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sociétés inégalitaires... droit dans le mur

24 Octobre 2014, 08:09am

Publié par pam

extraits de "Plaidoyer pour l'altruisme" de Matthieu Ricard.

38 - Combattre les inégalités.

"Le déséquilibre entre les riches et les pauvres est la plus fatale et la plus ancienne des maladies des républiques." Plutarque.

Inégalités présentes partout dans la nature. Inégaux physiquement, intellectuellement ou de la richesse à la naissance, nous sommes égaux dans notre désir de ne pas souffrir et de nous épanouir dans la vie. La société a le devoir de ne pas délaisser ceux qui souffrent. Inégalités territoriales, économiques, sociologiques (mode de vie) ou sanitaires, inégalités d'éducation ou de conditions professionnelles, inégalités dans l'administration de la justice, dans la fiscalité, entre ceux qui subissent leur vie et ceux qui en jouissent.

Les inégalités économiques augmentent presque partout dans le monde ; aux USA 1% des plus riches détiennent 40% de la richesse du pays alors qu'ils n'en possédaient que 13% il y a 25 ans. Moralement injustifiable, un tel niveau d'inégalité est un fléau pour la société.

Cercle vicieux : d'après Spiglitz, l'inégalité est la cause et la conséquence de la faillite du système politique, et elle alimente dans notre système économique une instabilité qui l'aggrave à son tour. Dans les sociétés les plus inégalitaires, les institutions financières et politiques s'affairent énergiquement à maintenir l'inégalité aux profits de la minorité dominante.

Aux USA en 2011 un patron touchait en moyenne 253 fois plus qu'un salarié (au lieu de 30 fois il y a 50 ans, et 16 fois aujourd'hui au Japon). En France, revenu annuel d'un "grand patron" égal 400 à 1500 ans de SMIC, celui des cadres sup et de certains sportifs correspond à 35 ans de SMIC ; 23 ans pour un cadre de la finance, 18 ans pour un dirigeant d'entreprise salarié. Edgar Morin : dans le contexte français, la nouvelle pauvreté, celle des précarisés, des dépendants, des sans-défense, celle du "quart-monde" est la première à s'aggraver.

Existe-t-il vraiment un patron qui mérite d'être payé 300 fois plus que ses employés ?

Les USA se fracturent de plus en plus vite, pendant que les plus nantis s'enrichissent considérablement, la situation de la majorité des Américains se dégrade.

Les pays les plus égalitaires sont les pays scandinaves ou l'écart de revenus entre les 10% les plus pauvres et les 10% les plus riches n'est que de 1 à 6.

En France, entre 1998 et 2005, le revenu des 3500 foyers les plus riches a augmenté de 42%, tandis que le revenu moyens des Français n'augmentait que de 6%.

Presque partout dans le monde, l'inégalité des revenus ralentit la croissance et provoque des crises financières.

Jacques Attali : Le cinquième de l'humanité le plus riche reçoit 86% du revenu mondial, contre seulement 1% pour le dernier cinquième. La richesse totale du milliard d'êtres humains les plus déshérités est aujourd'hui égale à celle des 100 plus riches……

Les femmes, quant à elles, ne gagent que 10% du revenu mondial, alors qu'elles effectuent les deux tiers du travail de l'humanité.

Rapport de l'OCDE de 2011 : le contrat social commence à se lézarder dans de nombreux pays. Cette étude balaie l'hypothèse qui voudrait que les bienfaits de la croissance économique se répercutent automatiquement sur les catégories défavorisées, et qu'un surcroît d'inégalité stimule la mobilité sociale. Sans stratégie exhaustive de croissance solidaire, le creusement des inégalités se poursuivra.

L'OCDE souligne la nécessité pour les gouvernements de réviser leur fiscalité, afin que les plus nantis assument une part équitable de la charge fiscale.

Une enquête, menée par le Forum économique mondial de Davos auprès de plus d'un milliers d'experts, conclut que l'inégalité doit être considéré comme le problème le plus urgent de la décennie à venir.

Exception sud-américaine : le taux de pauvreté y a baissé de 30% durant les 10 dernières années. Progrès dû à l'éducation, à l'égalisation des salaires et aux avantages sociaux accordés aux familles à condition qu'elles envoient leurs enfants à l'école. Le salaire minimum à travers tout le continent a grimpé en flèche depuis 2003 (plus de 50% au Brésil). Il en va de même pour les retraites, indexées sur les salaires. Les gouvernements sud-américains dépensent maintenant une part nettement plus grande de leur PIB à l'éducation des enfants des 20% les plus pauvres que ne le font les USA.

Selon Wilkinson, épidémiologiste anglais et Kate Picket, une plus grande égalité entraine des sociétés en meilleure santé, où règnent une harmonie et une prospérité plus grandes.

