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Rixes, ou les conséquences de l'inhumanité.

4 Janvier 2015, 08:29am

Publié par Séverine Mayer. Médiapart

03 JANVIER 2015 | PAR SÉVERINE MAYER. MEDIAPART.

Ce qui devait arriver est arrivé.

Une rixe a éclaté hier soir entre de nombreux exilés, on dit qu’ils étaient entre 100 et 200.

Une bagarre qui aurait éclaté entre afghans et soudanais à cause de la nourriture.

Oui… La nourriture. Parce que pendant que les autorités lèvent le plan Grand Froid estimant que les températures sont assez clémentes pour dormir dehors, plus de 2300 personnes survivent avec un unique repas par jour.

Il y a des associations qui se démènent pour distribuer de quoi survivre sur les camps : couvertures, bâches… Mais aussi de la nourriture. Parce que Salam et l’Auberge des Migrants ne peuvent pas nourrir tout le monde. Une moyenne de 700 repas par jour, pour plus de 2000 personnes… Il est évident que de nombreux exilés crèvent de faim.

Quand on est en état de survie, quand on a faim et froid, l’instinct prend le dessus. On a les nerfs à vif, et on n’a plus rien à perdre.

Voilà donc où l’on en est. La survie est dure, impitoyable, dangereuse. Evidemment, 200 personnes qui se battent sur environ 2300, ce n’est pas la majorité. Mais c’est trop. C’est le signe, une fois de plus, que les conditions dans lesquelles on laisse se débrouiller seules plus de 2300 personnes exilées sont absolument inhumaines et intolérables.

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Ces rixes n’arrivent pas parce que les migrants sont méchants, dangereux ou agressifs. Elles arrivent parce que les autorités (toutes confondues de la mairie à l’état en passant par la préfecture) sont incompétentes, irresponsables et criminelles.

En France, on dit qu’il existe un délit de non assistance à personne en danger. Mais quand ces personnes en danger sontdes sans-abris, alors c’est moins grave. Si en plus ces personnes sont arrivées illégalement sur notre territoire, alors là, c’est carrément négligeable. C’est ça qu’on nous montre, c’est ce qui est mis en pratique, chaque jour à Calais, ville qui sombre peu à peu dans la caricature la plus sordide de l’inhumanité…

Il y a donc environ 2300 personnes en danger, beaucoup de malades (grippes, infections pulmonaires, engelures, blessures dues aux « rencontres avec les forces de l’ordre »…), des personnes qui ont faim, froid. Il y a des enfants, des femmes enceintes(souvent à la suite de viols durant le voyage). Et toutes ces personnes qui nécessiteraient une assistance médicale et/ou psychologique sont livrées à elles-mêmes. Dans un mépris total des autorités représentées par le préfet qui, je le rappelle, résume les exilés à « des personnes dont le projet est de violer la loi française ».

Oui, hier soir 200 personnes se sont battues. Pour de la nourriture, pour des abris.

Comme on se battrait si nous étions à leur place.

Ce sont d’autres exilés qui essaient de calmer les tensions. Soutenus par des bénévoles ou « simples » citoyens soucieux de préserver l’équilibre précaire d’un quotidien qui malgré tout, avec recul et objectivité, devrait être source d’exemple pour chacun de nous. Car s’il y a en effet parfois quelques heurts, il ne faut pas oublier que la majorité du temps, des centaines de personnes parviennent à vivre ensembles, à construire une église, une mosquée, une école, à s’organiser pour s’abriter, se nourrir, s’entraider, sans jamais poser de problème à personne.

Evidemment, les autorités ainsi que les pseudos sauveurs de Calais n’hésiteront pas à utiliser cet incident pour jeter de l’huile sur le feu. Ils se serviront de cette détresse, cette extrémité douloureuse pour prétendre à nouveau que les migrants sont méchantsCe n’est pas la décence qui les étouffe. Encore moins la compassion dont ils ne soupçonnent pas l’existence. Et puis, quand on n’a pas d’argument, quand on est incompétent, quand on est inutile et irresponsable, le mieux est encore de choisir l’option la plus facile pour se faire valoir, en l’occurrence, c’est tellement facile de crier au danger et au scandale devant une bagarre de migrants à bout de nerfs… Tant qu’il y aura des gens pour préférer la facilité à la réalité, il y aura des gens pour croire aux propagandes politico-médiatiques savamment distillées par des personnalités politiques confirmées ou pas…

On nourrit la détresse, la haine grandit.

Quand on contraint des êtres humains à vivre comme des bêtes, on doit assumer le fait que parfois, du coup, ils se mettent en colère et l’expriment violemment. Parce que malgré les conditions de survie insupportables, un être humain reste un être humain, avec une dignité, une ambition, un espoir, une volonté… S’ils sont en colère c’est qu’ils sont encore en vie, et qu’ils veulent le rester.

Rixes, ou les conséquences de l'inhumanité.

Et pendant ce temps, Merkel menace les grecs de les virer de l'Europe s'ils votent mal, s'ils donnent leurs voix à la gauche radicale. Hors de l'économie libérale, hors du pouvoir des banques et des méga-entreprises, point de salut ! C'est la première fois je crois que le message est aussi clair, ils n'ont plus aucune honte. Votez contre nous et on va faire de votre vie un enfer...

Et pendant ce temps on interdit l'inhumation d'un bébé de deux mois et demi parce qu'il est rom....

Alors merci, vous allez renforcer nos rangs, ceux des solutions et des moyens alternatifs, ceux des êtres humains qui placent le partage, la compassion, les liberté-égalité-fraternité et autres joies de vivre dans la dignité et une terre respectée, devant le confort surfait de vos sociétés industrialisées, déshumanisées... Encore un petit effort et les "Podemos" espagnols comme tous les alternatifs de tous les pays vont s'unir non seulement pour sauver la Grèce mais pour vous renverser une bonne fois. Et comme vous avez beaucoup de chance, on vous dégagera avec un gros câlin car pour la plupart nous sommes pacifistes. Quoique certains en aient un peu marre de tendre l'autre joue...!

Rixes, ou les conséquences de l'inhumanité.

Tout cela me met en joie, on commence bien l'année finalement, laissons les s'enferrer encore un peu plus dans leur politique de la croissance à tous prix, le chômage va continuer d'augmenter, les retraites vont baisser, les prix augmenter, les salaires stagner, ils continueront d'oublier de construire des logements pour les plus pauvres, de fermer leurs frontières, de proposer des aliments malsains est des soins au rabais et il suffira de se lever, d'aider ceux qui dorment encore devant leurs télés à se réveiller, et en marchant vers eux on s'apercevra de notre grand nombre et en douceur on les obligera à réparer les dégâts de leurs mauvais choix qui conduisent les pays et les individus dans un mur d'abrutissement, de désespérance, d'individualisme, de repli sur soi et de désengagement.

Que vivent les initiatives, les alternatives et ceux qui les portent et les imaginent !

Que vivent tous ceux pour qui humanité rime avec partage !

Rixes, ou les conséquences de l'inhumanité.

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on arrête tout, on réfléchit... et c'est pas triste....

22 Décembre 2014, 08:17am

Publié par pam

je vous propose un papier paru dans Reporterre, discuter, débattre, convaincre, ou pas, se sentir isolé, impuissant, bâillonné... dans tous les cas voilà des liens de réflexions, lectures et vidéos, alors bonne recherche.

CHRONIQUE - Décroissant ! Qu’il est difficile d’avoir raison tout seul...

VINCENT LIEGEY

jeudi 18 décembre 2014

Susciter le débat est difficile quand on s’attaque à la société de croissance. « Comment s’ouvrir sans pour autant rompre avec la pertinence de notre pensée ? Comment être radical sans sombrer dans l’extrémisme ? (...) Comment s’ouvrir à l’autre pour ne plus avoir raison tout seul ? Car avoir raison tout seul, c’est avoir tort. »

Être décroissant dans une société de croissance n’est pas une chose facile. On est confronté à la gestion de plein de contradictions.

Juste pour reprendre quelques exemples développés dans mes dernières chroniques : être non-violent face à une situation qui pousse à la violence, devoir travailler dans une société de « bullshit job » productivistes et destructeurs de la planète ou encore devoir amener la Décroissance dans des institutions que nous rejetons ou critiquons. On pourrait allonger cette liste.

