ses effets analgésiques majeurs. Les administrations par voie sous-cutanée, au moyen de pompe à morphine, court-circuitent les propensions aux nausées et vomissements, plus fréquents par voie orale.

Quand une personne atteinte d’un cancer n’a plus besoin de narcotique pour le traitement de ses douleurs, une réduction progressive des doses administrées prévient les syndromes de manque. Ceux-ci sont légers ou absents quand l’arrêt du traitement est brusque.

La médecine n’est pas seulement l’art de guérir, mais aussi l’art de soulager la souffrance. N’était-ce pas ce que préconisaient et pratiquaient déjà les médecins de l’Antiquité qui puisaient dans un riche arsenal de drogues analgésiques et sédatives : l’opium, le cannabis, la jusquiame, le datura, la mandragore, la laitue vireuse, le nénuphar ?

Pharmacopée. Jean-Marie Pelt.

CANNABIS.

Le cannabis est l’un des médicaments les plus anciens. En Chine, 3 000 ans av. J.C. il est utilisé comme sédatif des douleurs rhumatismales et la goutte et comme médicament de l’aliénation mentale.

Galien note que cette herbe blesse le cerveau quand on en prend trop.

A la mode depuis le XIX siècle, il est actuellement consommé régulièrement par plus de 5 millions de français. Dès 1985, le THC ou tétrahydrocannabinol, principe actif du cannabis est commercialisé aux USA (Marinol) contre les nausées et vomissements induits par la chimiothérapie anticancéreuse et aussi contre l’anorexie des malades du sida. Ce médicament, contrairement à l’absorption par fumée induirait des poussées d’anxiété.

Comment peut-on supprimer les avantages d’une plante sous prétexte que certains l’utilisent à usage récréatif ? Fumer du chanvre freine l’évolution du glaucome ou de la sclérose en plaques tout en atténuant les symptômes de la maladie. D’autre part, l’effet anxiolytique du cannabis et son aptitude à produire une décontraction musculaire favorisent la disparition du stress. Et bien sûr de nombreux pays interdisent même la recherche au sujet de cette plante... qui figura dans la pharmacopée française jusqu’en 1953 et qui bien sur tue beaucoup moins que le tabac ou l’alcool et n’entraîne quasiment pas de dépendance (moins de 2%) contrairement à ces deux exemples.

Pharmacopée. Jean-Marie Pelt.
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