Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

politique

RME Bernard Maris

9 Janvier 2015, 15:18pm

Publié par Bernard Maris

Parmi les personnes assassinées ce mercredi 7 janvier, il y avait Bernard Maris, chroniqueur, économiste hétérodoxe et membre du Conseil Général de la Banque de France. En son hommage, nous reproduisons sa chronique du 27 décembre 2013 pour Charlie Hebdo où il défendait le revenu minimum d’existence.

Pourquoi le Revenu minimum d’existence est-il une nécessité de la société post-capitaliste ?

Chronique de Bernard Maris publié le 27 décembre 2013 sur Charlie Hebdo

Encore faut-il qu’on croie à une société au-delà du capitalisme… Une société non violente, altruiste, respectueuse de l’environnement, bref, une société anti-humaine sachant que l’homme isolé ou en groupe est violent, égoïste et destructeur de l’environnement. (La Commission européenne vient d’autoriser la pêche en eaux profondes, histoire de détruire plus vite ce qui est en voie de disparition…)

Le Revenu Minimum d’Existence (RME) dissocie le travail du revenu, et, en ce sens, il peut être le virus qui va détruire la société capitaliste. Démonstration.

Le K, le capitalisme, est fondé sur l’appropriation, la rivalité, l’accumulation, l’échange qui enrichit. Mais au cœur de ce carré maléfique, propriété, rivalité, accumulation, échange, il y a un noyau d’énergie : le travail salarié. Le travail subi. Le travail qui fait de l’argent qui fait du travail. Or le facteur décisif de l’accumulation n’est plus la matière première, mais le capital humain, le travail qualifié si l’on préfère. D’où vient ce travail qualifié ? De la culture accumulée par l’humanité, d’Homère à Einstein, en passant par qui vous voudrez : Lavoisier, Alphonse Allais, Pierre Dac, Alexander Fleming, Picasso… Chaque être à sa naissance est héritier de cette culture. Héritier d’une sorte de rente culturelle, comme la bonne terre ou la forêt peuvent être une rente pour l’agriculteur.

Philosophiquement, il est tout à fait légitime de partager cette rente : les économistes partisans du RME l’estiment, en France, à 15 % du PIB. Autrement dit, 85 % du PIB vient de l’ingéniosité des Français en 2013, et 15 % de celle qu’ils ont héritée (ce qui peut paraître faible, mais admettons). Ces 15% sont un intérêt sur le capital humain accumulé de génération en génération. 15% du PIB distribué à tout Français, riche ou pauvre, équivaut grosso modo à 400 euros par mois. À vie. Avec ces 400 euros, tu fais ce que tu veux : tu travailles, tu ne travailles pas, tu travailles à mi-temps. Typiquement, la retraite par répartition est un revenu minimum d’existence (une allocation universelle) — elle est versée sans contrepartie. Dans une société où les machines remplacent de plus en plus fréquemment les hommes (les caissières, pilotes d’avion, conducteurs de tram ou de métro, etc., n’ont aucune raison d’être), le RME se justifie aussi par le fait qu’un volume croissant de richesse est produit par un volume décroissant de travail.

Un volume croissant de richesse est produit par un volume décroissant de travail

Le hic, c’est que le travail marchand, le salariat, joue indiscutablement un rôle socialisant. L’usine sociale, même s’il ne fait pas bon y travailler. André Gorz a longtemps été opposé au RME au nom de la socialisation par le travail. C’est pourquoi le RME ne doit pas exclure le travail, mais peut s’y ajouter. Typiquement, le bon contrat de travail, le contrat de travail d’avenir, est celui d’intermittent du spectacle (oui, je sais, les abus, les stars qui en profitent, etc. : mais toujours et partout il y a des passagers clandestins). L’intermittent fait des allers-retours entre travail et loisirs et, lorsqu’il travaille, il est dans le domaine de la culture, ce qui n’est pas désagréable.

Le RME se justifie aussi parce que tout être humain possède un droit sur l’eau, l’éducation, la santé. Il est en radicale opposition philosophique avec le RSA. Car le A exige un échange d’activité. Les libéraux pensent que le RME va créer une classe de parasites au détriment des «vrais actifs». Probablement pas. On trouvera toujours des alcooliques du travail servile. Mais le RME, en coupant le revenu du travail servile, enfonce un coin dans le béton capitaliste : enfin on peut vivre sans travailler. Vivre sans travailler fait toute la noblesse de la retraite — sauf que la vieillesse accompagne assez vite la retraite ; mieux vaut être un jeune noble qu’un vieux noble.

Certes, le RME exige une société altruiste, plutôt frugale et intelligente. Pas sûr qu’elle soit si loin… de gré ou de force !

Bernard Maris

RME Bernard Maris

Voir les commentaires

Vérité et politique...

7 Janvier 2015, 08:09am

Publié par pam

extraits de "Antimanuel de philosophie" de Michel Onfray :

9 - LA VÉRITÉ. Le politicien, le menteur et le cannabis.

Pourquoi honorer le devoir de vérité par la certitude de faire du mal ?

L’idéal est de ne pas se mettre dans la situation d’avoir à mentir, d’éviter l’action que vous vous sentirez obligé de cacher. Prévenir pour éviter de guérir. On peut aussi ne rien dire, sans qu’il soit besoin de mentir (refusé par les chrétiens : péché par omission). Le mensonge peut être un mal nécessaire. La vérité c’est la coïncidence entre l’être et le dire, entre une affirmation et l’état réel d’une chose, d’un fait, d’un geste, d’une parole. Est vrai ce qui a eu lieu.

Vérité rarement bonne à dire. La vie quotidienne se réduit à un genre de mensonge par omission.

Le mensonge rend impossible, et définitivement, la confiance nécessaire à la relation éthique. Chacun a droit à la vérité et il est un devoir de la donner pour celui qui en dispose. Chacun constate ne pas devoir forcément la vérité à tout le monde. Nécessité de distinguer le mensonge pour nuire, celui qui vise une tromperie destinée à soumettre l’autre, à l’éviter, à le mépriser, et le mensonge pour servir, qu’on commet pour épargner peine et douleur à une personne aimée.

On voit mal comment un homme décidé à sacrifier sa vie à la vérité pourrait faire une carrière politique. Comment parvenir au pouvoir, et une fois parvenu au sommet, s’y maintenir ?

Réponse : tous les moyens sont bons. Machiavélisme : art d’évacuer intégralement la morale pour réduire la politique à de purs problèmes de force : la fin justifie les moyens. Dans cette perspective, le mensonge fournit une arme redoutable et efficace.

L’accès au pouvoir suppose la démagogie = mensonge au peuple. Au lieu du souci de l’intérêt général que la fonction appelle, le politicien cherche bien souvent l’assentiment du plus grand nombre (51%!… des votants…) et pour l’obtenir il flatte, séduit, promet sans intention de tenir, et affirme ensuite que ses promesses n’engagent que ceux qui y ont cru.... Il ment aussi sur l’adversaire à discréditer. Il cache aussi ses zones d’ombre. Et il prétend présenter un projet pour le destin de la France alors qu’il a été concocté par des cabinets de conseillers en communication pour correspondre au profil du meilleur produit vendable. Toujours la volonté particulière triomphe au détriment de l’intérêt général.

La fonction politique oblige à un mensonge particulier caractérisé par une pratique sophiste. Les sophistes étaient des ennemis de Platon. Pour eux, l’essentiel réside dans la forme, jamais dans le fond. Ancêtres des publicitaires, aucune considération pour les idées véhiculées mais véhiculons et chèrement payés. Pour un sophiste, la vérité réside dans l’efficacité. Est vrai ce qui parvient à ses fins et produit ses effets. Est faux tout ce qui manque son but.

L’art politique est un art de la sophistique, donc du mensonge. Pour dissimuler cette évidence, les théoriciens du droit ont même forgé le concept de raison d’État qui permet de tout justifier, d’entretenir le silence, de classer des affaires secrets défense ou secrets d’État, de négocier avec des terroristes ou des États sanguinaires, de vendre des armes à des pays ennemis des Droits de l’Homme, mais amis quand ils paient.

La raison d’État prouve que l’État existe rarement pour les individus mais que les individus n’existent que pour le servir et qu’en cas de refus d’obéissance il dispose, tout puissant, de moyens de contrainte : police, tribunaux, armée, droit, loi.

Sachez-le, ne l’oubliez pas, et votez si le cœur vous en dit...

Haschich en vente libre à Amsterdam, interdit ici :

Preuve est faite qu’une frontière décide du juste et de l’injuste, du bien et du mal, du permis et du prohibé. Il n’existe donc pas une vérité universelle, commune à tous les peuples, du moins pas tant qu’un État universel n’est pas promulgué et que subsistent des vérités locales, subjectives, propres à des communautés limitées dans le temps et l’espace. La vérité définirait la proposition admise par le plus grand nombre à un moment donné de l’histoire et en un lieu précis. L’ensemble de ces vérités étant sujet à repentir, amendement et modification.

Pourtant, il existe des défenseurs de la vérité absolue, les platoniciens, pour lesquels il existe dans un monde intelligible et hors du temps, un monde des Idées pures. Évidemment, le christianisme s’est nourri de cette pensée pour mieux réfuter la diversité, l’explosion des visions du monde et ramasser sa proposition philosophique pour en faire un corps de doctrine se présentant comme la vérité : “Je suis la Vérité et la Vie” dit le Christ. Pour un chrétien, le temps qui passe, l’histoire et les changements, l’évolution et le progrès n’ont aucune incidence sur la Vérité révélée à laquelle ils sacrifient. Défenseurs de Platon et du Christ croient à la même universalité de la Vérité et à sa permanence en dehors des péripéties historiques.