Entre idéalisme et réalisme

Être décroissant dans une société de croissance est un jeu d’équilibriste. On est sur une corde instable, si tant est qu’elle existe, entre risque d’excès de réalisme ou d’idéalisme. Le réalisme, par extrémisme, nous amène vers l’impasse du catastrophisme qui, par les peurs qu’il génère, s’avère contre-productif.

L’idéalisme puriste vers l’impasse de l’entre soi. Le réalisme, par absence de radicalité, peut aussi nous amener à alléger notre discours pour le rendre plus audible. L’idéalisme, par abus de confiance en nos capacités d’analyse et de rationalité, peut nous amener à oublier, même si nous ne l’avons pas choisi, que nous avons grandi, nous sommes imprégnés, nous vivons dans cette société de croissance que nous rejetons... On pourrait là aussi continuer...

Ces derniers jours, j’ai à la fois écouté plusieurs conférences de Philippe Bihouix et regardé le dernier film de Marie-Monique Robin « Sacré croissance ». Deux personnes dont je respecte énormément les contributions.

En tant qu’ingénieur, je me retrouve tout à fait dans le style et la manière de penser et de présenter les choses de Philippe Bihouix. Ses réflexions sur la fin des métaux, l’impasse physique de la société de croissance sont fondamentaux. Les portes qu’il ouvre sur « l’âge des low tech »apportent beaucoup d’espoir.

Par contre, je suis interpellé par son approche plus technocratique des solutions. En effet, je suis plus dans une approche décentralisée de la Décroissance, construite sur une masse critique partant du bas, que l’on retrouve chez Marie Monique Robin.

Trouver le juste équilibre

Si j’avais adoré Les moissons du futurs, film remarquable sur, je pense, une solution centrale et là aussi pleine d’espoir, comme les low tech, que représente l’agroécologie, je suis plus dubitatif après avoir vu le dernier film de Marie-Monique Robin.

A trop vouloir être pédagogue, rassurer, tendre la main, et il faut le faire, on en arrive à présenter des vraies-fausse solutions. En effet, et je suis d’accord avec Philippe Bihouix, mettre des panneaux solaires partout (voir l’exemple danois) est une impasse...

D’où l’importance et la pertinence de notre slogan provocateur et empêcheur de penser en rond : la Décroissance... substance radicale que la post-croissance n’a pas. Par contre, ce slogan est moins repoussoir que notre mot obus...

Mon propos n’est pas de faire le donneur de leçon en donnant les bons et les mauvais points aux uns et aux autres comme c’est malheureusementcoutumier chez certains décroissants. Mon propos est de réfléchir à comment trouver un juste équilibre.

En politique, s’il suffisait d’avoir raison, ça se saurait...

J’ai commencé à m’intéresser à la décroissance avec Nicholas Georgescu-Roegen et ses réflexions sur l’entropie, les mythes énergétiques et l’imposture de l’économie classique, néo-classique dominant nos imaginaires et notre société...

Par la suite, je me suis concentré sur le peak everything (pic de toute matière, sur le modèle du pic pétrolier). Réflexions qui très vite m’ont enfermé dans une forme de catastrophisme rationnel. Très vite, je me suis rendu compte que rabâcher toujours plus fort que l’on allait dans le mur, que c’est prouvé physiquement, qu’il suffit d’ouvrir les yeux, était loin d’être suffisant pour amener mes interlocuteurs à changer d’avis... au contraire, je me coupais d’eux.

Pour ne plus avoir raison tout seul...

Alors, avec d’autres, je me suis intéressé aux limites culturelles, anthropologiques, de la société de croissance avec entre autres, les réflexions de Serge Latouche sur la critique au développement et l’abondance frugale, la convivialité d’Ivan Illich, l’autonomie de Castoriadis... et ainsi penser un projet de Décroissance souhaitable.

L’enjeu n’est pas de convaincre mais de susciter du débat. L’enjeu est de montrer que d’autres voies sont possibles, celles des alternatives concrètes, des solidarités locales et auto-gérées, de l’agroécologie, des low tech, mais aussi d’une autre démocratie, d’une sortie de la religion de l’économie, d’autres projets comme une dotation inconditionnelle d’autonomie couplée à un revenu maximum acceptable...

Il n’y a pas de recette magique. C’est d’ailleurs un des risques que nous avons pris avec notre « Projet de Décroissance » : que l’on nous prenne trop au sérieux alors que notre objectif est de susciter du débat, des discussions et réflexions constructives autour d’une base commune qui nous semble utile.

L’enjeu c’est changer le monde, de minimiser les violences, les domination pour non créer la société parfaite pour l’homme parfait mais les sociétés les moins violentes possibles pour les hommes et les femmes que nous sommes.

Pour cela, comment susciter du dialogue ? Comment faire se rencontrer toutes ces approches ? Comment poser sur la tables les vrais problèmes ?

Il n’y aura pas de grand soir, mais la transition est en marche, l’enjeu est de voir comment s’ouvrir à l’autre pour ne plus avoir raison tout seul. Car avoir raison tout seul c’est avoir tort.

Comment s’ouvrir sans pour autant rompre avec la pertinence de notre pensée Comment trouver ces équilibres compliqués et non uniques ? Comment être radical sans sombrer dans l’extrémisme ?

Source : Vincent Liegey pour Reporterre

on arrête tout, on réfléchit... et c'est pas triste....

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conditionnements...

20 Décembre 2014, 07:33am

Publié par pam

Prosopopée de Serge Carfantan inspiré de Günter Anders, L'obsolescence de l'homme, p. 122.

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente.

Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées.

Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter.

Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif.

On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser.

On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.


Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu.

Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels.

On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir »

conditionnements...

in "le monde des livres" :

L'humanité est périmée. Date de péremption : 1945, quand se conjuguent la découverte d'Auschwitz et les bombes d'Hiroshima et de Nagasaki. Sont alors devenus désuets, pêle-mêle : l'avenir, l'histoire, les valeurs, l'espérance et l'idée même de ce qu'on appelait, auparavant, "homme".

Cette "obsolescence de l'homme" - titre de deux recueils d'études de Günther Anders constituant son oeuvre majeure - est au coeur d'une pensée dont l'actualité est surprenante, en dépit d'un demi-siècle passé. C'est en effet dans les années 1950-1970 que cet auteur atypique explique, thème par thème, comment et pourquoi tout, à présent, se trouve frappé d'une caducité essentielle. Vraiment tout : le travail comme les produits, les machines comme les idéologies, la sphère privée comme le sérieux, la méchanceté comme...

En lisant ces études rédigées au fil du temps, on est frappé d'abord par leur cohérence. Bien qu'Anders se refuse à construire un véritable système, la radicalité de sa critique tous azimuts de l'actuelle modernité soude cette collection de points de vue pour élaborer une véritable philosophie de la technique. Car son leitmotiv est que nous ne maîtrisons plus rien : le monde autosuffisant de la technique décide dorénavant de toutes les facettes de ce qui nous reste d'existence. Bien avant Guy Debord, Enzo Traverso et quelques autres, Günther Anders avait mis en lumière la déréalisation du monde, la déshumanisation du quotidien, la marchandisation générale. Le principal étonnement du lecteur, c'est finalement de constater combien, sur quantité de points, Anders a vu juste avant tout le monde.

Drôle de type, ce Günther Anders. De son vrai nom Günther Stern, il est né en 1902 à Breslau, dans une famille de psychologues. Elève de Heidegger, il fut le premier mari de la philosophe Hannah Arendt - ils se marient en 1929, divorcent en 1937 -, l'ami de Bertolt Brecht, de Walter Benjamin, de Theodor Adorno. Il a choisi pour pseudonyme Anders ("autrement", en allemand) par provocation autant que par hasard. Il gagnait sa vie comme journaliste, mais signait trop d'articles dans le même journal. Son rédacteur en chef lui suggéra : "Appelez-vous autrement"... et c'est ce qu'il fit. Mais ce choix fortuit finit par en dire long.

Autrement, c'est sa façon d'agir : ce philosophe n'a jamais voulu être reconnu pour tel, il a refusé systématiquement les chaires d'université qu'on lui a plusieurs fois proposées, persistant à gagner sa vie, aux Etats-Unis, puis en Autriche, comme écrivain et journaliste. Cet inclassable a déserté longuement sa propre oeuvre pour militer activement contre l'industrie nucléaire, la guerre du Vietnam (il fut notamment membre du tribunal Russell). Il meurt à Vienne en 1992, à 90 ans.

