mon pote (Robert)
Il me fallait ce matin prendre la plume (j'écris avant de taper moi)(enfin pas toujours, mais ce matin, oui) bref la plume pour vous donner des nouvelles de mon poteau.
Au vue du magifique poteau de bois chargé sur le camion d'EDF, j'ai quelques temps espéré qu'on allait limiter les dégats et que la vue de ma fenêtre du matin ne serait que moyennement détruite à jamais.
Fatalitas, ce beau poteau de bois a été dressé un peu plus loin, devant mon pré, et j'ai été gratifiée devant la maison, d'une monstrueuse sculpture de béton gris, plus haute que tous les arbres environnants, enfin les arbres de mon côté du chemin, de l'autre, les usurpateurs ayant tout rasé puis comblé de camions de gravats, il domine une décharge type industrielle !
Robert c'est un nom de poteau en bois, pour un poteau de béton, il faut un prénom gris, froid avec des aspérités... Hans ? Gaston ? Friedrich ?
Non, je ne dois pas lui donner un nom, je ne dois pas m'attacher. C'est vrai que je risque de passer tout le reste de ma vie avec lui, mais est-ce une raison pour tomber dans la familiarité ?
La solution de facilité aurait été de le faire disparaitre... mais non pas en utilisant mes nombreuses compétences pyrotechniques, vous avez vraiment l'esprit mal tourné, vous savez bien à quel point l'artificier qui est en moi est zen et cool ! non, non, en le transformant en oeuvre d'art brut, peinture, mosaique, collages, tout cela en attendant que poussent à son pied glycine, lierre ou autre jasmin d'hiver.
Malheureusement les envahisseurs d'en face et tous les péquenots du village jugeraient le procédé tout aussi illégal que la dynamite...
Alors j'ai peint le carreau de ma fenêtre, j'y perds en luminosité mais je ne vois plus mon pote le poteau !
Quand reviendront les beaux jours, sachant que je vis toutes fenêtres ouvertes du matin au soir, le problème se reposera, j'ai deux mois devant moi pour trouver une autre solution...