L’inconvénient, c’est que les chrétiens se sont souvent et beaucoup trompés : géocentrisme (la Terre est au centre du système solaire) par exemple : il a fallu attendre 30 ans après qu’un homme ait mis le pied sur la Lune pour que Jean-Paul II reconnaisse que le soleil est au centre du système.

Vérité issue de la croyance et de la foi contre vérité procédant de la raison et de l’observation : le choc est rude. Car les vérités différentes et successives montrent des opinions changeantes, des certitudes rarement immuables mais occasionnelles et relatives à des conditions historiques. La vérité est singulière et non universelle, relative et non absolue. Est vrai ce qu’une époque énonce comme tel jusqu’à preuve du contraire. En dehors de quelques vérités irréfutables il n’existe que du changement. D’où la validité du perspectivisme (la vérité n’existe pas, seules existent des perspectives) sinon sa vérité. Là où je suis, je ne vois qu’une partie de ce qui m’apparaît. D’où une condamnation à ne saisir qu’une réalité fragmentée, mutilée. La vérité supposerait une saisie globale, intégrale du monde et de sa constitution dans le détail.

Que faut-il en conclure ? Non pas que nulle vérité n’existe, ce qui serait donner des arguments au nihilisme, révisionnisme, négationnisme qui mettent en doute l’existence véritable de faits historiques avérés afin de poursuivre un dessein politique dangereux, mais qu’une vérité n’est qu’un instantané.

Alain : “Le mensonge consiste à tromper, sur ce qu’on sait être vrai, une personne à qui l’on doit cette vérité-là. Le mensonge est donc un abus de confiance ; il suppose qu’au moins implicitement on a promis de dire la vérité.”

Vérité et politique...

La tâche de la philo selon Nietzsche : “Nuire à la bêtise”.

Voir les commentaires

Rixes, ou les conséquences de l'inhumanité.

4 Janvier 2015, 08:29am

Publié par Séverine Mayer. Médiapart

03 JANVIER 2015 | PAR SÉVERINE MAYER. MEDIAPART.

Ce qui devait arriver est arrivé.

Une rixe a éclaté hier soir entre de nombreux exilés, on dit qu’ils étaient entre 100 et 200.

Une bagarre qui aurait éclaté entre afghans et soudanais à cause de la nourriture.

Oui… La nourriture. Parce que pendant que les autorités lèvent le plan Grand Froid estimant que les températures sont assez clémentes pour dormir dehors, plus de 2300 personnes survivent avec un unique repas par jour.

Il y a des associations qui se démènent pour distribuer de quoi survivre sur les camps : couvertures, bâches… Mais aussi de la nourriture. Parce que Salam et l’Auberge des Migrants ne peuvent pas nourrir tout le monde. Une moyenne de 700 repas par jour, pour plus de 2000 personnes… Il est évident que de nombreux exilés crèvent de faim.

Quand on est en état de survie, quand on a faim et froid, l’instinct prend le dessus. On a les nerfs à vif, et on n’a plus rien à perdre.

Voilà donc où l’on en est. La survie est dure, impitoyable, dangereuse. Evidemment, 200 personnes qui se battent sur environ 2300, ce n’est pas la majorité. Mais c’est trop. C’est le signe, une fois de plus, que les conditions dans lesquelles on laisse se débrouiller seules plus de 2300 personnes exilées sont absolument inhumaines et intolérables.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Ces rixes n’arrivent pas parce que les migrants sont méchants, dangereux ou agressifs. Elles arrivent parce que les autorités (toutes confondues de la mairie à l’état en passant par la préfecture) sont incompétentes, irresponsables et criminelles.

En France, on dit qu’il existe un délit de non assistance à personne en danger. Mais quand ces personnes en danger sontdes sans-abris, alors c’est moins grave. Si en plus ces personnes sont arrivées illégalement sur notre territoire, alors là, c’est carrément négligeable. C’est ça qu’on nous montre, c’est ce qui est mis en pratique, chaque jour à Calais, ville qui sombre peu à peu dans la caricature la plus sordide de l’inhumanité…

Il y a donc environ 2300 personnes en danger, beaucoup de malades (grippes, infections pulmonaires, engelures, blessures dues aux « rencontres avec les forces de l’ordre »…), des personnes qui ont faim, froid. Il y a des enfants, des femmes enceintes(souvent à la suite de viols durant le voyage). Et toutes ces personnes qui nécessiteraient une assistance médicale et/ou psychologique sont livrées à elles-mêmes. Dans un mépris total des autorités représentées par le préfet qui, je le rappelle, résume les exilés à « des personnes dont le projet est de violer la loi française ».

Oui, hier soir 200 personnes se sont battues. Pour de la nourriture, pour des abris.

Comme on se battrait si nous étions à leur place.

Ce sont d’autres exilés qui essaient de calmer les tensions. Soutenus par des bénévoles ou « simples » citoyens soucieux de préserver l’équilibre précaire d’un quotidien qui malgré tout, avec recul et objectivité, devrait être source d’exemple pour chacun de nous. Car s’il y a en effet parfois quelques heurts, il ne faut pas oublier que la majorité du temps, des centaines de personnes parviennent à vivre ensembles, à construire une église, une mosquée, une école, à s’organiser pour s’abriter, se nourrir, s’entraider, sans jamais poser de problème à personne.

Evidemment, les autorités ainsi que les pseudos sauveurs de Calais n’hésiteront pas à utiliser cet incident pour jeter de l’huile sur le feu. Ils se serviront de cette détresse, cette extrémité douloureuse pour prétendre à nouveau que les migrants sont méchantsCe n’est pas la décence qui les étouffe. Encore moins la compassion dont ils ne soupçonnent pas l’existence. Et puis, quand on n’a pas d’argument, quand on est incompétent, quand on est inutile et irresponsable, le mieux est encore de choisir l’option la plus facile pour se faire valoir, en l’occurrence, c’est tellement facile de crier au danger et au scandale devant une bagarre de migrants à bout de nerfs… Tant qu’il y aura des gens pour préférer la facilité à la réalité, il y aura des gens pour croire aux propagandes politico-médiatiques savamment distillées par des personnalités politiques confirmées ou pas…

On nourrit la détresse, la haine grandit.

Quand on contraint des êtres humains à vivre comme des bêtes, on doit assumer le fait que parfois, du coup, ils se mettent en colère et l’expriment violemment. Parce que malgré les conditions de survie insupportables, un être humain reste un être humain, avec une dignité, une ambition, un espoir, une volonté… S’ils sont en colère c’est qu’ils sont encore en vie, et qu’ils veulent le rester.

Rixes, ou les conséquences de l'inhumanité.

Et pendant ce temps, Merkel menace les grecs de les virer de l'Europe s'ils votent mal, s'ils donnent leurs voix à la gauche radicale. Hors de l'économie libérale, hors du pouvoir des banques et des méga-entreprises, point de salut ! C'est la première fois je crois que le message est aussi clair, ils n'ont plus aucune honte. Votez contre nous et on va faire de votre vie un enfer...

Et pendant ce temps on interdit l'inhumation d'un bébé de deux mois et demi parce qu'il est rom....

Alors merci, vous allez renforcer nos rangs, ceux des solutions et des moyens alternatifs, ceux des êtres humains qui placent le partage, la compassion, les liberté-égalité-fraternité et autres joies de vivre dans la dignité et une terre respectée, devant le confort surfait de vos sociétés industrialisées, déshumanisées... Encore un petit effort et les "Podemos" espagnols comme tous les alternatifs de tous les pays vont s'unir non seulement pour sauver la Grèce mais pour vous renverser une bonne fois. Et comme vous avez beaucoup de chance, on vous dégagera avec un gros câlin car pour la plupart nous sommes pacifistes. Quoique certains en aient un peu marre de tendre l'autre joue...!

Rixes, ou les conséquences de l'inhumanité.

Tout cela me met en joie, on commence bien l'année finalement, laissons les s'enferrer encore un peu plus dans leur politique de la croissance à tous prix, le chômage va continuer d'augmenter, les retraites vont baisser, les prix augmenter, les salaires stagner, ils continueront d'oublier de construire des logements pour les plus pauvres, de fermer leurs frontières, de proposer des aliments malsains est des soins au rabais et il suffira de se lever, d'aider ceux qui dorment encore devant leurs télés à se réveiller, et en marchant vers eux on s'apercevra de notre grand nombre et en douceur on les obligera à réparer les dégâts de leurs mauvais choix qui conduisent les pays et les individus dans un mur d'abrutissement, de désespérance, d'individualisme, de repli sur soi et de désengagement.

Que vivent les initiatives, les alternatives et ceux qui les portent et les imaginent !

Que vivent tous ceux pour qui humanité rime avec partage !

Rixes, ou les conséquences de l'inhumanité.

Voir les commentaires

Edgar Morin : " ayez de l'audace"

28 Décembre 2014, 09:49am

Publié par Hervé Kempf pour Reporterre

Voici un texte qui est un magnifique bilan de l'année, des années écoulées, des références à des gens ou des groupes qui se bougent, qui donnent des alternatives, des solutions, qui partagent, un texte qui donne envie de se lever et de reprendre espoir, de dire non et de dire oui ! bonne lecture et espérons tous ensemble en une nouvelle année plus constructive..