Autrement, c'est évidemment sa façon de penser. A partir de choses vues, de gens croisés, d'une kyrielle de faits en apparence microscopiques, Anders établit son diagnostic implacable. Sa méthode : l'exagération. A ses yeux, c'est une qualité. Cette exagération se révèle indispensable, selon lui, pour faire voir ce qui n'existe éventuellement qu'à l'état d'ébauche ou de trace, ou bien ce qui est dénié, négligé, voilé. Ou pour faire entendre ce qui semble d'abord inaudible. Car bien des thèses d'Anders semblent sidérantes : l'humanité est dénaturée, l'essence de l'homme a perdu tout contenu et toute signification, l'histoire est devenue sans lendemain... A première vue, tant de certitude semble dépourvue de réel fondement.

Pourtant, à mesure qu'on avance dans la lecture, il devient difficile de ne pas reconnaître, dans la loupe d'Anders, notre monde tel qu'il est. Par exemple : "La tâche de la science actuelle ne consiste (...) plus à découvrir l'essence secrète et donc cachée du monde ou des choses, ou encore les lois auxquelles elles obéissent, mais à découvrir le possible usage qu'ils dissimulent. L'hypothèse métaphysique (elle-même habituellement tenue secrète) des recherches actuelles est donc qu'il n'y a rien qui ne soit exploitable." Le fond du débat, évidemment, porte moins sur la justesse de tels constats que sur ce qu'on en fait. Anders les voit sous une lumière noire, comme autant de catastrophes sans issue. Personne n'est obligé d'en faire autant.

Mais l'ignorer est impossible. C'est vrai qu'il aura fallu du temps. Le premier tome de L'Obsolescence de l'homme, paru en 1956, ne fut traduit en français qu'en 2002 (aux éditions de l'Encyclopédie des nuisances). Ce second tome, qui regroupe des textes rédigés entre 1955 et 1979, est paru en 1980. Le lire aujourd'hui en français, à l'initiative d'un petit éditeur, est vraiment une expérience à ne pas manquer. Car dans ce regard d'un pessimisme extraordinaire, habité par le désespoir et le combat, la flamme qui résiste est d'une rare puissance. Anders agace, amuse, intéresse, il ne lasse pas. Penser autrement que lui, c'est encore en être proche.

L'OBSOLESCENCE DE L'HOMME (DIE ANTIQUIERTHEIT DES MENSCHEN). TOME II. SUR LA DESTRUCTION DE LA VIE À L'ÉPOQUE DE LA TROISIÈME RÉVOLUTION INDUSTRIELLE de Günther Anders. Traduit de l'allemand par Christophe David. Ed. Fario.

Roger-Pol Droit


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/06/09/l-obsolescence-de-l-homme-tome-ii-sur-la-destruction-de-la-vie-a-l-epoque-de-la-troisieme-revolution-industrielle-de-gunther-anders_1533798_3260.html#Wx2ExOvkUAAhgMBV.99

conditionnements...

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Convivialisme...

18 Décembre 2014, 07:33am

Publié par pam

Ce matin, je voulais partager ce manifeste avec vous, non que j'adhère à 100%, la forme me semble bien trop ampoulée pour frapper les esprits, et la simplicité d'élocution me semblant leur faire défaut, quand est-il alors de leur idéologie?... Peu importe, je pense que le plus important c'est qu'autour de nous, en permanence, et sans se décourager, des gens de bonne volonté cherchent des solutions, se rassemblent, s'unissent pour lutter (pacifiquement) contre les erreurs accumulées par nos sociétés. Pour trouver il faut chercher, essayer, tâtonner.

J'attend impatiemment vos critiques...

Abrégé du manifeste convivialiste

Declaration d’interdependance1

Jamais l’humanité n’a disposé d’autant de ressources matérielles et de compétences techniques et scientifiques. Prise dans sa globalité, elle est riche et puissante comme personne dans les siècles passés n’aurait pu l’imaginer. Rien ne prouve qu’elle en soit plus heureuse. Mais nul ne désire revenir en arrière, car chacun sent bien que de plus en plus de potentialités nouvelles d’accomplissement personnel et collectif s’ouvrent chaque jour.

Pourtant, à l’inverse, personne non plus ne peut croire que cette accumulation de puissance puisse se poursuivre indéfiniment, telle quelle, dans une logique de progrès technique inchangée, sans se retourner contre elle-même et sans menacer la survie physique et morale de l’humanité. Les premières menaces qui nous assaillent sont d’ordre matériel, technique, écologique et économique. Des menaces entropiques. Mais nous sommes beaucoup plus impuissants à ne serait-ce qu’imaginer des réponses au second type de menaces. Aux menaces d’ordre moral et politique. À ces menaces qu’on pourrait qualifier d’anthropiques.

Le constat est donc là : l’humanité a su accomplir des progrès techniques et scientifiques foudroyants, mais elle reste toujours aussi impuissante à résoudre son problème essentiel : comment gérer la rivalité et la violence entre les êtres humains ? Comment les inciter à coopérer tout en leur permettant de s’opposer sans se massacrer ? Comment faire obstacle à l’accumulation de la puissance, désormais illimitée et potentiellement auto-destructrice, sur les hommes et sur la nature ? Si elle ne sait pas répondre rapidement à cette question, l’humanité disparaîtra. Alors que toutes les conditions matérielles sont réunies pour qu’elle prospère, pour autant qu’on prenne définitivement conscience de leur finitude.

Nous disposons de multiples éléments de réponse : ceux qu’ont apportés au fil des siècles les religions, les morales, les doctrines politiques, la philosophie et les sciences humaines et sociales. Et les initiatives qui vont dans le sens d’une alternative à l’organisation actuelle du monde sont innombrables, portées par des dizaines de milliers d’organisations ou d’associations, et par des dizaines ou des centaines de millions de personnes. Elles se présentent sous des noms, sous des formes ou à des échelles infiniment variées : la défense des droits de l’homme, du citoyen, du travailleur, du chômeur, de la femme ou des enfants ; l’économie sociale et solidaire avec toutes ses composantes : les coopératives de production ou de consommation, le mutualisme, le commerce équitable, les monnaies parallèles ou complémentaires, les système d’échange local, les multiples associations d’entraide ; l’économie de la contribution numérique (cf. Linux, Wikipedia etc.) ; la décroissance et le post-développement ; les mouvements slow food, slow town, slow science ; la revendication du buen vivir, l’affirmation des droits de la nature et l’éloge de la pachamama ; l’altermondialisme, l’écologie politique et la démocratie radicale, les indignados, Occupy Wall Street ; la recherche d’indicateurs de richesse alternatifs, les mouvements de la transformation personnelle, de la sobriété volontaire, de l’abondance frugale, du dialogue des civilisations, les théories du care, les nouvelles pensées des communs, etc.

Pour que ces initiatives si riches puissent contrecarrer avec suffisamment de puissance les dynamiques mortifères de notre temps et qu’elles ne soient pas cantonnées dans un rôle de simple contestation ou de palliation, il est décisif de regrouper leurs forces et leurs énergies, d’où l’importance de souligner et de nommer ce qu’elles ont en commun

Convivialisme...

Ce qu’elles ont en commun, c’est la recherche d’un convivialisme, d’un art de vivre ensemble (con-vivere) qui permette aux humains de prendre soin les uns des autres et de la Nature, sans dénier la légitimité du conflit mais en en faisant un facteur de dynamisme et de créativité. Un moyen de conjurer la violence et les pulsions de mort. Pour le trouver nous avons besoin désormais, de toute urgence, d’un fond doctrinal minimal partageable qui permette de répondre simultanément, en les posant à l’échelle de la planète, au moins aux quatre (plus une) questions de base :

- La question morale : qu’est-il permis aux individus d’espérer et que doivent-ils s’interdire ?

- La question politique : quelles sont les communautés politiques légitimes ?

- La question écologique : que nous est-il permis de prendre à la nature et que devons-nous lui rendre ?

- La question économique : quelle quantité de richesse matérielle nous est-il permis de produire, et comment, pour rester en accord avec les réponses données aux questions morale, politique et écologique ?

- Libre à chacun d’ajouter à ces quatre questions, ou pas, celle du rapport à la surnature ou à l’invisible : la question religieuse ou spirituelle. Ou encore : la question du sens.

Le seul ordre social légitime universalisable est celui qui s’inspire d’un principe de commune humanité, de commune socialité, d’individuation, et d’opposition maîtrisée et créatrice.

