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philosophie

Changer de civilisation....

15 Février 2016, 07:41am

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Lierre Keith et l'essentiel....

13 Septembre 2015, 05:55am

Publié par pam

Je pourrais effacer tout mon blog pour ne laisser que ce texte.....

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Politique...

23 Mars 2015, 08:46am

Publié par pam

“On voit mal comment un homme décidé à sacrifier sa vie à la vérité pourrait faire une carrière politique. Comment parvenir au pouvoir, et une fois parvenu au sommet, s’y maintenir ? Réponse : tous les moyens sont bons. Machiavélisme : art d’évacuer intégralement la morale pour réduire la politique à de purs problèmes de force : la fin justifie les moyens. Dans cette perspective, le mensonge fournit une arme redoutable et efficace.

L’accès au pouvoir suppose la démagogie = mensonge au peuple. Au lieu du souci de l’intérêt général que la fonction appelle, le politicien cherche bien souvent l’assentiment du plus grand nombre (51%!… 51 % des votants...) et pour l’obtenir il flatte, séduit, promet sans intention de tenir, et affirme ensuite que ses promesses n’engagent que ceux qui y ont cru.... Il ment aussi sur l’adversaire à discréditer. Il cache aussi ses zones d’ombre. Et il prétend présenter un projet pour le destin de la France alors qu’il a été concocté par des cabinets de conseillers en communication pour correspondre au profil du meilleur produit vendable.

Toujours la volonté particulière triomphe au détriment de l’intérêt général.

La fonction politique oblige à un mensonge particulier caractérisé par une pratique sophiste. Les sophistes étaient des ennemis de Platon. Pour eux, l’essentiel réside dans la forme, jamais dans le fond. Ancêtres des publicitaires, aucune considération pour les idées véhiculées et chèrement payés. Pour un sophiste, la vérité réside dans l’efficacité. Est vrai ce qui parvient à ses fins et produit ses effets. Est faux tout ce qui manque son but.

L’art politique est un art de la sophistique, donc du mensonge. Pour dissimuler cette évidence, les théoriciens du droit ont même forgé le concept de raison d’État qui permet de tout justifier, d’entretenir le silence, de classer des affaires secrets défense ou secrets d’État, de négocier avec des terroristes ou des États sanguinaires, de vendre des armes à des pays ennemis des Droits de l’Homme, mais amis quand ils paient.

La raison d’État prouve que l’État existe rarement pour les individus mais que les individus n’existent que pour le servir et qu’en cas de refus d’obéissance il dispose, tout puissant, de moyens de contrainte : police, tribunaux, armée, droit, loi. Sachez-le, ne l’oubliez pas, et votez si le cœur vous en dit...”

Michel Onfray in “Antimanuel de philosophie”.

Politique...

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Sobriété heureuse...

1 Février 2015, 17:09pm

Publié par pam

Extraits de " VERS LA SOBRIÉTÉ HEUREUSE." de Pierre Rabhi.

Éditions Babel. 2010.

Nos méthodes de gestion du petit domaine se sont fondées sur des principes écologiques, à l'exclusion de toute nuisance chimique. C'était le refus radical de l'agriculture industrielle, qui ne peut produire sans détruire, ce qui à nos yeux représentait une exaction majeure contre la terre nourricière, la nature et les êtres humains.

Les pesticides affectent toutes les ramifications du système vivant, jusqu'à atteindre l'être humain par son alimentation dénaturée.

Ainsi le principe de sobriété que je prône n'est pas un principe de circonstance, il vient d'une conviction intrinsèquement liée à un choix de vie.

Cette vie est à l'évidence un chemin initiatique ascendant.

Les efforts révolutionnaires des mouvements de protestation, comme celui de 1968, ont souvent été réduits à néant ou à la portion congrue par la confusion de la désinvolture et de la liberté, elle-même assimilée au refus de toute contrainte. Une vision rationnelle et objective est en fait indispensable pour satisfaire aux besoins matériels.

Option de l'autolimitation réussie car la sobriété est une force.

Le système est fait de telle sorte que si l'on prend comme référence, dans la hiérarchie de l'avoir, les besoins vitaux les plus légitimes, il y a beaucoup de capitalistes qui s'ignorent. On peut dire en toute logique que, sitôt après avoir satisfait aux nécessités vitales de base, indexées sur le niveau élémentaire de survie (nourriture, eau potable, abri, vêtements, soins pour tous), et qui sont loin d'être couverts sur la planète, on passe dans le domaine du superflu et de l'accumulation sans équité ni limites.

Tant qu'un seul enfant naît dépourvu de ce qui lui revient légitimement en tant qu'être vivant, il y a usurpation car les biens venus de la terre, qui sont encore abondants, sont dédiés à tous les êtres vivants qu'elle héberge et non à ceux qui, par le pouvoir politique, la loi du marché, les finances ou les armes, s'en attribuent la légitimité. Un tel hold-up est aujourd'hui entériné par des lois qui en font une norme que l'on ne peut remettre en question. Tant que cette malhonnêteté ne sera pas considérée comme illicite selon l'ordre et l'intelligence de la vie, l'humanité ne pourra être pérenne. Ainsi, misère, pauvreté et richesse cohabitent sur notre planète commune et créent des hiérarchies de l'avoir et du pouvoir débouchant sur toutes les répressions - le tout imitable à l'idéologie du toujours plus illimité.

