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autonomie

Autonomie...

8 Août 2015, 06:26am

Publié par pam

Je pourrais effacer tous les articles de ce blog pour ne laisser que celui-ci trouvé sur Kaisen magazine /

L’autonomie, une réconciliation avec les lois de la vie

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Par Pierre Rabhi, paysan philosophe

Depuis la nuit des temps et pendant des millénaires, l’autonomie a régi l’organisation et la survie des humains sur la Terre, aux quatre coins du globe. Garante de l’équilibre, elle s’inspire des mécanismes naturels de la planète elle-même, où l’autorégulation et la coopération ont toujours été les clés de la pérennité.

Au xvie siècle, lorsque le voyageur circulait à travers l’Europe, il découvrait partout où il allait une immense diversité de tribus et de communautés qui n’avaient pas les mêmes langues, vêtements, habitats, outils, etc. Cette diversité culturelle reflétait directement la créativité humaine dans son dialogue avec la nature. La nature inspirait l’imaginaire de l’homme, pour qu’il puisse assurer sa survie. Chaque communauté était alors autonome sur son territoire et répondait à ses besoins fondamentaux en tirant parti des ressources locales.

Avec l’avènement de la société industrielle, en à peine deux siècles, l’ensemble de cette organisation planétaire s’est effondré.

Tel Prométhée désirant s’affranchir du caprice des dieux, l’homme moderne a souhaité ne plus dépendre des éléments naturels qu’il ne maîtrise pas. Afin de s’autonomiser des limites imposées par la nature, il a pris un tournant inouï dans toute l’histoire, en plongeant dans l’ère du progrès technique, prétendument libérateur. Mais celui-ci se révèle être un traquenard incroyable : la société moderne, en se déconnectant des lois fondamentales de la vie, a perdu toute autonomie, sous prétexte de la gagner, jusqu’à compromettre sa propre survie !

L’industrialisation s’est bâtie sur l’exhumation des matières mortes que la planète avait pourtant stockées dans son sous-sol pour qu’on n’en parle plus. Quand nos civilisations se sont construites sur le pétrole, le minéral s’est retourné contre le biologique, polluant l’ensemble des facteurs essentiels à notre vie : l’air, l’eau, la terre, etc. Passant du cheval animal au cheval-vapeur, nous avons créé une vision différente du temps et de l’espace, produit de l’accélération, de la frénésie, et mis en place des outils pour servir ce productivisme. Mais ces outils, qui devaient être nos serviteurs, sont devenus nos maîtres. Eux qui devaient nous libérer nous asservissent complètement. Qui peut aujourd’hui se passer de la voiture, de l’électricité, de l’ordinateur ?

On a finalement bâti la civilisation la plus fragile de toute l’histoire de l’humanité. Si l’on supprime le pétrole, les transports et la communication, tout s’écroule ! Ces innovations mondialisées ont permis aux différentes communautés humaines de se connecter entre elles et à l’humanité de prendre connaissance d’elle-même, mais elles ont parallèlement véhiculé à toute allure et à travers le monde entier, tels un virus ou une peste, l’idéologie destructrice d’autonomie. C’est ainsi que des millions de paysans se retrouvent à trimer dans des monocultures vouées à l’exportation, sans plus pouvoir subvenir à leurs besoins fondamentaux, tout en rêvant d’un « ailleurs meilleur » que font miroiter les écrans de télé…

Dans ce système, on n’offre plus à nos enfants les moyens de développer leurs savoir-faire, y compris manuels, et, en les faisant grandir devant des écrans, on leur fait perdre toute autonomie. Ils sont, dès leur plus jeune âge, plongés dans un monde virtuel, déconnectés du monde réel et désocialisés. On délègue à des machines des activités que nous faisions avant avec notre esprit, notre corps, nos mains, notre intelligence. Combien de personnes transfèrent leur mémoire sur leur ordinateur !

La vision prométhéenne et le culte du progrès technique se révèlent être une grande illusion. Et, dans ce monde moderne, la quête du bonheur est en faillite complète. Ce modèle qui nous promettait libération, travail et sécurité s’avère irréaliste et terriblement angoissant. On est passé de la servitude réelle (l’esclavage) à l’esclavage salarié, où l’individu brade toute son existence pour un salaire. Cet individu est devenu un rouage d’un immense système extrêmement complexe, dans lequel il perd pied. Une unité qui doit produire et consommer des richesses, elles-mêmes concentrées dans les mains de quelques-uns.