Principe de commune humanité : par delà les différences de couleur de peau, de nationalité, de langue, de culture, de religion ou de richesse, de sexe ou d’orientation sexuelle, il n’y a qu’une seule humanité, qui doit être respectée en la personne de chacun de ses membres.

Principe de commune socialité : les êtres humains sont des êtres sociaux pour qui la plus grande richesse est la richesse de leurs rapports sociaux.

Principe d’individuation : dans le respect de ces deux premiers principes, la politique légitime est celle qui permet à chacun d’affirmer au mieux son individualité singulière en devenir, en développant sa puissance d’être et d’agir sans nuire à celle des autres.

Principe d’opposition maîtrisée et créatrice : parce que chacun a vocation à manifester son individualité singulière il est naturel que les humains puissent s’opposer. Mais il ne leur est légitime de le faire qu’aussi longtemps que cela ne met pas en danger le cadre de commune socialité qui rend cette rivalité féconde et non destructrice.

De ces principes généraux découlent des :

Considérations morales

Ce qu’il est permis à chaque individu d’espérer c’est de se voir reconnaître une égale dignité avec tous les autres êtres humains, d’accéder aux conditions matérielles suffisantes pour mener à bien sa conception de la vie bonne, dans le respect des conceptions des autres

Ce qui lui est interdit c’est de basculer dans la démesure (l’hubris des Grecs), i.e. de violer le principe de commune humanité et de mettre en danger la commune socialité

Concrètement, le devoir de chacun est de lutter contre la corruption.

Considérations politiques

Dans la perspective convivialiste, un État ou un gouvernement, ou une institution politique nouvelle, ne peuvent être tenus pour légitimes que si :

- Ils respectent les quatre principes, de commune humanité, de commune socialité, d’individuation et d’opposition maîtrisée, et que s’ils facilitent la mise en œuvre des considérations morales, écologiques et économiques qui en découlent ;

Plus spécifiquement, les États légitimes garantissent à tous leurs citoyens les plus pauvres un minimum de ressources, un revenu de base, quelle que soit sa forme, qui les tienne à l’abri de l’abjection de la misère, et interdisent progressivement aux plus riches, via l’instauration d’un revenu maximum, de basculer dans l’abjection de l’extrême richesse en dépassant un niveau qui rendrait inopérants les principes de commune humanité et de commune socialité ;

Considérations écologiques

L’Homme ne peut plus se considérer comme possesseur et maître de la Nature. Posant que loin de s’y opposer il en fait partie, il doit retrouver avec elle, au moins métaphoriquement, une relation de don/contredon. Pour laisser aux générations futures un patrimoine naturel préservé, il doit donc rendre à la Nature autant ou plus qu’il ne lui prend ou en reçoit.

Considérations économiques

Il n’y a pas de corrélation avérée entre richesse monétaire ou matérielle, d’une part, et bonheur ou bien-être, de l’autre. L’état écologique de la planète rend nécessaire de rechercher toutes les formes possibles d’une prospérité sans croissance. Il est nécessaire pour cela, dans une visée d’économie plurielle, d’instaurer un équilibre entre Marché, économie publique et économie de type associatif (sociale et solidaire), selon que les biens ou les services à produire sont individuels, collectifs ou communs.

Convivialisme...

Il ne faut pas se dissimuler qu’il faudra pour réussir affronter des puissances énormes et redoutables, tant financières que matérielles, techniques, scientifiques ou intellectuelles autant que militaires ou criminelles. Contre ces puissances colossales et souvent invisibles ou illocalisables, les trois armes principales seront :

- L’indignation ressentie face à la démesure et à la corruption, et la honte qu’il est nécessaire de faire ressentir à ceux qui directement ou indirectement, activement ou passivement, violent les principes de commune humanité et de commune socialité.

- Le sentiment d’appartenir à une communauté humaine mondiale.

- Bien au-delà des « choix rationnels » des uns et des autres, la mobilisation des affects et des passions.

Toute politique convivialiste concrète et appliquée devra nécessairement prendre en compte :

- l’impératif de la justice et de la commune socialité, qui implique la résorption des inégalités vertigineuses qui ont explosé partout dans le monde entre les plus riches et le reste de la population depuis les années 1970

- Le souci de donner vie aux territoires et aux localités, et donc de reterritorialiser et de relocaliser ce que la mondialisation a trop externalisé.

- L’absolue nécessité de préserver l’environnement et les ressources naturelles.

- L’obligation impérieuse de faire disparaître le chômage et d’offrir à chacun une fonction et un rôle reconnus dans des activités utiles à la société.

La traduction du convivialisme en réponses concrètes doit articuler, en situation, les réponses à l’urgence d’améliorer les conditions de vie des couches populaires, et celle de bâtir une alternative au mode d’existence actuel, si lourd de menaces multiples. Une alternative qui cessera de vouloir faire croire que la croissance économique à l’infini pourrait être encore la réponse à tous nos maux.

Convivialisme...

Claude Alphandéry, Geneviève Ancel, Ana Maria Araujo (Uruguay), Claudine Attias-Donfut, Geneviève Azam, Akram Belkaïd (Argelia),Yann-Moulier-Boutang, Fabienne Brugère, Alain Caillé, Barbara Cassin, Philippe Chanial, Hervé Chaygneaud-Dupuy, Eve Chiapello, Denis Clerc, Ana M. Correa (Argentina), Thomas Coutrot, Jean-Pierre Dupuy, François Flahault, Francesco Fistetti (Italia),Anne-Marie Fixot, Jean-Baptiste de Foucauld, Christophe Fourel, François Fourquet, Philippe Frémeaux, Jean Gadrey,Vincent de Gaulejac, François Gauthier (Suiza),Sylvie Gendreau (Canadá), Susan George (Estados Unidos), Christiane Girard (Brasil), Françoise Gollain (Reino Unido), Roland Gori, Jean-Claude Guillebaud, Paulo Henrique Martins (Brasil), Dick Howard (Estados Unidos), Marc Humbert, Éva Illouz (Israel), Ahmet Insel (Turquía), Geneviève Jacques, Florence Jany-Catrice, Zhe Ji (China), Hervé Kempf, Elena Lasida, Serge Latouche, Jean-Louis Laville, Camille Laurens, Jacques Lecomte, Didier Livio, Gus Massiah, Dominique Méda, Margie Mendell (Canadá), Pierre-Olivier Monteil, Jacqueline Morand, Edgar Morin, Chantal Mouffe (Reino Unido), Yanna Moulier-Boutang, Osamu Nishitani (Japón), Alfredo Pena-Vega, Bernard Perret, Elena Pulcini (Italia), Ilana Silber (Israel), Roger Sue, Elvia Taracena (México), Frédéric Vandenberghe (Brasil), Patrick Viveret.

1 Ce texte est l’abrégé du Manifeste convivialiste, publié le 14 juin 2013 aux éditions Le Bord de l’eau (48 p. 5 €). Les lecteurs qui se sentiront en accord avec les principes qu’il expose peuvent en témoigner en déclarant leur soutien.

Leur site : les convivialités.fr

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Pensée unique... réagissons...

8 Décembre 2014, 08:44am

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Pensée unique... réagissons...

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Indignés ? et après ?

1 Décembre 2014, 07:52am

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Etienne Chouard, pour que les choses soient claires...

29 Novembre 2014, 09:41am

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Le 6 novembre dernier, je vous proposais ici deux vidéos d'Etienne Chouard. J'avais hésité car j'avais compris qu'on le rattachait parfois à des individus peu fréquentables d'extrême-droite. Voici sa version, ses explications, claires et intelligentes comme ça le caractérise. Un bon exemple des méfaits d'Internet quand on manque de vigilance ou qu'on veut nous faire dire l'inverse de nos pensées. Un bon exemple aussi

"Comme tout le monde je ne progresse que dans la controverse".

Et voilà à quoi on arrive avec beaucoup d'ouverture d'esprit et d'intelligence :

Etienne Chouard, pour que les choses soient claires...

Ceci est un copié-collé de son blog : http://chouard.org/blog/

De grands médias et des politiciens de métier sont en train d’essayer de faire de moi un « Soralien », ce qui leur permettrait de discréditer d’un coup, sans argument de fond, la proposition ultra-démocratique de processus constituant populaire que je défends depuis dix ans.

Quels sont les faits ?