Consommer, au risque de toutes les obésités physiques et psychiques, est de fait une sorte de devoir civique, reposant sur une manière d'ascèse inversée, où insatiabilité et insatisfaction alternées constituent les deux mamelles de l'économie. Gratitude, modération, pondération sont les sentiments et vertus qu'Homo economicus, rouage d'une gigantesque machine mondiale, doit résolument abolir, car ils sont dangereux pour le métabolisme de la pseudo-économie qui tient le monde à la gorge. Comment définir alors ce que devrait être la sobriété ? D'autant que l'on sait aussi que, sans l'aide sociale de l'Etat et des organisations caritatives, une plus grande partie encore des citoyens des pays dits développés seraient dans un état de misère insoutenable. Cette situation mène inexorablement au surendettement de familles, qui s'ajoute à celui des Etats et d'un nombre toujours grandissant d'institutions communales, départementales, régionales… Ce que l'on n'ose appelé "récession" n'a pas besoin d'être nommé pour exister dans les faits.

Les défaillances et les incompétences sont telles que des révoltes incontrôlables, de plus en plus violentes, vont à l'évidence se multiplier en s'amplifiant si la gouvernance mondiale persiste à entretenir la logique inhumaine qui produit souffrance et indifférence.

Il est évident que, pour les catégories les plus pénalisées, le principe de sobriété n'a aucun sens et pourrait légitimement être interprété comme une provocation, ou de la dérision.

Je prône la sobriété heureuse comme une sorte d'antidote à la société de surabondance sans joie dans laquelle les pays dits développés se sont enlisés.

"La seule économie qui vaille est celle qui produit du bonheur avec de la modération." Roegen, économiste roumain.

Au train où va leur prélèvement par une minorité acquise au credo de la croissance indéfinie, et de toujours plus de finance, l'épuisement des ressources évolue selon une courbe exponentielle. En choisissant le modèle de développement responsable du désastre, les pays émergents contribuent à accélérer un processus qui ne peut qu'être fatal à l'espèce humaine.

En même temps que le réenchantement du monde que nous aurons à accomplir, la beauté étant à l'évidence une nourriture immatérielle absolument indispensable à notre évolution vers un humanisme authentique, nous devons également et impérativement trouver une façon juste d'habiter la planète et d'y inscrire notre destin d'une manière satisfaisante pour le coeur, l'esprit et l'intelligence. Seule la beauté qui s'épanouit en générosité, équité et respect est capable de changer le monde, car elle est plus puissante que toutes les beautés créées de la main de l'homme, qui, pour foisonnantes qu'elles soient, n'ont pas sauvé le monde et ne le sauveront jamais. En réalité, il y a va de notre survie. Le choix d'un art de vivre fondé sur l'autolimitation individuelle et collective est des plus déterminants ; cela est une évidence.

Le modèle de société destructeur qui s'est imposé sur toute la planète n'est pas "rafistolable". S'acharner à le maintenir, comme le fait la gouvernance du monde, est vain et ne fait qu'en prolonger l'agonie. Les effets désastreux induits ne cessent de s'amplifier.

Les évolutions climatiques, écologiques, économiques et sociales, prévisibles comme imprévisibles, nécessitent une créativité sans précédent. Partant d'un art de vivre personnel, nous sommes impérativement invités à travailler à la sobriété du monde.

Les biens absolument vitaux que recèle notre planète doivent être protégés par une réglementation spécifique. Il faudrait voter des résolutions radicales pour en préserver l'intégrité.

Sobriété heureuse...

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Onfray : "Qui tient un discours alternatif est intellectuellement criminalisé"

26 Janvier 2015, 08:16am

Publié par pam

Dimanche 18 Janvier 2015 à 5:00

Propos recueillis par

Alexis Lacroix

Le philosophe, fondateur de l'Université populaire de Caen, s'est toujours senti proche d'une gauche libertaire. La percée de Syriza en Grèce le réjouit ; il s'en explique à "Marianne".

BALTEL/SIPA

>>> Article paru dans Marianne daté du 9 janvier

Marianne : L'accélération du scénario grec, avec des élections législatives fixées au 25 janvier, pourrait provoquer une première : la victoire de Syriza, le parti d'Alexis Tsipras, et la formation d'un gouvernement à gauche de la social-démocratie dans un pays de l'Union européenne. En Espagne, Podemos semble bien parti pour mettre à mal le bipartisme Parti populaire-Parti socialiste ouvrier espagnol. Quelles réflexions vous inspire ce miniséisme politique ?
Michel Onfray : C'est une excellente chose ! Je suis très attentif à la cristallisation réussie de la gauche antilibérale grecque et espagnole - et désespère que le Front de gauche ne soit pas parvenu au même résultat ! Que Mélenchon n'ait pas été élu député d'Hénin-Beaumont alors que son homologue grec semble aux portes du pouvoir renseigne sur l'échec français qui, au contraire de la Grèce, voit Marine Le Pen aux portes du pouvoir réel ! Cette gauche antilibérale française a donc un travail d'autocritique à faire : pourquoi a-t-elle raté ce que Grecs et Espagnols ont d'ores et déjà gagné puisqu'ils sont à ce haut degré d'existence politique ?

