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solitude

quelques pages de solitude...

28 Mars 2015, 08:26am

Publié par pam

“L’esprit de solitude” de Jacqueline Kelen :

Pour les “bien-pensants” lorsqu’un individu avance seul dans la vie, c’est qu’il a des problèmes, c’est un asocial, ou il est imbu de lui-même, cache une tare ou couve un gros complexe de supériorité.

Être bien tout seul, être seul et heureux, cela n’a rien à voir avec un mépris des humains ni avec l’égocentrisme : c’est le signe clair de la liberté. La maturité commence lorsqu’un individu se sent auteur et responsable de son existence, lorsqu’il ne demande pas aux autres de le rendre heureux, lorsqu’il n’accuse pas systématiquement les autres de ses propres faiblesses et insuffisances. Ainsi, l’idéal du sage antique (Épicuriens, Stoïciens, Cyniques...) consiste à se suffire à soi-même. Vivre solitaire renvoie toujours à son jugement personnel, à son intuition, à son esprit critique.

“Le véritable solitaire ne ressent pas le besoin d’une stabilité que fournirait un travail régulier ou une vie conjugale établie parce qu’en lui il se sent structuré et parce qu’il sait que ce qui sécurise devient tôt ou tard ce qui emprisonne.”

Voir Henry Thoreau “Walden ou la vie dans les bois” chez Gallimard, ainsi que “La désobéissance civile”.

quelques pages de solitude...

Jean Genet : “La solitude, comme je l’entends, ne signifie pas condition misérable mais plutôt royauté secrète, incommunicabilité profonde mais connaissance plus ou moins obscure d’une inattaquable singularité.”

quelques pages de solitude...

Rilke :

“La solitude n’est pas une chose qu’il nous est loisible de prendre ou de laisser. Nous sommes solitude. Nous pouvons, il est vrai, donner le change et faire comme si cela n’était pas. Mais c’est tout. Comme il serait préférable que nous comprenions que nous sommes solitude ; oui : et partir de cette vérité !”

"Nous sommes solitude".

quelques pages de solitude...

Nietzsche :

“L’un va chez son prochain parce qu’il se cherche. L’autre parce qu’il voudrait s’oublier. Votre mauvais amour de vous-même fait de votre solitude, une prison.”

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solitude...

14 Mars 2015, 06:56am

Publié par pam

La solitude est un cadeau royal que nous repoussons parce qu’en cet état nous nous découvrons infiniment libres et que la liberté est ce à quoi nous sommes le moins prêts.

“L’esprit de solitude” Jacqueline Kelen. 2001.

solitude...

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rêves, questions, injustice et solitude....

22 Février 2015, 08:59am

Publié par pam

Je me suis rendue compte à force d'années passées, que je ne savais pas poser des questions, impression d'arracher les vers du nez à l'interlocuteur, pas envie de faire aux autres ce que je déteste qu'on me fasse, ce qui à moi fait mal…

Poser une question… indiscrétion ? pieds dans le plat ?

Cherchant des réponses, je me rends compte qu'enfant j'avais tant de questions, que je devais en être pénible.

Mon père au travail, ma mère au travail mais à domicile, débordée, excédée, peu patiente, pousse toi de là, toujours dans mes jambes, j'ordonne tu obéis, les adultes savent les enfants écoutent et obéissent…

rêves, questions, injustice et solitude....

Et des questions j'en avais tant et tant… l'immensité de l'infini, juste le mot, infiniment grand et infiniment petit, jusqu'où ? à l'infini. Maman, je ne peux pas dormir : c'est facile, ferme les yeux et ne penses à rien. Et moi, au fond de mon petit lit, je tentais de ne penser à RIEN et je pensais à RIEN pendant des heures. Le mot, les lettres, c'est quoi rien, il y a toujours quelque chose, R I E N rien, compte les moutons. Jusqu'à l'infini ? 

Si la terre tourne pourquoi est-ce que je ne le vois pas ? 

S'il ne faut pas mettre des choses dans les prises électriques dis-moi pourquoi ? parce que. Péremptoire, excédée, lassée, Pousse toi, vas dans ta chambre. Une épingle à chignon qui traine, expérience, oui l'électricité ça fait mal, un peu comme une brulure qui pique. Je sais maintenant, inutile de renouveler l'expérience. Enfin si, dans un champ, une clôture électrique : pas cap de la toucher ! moi cap bien entendu, non mais il m'a regardé celui-là avec ses certitudes anti-féministes ? Je touche, ça picote, quasi rien. Et là le couillon m'attrape l'autre bras, et j'apprends ce qu'est la conductibilité. Là ça secoue… Ne jamais approcher une clôture électrique tout en étant à proximité d'un garçon. Se méfier des garçons. Ils sont tout mielleux, protecteurs, grands frères dans l'âme. Et quand une fille veut les imiter ou pire rivaliser : je vais plus vite que toi, je saute plus haut, j'ose plus que toi. Alors là ça devient méchant et ça sort les muscles et les crocs. Inutile d'aller pleurer dans les jupes de ma mère : c'est bien fait, tu n'as qu'à jouer avec les filles, regarde tes cousines, toutes propres, toutes sages, toutes douces, toutes calmes et bien coiffées. Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça, regarde l'état de tes chaussettes, de ton  pull, va te coiffer, va te débarbouiller. Et ce n'est pas la peine de soupirer, privée de dessert, et je t'interdis d'aller jouer dehors, et arrête de poser des questions, va mettre la table.