La sémantique du mot « consommateur » dévoile une réalité terrifiante. Cet accaparement du bien commun de la part d’une extrême minorité humaine a rétabli la féodalité la plus horrible de l’histoire. Elle a instauré des seigneurs/saigneurs qui sont les plus grands assassins de l’autonomie qui aient jamais existé.

Ces lobbyings de la chimie, et notamment de la pharmaceutique et de l’agroalimentaire, nous maintiennent dans la peur et dans la dépendance, pour servir leurs intérêts privés et maintenir leur pouvoir absolu. Afin de faire perdurer le système en place, ils ont établi une véritable idéologie, avec ses préceptes, ses dogmes, ses credo, comme une religion. Toute personne qui n’obéit pas doit être sanctionnée, et on se retrouve face à des aberrations : un médecin homéopathe rayé de la profession, un viticulteur refusant de traiter ses vignes poursuivi en justice ou une famille tentant de répondre par elle-même à ses besoins vitaux expulsée de son propre terrain ! Les médias servent l’idéologie et participent à transformer l’erreur en vérité. De ce fait, l’être humain est manipulé et n’a plus les repères pour comprendre.

Peut-on reconstruire une autonomie affranchie de la nature ? Non. Est-ce que l’être humain a besoin de la nature ? Oui. Est-ce que la nature a besoin de l’être humain ? Non. Elle a préexisté à nous. Il y a eu une multitude d’extinctions d’espèces, et nous pourrions aussi disparaître à cause de nos propres transgressions, du dérèglement de l’ordre de la vie.

Plus que jamais, la claire vision de l’intelligence doit advenir. Nous avons trop longtemps confondu nos aptitudes, capables de prouesses extraordinaires, et la véritable intelligence, seule à même de créer un ensemble cohérent et durable.

En voulant nous affranchir de la nature, nous avons oublié que nous lui devons la vie. Cette dissociation entre l’humain et la nature a été une erreur énorme, véhiculée notamment par la Bible, qui nous place au sommet de la création, pouvant en disposer à notre gré sans nous soucier de l’équilibre. Or, nous sommes la nature, nous sommes des mammifères avec la particularité de la pensée qui devrait nous permettre de bâtir un monde intelligent, en respectant la magnificence et la beauté de la vie.

Alors, comment nous y prendre ? Par quoi commencer ? Nous devrions tout d’abord refaire l’inventaire de nos ressources locales, qui sont les premières bases de notre autonomie. Et tout mettre en œuvre pour pouvoir répondre par nous-mêmes, à l’échelle d’une famille ou d’un territoire, à nos besoins fondamentaux, dont le premier est celui de se nourrir. Si les transports cessaient, rien qu’une semaine, les villes seraient aussitôt en pénurie et nous prendrions conscience de l’ampleur de notre dépendance et de la fragilité de la mondialisation. C’est pour cela que j’ai toujours dit que jardiner est un acte politique.

L’autonomie consiste donc à mettre en valeur nos ressources, pour répondre à nos nécessités, et à échanger ensuite la rareté. Car chaque endroit, chaque territoire dispose de richesses propres que d’autres n’ont pas. En échangeant ces raretés, on crée des passerelles qui relient les différentes autonomies et participent à convivialiser l’ensemble. L’autonomie ne doit donc pas être confondue avec l’autarcie. Il ne s’agit pas de se replier sur soi et de créer des cellules étanches où l’on n’a plus besoin du reste du monde. Vouloir s’isoler dans des espaces clos au sein d’une réalité par nature interconnectée serait une prétention vaniteuse et irréaliste.

Avancer vers l’autonomie nécessitera de revisiter nos besoins. La nature nous offre l’abondance pour tous, à condition de ne pas l’épuiser au nom du superflu et du « toujours plus ». En appelant à la sobriété heureuse, je ne parle pas de privation ni de renoncement, mais d’un mode de vie enchanteur et réjouissant. Elle permet d’assouvir l’espace de la survie biologique, tout en libérant l’esprit de la pesanteur de la matière et de la frénésie.

Chacun de nous est appelé à se responsabiliser en se demandant : « Dans quoi est-ce que je mets mon temps, mon énergie, mes compétences ? Est-ce que je contribue à maintenir l’équilibre, à embellir le monde, à construire un avenir beau et durable pour les générations à venir ? » Nous avons chacun le devoir de faire ce que nous pouvons pour cela. Comme Krishnamurti le disait, il ne s’agit pas de croire que quelqu’un détient la vérité et va nous la déverser, mais d’expérimenter et de trouver par nous-mêmes nos propres solutions, notre propre cohérence. « Nous libérer du connu », car nous sommes prisonniers de nos schémas de pensée, de notre histoire, de nos conditionnements. Cela aussi, c’est une autonomie à reconquérir ! Une autonomie intérieure !