Est-ce le carcan de l'austérité qui est seul visé ? Ou le cadre, plus général, d'un mépris cynique des peuples ?
LES ÉLITES NE TIRENT PAS LA CONCLUSION QUE LEUR POLITIQUE A ÉCHOUÉJe crois que les peuples sauraient accepter l'austérité s'ils constataient un résultat tangible dans leur vie quotidienne. Or, ils consentent à l'austérité et ils constatent la paupérisation. Toute voix qui propose de redonner de la dignité au peuple, droite et gauche confondues, ne manque pas d'attirer les suffrages. Que Syriza propose de rendre sa dignité à un peuple saigné à blanc est une bonne chose. Mais ce serait une terrible nouvelle qu'une fois au pouvoir elle n'y parvienne pas et succombe sous les assauts conjugués des marchés et de l'Europe, qui ne se laisseront pas faire ! L'extrême droite grecque, qui est vraiment une extrême droite pour le coup, aurait devant elle un boulevard - légal ou illégal. Le coup d'Etat n'est pas une formule politique périmée chez ces gens-là...

Que pensez-vous de ceux, à l'instar des dirigeants du FMI, qui tancent à nouveau le peuple grec ?
C'est la fonction du FMI qui est aux marchés ce que le KGB était au marxisme-léninisme : un instrument idéologique d'oppression politique. Le FMI est la partie émergée de l'iceberg du capitalisme mondialisé, sa salle des machines si vous préférez...

Grisées par la financiarisation, certaines élites se sont émancipées de toute décence. Sont-elles, aujourd'hui, rappelées à l'ordre ?

Les médias de masse répandent le discours libéral à flots continus, avec leurs intellectuels au service. Quiconque tient un discours alternatif est intellectuellement criminalisé. Les élites qui, depuis Maastricht, défendent le libéralisme ne tirent pas la conclusion qu'un quart de siècle de leur politique a échoué : comme aux temps soviétiques, elles estiment que c'est parce qu'on n'a pas mené assez loin leur politique !

A gauche, vous vous êtes inlassablement réclamé d'un humanisme attentif au sort des classes populaires. Quel regard jetez-vous sur la conversion de la social-démocratie au libéralisme?
Elle est ce qui a désespéré le peuple français. Ce désespoir nourrit le vote Front national et l'abstention. Dès lors, les maastrichtiens crient au loup contre le monstre qu'ils ont créé et nourrissent depuis 1983 !

Quels peuvent être les effets de la "bombe Syriza" sur la gauche française ? Sur la poursuite de la construction européenne ?
MA GAUCHE EST LIBERTAIRE. PAS AU SENS BOBO DU TERME, MAIS AU SENS DE PROUDHONL'arrivée au pouvoir de Syriza permettrait d'éprouver l'éthique de conviction militante, souvent insoucieuse du réel, au feu de l'éthique de responsabilité. L'ajustement qui ne manquerait pas d'advenir serait une leçon : s'effectuerait-il dans le sens du renoncement et de la déception ? (J'aurais hélas tendance à le croire...) Ou dans celui d'une dynamique nouvelle impulsée à l'Europe ? Je crois, je crains, je sais que l'Europe libérale ne se laisserait pas faire et qu'en liaison avec les marchés elle ferait tout pour que périsse cette expérience. Quoi qu'il arrive, l'histoire fait à nouveau la loi dans ce pays, qui fut l'un des creusets de notre civilisation.

Quels contours idéologiques et philosophiques devrait, selon vous, adopter une gauche du XXIe siècle ? Podemos et Syriza peuvent-ils servir de modèles - et si oui, comment ?
Ma gauche est libertaire. Non pas libertaire au sens bobo du terme, mais au sens de Proudhon : une gauche autogestionnaire qui économise les partis et les syndicats officiels pour inventer des modalités concrètes de pouvoirs effectifs. Une gauche de coopérations et de mutualisations, une gauche qui n'attend pas que le pouvoir lui soit donné par les urnes, mais qui le prend en agissant à gauche là où on est, là où on vit. Murray Bookchin* a pensé tout cela dans ce qu'il nommait le « communalisme libertaire ». Je tiens également en haute estime le travail de John Holloway qui a écrit Changer le monde sans prendre le pouvoir (Syllepse).

Le président de la République répond-il de façon adéquate au sentiment de nombreux Français que leur situation n'est pas prise en considération par leurs dirigeants ?
Non, bien sûr. Mais François Hollande est un professionnel de la politique. Il ne sait donc pas ce que sont les problèmes concrets des Français qui souffrent. Cet homme qui n'a quitté l'école que pour devenir politicien professionnel n'a rien fait d'autre dans sa vie que de la politique politicienne. Maire, député, conseiller général parachuté, président de conseil général, permanent du Parti socialiste pendant dix ans, que sait-il de la situation des gens, sinon ce que ses conseillers lui en disent sous forme de statistiques en relation avec sa cote de confiance et la seule perspective qui est désormais la sienne après avoir été élu, sa réélection ? Plutôt que l'ENA ou Sciences-Po, il me semble qu'il n'y aurait pas de meilleure formation pour une personne qui voudrait être président de la République (ou qui vient d'être élu, ce serait une expérience radicale...) que de vivre un an avec un Smic pour seul revenu et d'occuper l'emploi qui lui vaudrait ce salaire de misère. Métro, boulot, dodo, fins de mois impossibles, endettement, faire face à des dépenses imprévues (une machine à laver qui lâche...), habiller ses enfants qui grandissent, tirer un trait sur les restaurants, renoncer aux spectacles, au cinéma, au théâtre - des renoncements qui ne lui coûteraient pas beaucoup, semble-t-il, vu son ascèse de ce côté-là... -, aux vacances de neige ou d'été, aux week-ends... Fini les appartements de fonction, les chauffeurs, les domestiques, les cuisiniers, les notes de frais, les ors de la République ! Juste pour un mois qui, j'en suis certain, compterait dans la vie de l'impétrant. Le personnel politique français est déconnecté du peuple. Les députés le sont aussi, quelle que soit leur couleur politique : combien de paysans, de chauffeurs de taxi, d'employés, de chômeurs, d'artisans, de petits commerçants siègent à l'Assemblée nationale ? Ne parlons pas du Sénat... Qu'il ait choisi et nommé un ministre du Budget fraudeur du fisc, une ministre de la Culture inculte en littérature, un secrétaire d'Etat siégeant à la commission des Finances à l'Assemblée nationale qui fraude dès qu'il le peut (et qui est toujours député !), un secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants qui confond ses comptes et ceux de l'Etat, tout cela montre qu'il ne vit qu'avec des gens coupés du monde, tout aux jouissances de leurs pouvoirs, jubilant de leur puissance, sans aucun souci de défendre les intérêts, sinon de leurs électeurs, du moins des Français...