À 4 ou 5 ans, un dimanche après-midi chez mon grand-père, les femmes dans la cuisine font la vaisselle, les hommes sont sortis essayer la dernière bagnole, mon grand-père apprend à mon grand cousin à jouer aux échecs. Je m'ennuie, pas envie de jouer à la poupée avec les cousines. Grand-papa je veux apprendre moi aussi. Ce n'est pas un jeu pour les filles.

Silence.

Pas de questions, pas la peine. Juste un petit vélo qui se déclenche dans la tête : ah bon, il y a des trucs réservés aux garçons ? déjà que je n'ai pas le droit de crier, de sauter, de jouer aux cow boys et aux indiens, pas le droit de me salir, pas le droit d'avoir un train électrique à Noël, alors en plus étant fille je ne serai pas capable de jouer aux échecs ? Est-ce qu'il veut dire que les garçons sont plus intelligents que les filles, parce qu'alors là… il avait l'air tellement formidable ce grand-père, et d'un coup je m'aperçois qu'il est con comme ses pieds, comment peut-on penser un truc pareil ?

Rien à foutre, ça à l'air con ce jeu. 

Qu'est-ce que tu fais là à bouder, regarde tes cousines, va jouer à la dinette avec elles. Non, elles sont connes. Tiens ! celle là tu ne l'as pas volé, et privée de dessert.

 

 

 

rêves, questions, injustice et solitude....

Quand je serai grande, je serai féministe.

Quand je serai grande, je ferai un métier de mec, "dit de mec".

Je serai moi, je lirai autant qu'il le faudra pour répondre à mes questions, je prendrai la route aussi loin qu'il le faudra pour tout comprendre, tout expérimenter.

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rêves, questions, injustice et solitude....

Je ne poserai plus de questions, sauf à moi-même, de toutes façons la plupart des gens répondent l'inverse de ce qu'on les voit vivre, faire. Inutile.

Quand je serai grande, je serai autonome pour ne plus rien avoir à demander à personne.

Du coup il me faudra apprendre l'autonomie, apprendre à bricoler, coudre, cuisiner, jardiner, réparer ma bagnole, trouver les réponses à toutes les questions qui toujours et encore se bousculent au portillon de la curiosité, de l'inassouvi désir de compréhension.

J'ai appris à faire le pain, démonter un moteur, à construire une maison, à créer un potager, j'ai tondu un mouton, cardé la laine, filé au rouet, trouvé des plantes pour teindre mes écheveaux, construit un métier à tisser, tissé ma laine et me suis fait un manteau très beau, plein de couleurs.

J'ai appris à me passer des choses que je ne pouvais pas m'offrir ou pas me fabriquer.

J'ai appris à vivre ma vie sans perdre mon temps à la gagner.

Je suis passée, comme un cabri fait des bonds, d'un apprentissage à l'autre, laissant tomber quand la technique ne me posait plus de problèmes, plus de questions.

Je me suis faite traitée de dilettante, ça m'a toujours fait marrer. Je répondais que j'avais tant de rêves à réaliser et si peu de temps. On me répondait, c'est bien beau de rêver mais tu ferais bien de mettre les pieds sur terre… juste parce que rêver, expérimenter, tester, essayer, ça ce n'est pas un métier, ça ne nourrit pas son homme. Je m'en fous je suis une femme.

J'ai compris que la plupart des gens n'avaient qu'un ou deux rêves, alors pour eux c'était réalisable.

Et aussi que certains rêves sont encore meilleurs si on ne cherche pas à les réaliser.

rêves, questions, injustice et solitude....

J'ai appris à me consoler toute seule de la tristesse extrême qu'engendre parfois la solitude.

J'ai appris à éviter les poseurs de questions, les machos (hommes ou femmes) et les cons (enfin j'essaye ! c'est pas toujousr facile...). 

Je suis devenue grande et solitaire, et je refuse toujours de jouer aux échecs !

Mais j'essaye toujours et encore de répondre aux questions des enfants, toutes les questions !

Notre monde est violent, les humains sont pour la plupart violents. Je suis violente même si je travaille en permanence à ne pas l'être.

J'ai honte de risquer de l'être...

En pensées, en actes ou en paroles, dans l'action ou dans l'omission, physiquement ou intellectuellement, contre les autres ou contre moi.

La non-violence est pour moi le plus bel emblème de notre humanité. Difficile et magnifique. Essentiel.

 

Pour trouver la paix, pour faire la paix, il faut comprendre l'autre, les choses, le monde. 

Pour faire la paix avec soi-même, il faut se comprendre et s'accepter.

Pour être en paix, il faut travailler, se poser les questions et y répondre du mieux que l'on peut.

Pour peut être un jour, mourir en paix.

rêves, questions, injustice et solitude....

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que ma joie demeure...

