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une armée d'humour et d'amour...

8 Juillet 2013, 06:47am

Publié par pam

SDF philosophe.

j'ai trouvé ce texte avec comme signature : Aldous Huxley 1932...impossible vu l'absence de télé en 32... si quelqu'un connait se texte et sa provenance...??? et son auteur...?? :

Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s'y prendre de manière violente, il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l'idée même de révolte ne viendra même plus à l'esprit des hommes. L'idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées.

Ensuite on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l'éducation pour la ramener une forme d'insertion professionnelle. Un individu inculte n'a qu'un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l'accès au savoir devienne plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l'information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des informations et des divertissements flattant toujours l'émotionnel ou l'instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d'empêcher l'esprit de penser.

On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social il n'y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l'existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d'entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l'euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.

Paul Virilio, philosophe de la

vitesse, premier analyste de « l’accident

intégral » qui frappe les sociétés

technologiques et polluantes, est

notamment l’auteur de "L’Université du

désastre" (2008). Dernier ouvrage : Le futurisme

de l’instant (Galilée, 2009).

Voici l'entretien qu'il a donné à la revue RAVAGES :

LA GRANDE REGRESSION

"Nous assistons depuis la fin du xxe siècle à

une régression vers l’origine. Si nous prenons

le xixe siècle, le début du xxe, nous nous apercevons

que la maturité domine, produit les

valeurs. C’est le paternalisme de la maturité ou,

pour aller plus vite, l’écoute du patriarche, de

l’Ancien, de l’expérience. Nous sommes passés

à la domination culturelle des valeurs et des

idées des ados aux alentours des années 1960,

à la mi-temps du xxe. 68 marque le tournant. La parole contestataire

des étudiants, la révolte contre le patriarche met à bas le

régime des Anciens. Depuis, on régresse. On érige en modèle

le djeune, son corps mince, ses musiques speed, l’entertainment.

Plus rien ne se fait sans entertainment : il y a des clowns dans

les restaurants, des animations dans les magasins, du people

djeune dans tous les médias. Nous sommes passés au culte du

teen puis à celui de l’enfant. Toutes les valeurs tournent autour

de lui. Interdit de lui coller une claque, de lui faire un baiser,

il faut le respecter comme une idole – et ce faisant on régresse

tous vers le baby.

Les limbes de l’origine.

C’est une sorte de remontée à l’origine. La volonté

de rentrer dans le ventre de sa mère, qui pourrait peut-être expliquer

l’incroyable succès de L’origine du monde, cette mauvaise toile de

Courbet. Le succès du jeunisme mène à l’infantilisme des origines.

On lance des télés pour les enfants de 6 mois à 3 ans. Des journaux

de mode pour les 4 ans. Le ministre de l’éducation en Angleterre

veut lancer l’éducation sexuelle à 5 ans. Le modèle humain devient

le baby. La mère porteuse fait événement. C’est comme un retour au

foetus, à un état infra-historique, infra-politique. Plutôt que de penser

l’imminence du désastre, le regarder en face, l’étudier avec sang

froid, on remonte à l’acte de naissance, on veut demeurer absolument

en dehors de la maturité, en dehors de la jeunesse, ou la révolte de

l’adolescence. On retourne dans les limbes de l’origine. On a si peur

qu’on préfère vivre dans l’inconscience de notre inhumanité.

Synchronisation des affects.

Avec cette régression au stade du naissant,

nous entrons dans une situation plus mystique, plus générique,

génésique même. Aujourd’hui la mondialisation et l’universalisation

des écrans favorisent la synchronisation des émotions à

l’échelle de millions de gens. Nous passons de la standardisation

des opinions, qui correspondait à la communauté d’intérêts des

classes sociales, à la synchronisation générale des affects. C’est à-

dire à une communauté d’émotions qui débouche sur un communisme

mondial des passions. Cette synchronisation favorise

en temps réel la fabrication d’une communauté mondiale qui

n’est plus une addition de communautés d’intérêts

– celles des pauvres, des riches, des bourgeois, etc – mais un

véritable phénomène hallucinatoire. La synchronisation

actuelle provoque ainsi des tsunamis d’émotions,

de compassion, de paniques, de violences.

Halluciner tous ensemble.

L’avènement d’un « communisme des affects » s’arrange très bien avec le turbo-capitalisme, sa culture et sa régression vers le baby. Car pour halluciner ainsi tous ensemble, dans l’ubiquité permanente des écrans, sans distance critique, il faut

avoir été infantilisés, réunis, collectivisés en une même génération

de babies enthousiastes. Derrière la crise mondiale actuelle

se joue la nouvelle synthèse entre communisme et capitalisme :

communisme des émotions plus capitalisme mondialisé. La Chine

est aujourd’hui le terrain d’expérience de la confrontation des

deux systèmes, avec l’impact économique que l’on sait.

Mono-athéisme mystique. La régression à une communion des affects

est un phénomène purement religieux. Nous avons la religion

de l’interconnexion en temps réel, de la communion globale des

âmes, autrement dit de la synchronisation des affects pour des

millions de gens. World Trade Center, mort de Jean-Paul II, le

tsunami, Barack Obama, nous communions tous. C’est la véritable

parousie, la victoire des forces du bien, la communion des saints.

Notre société athée et laïque met ainsi en oeuvre les attributs du

divin, la présence de l’esprit chez tous, l’ubiquité, l’instantanéité,

la simultanéité, le clonage. C’est un mono athéisme d’une puissance

colossale que les divers fondamentalistes du monothéisme

ont d’ailleurs signalé.

Individualisme de masse.

La régression nous a mené à l’individualisme de

masse. C’est-à-dire que nous sommes une société de consommation

de masse, nous achetons tous les mêmes produits, communions aux

mêmes événements, vivons en plein collectivisme et en même temps

nous valorisons farouchement notre individualisme. « Moi, moi,

moi, c’est à moi ! » dit le baby. Dans l’individualisme de masse, un

gouvernement bien équipé technologiquement, peut contrôler tête

par tête, vérifier la traçabilité au travers des systèmes de scanneurs,

de codage, de fichage, etc. La traçabilité permet de contrôler les

masses tête par tête, point par point, pixel par pixel. Alors que les

sociétés anciennes géraient des grands groupes, elles n’arrivaient

pas à contrôler tête par tête, il y avait encore des échappées, des

révoltés, de l’underground, des dissidents. Aujourd’hui, les technologies

de la synchronisation favorisent un contrôle instantané

et permanent. Nous sommes au-delà d’Orwell.

(Entretien réalisé par Frédéric Joignot, La Rochelle, 22 mars 2009).

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