une armée d'humour et d'amour...
SDF philosophe.
j'ai trouvé ce texte avec comme signature : Aldous Huxley 1932...impossible vu l'absence de télé en 32... si quelqu'un connait se texte et sa provenance...??? et son auteur...?? :
Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s'y prendre de manière violente, il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l'idée même de révolte ne viendra même plus à l'esprit des hommes. L'idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées.
Ensuite on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l'éducation pour la ramener une forme d'insertion professionnelle. Un individu inculte n'a qu'un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l'accès au savoir devienne plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l'information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif. Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des informations et des divertissements flattant toujours l'émotionnel ou l'instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d'empêcher l'esprit de penser.
On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social il n'y a rien de mieux. En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l'existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d'entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l'euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté.
Paul Virilio, philosophe de la
vitesse, premier analyste de « l’accident
intégral » qui frappe les sociétés
technologiques et polluantes, est
notamment l’auteur de "L’Université du
désastre" (2008). Dernier ouvrage : Le futurisme
de l’instant (Galilée, 2009).
Voici l'entretien qu'il a donné à la revue RAVAGES :
LA GRANDE REGRESSION
"Nous assistons depuis la fin du xxe siècle à
une régression vers l’origine. Si nous prenons
le xixe siècle, le début du xxe, nous nous apercevons
que la maturité domine, produit les
valeurs. C’est le paternalisme de la maturité ou,
pour aller plus vite, l’écoute du patriarche, de
l’Ancien, de l’expérience. Nous sommes passés
à la domination culturelle des valeurs et des
idées des ados aux alentours des années 1960,
à la mi-temps du xxe. 68 marque le tournant. La parole contestataire
des étudiants, la révolte contre le patriarche met à bas le
régime des Anciens. Depuis, on régresse. On érige en modèle
le djeune, son corps mince, ses musiques speed, l’entertainment.
Plus rien ne se fait sans entertainment : il y a des clowns dans
les restaurants, des animations dans les magasins, du people
djeune dans tous les médias. Nous sommes passés au culte du
teen puis à celui de l’enfant. Toutes les valeurs tournent autour
de lui. Interdit de lui coller une claque, de lui faire un baiser,
il faut le respecter comme une idole – et ce faisant on régresse
tous vers le baby.
Les limbes de l’origine.
C’est une sorte de remontée à l’origine. La volonté
de rentrer dans le ventre de sa mère, qui pourrait peut-être expliquer
l’incroyable succès de L’origine du monde, cette mauvaise toile de
Courbet. Le succès du jeunisme mène à l’infantilisme des origines.
On lance des télés pour les enfants de 6 mois à 3 ans. Des journaux
de mode pour les 4 ans. Le ministre de l’éducation en Angleterre
veut lancer l’éducation sexuelle à 5 ans. Le modèle humain devient
le baby. La mère porteuse fait événement. C’est comme un retour au
foetus, à un état infra-historique, infra-politique. Plutôt que de penser
l’imminence du désastre, le regarder en face, l’étudier avec sang
froid, on remonte à l’acte de naissance, on veut demeurer absolument
en dehors de la maturité, en dehors de la jeunesse, ou la révolte de
l’adolescence. On retourne dans les limbes de l’origine. On a si peur
qu’on préfère vivre dans l’inconscience de notre inhumanité.
Synchronisation des affects.
Avec cette régression au stade du naissant,
nous entrons dans une situation plus mystique, plus générique,
génésique même. Aujourd’hui la mondialisation et l’universalisation
des écrans favorisent la synchronisation des émotions à
l’échelle de millions de gens. Nous passons de la standardisation
des opinions, qui correspondait à la communauté d’intérêts des
classes sociales, à la synchronisation générale des affects. C’est à-
dire à une communauté d’émotions qui débouche sur un communisme
mondial des passions. Cette synchronisation favorise
en temps réel la fabrication d’une communauté mondiale qui
n’est plus une addition de communautés d’intérêts
– celles des pauvres, des riches, des bourgeois, etc – mais un
véritable phénomène hallucinatoire. La synchronisation
actuelle provoque ainsi des tsunamis d’émotions,
de compassion, de paniques, de violences.
Halluciner tous ensemble.
L’avènement d’un « communisme des affects » s’arrange très bien avec le turbo-capitalisme, sa culture et sa régression vers le baby. Car pour halluciner ainsi tous ensemble, dans l’ubiquité permanente des écrans, sans distance critique, il faut
avoir été infantilisés, réunis, collectivisés en une même génération
de babies enthousiastes. Derrière la crise mondiale actuelle
se joue la nouvelle synthèse entre communisme et capitalisme :
communisme des émotions plus capitalisme mondialisé. La Chine
est aujourd’hui le terrain d’expérience de la confrontation des
deux systèmes, avec l’impact économique que l’on sait.
Mono-athéisme mystique. La régression à une communion des affects
est un phénomène purement religieux. Nous avons la religion
de l’interconnexion en temps réel, de la communion globale des
âmes, autrement dit de la synchronisation des affects pour des
millions de gens. World Trade Center, mort de Jean-Paul II, le
tsunami, Barack Obama, nous communions tous. C’est la véritable
parousie, la victoire des forces du bien, la communion des saints.
Notre société athée et laïque met ainsi en oeuvre les attributs du
divin, la présence de l’esprit chez tous, l’ubiquité, l’instantanéité,
la simultanéité, le clonage. C’est un mono athéisme d’une puissance
colossale que les divers fondamentalistes du monothéisme
ont d’ailleurs signalé.
Individualisme de masse.
La régression nous a mené à l’individualisme de
masse. C’est-à-dire que nous sommes une société de consommation
de masse, nous achetons tous les mêmes produits, communions aux
mêmes événements, vivons en plein collectivisme et en même temps
nous valorisons farouchement notre individualisme. « Moi, moi,
moi, c’est à moi ! » dit le baby. Dans l’individualisme de masse, un
gouvernement bien équipé technologiquement, peut contrôler tête
par tête, vérifier la traçabilité au travers des systèmes de scanneurs,
de codage, de fichage, etc. La traçabilité permet de contrôler les
masses tête par tête, point par point, pixel par pixel. Alors que les
sociétés anciennes géraient des grands groupes, elles n’arrivaient
pas à contrôler tête par tête, il y avait encore des échappées, des
révoltés, de l’underground, des dissidents. Aujourd’hui, les technologies
de la synchronisation favorisent un contrôle instantané
et permanent. Nous sommes au-delà d’Orwell.
(Entretien réalisé par Frédéric Joignot, La Rochelle, 22 mars 2009).