* Murray Bookchin (1921-2006) est un militant et essayiste américain écologiste libertaire. Il est considéré aux Etats-Unis comme l'un des grands penseurs de la « nouvelle gauche ».

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Philo contre écume....

23 Janvier 2015, 10:11am

Publié par pam

L’intégralité de l’article de Michel Onfray paru dans le Point du 10 janvier 2015

MERCREDI 7 JANVIER 2015 : NOTRE 11 SEPTEMBRE

- Il est 11h50 ce mercredi 7 janvier 2015 quand arrive sur l’écran de mon portable cette information qu’une fusillade a lieu dans les locaux de Charlie-Hebdo. Je n’en sais pas plus, mais que des tirs nourris aient lieu dans la rédaction d’un journal est de toute façon une catastrophe annoncée.

Au fur et à mesure, j’apprends avec consternation l’étendue des dégâts ! Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Bernard Maris… On annonce dix morts, deux policiers, des blessés en nombre, « une boucherie » est-il dit… A 12h50, j’ai tweeté « Mercredi 7 janvier 2015 : notre 11 septembre », car je crois en effet qu’il y aura un avant et un après. Les choses ne font que commencer.

Charlie-Hebdo est, avec Siné-Hebdo ou le Canard Enchainé, l’honneur de la presse : car un journal satirique, et il m’arrive d’en faire régulièrement les frais, n’épargne rien ni personne, et c’est tant mieux. Ce sont des supports libres parce qu’ils vivent de la fidélité de leurs lecteurs. Sans publicité, ils n’ont aucun riche annonceur à ménager, aucun actionnaire à flatter, aucun propriétaire milliardaire à satisfaire. Ils ne roulent pour aucun parti, aucune école, aucune chapelle : au sens étymologique, ils sont libertaires.

Sur les religions en général, et l’islam en particulier, cette presse dit tout haut avec humour, ironie ou cynisme, ce que beaucoup pensent tout bas. La satire leur permet de dire ce que le politiquement correct de notre époque interdit de faire savoir. En ouvrant les pages du journal, on pouvait se lâcher et rire d’autant plus joyeusement que, sur les questions de religion, dans le restant de la presse, on peut crucifier le chrétien, c’est même plutôt bien porté, mais il faut épargner les rabbins et les imams. A Charlie, la soutane, la kippa et la burka sont également moquées – faudra-t-il écrire étaient ?

Rivé devant ma télévision, sidéré, je prends des notes. J’assiste à un raccourci de ce qui fait notre époque : avant 13.00, un journaliste égyptien parle à i-télé, il précise avec fermeté qu’on va encore mettre tout cela sur le dos des musulmans ! Même à cette heure, l’attentat ayant lieu à Charlie, le journal qui a publié les « caricatures » de Mahomet et qui est menacé pour cela depuis des années, je vois mal comment on pourrait incriminer Raël ou les Véganes ! Mais, déjà pointe l’insulte islamophobe contre quiconque va affirmer que le réel a eu lieu !

Les éléments de langage probablement fournis par les communicants de l’Elysée invitent à dépolitiser les attentats qui ont eu lieu avant Noël : des fous, des déséquilibrés, des dépressifs fortement alcoolisés au moment des faits. Même s’ils crient « Allah Akbar » avant d’égorger un policier, ça n’a rien à voir avec l’islam. Les familles des tueurs en rajoutent en protestant de la gentillesse de leur fiston criminel et l’on passe en boucle leur témoignage. Qui dit vrai ? Ainsi, pour prendre un exemple, Rue 89 parle de « l’attaque présentée (sic) comme terroriste (re-sic) » à Joué-lès-Tours… Dormez bonnes gens. Circulez, il n’y a rien à voir…

I-télé, 13h20. Une journaliste nous dit que François Hollande a précipitamment quitté l’Elysée et qu’on l’a vu « dévaler les escaliers en compagnie de son conseiller en communication » ! Je me frotte les yeux. Non pas le ministre de l’intérieur, ou le chef d’Etat major des Armées, non, mais Gaspar Gantzer – son conseiller en communication ! Hollande arrive sur place, il enfile des perles de rhétorique. Il repart. Dans la voiture, probable débriefing avec le conseiller en communication.

La dépêche de l’AFP tombe : l’un des tueurs a crié « Nous avons vengé le Prophète ». Plus tard, une vidéo passe en boucle et on entend très bien cette phrase. Le journaliste égyptien n’est plus là pour nous dire que ça n’a rien à voir avec l’islam, mais c’est ce que diront nombre d’autres personnes qui se succèdent à l’écran.