Le destin de l’humanité est de comprendre que nous avons à construire l’unité en coopération avec les lois de la nature, de la vie. Aucune autonomie réelle ne peut se faire sans une réconciliation avec les règles fondamentales de la vie, dont nous ne sommes qu’une manifestation parmi d’autres. On parle de l’écologie comme d’un condiment dans le système global de la société, alors que c’est l’élément premier et universel, qui devrait être reconnu par l’ensemble du genre humain. « Terre mère, terre nourricière » n’est pas une métaphore poétique, c’est une réalité absolue !

D’après une interview réalisée et retranscrite par Claire Eggermont

Autonomie...

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UNE FORÊT QUI SE MANGE

3 Octobre 2014, 07:36am

Publié par pam

http://www.bioconsomacteurs.org/bio/dossiers/agriculture/une-foret-qui-se-mange

A Dartington, dans le sud de l'Angleterre, nous avons visité un jardin expérimental nourricier qui reproduit un écosystème forestier en milieu tempéré. Créé il y a 20 ans, il est aujourd'hui autogéré et produit suffisamment de fruits, feuilles comestibles, champignons, graines et noix pour subvenir aux besoins d’un ménage.

Imaginez un jardin d'un hectare qui ressemblerait à une forêt vierge, avec des grands arbres, des arbustes, buissons, des plantes grimpantes, champignons et feuilles mortes au sol. Cette forêt jardin nourrirait en grande partie votre famille, sans que vous y travailliez plus d'une fois par semaine. Enfin, par travail... entendez prendre un panier et des ciseaux pour cueillir salades, myrtilles et autre noix. Nul besoin d'arrosage, de tonte ni de labour, et encore moins d'épandage de pesticides ou d'ajout d'engrais : les plantes se débrouilleraient toutes seules. Vous en rêvez ? Martin Crawford l'a fait. Ce passionné d'agroforesterie mène depuis 20 ans des expérimentations sur les systèmes d'alimentation les plus soutenables et résilients possibles en milieu tempéré.

550 espèces sur 1 hectare
Mai 2014. Nous entrons dans la forêt jardin de Martin Crawford, à Dartington, dans le Devon, circonscription du sud de l'Angleterre. Pins, aulnes, châtaigniers, saules, brocolis, artichauts, poireaux sauvages, framboisiers, bigaradier, plaqueminier, bambous, pêchers, lierre... On ne sait où poser les pieds et les yeux. Deux pigeons ramiers se bécotent dans un sorbier, à 50 centimètres de nos visages. En regardant de près les feuilles poilues d'une consoude, je marche sur un framboisier sauvage. Je me décale et écrase un petit tapis de menthe et de mélisse, caché par un poivrier du Sichuan. Sur un hectare seulement, environ 550 espèces de végétaux poussent tranquillement, comme dans un écosystème forestier. Sauf que la plupart sont comestibles. Si la méthode de la forêt jardin existe depuis des millénaires sous les latitudes tropicales, c'est un Anglais, Robert Hart, qui a expérimenté le premier la forêt jardin en milieu tempéré, dans les années 60 en Angleterre. Martin Crawford est l'un de ceux qui ont pris le relais.


Une forêt est naturellement très productive. Pas un centimètre carré de sol n'étant nu, tous les rayons du soleil sont interceptés, donc exploités pour faire la photosynthèse. Une forêt est aussi autonome : contrairement à ce qui se passe dans un champ homogène d'une seule espèce, maladies, plantes adventices et éventuels ravageurs se régulent d'eux-mêmes dans ce milieu très riche en biodiversité. Mais s'il laisse faire la nature le plus possible, l'homme intervient tout de même, précise Martin Crawford.