Depuis la bagarre de 2005 contre l’anticonstitution européenne, je travaille jour et nuit pour donner de la force à une idée originale d’émancipation du peuple par lui-même et pas par une élite : je soutiens l’idée que nous n’avons pas de constitution digne de ce nom et que, si nous voulons nous réapproprier une puissance politique populaire et nous débarrasser du capitalisme, nous devrons apprendre à écrire nous-mêmes notre Constitution, notre contrat social, en organisant nous-mêmes un peu partout des ateliers constituants populaires. Selon moi, ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, ce n’est pas aux professionnels de la politique d’écrire ou de modifier la Constitution, qu’ils doivent craindre et pas maîtriser.

Depuis dix ans, donc, je lis beaucoup, dans toutes les directions, tout ce qui touche aux pouvoirs, aux abus de pouvoir et aux institutions : histoire, droit, économie, philosophie politique, sociologie, anthropologie, de la bible à nos jours, tout m’intéresse, pourvu que ça me donne des idées et des forces pour organiser la résistance des êtres humains à tous les systèmes de domination. J’essaie de comprendre comment on en est arrivé au monde injuste et violent qui est le nôtre, et comment on pourrait (réellement) améliorer la vie sur terre. Chaque fois que je déniche un livre, une thèse, une idée, un fait, une preuve, un intellectuel, un texte, une vidéo, ou tout document qui me semble utile pour comprendre les abus de pouvoir et y résister, je le signale sur mon site et on en parle ensemble. Depuis dix ans, ce sont ainsi des dizaines de milliers de liens que j’ai exposés à l’intérêt et à la critique de mes lecteurs.

Sur le plan de la méthode, même si je me sens (de plus en plus) sûr de moi quant à ma thèse radicalement démocratique, je suis pourtant toujours à l’affût des arguments de TOUS ceux qui ne pensent PAS comme moi ; c’est comme une hygiène de pensée, je cherche les pensées contraires aux miennes, autant pour les comprendre vraiment (ce qui facilite ensuite les échanges constructifs avec des adversaires que je considère, malgré notre opposition, comme des êtres humains, donc ipso facto légitimes pour défendre leur point de vue, quel qu’il soit), que pour détecter mes éventuelles propres erreurs. Comme tout le monde, je ne progresse que dans la controverse.

Un jour, il y a trois ans je pense, je suis tombé sur une vidéo de Soral, que je ne connaissais pas, qui m’a intéressé : il y dénonçait le colonialisme raciste du gouvernement israélien et le sionisme comme idéologie de conquête, aux États-Unis mais aussi en France (en s’appuyant sur les livres — bouleversants — d’Israël Shahak, de Shlomo Sand, de Gilad Atzmon et d’autres que nous devrions tous lire, je pense). Pour moi qui travaille sur les abus de pouvoir, il est naturel d’être intéressé par toute étude d’un projet de domination, quel qu’il soit. En regardant un peu son site, j’ai vu qu’il étudiait, condamnait et résistait (comme moi), entre autres, à l’Union européenne, au capitalisme, à l’impérialisme, au colonialisme, au racisme, aux communautarismes, aux multinationales, aux complexes militaro-industriels et aux grandes banques d’affaires, à la prise de contrôle des grands médias par les banques et par les marchands d’armes, au libre-échange et au sabotage monétaire, aux innombrables et scandaleuses trahisons des élites, à toutes les guerres, à toutes les réductions des libertés publiques justifiées par la « lutte contre le terrorisme », etc. Bref, tous ces fronts de résistance étant, à mon avis, des fronts de gauche, et même de gauche radicale et vraie, j’ai ajouté naturellement un lien sur ma page d’accueil vers le site de Soral. Un lien, parmi des milliers — je ne savais pas encore que cela allait faire de moi, en quelques années, un homme à abattre.

Je n’ai pas fait l’exégèse de l’auteur et du site signalés : j’ai juste cité le lien déniché, comptant comme d’habitude sur l’intelligence des gens — que je considère comme des adultes — pour distinguer ce qui y est pertinent de ce qui ne l’est pas, ce qui est bon de ce qui est mauvais. Et puis, je suis passé à autre chose, évidemment ; ma vie est une course permanente d’une idée à l’autre.

À partir de ce moment, j’ai reçu des accusations violentes et des injonctions — souvent anonymes — à retirer ce lien, jugé diabolique. Or, j’ai horreur qu’on m’impose ce que je dois penser ou dire ; je veux bien changer d’avis (j’aime découvrir que je me trompe et progresser en changeant d’opinion), mais il ne suffit pas d’affirmer que je me trompe, même en criant que je suis un fasciste (sic), il faut me le prouver. Et si on veut me forcer à retirer un lien, il y a toutes les chances pour que je m’obstine (bêtement, je sais).

Autre fait qui m’est reproché : depuis 2011, les militants d’E&R relaient souvent mes textes et vidéos sur leur site (documents qui ne parlent que de démocratie, de constitution d’origine populaire, et de gestion commune du bien commun), signe d’intérêt de militants « de droite » pour la vraie démocratie que — en toute logique — je ne prends pas comme une preuve évidente de « fascisme »… Lorsque je constate qu’un parti ou un journal ou une radio ou un site quel qu’il soit relaie ma prose radicale d’émancipation par l’auto-institution de la société, je ne peux y voir que des raisons d’être satisfait : mon message est universel, il n’est pas réservé à une famille politique ; plus on sèmera des graines de démocratie auto-instituée, un peu partout, sans exclusive aucune, mieux ce sera.

Justement, j’ai observé une évolution qui me semble importante : les jeunes gens qui suivent et soutiennent Soral, et qui étaient assez radicalementantidémocrates quand ils m’ont connu, étaient en fait « anti-fausse-démocratie », mais ils ne le savaient pas encore : ils pensaient (comme tout le monde) que l’alternative politique était 1) capitalisme-libéralisme-« démocratie » (complètement pourri, mafieux, esclavagiste, des millions de morts, à vomir) ou 2) communisme-socialisme-« démocratie populaire » (complètement pourri, un capitalisme d’État, avec police de la pensée, des camps de travail en Sibérie, des millions de morts, à vomir) ou 3) fascisme-« non-démocratie » (violent aussi, mais sans corruption — choix terrifiant, selon moi, évidemment)… Et puis, voilà qu’ils découvrent, en lisant les livres que je signale (Manin, Hansen, Rousseau, Sintomer, Castoriadis, Guillemin…) un régime alternatif, une quatrième voie, une organisation politique dont personne ne nous a jamais parlé sérieusement à l’école ou dans les journaux : la vraie démocratie, sans guillemets, avec une vraie constitution et des vrais contrôles, que nous écririons nous-mêmes, directement parce que entraînés, pour être sûrs de ne pas nous faire tromper à nouveau… Eh bien, je suis sûr (je l’ai ressenti souvent, nettement) que nombre de ces jeunes militants (de droite dure au début par dépit de la corruption généralisée et faute d’alternative autre — processus identique à la naissance du nazisme en Allemagne) sont en train de devenir (ou sont déjà devenus) des démocrates réels. Non pas par magie, mais parce que cette alternative démocratique réelle est à la fois crédible et prometteuse, elle fait vibrer tous les hommes de bonne volonté. Alors, je maintiens qu’il est pertinent et nécessaire de parler avec enthousiasme de vraie démocratie à absolument tout le monde, en étant convaincu qu’un être humain, ça peut changer d’avis 1) si on le respecte en tant qu’être humain, et 2) si ce qu’on lui propose est émancipant, libérateur, puissant, prometteur.