C’est d’ailleurs très exactement le propos de l’imam de Drancy Hassen Chalghoumi. Pas un journaliste pour lui rappeler qu’en septembre 2012, lors de la parution des caricatures dansCharlie, ce fameux imam tout terrain et judicieusement judéo-compatible, avait trouvé l’attitude du journal « irresponsable »… Le même Hassen Chalghoumi se fend d’un : « Nous sommes les premières (sic) victimes » sur LCI à 14h17. En effet, les musulmans sont les premières victimes et passent avant Cabu, avant Charb, avant Wolinski, avant Tignous, avant Bernard Maris, avant les deux policiers, avant les blessés en nombre… Avant leurs familles, avant leurs enfants, avant leurs amis.

La litanie du ça n’a rien à voir avec l’islam continue. Droite et gauche confondues. Avec quoi alors ? Il n’est pas même possible de dire que ça a à voir avec un dévoiement de l’islam, avec une défiguration de l’islam, avec une fausse et mauvaise lecture de l’Islam ? Non : rien à voir on vous dit. C’est comme l’Etat islamique qui n’a tellement rien à voir avec l’Islam qu’il faut dire Daesh, parole de Fabius. Dès lors, l’Etat Islamique ne massacre pas puisque, comme la théorie du genre, ça n’existe pas ! Daesh on vous dit. Mais que veut dire Daesh ? C’est l’acronyme d’Etat islamique en arabe. Abracadabra…

La classe politique continue son show. Sarkozy intervient. Drapeau français, drapeau européen, fond bleu, nul sigle UMP : il se croit toujours président de la république ! Il invite à « éviter les amalgames » mais il ne dit pas avec quoi ! Malin…

14h21 sur LCI, Mélenchon intervient : « Le nom des meurtriers est connu : lâches, assassins » ! Tudieu, quel talent pour éviter… les amalgames ! Sarkozy verbigère : les criminels seront poursuivis, châtiés avec une extrême sévérité, il parle de fermeté absolue, de barbarie terroriste, de violence aveugle, il invite à ne pas céder. Les éléments de langage de tout politique qui n’a rien à dire et donne dans le compassionnel – c’est bon pour la cote dirait le conseiller en communication. Et puis, toujours la côte de popularité, on invite à l’unité nationale ! Bayrou, Julien Dray, etc, tous entonnent le même psaume.

LCI, 15h05, Emmanuelle Cosse secrétaire d’Europe Ecologie les Verts invite à … éviter l’amalgame. Mais on ne sait toujours pas avec quoi. Elle déplore l’absence de débats et déplore plus encore ceux qui veulent un débat pour savoir ce qu’il en est de l’amalgame ! ça sent le coup de pied de l’âne à Zemmour ou Finkielkraut ! Le Parti Socialiste dispose d’une riposte à la mesure de la boucherie : « une marche des républicains » ! En effet, c’est une réponse politique à la hauteur des évènements. Gageons que le président de la République, qui doit parler à 20.00, volera dans la même stratosphère politique.

Un bandeau défile en bas de mon écran : Marine Le Pen dénonce « un attentat terroriste commis par des fondamentalistes islamistes ». Pourquoi une fois de plus le personnel politique, suicidaire, lui laisse-t-il le monopole des mots justes sur des situations que tout le monde comprend ? C’est en effet « un attentat terroriste » et il a été effectivement perpétré « par des fondamentalistes islamistes ». Quiconque le dira désormais va passer pour un lepéniste ! Le musulman qui n’est pas fondamentaliste se trouve ainsi épargné, et c’est très bien ; on dit donc en quoi ça a à voir avec l’islam parce que ça en est la version radicale et armée, brutale et littérale ; on laisse entendre qu’il faut lutter contre cette formule-là et rassembler tous ceux qui sont contre, y compris les musulmans ; et on dit d’un attentat terroriste que c’est un attentat terroriste. Le succès de Marine Le Pen vient beaucoup du fait que, mises à part ses solutions dont je ne parle pas ici, elle est en matière de constats l’une des rares à dire que le réel a bien eu lieu. Hélas, j’aimerais que cette clarté sémantique soit aussi, et surtout, la richesse de la gauche.

Les commentaires tournent en boucle. Mêmes images, mêmes mots, mêmes derviches tourneurs. Pas d’amalgames, ça n’a rien à voir avec l’islam, actes barbares… Des manifestations s’annoncent dans toute la France. Je suis sollicité par des journalistes français, télés et radios, je suis en province, pas question d’aller à Paris. Entretiens avec deux journalistes italien, demande de Skype avec le Danemark, calage d’un direct avec la Suisse pour une heure de direct le lendemain matin à 7.00. La France regarde le monde : est-ce que Hollande va annoncer quelque chose qui soit à la hauteur ?

Les rues sont remplies. Besancenot est à la télévision. « Pas d’amalgames ou de récupération politicienne » dit-il. Mais aussi : « Rien à voir avec une quelconque idée religieuse ». Comme les autres hommes politiques. Les foules se constituent.

Sous mes fenêtres, à Caen, un immense ruban silencieux, immense, immense. Une foule considérable et silencieuse. Je suis au téléphone avec une journaliste de la Reppublica. Je regrette. J’aurais voulu être en bas, avec eux, dans la foule, anonyme, silencieuse et digne. Mais je m’imagine plus utile à répondre autant que faire se peut aux sollicitations qui ne cessent d’arriver par téléphone.

Je rêve un peu : j’imagine que Hollande va trouver dans cette épreuve terrible pour le pays matière à renverser son quinquennat en prenant des décisions majeures. Il en a le devoir, il en aurait le droit, il lui en faudrait l’audace, le courage. Il joue ce soir son nom dans l’Histoire.