« Ayez de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace »

ENTRETIEN AVEC EDGAR MORIN

lundi 6 octobre 2014

Edgar Morin observe avec attention et pertinence l’évolution du monde. S’interrogeant avec Reporterre sur les chances du politique, il appelle les partis à s’irriguer de l’énergie et des idées du mouvement associatif. Et voit dans l’écologie, non pas une réponse à tout, mais une chance de refaire l’économie et de renouer une relation humaine avec la nature et dans la civilisation.

Pour réfléchir avant La Rencontre de Reporterre, lundi 6 octobre : L’écologie au cœur de la reconstruction politique

Reporterre - Edgar Morin, croyez vous encore à la politique ?

Edgar Morin - Cela dépend de ce que vous entendez par là. Je crois en la nécessité d’une pensée politique pour une action politique. Ce que je vois, c’est que le vide de toute pensée politique dans les représentants de tous les partis de pouvoir ou d’opposition, un vide rempli par le fait d’être à la remorque d’un économisme, qui n’est même pas l’économie stricto sensu, mais une doctrine de l’économie néo-libérale, avec des mots gri-gri, comme croissance, résorber la dette, compétitivité, etc.

Donc, je vois une situation très dommageable, très grave, très menaçante, mais je pense à la nécessité d’une reconstruction d’une pensée politique, qui est un préalable.

Vous allez réunir des gens qui représentent des partis politiques, la gauche, Nouvelle Donne, tout ça, mais il y a aussi une fermentation de pensée politique dans des associations et dans des groupes qui n’ont pas officiellement d’étiquette politique, mais qui portent à mon avis les germes d’un renouveau politique.

Vous avez eu un entretien avec Alain Caillé, qui promeut le convivialisme. Ce mouvement du convivialisme est très important à intégrer dans la pensée politique. Le thème de la convivialité a été introduit dès 1970, par Ivan Illich, en même temps que le message écologique.

Mais alors que le message écologique a fini par prendre – pas aussi puissamment qu’il devrait l’être -, parce qu’il y avait des choses visibles, Tchernobyl, Fukushima, les pluies acides, le réchauffement, la pollution, tout ça est sensible, tous les maux de l’absence de convivialité, d’une civilisation où sont détruites les solidarités, tous ces vices ont été attribués à des facteurs privés.

Ceux qui ne sentent pas bien, qui ont des insomnies, qui ont des maux de tête, qui ont des difficultés digestives, vont consulter le docteur, le psychanalyste, le gourou, ils croient qu’ils ont affaire à des choses personnelles, ce qui est vrai, mais en même temps, ils souffrent d’un mal de civilisation, et ce mal de civilisation n’est pas diagnostiqué. Regardez toutes les souffrances, les myriades de petites souffrances invisibles, causées par la bureaucratisation, aussi bien de nos administrations publiques que de nos grandes entreprises. Les gens téléphonent, ils entendent des petites musiques, on les fait lanterner, le téléphone se coupe, ils vont dans des bureaux, on les renvoie à un autre guichet - on a affaire à un monde de compartimentation, où personne n’aide l’autre, c’est un des exemples de ce mal de civilisation.

Alors, il faut rassembler. Mais chacune de ces associations finit par avoir son autonomie, son petit chef, et dans le fond, ils sont très contents, l’idée d’un rassemblement leur fait peur. C’est comme les nations souveraines qui ont peur de se rassembler.

J’ai cité ce mouvement convivialiste, il y a aussi le mouvement de l’économie sociale et solidaire, il y a le mouvement écologique qui est symbolisé par Pierre Rabhi et aussi Philippe Desbrosses, ils ne sont pas seulement agro-écologistes, ils ont une pensée qui déborde ce champ-là, et au-delà de leur propre pensée, la vision du problème écologiste dans le domaine agricole, il y a quelque chose de vital, parce que nous sommes dominés par une agriculture industrialisée, un élevage industrialisé qui est la pire des choses. C’est cela qu’il faut faire régresser.

Mais il faut une volonté capable de surmonter le poids énorme des lobbies économiques, parce que la politique est asphyxiée par les lobbies financiers, par les gens qui ont de l’argent. Le gouvernement actuel comme l’ancien sont entièrement noyautés par les puissances d’argent.

Alors voilà une pensée politique saine : refaire progresser l’agro-écologie, le retour à une agriculture fermière. Il y a aussi l’économie circulaire, où il y a des idées intéressantes. Il y a ce mouvement qui lie développement personnel au développement social, parce que le grand problème aujourd’hui est qu’on ne peut avancer que si on se réforme soi-même et qu’on réforme la société. Réformer soi-même ne veut pas seulement dire être vertueux ou ne pas se mettre en colère pour rien, mais ça veut dire être capable de discernement dans la consommation, éviter les vraies intoxications qui sont les intoxications consommationnistes et automobilistiques, stimulées par la publicité.

Aujourd’hui, vous avez un peu partout des mouvements qui se dessinent pour la sauvegarde des territoires. Cela va dans le sens de ce que je disais dans mon livre La Voie, plus on mondialise, plus il faut démondialiser. C’est-à-dire sauver des territoires désertifiés et par la désindustrialisation et par l’agriculture ou l’élevage industriels, leur redonner une nouvelle vie paysanne, une nouvelle vie citoyenne, il faut ressusciter les petites patries, locales, régionales, nationales, il y a la méta-patrie européenne, il y a la Terre Patrie, il faut redonner vie à toutes ces terres qui meurent. Et aussi dans le nord de la France, où sévit la désindustrialisation. Il ne faut pas croire que c’est le retour à l’industrialisation qui va sauver les choses, il faut au contraire aller vers une reruralisation, vers un re-artisanat.

Donc, il y a aujourd’hui la nécessité d’une pensée politique qui rassemble en faisceau les idées de ces mouvement épars et qui ne se rassemblent pas. Pourquoi ne pas faire une fédération du renouveau ? Il ne faut pas chercher un modèle de société, ce qui est grotesque dans un monde toujours en mouvement, mais une voie qui nous évite les catastrophes.

Puisque ces mouvements qui n’arrivent pas à se réunir, les partis politiques pourraient-ils porter le message de cette voie que vous dessinez ?

C’est ce qu’ils devraient faire. Mais ce n’est que si les mouvements dans la société civile sont assez forts pour porter ces aspirations et ces idées que les politiques pourraient s’en saisir. Mais cela supposerait aussi la mort et la résurrection sous une autre forme de ce qu’on appelle les partis de gauche. Les sources de la gauche, c’est l’idée socialiste qui veut dire d’améliorer la société, l’idée communiste qui veut dire de créer une communauté, c’est l’idée libertaire qui veut dire de s’occuper des individus, à quoi s’ajoute aujourd’hui l’idée écologiste qui dit qu’il faut trouver un autre rapport à la nature. Mais ces idées ne doivent plus s’opposer, comme les sociaux-démocrates qui s’opposaient aux libertaires, et les uns et les autres. C’est des idées fécondes qui doivent être conjointes.

Nous ne sommes même pas à la préhistoire de ceci, même pas au commencement, il y a des balbutiements, mais il faut essayer.

C’est inquiétant si on n’est même pas à la préhistoire alors que la crise écologique s’aggrave rapidement et qu’il y a une aggravation générale de la situation politique et économique ! Est-ce qu’on peut attendre qu’il y ait cette unification des idées ?

Je crois qu’une résurrection est possible. Mais cela nécessite un diagnostic. Le socialisme a été fort tant qu’il avait un diagnostic fort, posé tant par Marx que par Proudhon, et qui garde en partie sa pertinence. Mais il faut aujourd’hui une pensée plus complexe de l’humain, et aussi une pensée de la mondialisation, pas seulement sous l’angle du processus socio-économique, qui à la fois unifie et disloque le globe - il est très intéressant de voir que c’est en 1990, au moment où l’unification du marché mondial et économique s’est fait que la Yougoslavie s’est disloquée, puis ensuite la Tchécoslovaquie, et aujourd’hui nous voyons le Moyen-Orient se disloquer complètement.

Le même processus formidable de la compétitivité, engagé dans ces années fatales 1990-1995, est aussi une machine désastreuse pour les travailleurs, qui subissent des burn-out, des suicides, des maladies, des perturbations. Tout ce processus énorme, nos politiques n’en ont pas conscience, ils vivent en-dehors de la vie quotidienne des gens.

Il faut prendre conscience de toutes ces souffrances qui n’ont pas de sens réel, efficace. Avant, dans la perspective du communisme, on se sacrifiait pour un avenir meilleur. Mais là, on se sacrifie uniquement pour augmenter les bénéfices du capital, et pour accroitre la condition de servilité du travail. On n’est pas conscient de ces questions, pas seulement au niveau politique, mais aussi au niveau de l’opinion, parce que les gens vivent cela sur le plan de la vie privée, les gens qui souffrent ne replacent pas ce qui leur arrive dans l’ensemble. D’où un fatalisme dans l’opinion, une résignation qui fait considérer comme tout à fait normal le scandale de l’affaire Bettencourt ou que Khadafi ait subventionné la campagne de Sarkozy. Alors, on arrive à un point d’apathie, mais au sein de laquelle peut surgir des accès de fureur aveugle.

