POUR UNE JUSTE COMPRÉHENSION DE LA MÉDITATION.
RÉFLEXIONS D’UN MÉDECIN BOUDDHISTE À L’USAGE DES SOIGNANTS ET DES SOIGNÉS.
Dr. Daniel Chevassut. Fiche de lecture suite...
CHAPITRE 4 : MÉDITATION ET CONTEMPLATION, LES VOIES INEXPLORÉES DE LA MÉDECINE MODERNE.
- POUR UNE JUSTE COMPRÉHENSION DE LA MÉDITATION.
La nature profonde de l’être humain est paisible. C’est une réalité que l’on découvre progressivement, d’une manière inéluctable et universelle, si la voie spirituelle dans laquelle on s’engage est authentique (chemin qui arrive quelque part et qui conduit à incarner les potentialités les plus profondes et nobles de l’esprit : paix, amour, compassion, sagesse).
Le parcours spirituel se crée au fur et à mesure de notre progression et mène à une transformation radicale si la détermination est forte.
Dans la tradition de l’Inde ancienne, “le bon praticien, qualifié de guide ou de convoyeur de la vie, est censé avoir des connaissances non seulement en anatomie et physiologie, mais aussi en psychologie et spiritualité.” Les qualités de vitalité et d’ouverture d’esprit du médecin étaient donc considérées comme essentielles.
La méditation concerne le spirituel. Le mot peut lui-même être source de confusion et d’erreurs, comme de confondre avec réflexion, analyse ou relaxation.
Méditer : du latin meditari (penser, étudier, avoir en vue, réfléchir) et de mederi (soigner, traiter), et aussi racine sanscrite madya (milieu, centre). Donc dimension de centre, équilibre et soin. Méditer c’est aussi la traduction de zen, mot japonais dérivé du sanscrit dhyana (concentration de l’esprit, contrôle de l’esprit).
La voie de la méditation est un processus graduel d’ouverture de l’esprit ou d’expansion de la conscience. Méditer signifie “tourner son regard vers l’intérieur et demeurer l’esprit posé en lui-même, sans se fixer sur ce qui peut être vu”.
Notre esprit est généralement fermé, égocentré, limité par ses conditionnements (pensées, concepts, émotions...). Si une forme de dépendance est bonne dans l’enfance, le bouddhisme considère qu’être esclave de ses passions est pratiquement du domaine de l’addiction.
Honorer le devoir de mémoire n’a de sens que si l’on honore en même temps l’exigence de transformation de soi.
À mesure qu’on progresse dans la pratique de la méditation, la conscience se dégage des liens qui l’entravent et l’esprit commence à s’ouvrir, s’épanouir et réaliser sa véritable nature. Car la conscience a tendance à s’identifier à ces états ou perturbations que sont pensées, émotions, rêves. Il ne s’agit pas de nier ou refouler nos contenus mentaux, mais de les voir pour ce qu’ils sont, sans en être prisonnier ou s’y identifier. 1° étape de la méditation : pratique du calme mental (samatha en sanscrit).
Méditer signifie donc demeurer posé sans distraction sur la nature de l’esprit. Bien que n’ayant aucune substantialité, l’ego est le sentiment d’exister comme une entité permanente, fixe et solide. Centre factice qui naît d’un manque de clarté et qui n'a pas d’existence en soi. L’ego est comme une contracture de la conscience, l’amalgame d’une succession d’instants de conscience, donnant l’illusion d’une entité fixe et solide, tout comme la succession rapide des molécules d’eau donne l’illusion d’un fleuve.
Francisco Varela : “L’ego, c’est l’entité virtuelle qui cache l’essence”.
Le terme méditer est aussi synonyme de contempler, si on considère la pratique contemplative comme un moyen de dépasser la pensée conceptuelle. Il semble que la plupart des gens pensent la vie plus qu’ils ne la vivent. Nous vivons en fait ce que nous pensons être. On peut donc parler d’un processus de désaliénation par la connaissance de soi, par la réalisation de ce que nous sommes véritablement en essence.
2° étape du processus méditatif et objectif principal de la méditation : reconnaître la nature ultime de son esprit, pratiquer la vision supérieure (vipassana en sanscrit). Dans le sens de supérieur à notre mode de vision précédent. Dans sa réalisation, le témoin disparaît, ni moi ni autre. Il est dit qu’ultimement on devient soi-même l’espace. Cette étape est la vraie méditation et cette observation sans observateur ne ressemble en rien à l’introspection de type psy.
La pratique du calme mental est une phase préparatoire indispensable à cette étape révélatrice et cruciale. Le calme mental apaise l’agitation des pensées, ensuite grâce à la vison supérieure, on voit la nature de l’esprit, on voit ce qui n’était pas vu auparavant. Le calme mental c’est demeurer dans ce qui perçoit au lieu de demeurer habituellement dans ce qui est perçu.
Bokar Rimpotché : “La vraie raison et le véritable but de la méditation sont d’éliminer notre ignorance (qui conçoit à tort l’existence d’un soi réel) et les émotions perturbatrices... Le point de vue de la méditation considère que les bonheurs et les souffrances ne dépendent pas fondamentalement des circonstances extérieures, mais de l’esprit lui-même.
Une attitude d’esprit positive engendre le bonheur, une attitude négative produit la souffrance.
Comment comprendre cette méprise qui nous fait chercher au-dehors ce que nous ne pouvons trouver qu’au-dedans ?
La nature positive ou négative de notre esprit se reflète dans les apparences extérieures qui nous renvoient notre propre image. La manifestation extérieure est ainsi une réponse à la qualité de notre monde intérieur.
Le bonheur que nous désirons ne viendra pas de la déstructuration du monde qui nous entoure, mais de la réforme de notre monde intérieur.
Donc méditer nous apprend d’abord à développer une relation plus juste vis-à-vis de nous-mêmes et de notre environnement, en attendant de nous éveiller à une non-dualité, au-delà de toute forme de relation.
Lama Denys Teundroup : “La méditation est un moyen d’explorer l’esprit, mais non pas tant un moyen d’exploration et d’analyse des contenus de l’esprit, comme dans la psychologie, mais plutôt de connaissance de ses mécanismes profonds et de sa structure fondamentale”.
Méditer, c’est aussi se familiariser avec une nouvelle manière d’être, en expérimentant concrètement et progressivement une nouvelle vision des choses, une nouvelle façon d’entrer en relation avec ses pensées et émotions, ainsi qu’une nouvelle perception des phénomènes extérieurs.
La méditation est le lieu de la transformation où le corps, la parole et l’esprit entrent en cohérence parfaite.
Méditer c’est finalement devenir soi-même, lorsque tout ce que nous ne sommes pas vraiment a progressivement disparu. Tout ce qui est faux en nous, tout ce à quoi nous sommes identifiés et qui ne nous appartient pas.