20h00. Il annonce : journée de deuil national et drapeaux en berne, réunions avec les deux représentants des deux assemblées et les chefs de parti, minute de silence dans les administrations et une phrase que personne ne sculptera dans le marbre : « Rassemblons nous ! »…

Je pense au cadavre de Cabu, au cadavre de Charb, au cadavre de Wolinski, au cadavre de Tignous, au cadavre de Bernard Maris… A leurs cadavres ! A celui du policier abattu d’une balle dans la tête. A celui qui assurait la garde rapprochée de Charb. A celui de l’hôtesse d’accueil. Aux blessés entre la vie et la mort à l’hôpital. Je ne parviens pas à y croire.

Il y aura un avant et un après mercredi 7 janvier 2015. D’abord parce que ceux qui ont tué sont aguerris : l’opération commando a été redoutablement exécutée. Repérage, arrivée, méthode, interrogation sur les identités des journalistes, abattage, carnage, repli, couverture de l’un par l’autre, tir sur des policiers, l’un d’entre eux est à terre, les tueurs s’approchent, l’un tire une balle dans la tête, l’autre couvre le tireur, retour à la voiture, tranquillement, l’un d’entre eux prend une basket tombée à terre et la remet dans le véhicule, ils repartent, même pas sur les chapeaux de roue. Le policier de la BAC est mort ; il gagnait moins de 2000 euros ; il s’appelait Ahmed – lui aurait pu dire pourquoi ça n’a rien à voir. Cabu et les autres gisent dans leur sang. « On a vengé le prophète » dit l’un d’entre eux… Il ajoute : « On a tué Charlie ». Puis ils se perdent dans la nature…

Ces hommes sont des soldats, des guerriers : le déroulement de l’opération, sa préparation et son exécution, la façon de tenir leurs armes, l’harnachement de combat avec cagoule et magasin de munitions sur le thorax, le carton du tir groupé effectué avec une kalachnikov sur le pare-brise de la voiture de police, les changements de voitures, la disparition dans la mégapole, tout cela montre des gens qui ont appris le métier de la guerre.

Dès lors, ils continueront. Il n’est pas dans le genre de ces individus de prendre des vacances et de se fondre dans l’anonymat. Ils veulent tuer plus encore et mourir au combat, puisqu’ils pensent qu’ainsi, djihad oblige et paradis aidant, ils retrouveront le Prophète dans la foulée. Rien à voir avec l’islam, bien sûr.

Peut-on penser un peu l’événement et se défaire un tant soit peu de l’émotion, du pathos, du compassionnel qui ne mange pas de paix et dans lequel communient les tenants de l’unité nationale ? Il ne suffit pas de crier à la barbarie des tireurs du commando et d’affirmer que ces barbares attaquent notre civilisation pour se croire quittes !

Le matin même, aux informations de 7.00, j’apprenais que la France avait dépêché un sous marin nucléaire sur les côtes est de la Méditerranée, non loin de la Syrie. Nous sommes en guerre. Et cette guerre a été déclarée après le 11 septembre par le clan des Bush. Hormis l’épisode à saluer de Chirac refusant d’y aller, de Mitterrand à Hollande en passant par Sarkozy, nous avons bombardé des pays musulmans qui ne nous menaçaient pas directement : Irak, Afghanistan, Lybie, Mali, aujourd’hui l’Etat Islamique, et ce en faisant un nombre considérable de victimes musulmanes depuis des années. Voit-on où je veux en venir ?

Précisons. A qui peut-on faire croire qu’hier le régime des Talibans en Afghanistan, celui de Saddam Hussein en Irak ou de Kadhafi en Lybie, aujourd’hui celui des salafistes au Mali ou du califat de l’Etat Islamique menaçaient réellement la France avant que nous ne prenions l’initiative de les attaquer ? Que maintenant, depuis que nous avons pris l’initiative de les bombarder, ils ripostent, c’est, si l’on me permet cette mauvaise formule, de bonne guerre !

Mais l’on confond la cause et la conséquence : les régimes islamique de la planète ne menacent concrètement l’Occident que depuis que l’Occident les menace. Et nous ne les menaçons que depuis que ces régimes aux sous-sols intéressants pour le consumérisme occidental ou aux territoires stratégiquement utiles pour le contrôle de la planète, manifestent leur volonté d’être souverains chez eux. Ils veulent vendre leur pétrole ou les produits de leurs sous-sols à leur prix et autoriser leurs bases à leurs seuls amis, ce qui est parfaitement légitime, le principe de la souveraineté des pays ne souffrant aucune exception.

Si les droits de l’homme étaient la véritable raison des attaques françaises aux côtés, comme par hasard, des Etats-Unis, pourquoi n’attaquerions nous pas les pays qui violent les droits de l’homme et le droit international ? Pourquoi ne pas bombarder la Chine ? Cuba ? L’Arabie Saoudite ? L’Iran ? Le Pakistan ? Le Qatar ? Ou même les Etats-Unis qui exécutent à tour de bras ? Il suffit de lire le rapport d’Amnesty International pour choisir ses cibles, elles ne manquent pas…

Les politiques qui n’ont d’idées qu’en fonction de leurs élections ou de leurs réélections n’ont pas pensé la guerre. Ils regardent les crédits de la défense et ils coupent pour faire des économies, mais ils n’ont aucune théorie en rapport avec le nouvel état des lieux. La géostratégie est le cadet de leur souci.