C’est à partir d’une pensée que l’action vient. Pour parler du socialisme, il a fallu plus d’un demi-siècle d’incubation pour arriver à la création du parti social-démocrate allemand. Peut-être pourra-t-on voir des prises de conscience accélérées avec l’accumulation des catastrophes.

Mais en France, le mécontentement aveugle se cristallise en faveur du Front national. Il y a ce handicap que le peuple de gauche a dépéri, avec la disparition des instituteurs de campagne, avec la bureaucratisation des professeurs du secondaire, avec tous ces gens qui insufflaient l’idéologie de la Révolution française enrichie par les apports socialiste et communiste à tout un peuple paysan, ouvrier, intellectuel, de classes moyennes - tout ce peuple est en train de disparaître. Par contre, le peuple de droite, qui a toujours existé, est loin de disparaître. Aujourd’hui, la manifestation du mariage pour tous est un triomphe.

Comment peut-on combattre ce fatalisme ?

Il faut que cette voie d’une politique possible soit énoncée et proposée. Différents économistes ont énoncée une vérité évidente qui n’a pas gagné les sphères gouvernementales : l’austérité et les restrictions, comme par exemple la diminution des allocations familiales, vont diminuer la consommation et aggraver la crise. On arrive au même problème que dans les années 1930, où la crise a été aggravée par les mesures qui ont été prises à l’époque.

Ce monde vit dans un somnanbulisme aveugle. Des économistes comme Joseph Stiglitz ou Michel Santi disent ce qu’il faut faire, mais ils sont isolés, les médias ne diffusent que parcimonieusement ces idées. Il faut créer un courant, remonter la pente, parce que les espérances qui étaient encore fortes au siècle dernier, en dépit des désastres de la Deuxième guerre mondiale, dans un monde meilleur – la société industrielle chantée par Raymond Aron, les lendemains qui chantent par l’autre côté, aussi bien l’ouest que l’est annonçaient un avenir, les uns merveilleux, les autres le meilleur possible. Aujourd’hui, ça, c’est effondré, le futur c’est l’incertitude, et il faut accepter de vivre dans l’incertitude. On n’a aucune recette magique pour passer de l’apathie à l’espoir.

Que diriez-vous aux personnes qui se sentent fatalistes, dans l’apathie ?

Je leur dirais : une autre politique est possible. Une relance de l’économie est possible, en relançant une économie écologisée, pas seulement par le renouvellement des sources d’énergie, mais aussi par la dépollution généralisée des villes par des parkings autour des villes et la limitation de la circulation automobile, par une évolution de l’agriculture pour qu’on ait une nourriture saine, je leur dirais, il y a une autre voie possible.

On nous accable du poids de cette dette énorme, mais il ne faut commencer à payer la dette que quand l’économie est prospère. Et en voyant ce qui est valable et ce qui ne l’est pas. En Equateur, le gouvernement du président Correa faisait face à une dette où il fallait payer 170 fois le prix de ce qui avait été prêté. Ils ont dit non, et n’ont payé que ce qui était payable. Et nous, on nous donne cette dette comme une sorte de fatalité de la nature.

Nos malheureux dirigeants socialistes ont été convertis par l’argument capitaliste ; en campagne, ils disaient que l’ennemi principal c’est la finance, aujourd’hui, l’allié principal c’est la finance. Dans la mesure où ils sont intoxiqués par ces idées, la situation est très grave.

Comment convaincre ces gens ? Que faire quand on est dans une époque de somnanbulisme ? J’ai vu ça quand j’étais jeune, puisque j’ai vécu les années trente, années de total somnanbulisme, où on n’a pas compris ce qui se passait, avec la prise de pouvoir d’Hitler, avec la guerre d’Espagne, avec Munich. Aujourd’hui, on nous divertit en pensant qu’on va faire quelque chose contre le califat, en faisant des frappes aériennes, mais c’est dérisoire, on n’a aucune politique, on dit qu’on va reconstruire l’Irak alors que l’Irak est complètement désintégré. Là aussi, on a affaire à un manque de lucidité, à un somnanbulisme profond. Comment secouer tout ça ? Je fais ce que je peux, en écrivant des articles, en répondant à ce qu’on me demande. Il faut continuer à prêcher. Le christianisme a mis quatre siècles avant de s’imposer dans l’Empire romain.

Espérons qu’il ne faudra pas attendre quatre siècles ! Quel pourrait être le rôle des partis politiques, si l’on admet que le pire est évitable ?

Il serait évitable. Si l’on prend le pire de ce qui se passe au Moyen Orient, le pire est évitable par une autre politique, si l’on parle de l’Ukraine, le pire est évitable, il faut trouver des compromis. Mais si l’on parle du cours de la mondialisation, le pire n’est évitable que si l’on commence à penser qu’il faut changer de voie. Parce que nous sommes emportés par un développement incontrôlé des sciences, des techniques, de l’économie, de la finance, du fanatisme – tant qu’on n’a pas conscience de ça et qu’on n’essaye pas de lutter contre ça…

Les partis politiques en ont-ils conscience, par exemple ceux qui vont se retrouver à la Rencontre de Reporterre ?

Oui, mais ils sont minoritaires, et ils ont une conscience d’une partie seulement des problèmes. Par exemple, la gauche mélenchonienne est très juste dans ce qu’elle dénonce, mais ce qu’elle énonce ne va pas assez loin. Ces gens-là devraient puiser dans ce que peuvent leur donner les associations. Dans le passé, la politique de Pierre Mendès-France a été fécondée par un club, le Club Jean Moulin, qui apportait des idées. Aujourd’hui, des associations apportent des idées. Mais les politiques n’y sont pas sensibles.

Vous voulez dire que ces partis politiques se sont coupés du mouvement citoyen et que s’ils veulent retrouver un rôle, il faut qu’ils s’irriguent, qu’ils s’hybrident avec ce mouvement citoyen ?

Certainement. Mais ils tiennent en main chacun une partie de la vérité. Je fais partie du Collectif Roosevelt, mais pas du parti Nouvelle Donne, qui dit des choses très justes sur la relance économique. Malheureusement, les représentants de l’écologie sur le plan parlementaire et politique ont fait de l’écologie à la petite semaine, mais pas une politique écologique de fond, ils ne sont pas inspirés par une pensée politique de fond. Regardez cette polémique sur la décroissance, c’est un problème de pensée binaire, on oppose la décroissance à la croissance, alors que le vrai problème est de savoir ce qui doit croitre et ce qui doit décroitre. L’économie écologique doit croître, l’agro-écologie doit croître, mais ce qui doit décroitre, c’est l’industrie du jetable, du futile, toute l’économie de l’obsolescence programmée avec les produits faits pour être détraqués, pour être remplacés, ou les produits nocifs à base de sucre qui devraient être interdits.

Mais la puissance de ces industries est énorme, alors que la faiblesse de l’opposition est immense.

Quelle pourrait être le rôle de l’écologie dans la reconstruction politique ?

Elle joue un rôle économique clé, parce que la grande relance, c’est l’économie écologisée, mais elle doit aussi être intégrée dans une pensée de nos relations humaines avec la nature, qui doit dicter un certain nombre de comportements dans notre civilisation. Autrement dit, toute politique doit être écologisée, mais on ne peut réduire la politique à l’écologie, parce que les problèmes de la justice, du droit, ne relèvent pas de l’écologie. L’écologie doit faire partie d’un ensemble. Elle peut jouer un rôle vital dans la réponse économique à la crise, mais pas seulement économique, aussi dans une réponse de type humain, anthropologique, afin de nous rendre compte de nos responsabilités humaines, parce que celles que nous avons à l’égard du monde naturel sont les mêmes que celles que nous avons à l’égard de nous-mêmes.

Et si vous pouviez venir à la Rencontre de Reporterre du 6 octobre, que diriez-vous aux intervenants, qui croient encore à la politique ?

Puisez dans l’apport de ces associations multiples qui sont des lieux de bouillons de culture de nouvelle politique.

Essayez d’avoir une conception pertinente du monde actuel et de la situation mondiale, pour baser votre politique.

Et ayez de audace, encore de l’audace, toujours de l’audace.

Source et photos : Hervé Kempf pour Reporterre

Edgar Morin : " ayez de l'audace"

Voir les commentaires

Métamorphose du monde

7 Décembre 2014, 16:36pm

Publié par pam

Si vous voulez vous faire un cadeau... et que vous avez une bonne heure devant vous, offrez-vous la lecture de "la métamorphose du monde" d'Edgar Morin, Pierre Gonod & Paskua. Je ne vous fais pas un copié-collé, allez voir :

http://metamorphosedumonde.wordpress.com/

Métamorphose du monde

Vous pouvez aussi lire un bel article sur Terra eco :

http://www.terraeco.net/Edgar-Morin-Il-n-y-a-pas-de,56141.html

Il n'y a pas de solution, mais il y a une voie.

extraits :

Où sont les penseurs, les enseignants, les médias, les politiques ?

Vous savez, les responsables sont irresponsables. Il y a eu une usure totale de la pensée politique. A gauche, notamment. A droite, il n’y avait pas réellement de besoin. Il leur suffisait d’administrer les choses telles qu’elles sont. Mais, pour tous ceux qui se proposaient d’améliorer ne serait-ce qu’un peu le monde, il y avait besoin d’une pensée. Tout cela s’est vidé. Et non seulement cela s’est vidé, mais ce vide s’est rempli avec de l’économie, qui n’est pas n’importe laquelle. C’est une doctrine néolibérale qui s’est prétendue science au moment où les perroquets répétaient que les idéologies étaient mortes parce que le communisme était mort ! Cette nouvelle idéologie portait l’idée que le marché est solution et salut pour tous problèmes humains. Et ces politiques y ont cru. Jusqu’à aujourd’hui où ils rêvent de la croissance… Ils n’ont même pas l’intelligence d’imaginer ce qui peut croître et ce qui peut décroître en essayant ensuite de combiner les deux.