Ne pas tuer les plantes que l'on ne veut pas, mais laisser pousser celles que l'on veut
« Ce qui semble sauvage et bordélique est en fait géré : les plantes ont une place bien précise, et on enlève les pousses d'arbres, sinon il n'y aurait que des arbres, puisqu'une forêt a naturellement tendance à se refermer ! ». Les nouvelles pousses de bambous sont régulièrement coupées. Et il faut tailler de temps à temps un arbuste qui prend un peu trop de place et gêne l'ensoleillement. Au final, cette forêt jardin réclame le travail d’une personne durant un jour par semaine. Le printemps et l'automne réclament un petit coup de collier : « j'ai désherbé durant deux jours il y a deux semaines, il va falloir que je le refasse bientôt », souligne Martin en insistant sur le fait qu'il ne s'amuse pas à arracher une par une chaque plante indésirable. «Il n'est pas question de tuer les plantes que je ne veux pas, mais de laisser pousser celles que je veux ». Le plus gros du travail, finalement, consiste à la créer, cette forêt jardin. Il y a 20 ans, Martin a dû choisir et planter toutes les espèces, à commencer par les arbres et en poursuivant avec les strates inférieures. Et il faut être patient : ce n'est qu'au bout de plusieurs années que le système commence à être autonome et qu'il n'y a quasiment plus besoin de s'en occuper.


Une forêt jardin, c’est quoi ?
Plusieurs strates de végétaux dessinent la forêt jardin. Soit ils sont nourriciers, soit ils aident au système. Tout en haut, les arbres, qui produisent du bois et de la résine (pins) ; puis les arbustes ou petits arbres, surtout fruitiers (pommiers, pruniers, poiriers, sorbier), les arbrisseaux (néflier, mûrier, plaqueminier, cognassier, arbousier, févier d'Amérique, chêne-châtaignier jaune, azérolier), les herbacées (plantes et légumes vivaces comme la consoude, les poireaux sauvages, l'oseille, l'osta, l'oya, l'ail des ours), les couvre-sol (fraisiers, ronces, gaulthérie, etc.), la strate mycélienne (champignons, légumes-racines) et les plantes grimpantes (kiwis, lierre, vigne). Toutes ces plantes sont natives de partout dans le monde. « Si on n'utilise que des plantes originaires du Royaume-Uni, on mourra de faim. Et puis l'Angleterre a une longue histoire d'importation d'espèces de végétaux, lesquelles sont devenues en quelque sorte, au fil du temps, natives ».

La consoude, extraordinaire pour les pollinisateurs
Les plantes ne sont pas placées au hasard. On les plante ici ou là en fonction de leurs exigences en soleil, en humidité, en nutriments, et aussi en fonction de leurs affinités avec d’autres plantes. Point important: les espèces qui enrichissent le sol en nutriments sont indispensables : elle rendent ces derniers disponibles pour les autres végétaux. C'est le cas du cornouiller et de l'aulne, qui fixent l'azote de l'air et le rendent disponibles dans le sol; et aussi de la valériane officinale et de la consoude, qui vont chercher le phosphore et le potassium profondément dans le sol grâce à leurs grandes racines, et les ramènent à la surface. La faune n’est pas négligée. Une petite mare accueille « une très grosse population de grenouilles » qui mangent les limaces. Les arbres sont des maisons à chauves-souris qui, elles, mangent beaucoup d'insectes. La consoude est, selon Martin, extraordinaire pour attirer les pollinisateurs. Conclusion : il faut un minimum de connaissances en biologie végétale et en écologie pour réussir une forêt jardin. Résultat: un taux de matière organique dans le sol qui est « passé de 5 à 12 % en 20 ans », ce qui fait de cette forêt comestible un réservoir important de carbone. Et des fruits, feuilles comestibles, champignons, graines et noix en quantités suffisantes pour nourrir un foyer (celui de Martin). Sans compter le bois de chauffage et d’œuvre, ainsi que l'osier pour faire de la vannerie. Tout ça sur un hectare.


Avec cette forêt jardin, Martin Crawford voulait montrer qu'un système nourricier pouvait être productif, soutenable, réclamant très peu de travail sur une petite surface, et résilient - c'est à dire capable de s'adapter aux changements, tels que le réchauffement climatique et ses conséquences. Agronome autodidacte (il a fait des études en informatique), il mène d'autres expériences de forêts jardins dans le Devon. Il gagne sa vie en vendant plantes et semences et en donnant des cours et des conférences. En goûtant à une jeune pousse de bambou qu'il a coupée devant nous, j'ai une légère amertume dans la bouche – c'est meilleur cuit à la vapeur, dit-il - mais une certitude : d'autres façons de nous nourrir, bien loin de nos systèmes productivistes déconnectés de la nature, existent et méritent d’être explorées.

Pour en savoir plus sur les méthodes qu'emploie Martin Crawford, les semences et plants qu'il utilise et les cours qu'il donne, allez voir le site internet de son association, Agroforestry research trust!

Crédit photos: Diana Semaska

UNE FORÊT QUI SE MANGE
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