L’existence de l’URSS légitimait, disons-le ainsi, l’armement nucléaire pour l’équilibre des terreurs. L’ouvrage incontournable en matière de polémologie, De la guerre de Clausewitz, a théorisé les conflits qui relevaient de ce qu’il appelait la Grande Guerre : celle qui oppose deux Etats, deux nations, deux peuples. Il a également parlé, mais beaucoup moins, de la Petite Guerre : celle qu’on peut aussi appeler la guérilla.

Ce qui a eu lieu ce mercredi 7 janvier illustre parfaitement que notre Etat s’évertue à penser contre vents de guérilla et marées terroristes en terme de Grande Guerre : voilà pourquoi le chef de l’Etat, qui est aussi chef des armées, entre l’annonce du film à venir de Trierweiller et le prochain dîner avec Julie Gayet à soustraire au regard des paparazzis, lui qui est chef des Armées a décidé d’envoyer porte-avions et sous-marins en direction de la Syrie. Pour quoi faire dans un conflit fait de combats dans les rues ?

Pendant ce temps, emblématiques de la Petite Guerre, trois hommes peuvent, avec chacun une kalachnikov et un lot de trois voitures volées, décapiter un journal, mettre la France genoux, montrer notre pays saigné à la planète entière, décimer le génie du dessin satirique français et n’obtenir pour toute réponse du chef de l’Etat qu’un : « Rassemblons nous ! ». Je vois bien ce que nos dessinateurs assassinés auraient fait de cette palinodie d’Etat.

Juste après avoir appris cette information du sous-marin envoyé par Hollande dans les eaux non loin d’Israël ou du Liban, France-Inter invitait ce mercredi matin dans sa Matinale Michel Houellebecq pour Soumission. Plus personne n’ignore désormais que ce roman se déroule dans une France islamisée après un second mandat de Hollande. Le politiquement correct lui reprochait depuis plusieurs jours d’annoncer une guerre civile et une humoriste, c’est du moins ce que l’on dit d’elle, une certaine Nicole, a même rioché plusieurs fois avant de dire que la guerre civile annoncée pour dans quinze ans, si elle devait arriver un jour, serait un pur produit de son roman ! Paf, trois heures plus tard, le roman futuriste de Houellebecq racontait notre présent. Mais c’est lui qui était responsable, bien sûr, de ce qui advenait.

Ce mercredi 7 janvier est un jour qui inaugure une ère nouvelle, hélas ! Quand les trois tueurs tomberont, soit dans leur sang, soit dans un panier à salade, trois autres se lèveront. Et quand ces trois là tomberont, trois autres à nouveau, etc. Ne nous est-il pas dit que plus de mille soldats revenus du front de l’Etat Islamique sont en état de marche guerrière sur le sol national ? On fait quoi maintenant ? Rappelez vous l’excellent film de Mathieu Kassowitz, La Haine : « Jusqu’ici, tout va bien ». Jusqu’au 7 janvier 2015, c’était vrai… Aujourd’hui, plus très sûr…

©Michel Onfray janvier 2015

"débat" difficile à supporter (interruptions inutiles, réactions primaires... on est à la télé n'est-ce-pas)... mais en s'accrochant... on peut en tirer quelque chose !

"Nous avons créé le terrorisme en prétendant vouloir lutter contre." Onfray.

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comprendre l'évolution de la société ?

17 Janvier 2015, 07:08am

Publié par pam

De nouveau de la lecture, trop peut être, alors faites votre choix !

Inutile de dire que si nous ne nous posons pas de questions en ce moment, si nous ne cherchons pas de solutions, si nous ne nous retroussons pas les manches très vite... alors ce sera inutile demain de nous plaindre de l'évolution de notre société, de nos vies...

comprendre l'évolution de la société ?

LE JOUR D’APRÈS

Après l’émotion et la mobilisation, quels défis pour la société française et la défense des libertés dans le monde ?

PAR IVAN DU ROY

 

Difficile de trouver les mots après les événements tragiques des derniers jours et l’immense mobilisation citoyenne. La solidarité, l’émotion collective, la détermination, succèdent à l’horreur. L’agacement aussi parfois, la peur, les amalgames, les hypocrisies, les tentatives de récupération. Face à la complexité de la situation et de ses implications, l’analyse n’est pas simple : nous avons donc choisi quelques thèmes pour tenter de comprendre ce qui se joue ici. Pour tenter d’extraire du sens de cette avalanche de commentaires, d’analyses, d’expressions, de polémiques en devenir. Pour jouer aussi notre rôle de veilleurs, vigilants sur les conséquences de ces événements, sur ce que sera la France, le jour d’après.

 
 
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Une mobilisation inédite, où l’on aura vu la foule applaudir au passage des fourgons de police. Où l’on aura défilé contre le terrorisme, pour la liberté de la presse, la liberté d’expression, en hommage à des journalistes, à des policiers, à la mémoire des victimes d’un crime antisémite. En pensant aussi à tous ceux qui demain devront supporter les conséquences de ces événements. En premier lieu les musulmans, qui, dans le grand bazar des amalgames, sont déjà la cible de plusieurs actes islamophobes un peu partout sur le territoire (lire notre article). Difficile de trouver les mots pour décrire cette mobilisation. Entre émotion face aux événements tragiques et à ce réveil citoyen, et agacement face à un unanimisme construit par nos dirigeants. Entre un événement qui laisse sans voix, et qui suscite pourtant une avalanche de commentaires, le besoin de parler, discuter, échanger, analyser.