Comment notre civilisation peut-elle se réveiller et aller de l’avant ?

Comme souvent dans l’histoire, les forces de changement sont marginales, périphériques et déviantes. Nous les voyons dans le monde et en France. Je pense au courant convivialiste, par exemple. Ce courant prône que les gens doivent bien vivre les uns avec les autres. On le retrouve partout où l’on peut noter un réveil de la vitalité créative, comme dans l’agroécologie et ses différents rameaux : l’agriculture raisonnée, le retour de l’agriculture fermière avec l’apport de la science, le bio. Dans le courant de l’économie sociale et solidaire, avec une revitalisation des coopératives et des mutuelles. Dans l’économie circulaire, où les énergies classiques sont renouvelées avec de l’énergie propre. Dans les villes qu’il faut entièrement dépolluer et déstresser, les campagnes qu’il faut révolutionner pour les faire revenir à une échelle humaine et biologique. Une formidable révolution est en marche, mais elle se manifeste par des éléments très dispersés : des petits bouts d’écoquartiers ici, des fermes des Amanins par là (centre d’agroécologie créé par Pierre Rabhi dans la Drôme, ndlr)

... La force qui m’anime vient d’une certitude. Je sens présente en moi l’humanité dont je fais partie. Non seulement je suis une petite partie dans le tout, mais le tout est à l’intérieur de moi-même. C’est peut-être cela qui me donne l’énergie de continuer sur la voie qui est la mienne. Et à un moment donné, sans que vous ne sachiez pourquoi, c’est comme une catalyse, quelque chose se passe, se transforme, bascule… C’est cela, l’espoir.

Où sont les penseurs, les enseignants, les médias, les politiques ?

Comment notre civilisation peut-elle se réveiller et aller de l’avant ?

Où sont les penseurs, les enseignants, les médias, les politiques ?

Comment notre civilisation peut-elle se réveiller et aller de l’avant ?

Où sont les penseurs, les enseignants, les médias, les politiques ?

Comment notre civilisation peut-elle se réveiller et aller de l’avant ?

Voir les commentaires

un jour on arrêtera de jouer le oiseaux de mauvais augures, à force de répéter encore et encore les choses, on prendra un baluchon et on partira... et démerdez-vous...

4 Décembre 2014, 08:32am

Publié par pam

lu dans "Clefs magazine" :

Le coût du réchauffement climatique

Mandaté par le gouvernement britannique pour évaluer les conséquences économiques du réchauffement climatique, Sir Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, a prévenu qu'une récession économique mondiale catastrophique sera déclenchée par le changement de climat. Son coût serait estimé à 5 500 milliards d'euros.


Pour lutter contre la hausse des températures, les pays devraient consacrer 1 % du PIB mondial.

un jour on arrêtera de jouer le oiseaux de mauvais augures, à force de répéter encore et encore les choses, on prendra un baluchon et on partira... et démerdez-vous...

Quand je pense qu'il existe encore des pseudos scientifiques pour minimiser le problème, nier l'évidence, caresser les gouvernements dans le sens du poil...

un jour on arrêtera de jouer le oiseaux de mauvais augures, à force de répéter encore et encore les choses, on prendra un baluchon et on partira... et démerdez-vous...

Je vais être tout à fait honnête (et pas du tout politiquement correcte !) je me fous pas mal des ours (même si j'ai toujours mon nounours de bébé !!!) , c'est un de nos prédateurs, et la planète peut survivre malgré des disparitions d'espèces. Mais notre seule espèce, soi- disant la plus évoluée, la plus intelligente, va rendre toute une planète inhabitable à jamais pour que quelques uns se remplissent les poches et se partagent le pouvoir sur les autres. Et autour d'eux pullulent des moutons qui pour quelques miettes de cet argent et de ce pouvoir, cautionnent, baissent les yeux, plient le dos.

Nous, occidentaux, sommes encore une fois privilégiés : les changements climatiques atteignent en priorité les pays déjà difficiles à vivre, pas les plus riches, pas les plus influents, pas les plus consommateurs.

un jour on arrêtera de jouer le oiseaux de mauvais augures, à force de répéter encore et encore les choses, on prendra un baluchon et on partira... et démerdez-vous...

Certes je n'ai pas fait l'ENA ni Polytechnique, et malgré la quantité de livres qui m'entourent depuis toujours, je parle avec mon coeur, avec mes tripes, libre à vous de rechercher les statistiques, les preuves mathématiques, les évidences scientifiques...

Tout le monde peut le voir : on va dans le mur ! La surconsommation de biens matériels, les abhérations de nos sociétés basées sur la finance, le racisme, le sexisme, les religions culpabilisantes, l'individualisme, le détournement des découvertes scientifiques à fin commerciales et militaires, l'agressivité... tout cela et bien plus encore ont perverti l'humain qui lui-même perverti la planète.

Le temps n'est plus aux mesurettes, aux petits changements-bonne-conscience. Il ne faut pas fermer la lumière en sortant de la pièce, il faut fermer toutes les centrales nucléaires, il ne faut fermer l'eau quand on se lave les dents, il faut faire sauter les barrages qui privent les plus pauvres d'eau...

Que feront les pays dits développés quand les premiers réfugiés climatiques frapperont à nos portes ?

un jour on arrêtera de jouer le oiseaux de mauvais augures, à force de répéter encore et encore les choses, on prendra un baluchon et on partira... et démerdez-vous...

Ils ne seront pas quelques dizaines de milliers comme aujourd'hui ceux qui viennent vers nous, fuyant la pauvreté, les guerres, les sécheresses, le manque de tout voire le désir de toucher, de vivre eux aussi le mirage télévisuel qui est entré dans toutes les cases, toutes les yourtes, un faux paradis miroitant dont ils aimeraient eux aussi bénéficier...

Ils seront des dizaines de millions, et demanderont seulement le partage, la justice, l'égalité. Que leur répondrons-nous ?

Est-ce contre eux qu'ils ont développé les armes chimiques, biologiques, nucléaires ?

Ne serait-ce pas plus juste, plus simple, plus logique de commencer au plus vite à remettre en question nos choix de société, de vie ?

J'ai tant fait d'erreurs que je ne voudrais ni donner de leçon ni imaginer démontrer la vérité mais seulement témoigner d'un exemple modeste parmi d'autres : depuis 15 ans je ne prends plus l'avion, depuis des années je n'achète quasi rien de neuf, je fabrique, je recycle, j'achète d'occasion si j'ai un besoin matériel, je n'ai pas plus de 5 % de livres, vêtements, meubles, achetés neufs, depuis 2 ans hormis un voyage à Paris pour aider ma mère et un séjour de santé à 280 kms, je n'ai pas dépassé un rayon de 50 kms autour de chez moi. du coup ma voiture bonne pour la casse est toujours efficiente, mes besoins financiers ont été divisés pas deux (y compris la facture d'eau grâce aux toilettes sèches) et ils continuent de baisser mois après mois.

Et le bilan est plus que positif : je suis plus heureuse puisque plus en conformité avec mes idées, plus créative puisqu'en recherche permanence de combines et de palliatifs, plus sereine puisque je participe de moins en moins à l'exploitation d'autres êtres humains, et à l'exploitation de la planète.

Même s'il me faut encore progresser, m'améliorer, je touche du doigt le bonheur d'être moi, simplement mais intègre au plus de mes capacités.

Nous devons lutter pacifiquement contre ce que l'on veut nous imposer : le prosélytisme semble la bonne voie, et l'exemple. Nous sommes si nombreux à vouloir vivre une autre alternative que celle qu'on nous impose, qui nous rend bête et égoïste, malheureux et en mauvaise santé, si nous nous levions tous ensemble, quelle force nous aurions !

Peut être faudrait-il assommer d'un coup de massue tous les abrutis qui chercheraient à nous récupérer, à encore une fois prendre le pouvoir, et ils sont nombreux, mais sans personne pour les écouter, pour les suivre, pour leur cirer les pompes, ils disparaitraient... peut être même sans coup de massue !!!!

un jour on arrêtera de jouer le oiseaux de mauvais augures, à force de répéter encore et encore les choses, on prendra un baluchon et on partira... et démerdez-vous...

Voir les commentaires

Défi climatique.

2 Décembre 2014, 08:45am

Publié par pam

Climatologue et prix Nobel de la paix avec le GIEC, Jean Jouzel plaide pour un "plan Marshall pour le climat" à mettre en place d'urgence

Jean Jouzel s'entretient avec nous du défi climatique, titre de son dernier ouvrage et une des mesure phare de Nouvelle Donne.
"Le Defi Climatique", Par Jean Jouzel et Anne Debroise est disponible ici : http://www.lalibrairie.com/tous-les-l...

Voir les commentaires

Etienne Chouard, pour que les choses soient claires...