Et puis, quand on me reproche les médias — soi-disant parfois peu fréquentables— par lesquels sont relayées mes graines de démocratie réelle, je réponds que je ne m’identifie pas au média qui me tend son micro, que je reste moi-même quelle que soit la personne à qui je parle, et surtout que je n’ai guère le choix puisqu’AUCUN grand journal ni aucune grande radio de gauche (que j’aime quand même, hein) — ni Là-bas-si-j’y-suis, ni le Diplo, ni Politis, ni Terre-à-terre, dont je parle pourtant souvent, moi, depuis 2005 —, aucun de ces médias n’a jamais relayé / signalé / commenté mon travail, depuis DIX ans (!)… Comme si la démocratie vraie ne les intéressait pas du tout, ou comme si elle leur faisait peur. Il n’y a QUE les militants de base qui m’invitent à venir débattre sur ces questions : l’idée d’un processus constituant qui deviendrait populaire et d’une procédure authentiquement démocratique comme le tirage au sort, ça n’intéresse pas du tout les chefs, même ceux des médias de gauche…

Parmi les faits qui me sont reprochés, il y a aussi une conférence avec Marion Sigaut (que j’ai trouvée bien intéressante, d’ailleurs), sur la réalité du mouvement des « Lumières ». On s’empaille souvent, Marion et moi : on n’est pas d’accord du tout sur Rousseau, sur Robespierre, sur la Vendée, et sur quelques points historiques importants, mais on arrive bien à se parler, tous les deux, malgré nos désaccords, en essayant de comprendre l’autre, d’apprendre l’un de l’autre, en se respectant, ce qui s’appelle une controverse, processus qui est à la base du progrès de la connaissance. Cet échange intellectuel avec Marion, m’a fait découvrir des faits et documents particulièrement importants sur l’Ancien régime — par exemple, le livre passionnant « Le pain, le peuple et le roi » de Steven Kaplan —, et les intrigues fondatrices des « Philosophes » des « Lumières » (riches et marchandes, tiens tiens), pour faire advenir le « libéralisme », c’est-à-dire la tyrannie-des-marchands-libérés-devenus-législateurs qu’on appelle aujourd’hui le capitalisme.

Pour revenir à Soral, j’ai rapidement compris qu’il n’est pas du tout un démocrate, évidemment : il est autoritaire et il défend une idéologie autoritaire, au strict opposé de ce que je défends moi. Je ne veux pas plus de sa « dictature éclairée » que de n’importe quelle dictature, évidemment.

Mais malgré cela, une partie de son analyse du monde actuel (et non pas ses projets de société) me semble utile, objectivement, pour mon projet à moi, de compréhension des abus de pouvoir et de constituante populaire. Donc, pour ma part, je ne monte pas en épingle ce qui me déplaît chez Soral, je prends ce qui m’intéresse (les infos sur les fronts de gauche et sur la résistance au sionisme) et je laisse le reste, comme l’adulte libre de penser et de parler que je suis.

On reproche à Soral un antisémitisme intense et assumé. Pourtant, quand on lui demande « êtes-vous antisémite ? », Soral répond « NON, dans le vrai sens du mot c’est-à-dire raciste ». Et il souligne aussitôt que le mot « antisémite », avec des guillemets, a progressivement changé de sens pour servir aujourd’hui de bouclier anti-critiques (ce que Mélenchon dénonce lui aussi, amèrement, avec raison et courage, je trouve, en appelant cette calomnie systématique « le rayon paralysant du CRIF ») : dans ce nouveau sens, complètement dévoyé, « antisémite » sert à qualifier tous ceux (même ceux qui ne sont ABSOLUMENT PAS racistes) qui critiquent et condamnent la politique — elle, officiellement raciste et criminelle — du gouvernement israélien (critiques d’un racisme qui sont donc un antiracisme). C’est ce nouveau sens seulement que Soral assumait, en martelant, en substance : « j’en ai marre de ce chantage à « l’antisémitisme » et de ces intimidations permanentes de la part d’ultra-racistes qui osent accuser de racisme des résistants à leur racisme ».

Je trouve que ça se défend très bien, si on arrive à tenir le cap de l’humanisme, c’est-à-dire à ne pas devenir soi-même raciste en réaction à un racisme premier : il est essentiel, je pense, de ne pas devenir antisémite en réaction au sionisme : il ne faut surtout pas s’en prendre à tous les juifs au motif que certains sionistes seraient odieux et dangereux.

Or, tout récemment, j’ai découvert dans une publication de Soral des propos terribles et dangereux qui me conduisent à changer d’avis sur la portée du lien que j’ai mis sur mon site.

Dans une vidéo en direct de juin 2014 (1 minute, à partir de 47:54), Soral dit les mots suivants, que je n’avais jamais entendus de lui avant, et qui me choquent tous profondément :

[Bon, j’ai commencé à transcrire, mais j’ai honte de seulement écrire des trucs pareils… Donc, j’arrête. Je vous laisse lire le lien si ça vous chante.]

Je ne peux évidemment pas valider une parole pareille, froidement raciste, sexiste, autoritaire. Je n’avais jamais vu Soral parler comme ça. C’est un peu comme un désaveu, parce que je l’ai entendu maintes fois jurer qu’il n’était pas antisémite.

Alors, je cède, je reconnais que me suis trompé, en publiant un lien sans mise en garde : il y a un risque d’escalade des racismes. Ce mélange de lutte légitime et courageuse contre de redoutables projets de domination (résistance qui m’intéresse toujours et dont je ne me désolidarise pas), avec un sexisme, une homophobie, et maintenant un antisémitisme assumés (qui me hérissent vraiment), ce mélange est toxique. Stop. Et puis, je n’arrive plus à m’occuper de nos ateliers constituants : on nous interpelle sans arrêt sur notre prétendue identification à Soral, et la violence des échanges qui s’en suivent partout me désespère ; j’en ai assez, il faut faire quelque chose pour marquer une différence, une limite : je supprime le lien de mon site vers Soral. Désormais, je ferai le filtre, en évoquant moi-même les auteurs que je trouve utiles, comme Shlomo Sand, Jacob Cohen, Bernard Lazare, Israël Shahak, Gilad Atzmon, Norman Finkelstein, Gideon Levy, Mearsheimer et Walt, Éric Hazan, etc.

En conclusion, j’insisterai sur l’essentiel : à mon avis, tous ces reproches sont montés en épingle de mauvaise foi par les professionnels de la politique pour entretenir une CONFUSION entre les vrais démocrates et « l’extrême droite » ; confusion qui leur permet de se débarrasser des vrais démocrates à bon compte, sans avoir à argumenter.

Post scriptum: si le système de domination parlementaire arrive finalement à me faire passer pour un diable hirsute, infréquentable et banni, ce n’est pas grave, je ne suis qu’une cellule du corps social et je ne cherche absolument aucun pouvoir personnel (je ne perds donc rien d’essentiel si je suis ostracisé par le système, à part le bonheur de bien servir à quelque chose d’utile, que je ressens en ce moment) : prenez alors le relais vous-mêmes ! Notre cerveau collectif survivra très bien à la disparition d’un neurone, changez de nom, et continuez à défendre vous-mêmes, un peu partout et tout le temps, cette idée importante qui va tout changer, mais seulement si on est très nombreux à s’être bien polarisés sur la même idée, simple et forte : ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir, DONC, il ne faut SURTOUT PAS ÉLIRE l’Assemblée constituante ; si on veut une constitution, il faudra l’écrire nous-mêmes et il faut donc, dès maintenant et tous les jours (!), nous entraîner réellement en organisant et en animant partout des mini-ateliers constituants ultra-contagieux.

« Fais ce que tu dois, et advienne que pourra. »

Étienne Chouard,
28 novembre 2014.

Etienne Chouard, pour que les choses soient claires...

Et parce que l'honnêteté et la franchise semblent caractériser cet homme, il y a une suite et j'aime tout particulièrement l'idée de cesser de parler de racistes mais de paroles racistes, car chaque être humain a droit à l'erreur et peut évoluer et changer. Moi même je me surprends à m'énerver dès qu'on aborde le sujet des injustices commises contre les palestiniens par exemple, pour m'en vouloir de m'énerver tout de suite après !

Tournons notre langue sept fois dans la bouche...et notre plume sept fois dans l'encrier, ayons la générosité d'essayer de comprendre, toujours, avant de juger, et plutôt que de prêcher la compassion, mettons la en pratique. Il ne s'agit pas de compromissions ou de retournements de veste, mais d'humanité.

"La haine de la haine c'est encore de la haine."

"La droite extrême est déjà au pouvoir"... partout... presque...!!

Etienne Chouard, pour que les choses soient claires...

Pour que les choses soient claires – suite

Posted on 29 novembre 2014

Quand on s’aperçoit qu’on se trompe, il faut se corriger.

Quand on s’aperçoit qu’on a trop corrigé, ou pas assez, il faut encore se corriger.
C’est un travail qui dure toute la vie.

Ça donne une trajectoire en zig-zag, qui peut suggérer une instabilité ou une fragilité, mais c’est plutôt le résultat d’une honnêteté, et il faut l’assumer : tout ce qui est vivant sur terre se trompe, et se trompe souvent ; et il faut donc s’adapter. Je ne prétends pas, comme les donneurs de leçon qui prétendent avoir définitivement tout compris mieux que tout le monde, avoir trouvé la vérité le premier et ensuite tenir un cap sûr et droit, déterminé à n’en pas changer. Si vous m’accompagnez, préparez-vous à zig-zaguer.