30 Octobre 2014, 08:00am

Publié par pam

“Vous m’avez dit de vous obéir et de sécher ma tête.

- Oui.

- Jamais personne ne s’est soucié de moi. J’ai toujours été seul et c’est toujours moi qui me suis soucié des autres. Vous êtes à peine comme une petite fille et il y a beaucoup de choses que vous ne savez pas. Mais vous venez de dire quelques mots et de faire un petit geste, le geste de votre main vers mes cheveux comme pour les essuyer vous-même. Et ça, jamais personne ne l’a fait. Et voilà que je suis devant une chose nouvelle. J’ai toujours été seul, toujours. Et c’est moi qui ai essayé de sécher les cheveux des autres, vous comprenez. Quand ma tête était mouillée, je savais que ça ne donnait de souci à personne, vous comprenez ? Et c’était amer, vous comprenez ?

... Je n’ai jamais rien demandé à personne parce que j’ai toujours peur qu’on n’accepte pas, et parce que je crains les affronts.”

Jean Giono “Que ma joie demeure”.

que ma joie demeure...

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esprit de solitude...

11 Octobre 2014, 06:05am

Publié par pam

extraits de "Esprit de solitude" de Jacqueline Kelen.

VIII - UN GRAND RETIREMENT.

La voie solitaire est universellement désignée comme noblesse et liberté de l’individu, approche de la divinité ou du vide, maîtrise et détachement à l’égard du temporel. La solitude fait le pont entre domaine social où nous vivons et domaine spirituel, qui rend l’homme attentif à ses frères et ouvert à une transcendance.

Diogène dit : “Est riche parmi les hommes celui qui se suffit à lui-même”.

Épicure insiste sur “l'autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse.”

Ces exemples de la sagesse grecque représentent moins une apologie du dénuement qu’une recherche de liberté totale. Ils invitent chacun à dépendre le moins possible des circonstances extérieures et à s’ancrer en soi. C’est aussi une façon de savourer le présent, sans se plaindre, sans être suspendu à l’avenir. La solitude n’est pas misanthropie, la compagnie des autres n’est pas fuite de soi, on peut alterner les deux états pour un meilleur équilibre.

Souvent les ermites sont des contestataires, des pionniers, des êtres assoiffés de perfection. Le désert apprend l’humilité, et fait prendre conscience de la fragilité humaine et de la perdition qu’est l’absence de sacré. Seuls avec le réel, la vérité.

Toute solitude est hantée de présences et de signes, on devient attentif à tout.

Derrière l’ascétisme, le dénuement visible, il y a des moments d’exaltation intérieure, de multiples joies. Plus rien n’est ordinaire, tout devient précieux. Le solitaire fraternise avec tout le monde du vivant au lieu de se limiter aux hommes. Un être humain qui rayonne l’amour et la bienveillance pacifie tout autour de lui. La vie solitaire mène à l’état d’ouverture.

Préférer l’absolu de l’absence à une présence approximative.

Vérité paradoxale : je suis toujours plus seul que je le crois, et bien moins seul que je ne pense.

Les joies de la solitude font de nos plaisirs terrestres d’illusoires compensations à un manque essentiel et ineffable.

Les solitaires se comprennent vite, ayant approché l’essentiel, ils ne vont pas discuter sur des broutilles ni perdre leur temps à des choses insignifiantes. Ils ne vont pas non plus s’affronter, faire valoir leur vérité ni défendre une image de soi, parce que la solitude leur a montré leur ignorance et leur pauvreté extrêmes en même temps qu’elle les a nourris du grand silence de l’amour.

Il n’y a pas de spiritualité de groupe.

L’état acquis par le solitaire est un affranchissement du monde des contingences et de l’éphémère, aussi peut-il se vivre hors des religions et des formes.

Tant que nous sommes dépendants du monde, nous nous efforçons par conscience morale d’avoir de la rectitude, de mettre de la cohérence entre nos pensées et nos actes, de trouver un accord avec les autres.

esprit de solitude...

IX - DE L’EXIL À L’ABSOLU.

Le pèlerin se sent étranger sur terre et entreprend le voyage vers sa véritable patrie, tandis que la plupart des hommes aménagent leur prison ou en jouissent.

L’esseulement cache un grand secret d’amour, mais il n’est pas pour autant léger à vivre. Il enjoint de se dépouiller entièrement de soi, de s’affranchir de toute satisfaction et de toute consolation, de parvenir à un état de parfait dénuement...

L’être humain est appelé à devenir un être spirituel, pas un maître spirituel...

Tout être profondément solitaire porte en lui une immense soif d’absolu, et sa solitude n’étanche pas cette soif, au contraire.

Dans toute société, le solitaire est celui qui empêche de tourner en rond, qui empêche de s’endormir les gens si satisfaits. Il porte sa soif démesurée au cœur d’un monde tiède, repu ou cuirassé. Sa solitude est une blessure autant qu’une épée, fort déplaisante. Toute solitude est une voix qui crie ou une voix qui se tait dans le désert des hommes. Elle n’annonce pas une destruction ni un malheur, elle invite à entendre ce qui ne passe pas, elle ouvre la porte du mystère.

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