29 Novembre 2014, 09:41am

Publié par pam

Le 6 novembre dernier, je vous proposais ici deux vidéos d'Etienne Chouard. J'avais hésité car j'avais compris qu'on le rattachait parfois à des individus peu fréquentables d'extrême-droite. Voici sa version, ses explications, claires et intelligentes comme ça le caractérise. Un bon exemple des méfaits d'Internet quand on manque de vigilance ou qu'on veut nous faire dire l'inverse de nos pensées. Un bon exemple aussi

"Comme tout le monde je ne progresse que dans la controverse".

Et voilà à quoi on arrive avec beaucoup d'ouverture d'esprit et d'intelligence :

Etienne Chouard, pour que les choses soient claires...

Ceci est un copié-collé de son blog : http://chouard.org/blog/

De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans.

Quels sont les faits ?

Depuis la bagarre de 2005 contre l’anticonstitution européenne, je travaille jour et nuit pour donner de la force à une idée originale d’émancipation du peuple par lui-même et pas par une élite : je soutiens l’idée que nous n’avons pas de constitution digne de ce nom et que, si nous voulons nous réapproprier une puissance politique populaire et nous débarrasser du capitalisme, nous devrons apprendre à écrire nous-mêmes notre Constitution, notre contrat social, en organisant nous-mêmes un peu partout des ateliers constituants populaires. Selon moi, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire ou de modifier la Constitution, qu’ils doivent craindre et pas maîtriser.

Depuis dix ans, donc, je lis beaucoup, dans toutes les directions, tout ce qui touche aux pouvoirs, aux abus de pouvoir et aux institutions : histoire, droit, économie, philosophie politique, sociologie, anthropologie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pourvu que ça me donne des idées et des forces pour organiser la résistance des êtres humains à tous les systèmes de domination. J’essaie de comprendre comment on en est arrivé au monde injuste et violent qui est le nôtre, et comment on pourrait (réellement) améliorer la vie sur terre. Chaque fois que je déniche un livre, une thèse, une idée, un fait, une preuve, un intellectuel, un texte, une vidéo, ou tout document qui me semble utile pour comprendre les abus de pouvoir et y résister, je le signale sur mon site et on en parle ensemble. Depuis dix ans, ce sont ainsi des dizaines de milliers de liens que j’ai exposés à l’intérêt et à la critique de mes lecteurs.

Sur le plan de la méthode, même si je me sens (de plus en plus) sûr de moi quant à ma thèse radicalement démocratique, je suis pourtant toujours à l’affût des arguments de TOUS ceux qui ne pensent PAS comme moi ; c’est comme une hygiène de pensée, je cherche les pensées contraires aux miennes, autant pour les comprendre vraiment (ce qui facilite ensuite les échanges constructifs avec des adversaires que je considère, malgré notre opposition, comme des êtres humains, donc ipso facto légitimes pour défendre leur point de vue, quel qu’il soit), que pour détecter mes éventuelles propres erreurs. Comme tout le monde, je ne progresse que dans la controverse.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalés : j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je considère comme des adultes — pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment ; ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre.

À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions — souvent anonymes — à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire ; je veux bien changer d’avis (j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion), mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste (sic), il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bêtement, je sais).

Autre fait qui m’est reproché : depuis 2011, les militants d’E&R relaient souvent mes textes et vidéos sur leur site (documents qui ne parlent que de démocratie, de constitution d’origine populaire, et de gestion commune du bien commun), signe d’intérêt de militants « de droite » pour la vraie démocratie que — en toute logique — je ne prends pas comme une preuve évidente de « fascisme »… Lorsque je constate qu’un parti ou un journal ou une radio ou un site quel qu’il soit relaie ma prose radicale d’émancipation par l’auto-institution de la société, je ne peux y voir que des raisons d’être satisfait : mon message est universel, il n’est pas réservé à une famille politique ; plus on sèmera des graines de démocratie auto-instituée, un peu partout, sans exclusive aucune, mieux ce sera.

Justement, j’ai observé une évolution qui me semble importante : les jeunes gens qui suivent et soutiennent Soral, et qui étaient assez radicalementantidémocrates quand ils m’ont connu, étaient en fait « anti-fausse-démocratie », mais ils ne le savaient pas encore : ils pensaient (comme tout le monde) que l’alternative politique était 1) capitalisme-libéralisme-« démocratie » (complètement pourri, mafieux, esclavagiste, des millions de morts, à vomir) ou 2) communisme-socialisme-« démocratie populaire » (complètement pourri, un capitalisme d’État, avec police de la pensée, des camps de travail en Sibérie, des millions de morts, à vomir) ou 3) fascisme-« non-démocratie » (violent aussi, mais sans corruption — choix terrifiant, selon moi, évidemment)… Et puis, voilà qu’ils découvrent, en lisant les livres que je signale (Manin, Hansen, Rousseau, Sintomer, Castoriadis, Guillemin…) un régime alternatif, une quatrième voie, une organisation politique dont personne ne nous a jamais parlé sérieusement à l’école ou dans les journaux : la vraie démocratie, sans guillemets, avec une vraie constitution et des vrais contrôles, que nous écririons nous-mêmes, directement parce que entraînés, pour être sûrs de ne pas nous faire tromper à nouveau… Eh bien, je suis sûr (je l’ai ressenti souvent, nettement) que nombre de ces jeunes militants (de droite dure au début par dépit de la corruption généralisée et faute d’alternative autre — processus identique à la naissance du nazisme en Allemagne) sont en train de devenir (ou sont déjà devenus) des démocrates réels. Non pas par magie, mais parce que cette alternative démocratique réelle est à la fois crédible et prometteuse, elle fait vibrer tous les hommes de bonne volonté. Alors, je maintiens qu’il est pertinent et nécessaire de parler avec enthousiasme de vraie démocratie à absolument tout le monde, en étant convaincu qu’un être humain, ça peut changer d’avis 1) si on le respecte en tant qu’être humain, et 2) si ce qu’on lui propose est émancipant, libérateur, puissant, prometteur.

Et puis, quand on me reproche les médias — soi-disant parfois peu fréquentables— par lesquels sont relayées mes graines de démocratie réelle, je réponds que je ne m’identifie pas au média qui me tend son micro, que je reste moi-même quelle que soit la personne à qui je parle, et surtout que je n’ai guère le choix puisqu’AUCUN grand journal ni aucune grande radio de gauche (que j’aime quand même, hein) — ni Là-bas-si-j’y-suis, ni le Diplo, ni Politis, ni Terre-à-terre, dont je parle pourtant souvent, moi, depuis 2005 —, aucun de ces médias n’a jamais relayé / signalé / commenté mon travail, depuis DIX ans (!)… Comme si la démocratie vraie ne les intéressait pas du tout, ou comme si elle leur faisait peur. Il n’y a QUE les militants de base qui m’invitent à venir débattre sur ces questions : l’idée d’un processus constituant qui deviendrait populaire et d’une procédure authentiquement démocratique comme le tirage au sort, ça n’intéresse pas du tout les chefs, même ceux des médias de gauche…

Parmi les faits qui me sont reprochés, il y a aussi une conférence avec Marion Sigaut (que j’ai trouvée bien intéressante, d’ailleurs), sur la réalité du mouvement des « Lumières ». On s’empaille souvent, Marion et moi : on n’est pas d’accord du tout sur Rousseau, sur Robespierre, sur la Vendée, et sur quelques points historiques importants, mais on arrive bien à se parler, tous les deux, malgré nos désaccords, en essayant de comprendre l’autre, d’apprendre l’un de l’autre, en se respectant, ce qui s’appelle une controverse, processus qui est à la base du progrès de la connaissance. Cet échange intellectuel avec Marion, m’a fait découvrir des faits et documents particulièrement importants sur l’Ancien régime — par exemple, le livre passionnant « Le pain, le peuple et le roi » de Steven Kaplan —, et les intrigues fondatrices des « Philosophes » des « Lumières » (riches et marchandes, tiens tiens), pour faire advenir le « libéralisme », c’est-à-dire la tyrannie-des-marchands-libérés-devenus-législateurs qu’on appelle aujourd’hui le capitalisme.

Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment.

Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis.

On reproche à Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande « êtes-vous antisémite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques (ce que Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF ») : dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien (critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme). C’est ce nouveau sens seulement que Soral assumait, en martelant, en substance : « j’en ai marre de ce chantage à « l’antisémitisme » et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ».

Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier : il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme : il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux.

Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site.

Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à partir de 47:54), Soral dit les mots suivants, que je n’avais jamais entendus de lui avant, et qui me choquent tous profondément :

[Bon, j’ai commencé à transcrire, mais j’ai honte de seulement écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.]

Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire. Je n’avais jamais vu Soral parler comme ça. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite.

Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination (résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas), avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés (qui me hérissent vraiment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants : on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Soral, et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Mearsheimer et Walt, Éric Hazan, etc.

En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une CONFUSION entre les vrais démocrates et « l’extrême droite » ; confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter.

Post scriptum: si le système de domination parlementaire arrive finalement à me faire passer pour un diable hirsute, infréquentable et banni, ce n’est pas grave, je ne suis qu’une cellule du corps social et je ne cherche absolument aucun pouvoir personnel (je ne perds donc rien d’essentiel si je suis ostracisé par le système, à part le bonheur de bien servir à quelque chose d’utile, que je ressens en ce moment) : prenez alors le relais vous-mêmes ! Notre cerveau collectif survivra très bien à la disparition d’un neurone, changez de nom, et continuez à défendre vous-mêmes, un peu partout et tout le temps, cette idée importante qui va tout changer, mais seulement si on est très nombreux à s’être bien polarisés sur la même idée, simple et forte : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, DONC, il ne faut SURTOUT PAS ÉLIRE l’Assemblée constituante ; si on veut une constitution, il faudra l’écrire nous-mêmes et il faut donc, dès maintenant et tous les jours (!), nous entraîner réellement en organisant et en animant partout des mini-ateliers constituants ultra-contagieux.