Sur le plan de la pression que je subis, ça devient raide, je vous prie de croire. Je suis là tout seul devant mon clavier, et vous êtes des milliers — des milliers ! — à parler, ou à crier, soit pour féliciter, soit pour condamner, soit pour exiger, soit pour renoncer, mais des milliers c’est inhumain, presque incompréhensible tellement c’est varié et animé de pensées argumentées, contrastées, violemment opposées. Essayer de tous vous contenter, c’est certainement devenir bientôt fou à lier. Je vais donc me retourner sur moi-même, c’est plus simple, et tâcher d’évaluer — isolé — ce que j’ai fait.

J’ai passé des jours et des nuits à préparer le billet d’hier, et il me semble équilibré. Sauf à la fin, où ma conclusion va trop loin, parce qu’elle est, je pense, exagérée. Il fallait exprimer — clairement, fortement — mon opposition farouche aux paroles dangereuses, et peut-être corriger le lien en lui ajoutant un commentaire explicite sur le racisme, le non racisme et l’antiracisme ; mais pas supprimer un lien, ce petit lien, avec toute une communauté (geste trop fort, symboliquement), même pour cause de très mauvaises paroles. En coupant complètement les ponts, je me rends moi-même coupable, précisément, du travers anti-politique que je condamne d’habitude.

Je vous rappelle quelle est ma position sur le racisme et sur « l’antiracisme » :

Je pense (et c’est précisément ce qu’on me reproche, si j’ai bien compris) que, pour servir à quelque chose d’utile, le mot « extrême droite » devrait servir à désigner les ennemis extrêmes du peuple et du bien commun, et PAS « les racistes » ; car les paroles racistes sont un fléau qu’on retrouve partout et elles sont plus une conséquence des problèmes sociaux qu’une cause. J’utilise l’expression paroles racistes car je refuse le mot « raciste » pour désigner une personne, comme si elle n’allait jamais changer d’avis, comme si sa nature c’était d’être raciste, comme si elle n’était plus humaine, inférieure politiquement… Je trouve cette façon de penser précisément… raciste, antipolitique.

La haine de la haine, c’est encore de la haine. En traitant quelqu’un de « raciste », avec haine (et… racisme), en enfermant l’adversaire (à vie) dans ses mauvaises paroles du moment, on s’interdit absolument, selon moi, d’améliorer la situation, aussi peu que ce soit : les accusés vont s’enferrer dans leurs mauvais discours et même se préparer à une guerre. Contre les paroles racistes, je ne vois pas d’autre issue que politique : la vision raciste du monde est une grave erreur d’analyse, une honte au regard de l’humanité, mais ça se démontre, ça ne s’impose pas.

N’oubliez pas que ceux qui ont aujourd’hui des paroles racistes sont des êtres humains. N’oubliez pas que, DONC, ils changent. Peut-être cette personne que vous détestez aujourd’hui (parce qu’elle pense et dit effectivement des horreurs) vous sauvera-t-elle la vie demain. Il ne faut jamais renoncer à l’action politique (qui n’est PAS la guerre sans merci des partis, misérable parodie d’action politique). Il vaut mieux chercher les causes premières du racisme que d’invectiver ceux qui sont aujourd’hui frappés de cette maladie (honteuse).

En plus, quand vous mettez toutes vos forces dans « l’antiracisme » (sic), vous ne mettez plus aucune force dans la lutte contre le capitalisme : contre les 1% « libéraux »-esclavagistes, ni contre leurs « élus » et leurs traîtrises. Donc, ces derniers doivent bien se frotter les mains de « l’antiracisme », ce « confusionnisme politique, sciemment organisé, intellectuellement structuré, qui vise à déplacer la vraie ligne de divergence démocratique majeure entre les héritiers possédants et les dépossédés »…

Et si l’expression extrême droite désigne simplement, comme je pense que nous devrions le décider, la droite extrême, je pense qu’elle est déjà AU POUVOIR en ce moment, et que les chiffons rouges (Soral, Le Pen, etc.) qu’on agite frénétiquement devant nous dans toutes nos discussions servent de LEURRES, qui nous distraient de l’essentiel et qui nous empêchent — littéralement — de penser et de progresser.

Hier, sans m’en apercevoir, je me suis rendu coupable moi-même de cet « antiracisme » qui fabrique une race des « racistes », sorte de sous-hommes à combattre en toute matière pour cause de péché impardonnable, de crime de la pensée : quand on repère une parole raciste, il faut la combattre, bien sûr, en dénoncer fortement le danger, la honte et l’inhumanité, mais pas couper les ponts avec les hommes, pas couper l’humanité en deux catégories (les purs : les non racistes, et les impurs : les racistes), sinon on n’arrivera jamais à faire société : il faut garder confiance dans la politique : les êtres humains peuvent changer, et il faut s’y atteler. Les exclure, c’est y renoncer.

Je vais donc remettre un lien, différent, commenté, vers E&R, que je considère comme un portail utile pour comprendre et résister à certains abus de pouvoir terribles, même s’il est évidemment très critiquable par certains côtés (comme tout le monde) ; je reviens donc à ma position ouverte d’avant-hier, que je tiens depuis des années : il faut que chacun se forge une opinion en adulte, et une vraie démocratie doit laisser une place aux non démocrates. Et pour les ulcérés, faut quand même pas charrier, ce n’est qu’un lien suggéré, pas du tout une identité, une allégeance ou une caution : je ne suis pas « soralien », je cherche à RENDRE POSSIBLE UN MONDE VRAIMENT COMMUN, je ne suis pas « complaisant avec le fascisme » que je combats du mieux que je peux, en conscience, librement, à ma façon, et je vous pense tous libres de penser. Soyez gentils de ne pas tout surinterpréter, tâchez de modérer.

Vous savez maintenant ce que je pense de l’antisémitisme et du racisme : je les considère comme des fléaux, une honte pour l’humanité. Mais je pense que les combattre en traitant les gens de « racistes » comme si c’était leur nature, et en leur coupant la parole (comme on coupe une tête), c’est croire éteindre un incendie en jetant de l’essence sur les flammes.

Je suis désolé de vous mécontenter, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui ; ce ne sont pas les mêmes et je risque fort de tous vous énerver. Je vous demande de me pardonner. Je suis bouleversé, tout noué, mal au bide, comme percé par la violence des mille commentaires qui fusent de toute part chaque jour, comme si je devais ne jamais me tromper, ou comme si, pour m’être trompé, je devais maintenant expier. Vous tous, qui m’aimez ou qui me détestez, vous m’épuisez. Quelque temps, je vais m’éloigner.

Je fais ce que je peux, mais là, je n’en peux plus.

Étienne.

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sociétés inégalitaires... droit dans le mur

24 Octobre 2014, 08:09am

Publié par pam

extraits de "Plaidoyer pour l'altruisme" de Matthieu Ricard.

38 - Combattre les inégalités.

"Le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus fatale et la plus ancienne des maladies des républiques." Plutarque.

Inégalités présentes partout dans la nature. Inégaux physiquement, intellectuellement ou de la richesse à la naissance, nous sommes égaux dans notre désir de ne pas souffrir et de nous épanouir dans la vie. La société a le devoir de ne pas délaisser ceux qui souffrent. Inégalités territoriales, économiques, sociologiques (mode de vie) ou sanitaires, inégalités d'éducation ou de conditions professionnelles, inégalités dans l'administration de la justice, dans la fiscalité, entre ceux qui subissent leur vie et ceux qui en jouissent.

Les inégalités économiques augmentent presque partout dans le monde ; aux USA 1% des plus riches détiennent 40% de la richesse du pays alors qu'ils n'en possédaient que 13% il y a 25 ans. Moralement injustifiable, un tel niveau d'inégalité est un fléau pour la société.

Cercle vicieux : d'après Spiglitz, l'inégalité est la cause et la conséquence de la faillite du système politique, et elle alimente dans notre système économique une instabilité qui l'aggrave à son tour. Dans les sociétés les plus inégalitaires, les institutions financières et politiques s'affairent énergiquement à maintenir l'inégalité aux profits de la minorité dominante.

