Impermanence...
Extraits de
"Le livre tibétain de la vie et de la mort" de Sogyal Rinpoché :
Chuang Tzu : “La naissance d’un homme est la naissance de sa douleur. Plus il vit longtemps et plus il devient stupide, parce que son angoisse d’éviter une mort inévitable s’intensifie sans relâche. Sa soif de survie dans le futur le rend incapable de vivre dans le présent.”
La vie est vaine et futile quand elle est fondée sur une croyance erronée en la continuité et la permanence. La plupart d’entre nous vivent ainsi, suivant un plan établi d’avance : jeunesse, études, travail, mariage, enfants, maison, voiture, vacances, retraite... Notre vie est monotone, mesquine et répétitive, gaspillée à poursuivre des objectifs insignifiants. Le rythme de notre vie est trépidant, la dernière chose à laquelle nous pensons c’est la mort. Nous étouffons notre peur secrète de l’impermanence en nous entourant d’un nombre sans cesse croissant d’objets pour en devenir des esclaves. Tout notre temps et notre énergie s’épuisent à les maintenir. Notre seul but devient de nous entourer du maximum de sécurité et de garanties. Lorsque des changements surviennent, nous y remédions par un expédient, solution facile et temporaire. Le pragmatisme en Occident se résume en une vue à court terme marquée par l’ignorance et souvent l’égoïsme.
La paresse orientale consiste à flâner au soleil, sans rien faire. La paresse occidentale consiste à remplir sa vie d’activités fébriles si bien qu’il ne reste plus de temps pour affronter les vraies questions. Nous ne le trouvons jamais. Nous avons tant de responsabilités ! Plutôt des irresponsabilités !
C’est notre vie qui semble nous vivre. Tout choix et tout contrôle semblent nous échapper. L’obsession d’améliorer nos conditions matérielles, qui détermine notre comportement, peut devenir une fin en soi et une distraction dénuée de sens. La société contemporaine m’apparaît comme une célébration de tout ce qui nous éloigne de la vérité, nous empêche de vivre pour cette vérité et nous décourage de seulement croire à son existence. Étrange paradoxe que cette civilisation qui prétend adorer la vie mais lui retire en fait toute signification réelle, qui clame sans cesse vouloir rendre les gens heureux mais, en réalité, leur barre la route menant à la source de la joie véritable. Ce samsâra moderne entretient et favorise en nous une angoisse et une dépression dont il se nourrit en retour. Il les alimente par le biais d’une société de consommation qui cultive notre avidité afin de se perpétuer. Il crée autour de nous un environnement de dépendance presque insurmontable.
Nous désirons le bonheur. Mais, le plus souvent, la façon dont nous le recherchons est si maladroite qu’elle nous cause seulement plus de tourment. Nous nous demandons comment il est possible d’apprécier quelque chose si nous ne pouvons le posséder. Nous confondons attachement et amour. L’attachement et son cortège : insécurité, possession, orgueil. Si nous nous libérons peu à peu de l’attachement, une grande compassion se fera jour en nous.
William Blake : “Qui veut lier à lui-même une Joie,
De la vie brise les ailes.
Qui embrasse la Joie dans son vol,
Dans l’aurore de l’Éternité demeure.”
Le lâcher prise est le chemin de la vraie liberté. Les changements peuvent façonner notre caractère et arrondir ce qu’il y a en nous d’anguleux. Essuyer les tempêtes du changement nous permettra d’acquérir un calme plein de douceur, mais inébranlable. Notre confiance en nous grandira et deviendra si forte que bonté et compassion commenceront naturellement à rayonner de nous pour apporter la joie aux autres. C’est cette bonté fondamentale existant en chacun de nous qui survivra à la mort. Notre vie entière est à la fois un enseignement qui nous permet de découvrir cette puissante bonté, et un entraînement visant à la réaliser en nous-mêmes. Ainsi, chaque fois que les pertes et les déceptions de la vie nous donnent une leçon d’impermanence, elles nous rapprochent en même temps de la vérité. Tomber ne constitue en aucun cas un désastre mais, au contraire, la découverte d’un refuge intérieur. Les difficultés et les obstacles, s’ils sont correctement compris et utilisés, deviennent fréquemment source inattendue de force.