Ils démontrent que pour chacun des paramètres sanitaires ou sociaux (santé physique, santé mentale, réussite scolaire, statut de la femme, confiance en autrui, obésité, toxicomanie, violence, homicides, taux d'emprisonnement, montée dans l'échelle sociale, grossesses précoces, mortalité infantile, bien-être des enfants en général) les résultats sont bien pires dans les pays où l'inégalité est la plus grande.

On pourrait abaisser de 10% la mortalité des 15-60 ans dans les 30 pays les plus riches en réduisant les inégalités de revenus. L'espérance de vie est meilleure dans les pays les plus égalitaires (Japon, pays scandinaves) où la cohésion sociale est forte, tandis que les USA sont les derniers du classement des 30 pays les plus riches. De même pour les contributions à l'aide internationale en proportion du PIB : bien plus importante dans les pays scandinaves mais 4 fois moindre aux USA, Australie, Portugal, champions en matière d'inégalités.

La confiance dans les autres joue en particulier un rôle très important dans la bonne marche d'une société. Or, le niveau de confiance est étroitement lié au degré d'égalité.

Les inégalités sont source de mépris et de rejet (stigmatisation de certains groupes : noirs, immigrés…). Tocqueville : "Ainsi, le même homme qui est plein d'humanité pour ses semblables quand ceux-ci sont ses égaux, devient insensible à leurs douleurs dès que l'égalité cesse."

Les grands écarts de richesse engendre des sociétés violentes et conflictuelles, car la richesse n'est pas seulement mesurable en volume de biens, mais en termes de qualité relationnelle. Il en découle aussi, de la part des plus pauvres, un retrait de la vie publique et une forte abstention lors des élections.

À l'inverse, la solidarité profite aux pauvres quand la coopération l'emporte sur la compétition, mais elle profite également à la classe moyenne et aux classe aisées, qui se portent mieux quand l'éventail des disparités est réduit. Les sociétés démocratiques les plus égalitaires sont aussi les plus prospères à la longue (cf. la Suède).

Ce n'est pas l'enrichissement des plus riches qui stimule l'économie et profite à tous mais l'enrichissement des plus pauvres qui profite à tous, même aux riches !

Edgar Morin propose pour réduire ces inégalités de revoir à la baisse ou d'effacer les dettes des pays pauvres, de leur fournir à des prix abordables sources d'énergies renouvelables et médicaments, et gratuitement les traitements contre les pandémies et les aliments en cas de famine. Il faut aussi rétablir l'autosuffisance vivrière des pays qui l'ont perdue et juguler les spéculations financières qui font fluctuer artificiellement les prix des produits de base. Il faut aussi lutter contre la corruption qui détourne l'aide apportée aux pays pauvres tout en accroissant les inégalités. En Scandinavie, la principale source de l'égalité est le redistribution des ressources par l'État : les taux d'imposition sont élevés mais les services sociaux très importants. Ils restent pourtant parmi les pays à la croissance est la plus forte et la plus stable.

Synthèse d'experts dans The Economist : réformes pour réduire les inégalités dans le monde : en premier lieu sévir contre la corruption, le népotisme (Chine et autres pays émergents), les trafics d'influences qui permettent à des individus et des multinationales d'exercer des pressions indues sur les gouvernements et de jouir de monopoles leur permettant de maintenir la mainmise sur les marchés. Les grandes entreprises et les banques font du chantage aux États sous prétexte que leur faillite entraineraient des catastrophes nationales, échappant ainsi à toute sanction pour leur gestion déplorable, voire malhonnête. Il faut aussi réduire les abus et les gaspillages, et instaurer une protection sociale efficace, tout en demandant plus d'aide financière aux plus riches et aux plus âgés. L'Amérique Latine a montré que c'était possible en liant l'aide sociale à l'implication des citoyens dans l'apprentissage professionnel et dans l'éducations e leurs enfants.

L'impôt sur le revenu doit être considéré comme un moyen de financer l'État et de réduire les inégalités, et non comme un outil pour punir les riches. Il faut surtout s'assurer que l'imposition est bien progressive et que le système fiscal devienne plus efficace en éliminant entre autres les paradis fiscaux. Les plus riches disposent de toutes sortes de stratagèmes pour échapper à l'impôt et déduire des sommes considérables de leurs déclarations de revenus, ce qui accentue encore les inégalités.

Cela est vrai aussi au niveau des entreprises. Aux USA, les compagnies pharmaceutiques ont obtenu de l'État qu'il ne négocie pas le prix des médicaments remboursables par la sécurité sociale, recevant ainsi un cadeau (des contribuables) d'au moins 50 milliards de dollars chaque année…..

Une société inégalitaire est une société fracturée. Les leaders politiques doivent réparer cette fracture et combler les inégalités qui sauf en Amérique Latine et dans les pays scandinaves, n'ont cessé de se creuser depuis les années 1970. Il faut favoriser une économie du bien commun, fondée sur la solidarité, la réciprocité et la justice sociale appelée "économie positive", économie altruiste qui restaure le bien-être social et le capital écologique.

sociétés inégalitaires... droit dans le mur

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