Aux USA en 2011 un patron touchait en moyenne 253 fois plus qu'un salarié (au lieu de 30 fois il y a 50 ans, et 16 fois aujourd'hui au Japon). En France, revenu annuel d'un "grand patron" égal 400 à 1500 ans de SMIC, celui des cadres sup et de certains sportifs correspond à 35 ans de SMIC ; 23 ans pour un cadre de la finance, 18 ans pour un dirigeant d'entreprise salarié. Edgar Morin : dans le contexte français, la nouvelle pauvreté, celle des précarisés, des dépendants, des sans-défense, celle du "quart-monde" est la première à s'aggraver.

Existe-t-il vraiment un patron qui mérite d'être payé 300 fois plus que ses employés ?

Les USA se fracturent de plus en plus vite, pendant que les plus nantis s'enrichissent considérablement, la situation de la majorité des Américains se dégrade.

Les pays les plus égalitaires sont les pays scandinaves ou l'écart de revenus entre les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches n'est que de 1 à 6.

En France, entre 1998 et 2005, le revenu des 3500 foyers les plus riches a augmenté de 42%, tandis que le revenu moyens des Français n'augmentait que de 6%.

Presque partout dans le monde, l'inégalité des revenus ralentit la croissance et provoque des crises financières.

Jacques Attali : Le cinquième de l'humanité le plus riche reçoit 86% du revenu mondial, contre seulement 1% pour le dernier cinquième. La richesse totale du milliard d'êtres humains les plus déshérités est aujourd'hui égale à celle des 100 plus riches……

Les femmes, quant à elles, ne gagent que 10% du revenu mondial, alors qu'elles effectuent les deux tiers du travail de l'humanité.

Rapport de l'OCDE de 2011 : le contrat social commence à se lézarder dans de nombreux pays. Cette étude balaie l'hypothèse qui voudrait que les bienfaits de la croissance économique se répercutent automatiquement sur les catégories défavorisées, et qu'un surcroît d'inégalité stimule la mobilité sociale. Sans stratégie exhaustive de croissance solidaire, le creusement des inégalités se poursuivra.

L'OCDE souligne la nécessité pour les gouvernements de réviser leur fiscalité, afin que les plus nantis assument une part équitable de la charge fiscale.

Une enquête, menée par le Forum économique mondial de Davos auprès de plus d'un milliers d'experts, conclut que l'inégalité doit être considéré comme le problème le plus urgent de la décennie à venir.

Exception sud-américaine : le taux de pauvreté y a baissé de 30% durant les 10 dernières années. Progrès dû à l'éducation, à l'égalisation des salaires et aux avantages sociaux accordés aux familles à condition qu'elles envoient leurs enfants à l'école. Le salaire minimum à travers tout le continent a grimpé en flèche depuis 2003 (plus de 50% au Brésil). Il en va de même pour les retraites, indexées sur les salaires. Les gouvernements sud-américains dépensent maintenant une part nettement plus grande de leur PIB à l'éducation des enfants des 20% les plus pauvres que ne le font les USA.

Selon Wilkinson, épidémiologiste anglais et Kate Picket, une plus grande égalité entraine des sociétés en meilleure santé, où règnent une harmonie et une prospérité plus grandes.

Ils démontrent que pour chacun des paramètres sanitaires ou sociaux (santé physique, santé mentale, réussite scolaire, statut de la femme, confiance en autrui, obésité, toxicomanie, violence, homicides, taux d'emprisonnement, montée dans l'échelle sociale, grossesses précoces, mortalité infantile, bien-être des enfants en général) les résultats sont bien pires dans les pays où l'inégalité est la plus grande.

On pourrait abaisser de 10% la mortalité des 15-60 ans dans les 30 pays les plus riches en réduisant les inégalités de revenus. L'espérance de vie est meilleure dans les pays les plus égalitaires (Japon, pays scandinaves) où la cohésion sociale est forte, tandis que les USA sont les derniers du classement des 30 pays les plus riches. De même pour les contributions à l'aide internationale en proportion du PIB : bien plus importante dans les pays scandinaves mais 4 fois moindre aux USA, Australie, Portugal, champions en matière d'inégalités.

La confiance dans les autres joue en particulier un rôle très important dans la bonne marche d'une société. Or, le niveau de confiance est étroitement lié au degré d'égalité.

Les inégalités sont source de mépris et de rejet (stigmatisation de certains groupes : noirs, immigrés…). Tocqueville : "Ainsi, le même homme qui est plein d'humanité pour ses semblables quand ceux-ci sont ses égaux, devient insensible à leurs douleurs dès que l'égalité cesse."

Les grands écarts de richesse engendre des sociétés violentes et conflictuelles, car la richesse n'est pas seulement mesurable en volume de biens, mais en termes de qualité relationnelle. Il en découle aussi, de la part des plus pauvres, un retrait de la vie publique et une forte abstention lors des élections.

À l'inverse, la solidarité profite aux pauvres quand la coopération l'emporte sur la compétition, mais elle profite également à la classe moyenne et aux classe aisées, qui se portent mieux quand l'éventail des disparités est réduit. Les sociétés démocratiques les plus égalitaires sont aussi les plus prospères à la longue (cf. la Suède).

Ce n'est pas l'enrichissement des plus riches qui stimule l'économie et profite à tous mais l'enrichissement des plus pauvres qui profite à tous, même aux riches !

Edgar Morin propose pour réduire ces inégalités de revoir à la baisse ou d'effacer les dettes des pays pauvres, de leur fournir à des prix abordables sources d'énergies renouvelables et médicaments, et gratuitement les traitements contre les pandémies et les aliments en cas de famine. Il faut aussi rétablir l'autosuffisance vivrière des pays qui l'ont perdue et juguler les spéculations financières qui font fluctuer artificiellement les prix des produits de base. Il faut aussi lutter contre la corruption qui détourne l'aide apportée aux pays pauvres tout en accroissant les inégalités. En Scandinavie, la principale source de l'égalité est le redistribution des ressources par l'État : les taux d'imposition sont élevés mais les services sociaux très importants. Ils restent pourtant parmi les pays à la croissance est la plus forte et la plus stable.

Synthèse d'experts dans The Economist : réformes pour réduire les inégalités dans le monde : en premier lieu sévir contre la corruption, le népotisme (Chine et autres pays émergents), les trafics d'influences qui permettent à des individus et des multinationales d'exercer des pressions indues sur les gouvernements et de jouir de monopoles leur permettant de maintenir la mainmise sur les marchés. Les grandes entreprises et les banques font du chantage aux États sous prétexte que leur faillite entraineraient des catastrophes nationales, échappant ainsi à toute sanction pour leur gestion déplorable, voire malhonnête. Il faut aussi réduire les abus et les gaspillages, et instaurer une protection sociale efficace, tout en demandant plus d'aide financière aux plus riches et aux plus âgés. L'Amérique Latine a montré que c'était possible en liant l'aide sociale à l'implication des citoyens dans l'apprentissage professionnel et dans l'éducations e leurs enfants.

L'impôt sur le revenu doit être considéré comme un moyen de financer l'État et de réduire les inégalités, et non comme un outil pour punir les riches. Il faut surtout s'assurer que l'imposition est bien progressive et que le système fiscal devienne plus efficace en éliminant entre autres les paradis fiscaux. Les plus riches disposent de toutes sortes de stratagèmes pour échapper à l'impôt et déduire des sommes considérables de leurs déclarations de revenus, ce qui accentue encore les inégalités.

Cela est vrai aussi au niveau des entreprises. Aux USA, les compagnies pharmaceutiques ont obtenu de l'État qu'il ne négocie pas le prix des médicaments remboursables par la sécurité sociale, recevant ainsi un cadeau (des contribuables) d'au moins 50 milliards de dollars chaque année…..

Une société inégalitaire est une société fracturée. Les leaders politiques doivent réparer cette fracture et combler les inégalités qui sauf en Amérique Latine et dans les pays scandinaves, n'ont cessé de se creuser depuis les années 1970. Il faut favoriser une économie du bien commun, fondée sur la solidarité, la réciprocité et la justice sociale appelée "économie positive", économie altruiste qui restaure le bien-être social et le capital écologique.

sociétés inégalitaires... droit dans le mur

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Au fil d'Ariane...

23 Octobre 2014, 08:21am

Publié par pam

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Radio et autres médias...

2 Septembre 2014, 05:54am

Publié par pam

Après "Arrêt sur images", "Là-bas si j'y suis" va migrer sur le net...

Et en plus avec un projet de sept/neuf différent... avec Mermet c'est sûr !!

à suivre donc...

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