« Fais ce que tu dois, et advienne que pourra. »

Étienne Chouard,
28 novembre 2014.

Etienne Chouard, pour que les choses soient claires...

Et parce que l'honnêteté et la franchise semblent caractériser cet homme, il y a une suite et j'aime tout particulièrement l'idée de cesser de parler de racistes mais de paroles racistes, car chaque être humain a droit à l'erreur et peut évoluer et changer. Moi même je me surprends à m'énerver dès qu'on aborde le sujet des injustices commises contre les palestiniens par exemple, pour m'en vouloir de m'énerver tout de suite après !

Tournons notre langue sept fois dans la bouche...et notre plume sept fois dans l'encrier, ayons la générosité d'essayer de comprendre, toujours, avant de juger, et plutôt que de prêcher la compassion, mettons la en pratique. Il ne s'agit pas de compromissions ou de retournements de veste, mais d'humanité.

"La haine de la haine c'est encore de la haine."

"La droite extrême est déjà au pouvoir"... partout... presque...!!

Etienne Chouard, pour que les choses soient claires...

Pour que les choses soient claires – suite

Posted on 29 novembre 2014

Quand on s’aperçoit qu’on se trompe, il faut se corriger.

Quand on s’aperçoit qu’on a trop corrigé, ou pas assez, il faut encore se corriger.
C’est un travail qui dure toute la vie.

Ça donne une trajectoire en zig-zag, qui peut suggérer une instabilité ou une fragilité, mais c’est plutôt le résultat d’une honnêteté, et il faut l’assumer : tout ce qui est vivant sur terre se trompe, et se trompe souvent ; et il faut donc s’adapter. Je ne prétends pas, comme les donneurs de leçon qui prétendent avoir définitivement tout compris mieux que tout le monde, avoir trouvé la vérité le premier et ensuite tenir un cap sûr et droit, déterminé à n’en pas changer. Si vous m’accompagnez, préparez-vous à zig-zaguer.

Sur le plan de la pression que je subis, ça devient raide, je vous prie de croire. Je suis là tout seul devant mon clavier, et vous êtes des milliers — des milliers ! — à parler, ou à crier, soit pour féliciter, soit pour condamner, soit pour exiger, soit pour renoncer, mais des milliers c’est inhumain, presque incompréhensible tellement c’est varié et animé de pensées argumentées, contrastées, violemment opposées. Essayer de tous vous contenter, c’est certainement devenir bientôt fou à lier. Je vais donc me retourner sur moi-même, c’est plus simple, et tâcher d’évaluer — isolé — ce que j’ai fait.

J’ai passé des jours et des nuits à préparer le billet d’hier, et il me semble équilibré. Sauf à la fin, où ma conclusion va trop loin, parce qu’elle est, je pense, exagérée. Il fallait exprimer — clairement, fortement — mon opposition farouche aux paroles dangereuses, et peut-être corriger le lien en lui ajoutant un commentaire explicite sur le racisme, le non racisme et l’antiracisme ; mais pas supprimer un lien, ce petit lien, avec toute une communauté (geste trop fort, symboliquement), même pour cause de très mauvaises paroles. En coupant complètement les ponts, je me rends moi-même coupable, précisément, du travers anti-politique que je condamne d’habitude.

Je vous rappelle quelle est ma position sur le racisme et sur « l’antiracisme » :

Je pense (et c’est précisément ce qu’on me reproche, si j’ai bien compris) que, pour servir à quelque chose d’utile, le mot « extrême droite » devrait servir à désigner les ennemis extrêmes du peuple et du bien commun, et PAS « les racistes » ; car les paroles racistes sont un fléau qu’on retrouve partout et elles sont plus une conséquence des problèmes sociaux qu’une cause. J’utilise l’expression paroles racistes car je refuse le mot « raciste » pour désigner une personne, comme si elle n’allait jamais changer d’avis, comme si sa nature c’était d’être raciste, comme si elle n’était plus humaine, inférieure politiquement… Je trouve cette façon de penser précisément… raciste, antipolitique.

La haine de la haine, c’est encore de la haine. En traitant quelqu’un de « raciste », avec haine (et… racisme), en enfermant l’adversaire (à vie) dans ses mauvaises paroles du moment, on s’interdit absolument, selon moi, d’améliorer la situation, aussi peu que ce soit : les accusés vont s’enferrer dans leurs mauvais discours et même se préparer à une guerre. Contre les paroles racistes, je ne vois pas d’autre issue que politique : la vision raciste du monde est une grave erreur d’analyse, une honte au regard de l’humanité, mais ça se démontre, ça ne s’impose pas.

N’oubliez pas que ceux qui ont aujourd’hui des paroles racistes sont des êtres humains. N’oubliez pas que, DONC, ils changent. Peut-être cette personne que vous détestez aujourd’hui (parce qu’elle pense et dit effectivement des horreurs) vous sauvera-t-elle la vie demain. Il ne faut jamais renoncer à l’action politique (qui n’est PAS la guerre sans merci des partis, misérable parodie d’action politique). Il vaut mieux chercher les causes premières du racisme que d’invectiver ceux qui sont aujourd’hui frappés de cette maladie (honteuse).

En plus, quand vous mettez toutes vos forces dans « l’antiracisme » (sic), vous ne mettez plus aucune force dans la lutte contre le capitalisme : contre les 1% « libéraux »-esclavagistes, ni contre leurs « élus » et leurs traîtrises. Donc, ces derniers doivent bien se frotter les mains de « l’antiracisme », ce « confusionnisme politique, sciemment organisé, intellectuellement structuré, qui vise à déplacer la vraie ligne de divergence démocratique majeure entre les héritiers possédants et les dépossédés »…

Et si l’expression extrême droite désigne simplement, comme je pense que nous devrions le décider, la droite extrême, je pense qu’elle est déjà AU POUVOIR en ce moment, et que les chiffons rouges (Soral, Le Pen, etc.) qu’on agite frénétiquement devant nous dans toutes nos discussions servent de LEURRES, qui nous distraient de l’essentiel et qui nous empêchent — littéralement — de penser et de progresser.

Hier, sans m’en apercevoir, je me suis rendu coupable moi-même de cet « antiracisme » qui fabrique une race des « racistes », sorte de sous-hommes à combattre en toute matière pour cause de péché impardonnable, de crime de la pensée : quand on repère une parole raciste, il faut la combattre, bien sûr, en dénoncer fortement le danger, la honte et l’inhumanité, mais pas couper les ponts avec les hommes, pas couper l’humanité en deux catégories (les purs : les non racistes, et les impurs : les racistes), sinon on n’arrivera jamais à faire société : il faut garder confiance dans la politique : les êtres humains peuvent changer, et il faut s’y atteler. Les exclure, c’est y renoncer.

Je vais donc remettre un lien, différent, commenté, vers E&R, que je considère comme un portail utile pour comprendre et résister à certains abus de pouvoir terribles, même s’il est évidemment très critiquable par certains côtés (comme tout le monde) ; je reviens donc à ma position ouverte d’avant-hier, que je tiens depuis des années : il faut que chacun se forge une opinion en adulte, et une vraie démocratie doit laisser une place aux non démocrates. Et pour les ulcérés, faut quand même pas charrier, ce n’est qu’un lien suggéré, pas du tout une identité, une allégeance ou une caution : je ne suis pas « soralien », je cherche à RENDRE POSSIBLE UN MONDE VRAIMENT COMMUN, je ne suis pas « complaisant avec le fascisme » que je combats du mieux que je peux, en conscience, librement, à ma façon, et je vous pense tous libres de penser. Soyez gentils de ne pas tout surinterpréter, tâchez de modérer.

Vous savez maintenant ce que je pense de l’antisémitisme et du racisme : je les considère comme des fléaux, une honte pour l’humanité. Mais je pense que les combattre en traitant les gens de « racistes » comme si c’était leur nature, et en leur coupant la parole (comme on coupe une tête), c’est croire éteindre un incendie en jetant de l’essence sur les flammes.

Je suis désolé de vous mécontenter, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui ; ce ne sont pas les mêmes et je risque fort de tous vous énerver. Je vous demande de me pardonner. Je suis bouleversé, tout noué, mal au bide, comme percé par la violence des mille commentaires qui fusent de toute part chaque jour, comme si je devais ne jamais me tromper, ou comme si, pour m’être trompé, je devais maintenant expier. Vous tous, qui m’aimez ou qui me détestez, vous m’épuisez. Quelque temps, je vais m’éloigner.

Je fais ce que je peux, mais là, je n’en peux plus.

Étienne.

Voir les commentaires

écologie, pauvreté, manifestations, injustices...

28 Novembre 2014, 08:05am

Publié par pam

Je vous propose ce matin une lettre de William (http://blogzep.fr/author/william/), toulousain d'une vingtaine d'années, en service civique, au président de la république :

Monsieur le Président de la République,

J’ai voté pour vous au second tour des élections présidentielles, j’ai voté pour votre programme, j’ai voté pour les idées que vous représentez ; les idées de la gauche, de Jaurès, du progrès social et de l’égalité. Aujourd’hui, que reste-t-il de ces valeurs, que reste-t-il de ces idées ?

