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ALBERT JACQUARD. 

13 Septembre 2013, 07:04am

Publié par pam

Quelques phrases tirées de :

"De l'angoisse à l'espoir" Albert Jacquard. 2002.

I - AUJOURD’HUI L’ANGOISSE.

Jour après jour, l’actualité nous cache le mouvement réel de l’Histoire.

Nous sommes en train de vivre une révolution, et nous ne devons pas oublier que toute révolution partage les hommes en deux camps : ceux qui la subissent et ceux qui la conduisent.

Ce qui changent ce sont les conditions dans lesquelles les hommes vivent ensemble sur leur petite planète.

Avec les moyens que nous possédons aujourd’hui, quelques jours seraient suffisants pour détruire l’humanité toute entière.

Ce que vit la société d’aujourd’hui n’aura pas une fin ramenant à l’état antérieur, il ne faut donc pas parler de crise mais de “mutation irréversible”. C’est cette irréversibilité qui est dure à accepter.

...

En fait, à la liberté, beaucoup de nos contemporains préfèrent le confort des repères apportés par la prison de la quotidienneté.

Chez l’être humain, la préoccupation de l’avenir domine la conscience du présent. Plus que chez tout autre animal, l’essentiel des instants vécus est consacré à la préparation des instants qui suivront : d’où l’angoisse permanente du lendemain.

Il nous faut discerner parmi les utopies imaginables celles qui pourront peut-être devenir réalité.

Nous sommes prisonniers de notre planète.

L’Homme est à la mesure de la terre. Puisqu’il ne la quittera pas, il est de son devoir de chercher à vivre avec elle sereinement, en la respectant, en s’efforçant de ne pas la détruire. Quel est l’avenir de notre civilisation, sachant que nous en sommes à la fois les créateurs et les produits ?

Quelles que soient nos capacités à retarder la fin de l’aventure de la conscience, il nous faut l’accepter et donc consacrer nos efforts à rendre meilleur le sort de nos contemporains et de nos descendants.

L’une des richesses de la Terre est la surface habitable ; or, elle est limitée, ce qui interdit une croissance sans fin du nombre des humains.

...

 ALBERT JACQUARD. 

L’alignement de neuf milliards d’humains sur le mode de vie des Occidentaux actuels aboutirait à un gaspillage destructeur ne laissant à nos petits-enfants qu’une Terre exsangue. Pour éviter des inégalités entraînant des conflits catastrophiques pour tous, la seule issue est dans le choix d’une diminution de la consommation par les peuples les plus riches. Combien de temps encore ceux qui sont privés du minimum nécessaire à la survie pourront-ils tolérer le spectacle de l’opulence désordonnée des nantis ? Nous nous sommes jusqu’ici comportés comme si la Terre pouvait supporter sans broncher nos pires actions ; il nous faut désormais comprendre qu’elle est entre nos mains, et qu’elle est fragile. Il nous faire l’inventaire de notre “propriété de famille” et décider de ce que nous pouvons abandonner ou détruire et de ce que nous devons absolument préserver.

Détruire la couche d’ozone en utilisant l’atmosphère comme une poubelle, c’est condamner toute forme de vie hors des océans. En fait, tous les biens non renouvelables doivent être considérés comme “bien commun de l’humanité”, et donc inviolables. Détruire un bien non renouvelable est commettre un acte irréversible qui appauvrit toute l’humanité ; pire qu’un vol, c’est un crime contre l’humanité à venir.

Au-delà du cas du pétrole, le comportement de l’humanité aujourd'hui est scandaleusement destructeur. Faire confiance à la science et à la technique en croyant qu’elles apporteront des réponses aux problèmes que génèrent ce comportement est une attitude infantile.

Toute croissance correspond à une évolution exponentielle qui ne peut qu’aboutir à des situations intolérables.

Le XVIII° a été caractérisé par le pouvoir des philosophes. Leurs idées, parce qu’elles concernaient le cœur même de la société, avaient un pouvoir proprement révolutionnaire. Et celle qui a dominé et provoqué les bouleversement les plus irréversibles a été celle de l’égalité de toutes les personnes humaines.

Le XIX° a vu, lui, le triomphe des grands patrons d’entreprises.

Le XX° a été celui des avancées techniques les plus fabuleuses, mais le changement le plus radical a été le passage du pouvoir des mains des politiques et des industriels vers celles des financiers et des économistes.

La société occidentale semble faire confiance totale à un processus que l’on croit capable de résoudre tous les problèmes : l’augmentation de la consommation.

La santé, l’éducation, la justice, la culture sont des biens, mais leur valeur ne peut être définie. Dans un monde géré par les économistes, le risque est grand de réduire l’importance de ces secteurs, car, bien que n’ayant pas de valeur, ils ont un coût.

Certes, des mesures palliatives sont adoptées qui permettent à ces exclus d’avoir le minimum nécessaire ; grâce au RMI, ils ont de quoi survivre, grâce à la télévision, ils peuvent participer aux jeux de hasard ou visiter, depuis leur fauteuil, le pôle Sud ; mais ils ne vivent ainsi qu’une existence virtuelle.

L’important est de montrer à chacun qu’il n’est pas “de trop”. Par son appartenance à la communauté humaine, il doit être considéré comme une source, non comme une charge.

 ALBERT JACQUARD. 

V - DEMAIN L’ESPOIR.

Contrairement à une idée répandue, la compétition n’est nullement une nécessité imposée par la nature. Les progrès les plus décisifs n’ont pas été le fruit d’une compétition entre chercheurs, mais l’aboutissement d’un désir personnel de compréhension face à l’angoisse générée par l’ignorance.

Qu’on le veuille ou non, ce siècle connaîtra un changement radical de la société planétaire. Si nous avons la sagesse d’y participer, il peut conduire à une humanité pacifiée, où les inégalités seront moins scandaleuses. Mais sommes-nous prêts à diminuer notre consommation des biens non renouvelables ?

Dans quelques décennies, les conditions de notre survie seront différentes. La population aura encore augmenté de moitié, nos pouvoirs seront encore accrus. Quel usage allons-nous en faire ? Nous vivons une période où les bouleversements sont inévitables.

Essayons d’imaginer deux types d’avenir, l’un dans la continuité du présent, l’autre répondant au désir d’un sort plus humain.

Sommes-nous les uns avec les autres ou les uns contre les autres ?

La voie des financiers des sociétés occidentales répond contre, cette voie de la croissance (consommons plus et tout ira mieux) ne peut mener qu’à l’épuisement des ressources collectives, elle néglige la fonction première de toute communauté humaine : créer un réseau permettant à tous d’échanger et à chacun de devenir une personne.

La nature a produit Homo, mais c’est l’humanité qui a créé l’Homme. Il est temps d’en tirer les conséquences, d’utiliser notre efficacité pour mettre en place un nouvel ordre mondial évitant les erreurs commises jusqu’ici.

L’architecte est le prototype du rebelle ; alors que tout, dans la nature, fait d’aujourd’hui le résultat d’hier, il tente de rendre aujourd’hui compatible avec ce qu’il désire pour demain.

Notre orientation peut se borner à une juxtaposition d’existences indépendantes, enfermées dans leur solitude stérile, à la seule recherche de satisfactions immédiates, ou aboutir à la construction de personnes constamment en quête de contacts, à la réalisation d’une société où chacun se sente merveilleux dans le regard des autres.

L’efficacité nécessaire n’est pas suffisante, il faut laisser parler en l’homme l’angoisse permanente : “Ce que j’ai réalisé aidera-t’il les hommes de demain à vivre plus sereinement ?”

 ALBERT JACQUARD. 
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