harmonie...
Gaulcovang est la potentialité primordiale, la pensée, la mémoire, la mère en gestation. Sé est le principe spirituel de la vie, il en organise tous les éléments. Les lois originelles, tous les principes fondamentaux, sont en Sé.
Le Dieu des Blancs est à leur image, il exige, menace, vitupère, promet le paradis aux uns, l’enfer aux autres, châtie ou récompense, selon des critères purement humains. Les petits frères affirment qu’il leur a confié la terre en héritage pour qu’ils en usent à leur guise... Et regardez ce que ça a donné !
Sé n’accorde de privilège à personne. Sé est un concept, et un concept ne peut exprimer de préférence. Végétaux, minéraux, animaux, hommes, tout est vivant et tous sont égaux selon nous.
À chaque espèce, Sé a assigné une fonction spécifique, et à nos ancêtres qui sont nés sur la sierra Nevada, le soin de veiller, de génération en génération, à ce qu’aucune de ces espèces ne soit menacée, afin de conserver l’équilibre vital.
Nous ne vénérons pas Sé, nous vénérons Gaulcovang, et pour bien les servir, pour être fidèle à la Madre Tierra, nous nous efforçons de respecter la loi de Sé.
Remplace le mot Sé par le mot destinée, la destinée de chacun relève en partie de son comportement. Si tu fais des excès, tu as beaucoup plus de risques d’attraper des maladies et d’abréger ton existence que si tu es sobre. Il en est de même pour la biosphère : si l’on détruit sans compter sa faune et sa flore, si l’on corrompt son air et son eau, on la met en péril et nous avec. En revanche, si on lui laisse le temps de se régénérer à chaque fois qu’on effectue des prélèvements pour assurer sa propre existence, si on évite au maximum d’empoisonner les éléments essentiels à la vie, on respecte l’harmonie. C’est la loi de Sé.
La religion de ce peuple depuis l’aube des temps était l’écologie au sens spirituel du terme, qu’une minorité de petits frères venaient de découvrir dans une version profane très réductrice, après que leurs semblables eurent souillé toute la surface de la planète.
Il serait plus raisonnable d’essayer de réparer les dégâts commis sur notre planète que de songer à trouver ailleurs, dans le cosmos, un refuge éventuel pour l’espèce qui est déjà, sans qu’elle en ait pris conscience en voie de disparition.
Les petits frères sont incapables de concevoir d’autre culture que la leur, pourtant il faut bien leur ouvrir les yeux, si l’on veut éviter le pire.
Il y a 2 500 ans, Confucius déjà, comme vos Mamus, affirmait que lorsque le milieu et l’harmonie étaient portés au point de perfection, le ciel et la terre se trouvant dans un état de tranquillité, tous les êtres connaissaient un épanouissement idéal.
N’était-ce pas l’écriture qui avait contribué à la disparition, sur presque toute la surface de la terre, de cette connaissance occulte encore si présente ici. Les chiffres et les lettres avaient séparé les hommes de la nature. Leur nouvel essor intellectuel, aux possibilités illimités, tout en les ancrant dans des certitudes fondées sur le raisonnement, les avait privés des perceptions extrasensorielles qui les reliaient jadis à toutes les autres formes d’existence et nourrissaient leur âme.
Jean Bertolino in "Fura-Tena" 2004.
L’homme ne renaîtra pas forcément de ses cendres, l’intelligence si. Nous étions le produit achevé d’un environnement donné. Celui-ci a changé à cause de nos souillures. Le miracle teilhardien de l’homme épicentre de l’univers était une idée alléchante. J’y ai cru parce que, comme lui, je pensais que la sagesse finirait par triompher. Les sédentaires ont façonné la surface du globe selon leurs besoins qui se sont révélés sans limite. Ils en tirent le maximum, obèrent ses possibilités de recyclage. Si l’homo sapiens disparaît un jour de notre planète, celle-ci retrouvera, j’en suis convaincu, sa créativité première. Sur les ruines qu’il aura laissées, la vie rejaillira, et au bout de la chaîne, la pensée refleurira comme la première fois. La Grande Mère échaudée ne commettra peut-être pas la même erreur, et limitera les capacités de nuisance de ceux qui en seront les dépositaires.
Un jour viendra où l’idée de créer des musées de la biodiversité, des réserves de biotope, ne fera plus sourire.
La fin de la guerre du Vietnam était prémonitoire. Elle annonçait, au pire de la crispation idéologique mondiale, la disparition de ce type de conflit et la prééminence prochaine du pouvoir financier sur le politique, un pouvoir qui ne s’embarrasse, lui, d’aucun principe moral et exploite sans l’ombre d’un discernement toutes les ressources terrestres et humaines.
Jean Bertolino in “Chaman”. 2002.