VOULEZ-VOUS LAISSER CE MONDE À VOS ENFANTS ?

Vous voilà confronté à deux défis fondamentaux : celui de la crise économique, et celui de la crise écologique. La France compte maintenant huit millions de pauvres. Le terme pauvre n’est pas qu’un mot, pas qu’un chiffre, mais une réalité concrète : ce sont des personnes qui doivent tenter de vivre avec moins de 993 euros par mois, c’est-à-dire survivre.

Comme vous le savez, car vous avez certainement du lire le dernier rapport du GIEC, si d’ici vingt à trente ans nous ne réduisons pas considérablement nos émissions de gaz à effet de serre, nous courrons droit à la catastrophe. Un cercle vicieux menace notre civilisation, notre espèce ainsi que tous les êtres vivant sur Terre. Ces mots cachent toutes les morts que le dérèglement climatique va engendrer, toutes les tensions et les possibles guerres. Voulez-vous laisser ce monde à vos enfants, Monsieur le Président ?

QU’AVEZ-VOUS FAIT DURANT CETTE PREMIÈRE MOITIÉ DE MANDAT ?

En tant que Président de la République, vous avez l’entière responsabilité de vos actes ou plutôt de votre inaction face à ces crises. Vous avez en main le pouvoir de changer les choses. Ce pouvoir, nous vous l’avons donné, nous, le peuple de gauche, nous les progressistes. Qu’avez vous fait durant cette première moitié de mandat ? Quelles sont vos réponses à ces deux défis ? Vous avez cédé par manque d’audace. Cédé à une classe dominante en menant une politique d’austérité. Vous avez volé des droits que nous avions acquis. Par exemple, celui du repos, de la retraite à laquelle vous avez pris quatre précieuses années. Vous avez taxé non pas les fortunés mais les pauvres, les personnes les plus fragiles, ces pauvres travailleurs qui se battent déjà pour survivre. Tout cela pour rembourser une dette dont ils ne sont en rien responsables, créée par des banquiers cupides, que votre prédécesseur a renfloués avec des sommes astronomiques et sans contrepartie.

LA FRANCE N’A JAMAIS ÉTÉ AUSSI RICHE

Vous le savez Monsieur, mais la richesse est très inégalement répartie.

Comment pouvez-vous accepter, en tant qu’homme de gauche, que huit millions de personnes souffrent de la pauvreté alors que les 10 % les plus aisés de France possèdent 48 % des richesses ?

Comment pouvez vous accepter que des personnes comme Bernard Arnaud, PDG de LVMH, possèdent un patrimoine de 27 milliards d’euros, soit presque deux millions d’années de SMIC ? A-t-il vraiment mérité ces 27 milliards ? De tels revenus sont-ils nécessaires ? D’où vient cette richesse, sinon du travail de ses employés sous-payés qui eux, se battent pour survivre?

Comment pouvez vous accepter, en tant que garant de la République et de ses valeurs d’égalité, que les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 400 et 1110 années de SMIC par an alors que juste sur l’année 2013, quatre cent cinquante trois SDF sont morts de faim dont vingt-huit enfants ?Ces enfants, Monsieur, auraient pu être votre progéniture. Si vous êtes un homme de gauche, vous devez certainement avoir la conviction que leur situation ne relève pas de leur volonté mais de la contingence de leur naissance et donc admettre que c’est cette même contingence qui fait que vous êtes Président de la République, qui, finalement, a différencié leur destin du vôtre.

UN PEU D’AUDACE !

Sachez Monsieur, que vous avez plusieurs moyens d’action à votre disposition, pour cesser toutes ces injustices. Il vous suffirait de taxer ne serait-ce qu’une partie supplémentaire de ces richesses issues du capital et de l’évasion fiscale, estimées à 600 milliards d’euros, afin de mieux la redistribuer. Il suffirait, par exemple, de seulement 13 milliards par an, selon le PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) afin que tout citoyen français puisse ne plus souffrir ni de la faim ni de la soif.

Il ne s’agit pas par là de détruire le capitalisme. Encore moins de changer totalement le monde, mais d’avoir l’audace d’apporter une justice, et permettre à des personnes de pouvoir vivre dignement.

SIVENS ET NOTRE-DAME-DES-LANDES, DES SYMBOLES

Quelles ont été vos réponses face au grand défi du changement climatique ? Au lieu de lancer de grands projets et de grands investissements dans les énergies renouvelables, d’orienter le pays vers la croissance verte, vous réagissez violemment avec comme objectif la défense, coûte que coûte, des projets inutiles et destructeurs.

Sivens comme Notre Dame des Landes ne sont pas que de simples projets mais des symboles. Les maux de ce monde, de ce vieux monde, qui est sur le point de mourir. Ce monde consumériste qui ne prend pas conscience de la relation vitale que l’homme doit avoir avec la nature, un système qui en moins d’un siècle nous amène déjà au bord du précipice.

Il y a maintenant deux semaines, un jeune de mon âge a été assassiné. C’était un jeune homme militant qui ne croyait absolument pas en la violence et au pouvoir de la haine.

FACE AUX ABUS POLICIERS

Je me trouvais, hier, au rassemblement organisé à Toulouse, accompagné d’autres militants, dont une très large majorité était également pacifiste, afin d’exprimer notre refus et notre désarroi face aux abus
policiers. Abus policiers démontrés par l’utilisation d’armes létales dont l’usage fut grandement abusif (flashball, grenade assourdissante ou offensive). Nous avons été pris en étaux par la Police, qui luttait contre des casseurs, groupe dont la démarche violente n’est pas acceptable.

Possédez-vous donc cette sagesse d’esprit, Monsieur, de ne pas opérer d’amalgame entre ceux dont le mécontentement est animé par la haine, et ceux qui, a contrario, s’indignent de manière pacifique ?

Un cordon de CRS nous a empêchés de quitter cette manifestation, qui s’est transforme progressivement en émeute. Alors que nous scandions notre pacifisme, tout en exhibant les paumes de nos mains, nous étions enfermés sur ces allées Jean Jaurès, triste théâtre des affrontements. Les forces de l’ordre, anciennement « gardiens de la paix », ont bafoué notre liberté de circulation, droit fondamental figurant dans un des textes régissant l’intégralité de la justice : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen édicté en 1789. Déclaration intégrée dans notre Constitution, dont l’exécutif, a le devoir de veiller à son respect en vertu de l’article 5 de la Constitution.

Enfin, nous avons pu sortir de ce guet-apens en passant par une résidence privée. Nous avions d’ailleurs été parmi les dernières personnes à pouvoir fuir cet enfer. Car par la suite, un CRS a bloqué la porte par laquelle nous avions pu fuir, violant ainsi un domicile sans autorisation. Cet infâme individu empêchait les habitants de la résidence de rentrer à leur domicile. Enfin, seulement ceux qui n’avaient pas « la couleur de peau appropriée ».

En effet, une famille « ne rentrant pas dans sa norme », qui par ailleurs n’avait rien à voir avec la manifestation a souhaité regagner son domicile, accompagnée d’un enfant en bas âge. Ils voulaient juste rentrer chez eux, fuir cette guérilla urbaine. Le CRS leur a refusé l’accès à leur propre demeure, alors que plus tard, une personne correspondant plus à l’idéal du bon français vu par le CRS, se vit autoriser l’accès à son domicile.

LA RÉPUBLIQUE A BESOIN DE LA CONFIANCE POUR VIVRE

Vous avez une part de responsabilité dans ces violations, vous êtes le garant du contrat social Monsieur, de ces règles et de ces droits qui régissent la bonne entente entre les citoyens.

Ce sont ces droits, ces devoirs constamment violés, cette rupture avec les intérêts du peuple et ce piétinement des valeurs fondamentales créent un véritable chaos dans la société. Une violence, Monsieur, qui peut nous mener aux pires atrocités, et mettre en danger notre République.

Si je vous écris cette lettre Monsieur, c’est pour vous adresser mon inquiétude quant à l’état actuel de notre pays qui est de plus en plus divisé, et dont l’avenir semble trouble. Je sais pertinemment que cette lettre ne va strictement rien changer à votre politique, mais cela peut être au moins un moyen de vous ramener à quelques unes de vos valeurs énoncées lors de votre campagne électorale : celles de la gauche et de la République.

Jaurès, qui est normalement un exemple pour tout homme de gauche, disait : »La République c’est la confiance et l’audace. »

Si vous n’avez pas l’audace de relever les grands défis auxquels nous sommes confrontés, la confiance ne régnera jamais. Et je ne parle pas seulement de vous Monsieur, de vos intérêts égoïstes qui pourraient être l’envie d’être réélu, l’envie de voir votre cote de popularité augmenter ou tout autre abject artifice, mais de la République qui a besoin de cette confiance pour vivre. Agissez, ayez de l’audace avant que la confiance des Français en leur République ne disparaisse pour toujours et que renaissent les monstres du fascisme, de la haine.

Avec le peu de confiance qui me reste en votre audace.

William, volontaire en service civique, Toulouse

écologie, pauvreté, manifestations, injustices...

Voir les commentaires

politique : inventer l'alternative...

9 Novembre 2014, 08:23am

Publié par pam

et sur le rôle des journalistes

Voir les commentaires

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>