Une question est sur toutes les lèvres : « Et demain ? ». Que sera la France, le jour d’après ? Voici quelques mots pour tenter de comprendre. Et pour inviter à la vigilance.

Peur. Une phrase circule, reprise un peu partout. Celle de Fabian Stang, maire d’Oslo, après la tuerie de l’île Utøya perpétrée par le néo-nazi Anders Breivik en 2011, qui a fait 69 morts : « Nous allons punir le coupable. La punition, ce sera plus de générosité, plus de tolérance, plus de démocratie. » Dimanche, dans les mobilisations, un message fort : « Nous n’avons pas peur », la peur ne passera pas. Saurons-nous transformer cela en une exigence de plus de démocratie et de tolérance en France ? Ou verrons-nous une énième loi liberticide être votée au nom de la sécurité nationale et de la lutte contre le terrorisme ?

Terrorisme. Certains comparent cet évènement au 11 septembre 2001, une raison de plus pour s’interroger sur la façon dont les États-Unis ont répondu à cet événement en instaurant le Patriot Act. Évitons de reproduire les mêmes erreurs.

Patrick Viveret, philosophe : « L’extension du terrorisme alimenté par le fanatisme qu’exprime aujourd’hui Daesh est en effet une conséquence directe de la politique conduite par l’administration Bush en réponse aux attentats du 11 septembre. Le désastre de cette politique est patent tant à l’extérieur des États-Unis qu’à l’intérieur. D’un côté c’est le double échec de l’intervention militaire en Afghanistan qui conduit aujourd’hui au retour en force des talibans, et, plus encore, en Irak dont la désagrégation a permis la création d’un État terroriste qui instrumente l’Islam pour habiller ses crimes d’une justification prétendument religieuse.

De l’autre, à l’intérieur, ce sont les atteintes majeures aux libertés organisées par le Patriot Act, les crimes contre l’humanité commis dans les camps de torture organisés par la CIA, les logiques de peur et de repli identitaires qui conduisent aux régressions racistes malgré la présence historique d’un président noir à la maison blanche. Autant dire que ce sont les valeurs fondamentales de l’Amérique qui sont aujourd’hui menacées beaucoup plus efficacement par les conséquences de la politique de Bush que par l’attentat organisé par Ben Laden. Il en serait de même si, par malheur, une France saisie par ce que Wilhem Reich nommait "la peste émotionnelle", se laissait embarquer dans une double logique de guerre extérieure et intérieure, la première alimentant d’autant plus la seconde. » (…) « une logique de peur et de repli identitaire faciliterait encore davantage la lepénisation des esprits. Ce serait pour nos amis de Charlie une seconde mort » [2].

Alors que le gouvernement annonce déjà vouloir étudier de nouvelles mesures législatives, La Quadrature du Net, association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet, avertit : « Depuis 1986 chaque acte terroriste a été suivi d’une loi antiterroriste, lesquelles entraînent systématiquement un recul des libertés fondamentales au prétexte de la sécurité. Aujourd’hui, la dernière loi votée en novembre n’est même pas encore entrée en application que le gouvernement en annonce déjà de nouvelles, sans prendre le moindre temps de réflexion ou de mise à l’épreuve de la réalité, des effets ou de l’efficacité de ces lois. »

Guerre. Si la portée d’un acte terroriste se mesure à la réaction de la victime, par ces mobilisations, nous donnons aussi de la puissance à cet acte. Mais il ne s’agit pas de tomber dans les délires de ceux qui y voient une déclaration de guerre. Ceux qui voudraient nous entrainer sur le terrain de la guerre de civilisation. Ceux qui emploient des formules toute faites pour empêcher de penser, « renvoyant de manière calamiteuse aux déclarations de George Bush et des faucons américains au lendemain du 11-Septembre » (Médiapart). Un attentat perpétré par des fous au nom de la religion, par quelques individus au nom d’une idéologie, ne peut être assimilé à une guerre. « Les frères Kouachi, Coulibaly, comme Merah, ne sont pas plus musulmans qu’islamistes. Ils sont des Français, passés par la délinquance et la case prison avant de s’enfermer dans une radicalisation terroriste habillée de quelques minables oripeaux idéologiques »analysent François Bonnet et Edwy Plenel.

Prisons. Chérif et Saïd Kouachi, Amédy Coulibaly, mais aussi Mohamed Merah – qui a assassiné sept personnes, dont trois enfants de confession juive et trois militaires (dont deux de confession musulmane) –, Mehdi Nemmouche – auteur présumé de l’attaque contre le Musée juif de Belgique qui a tué quatre personnes le 24 mai 2014 à Bruxelles – et Khaled Kelkal – membre du Groupe islamique armé (GIA) algérien et impliqué dans la vague d’attentats qui touche la France en 1995 et fait dix morts (huit victimes lors de l’attentat à la bombe du RER B à Saint-Michel, un imam et son assistant assassinés dans le 18ème arrondissement) et 200 blessés – se sont tous radicalisés en prison, au contact de militants islamistes, après avoir sombré ou flirté avec la petite délinquance.

Cela pose crûment la question du rôle de l’institution carcérale dans la société française. La prison est considérée comme la réponse pénale prioritaire face à la petite délinquance, à ceux qui récidivent. Fin décembre, 67 105 personnes étaient incarcérées en France, dont une sur quatre n’ont pas encore été jugées (17 526 prévenus). Pourquoi est-elle le lieu privilégié de la radicalisation menant à de dramatiques passages à l’acte ? Comment l’éviter ? Comment ouvrir d’autres horizons que cette radicalisation à des jeunes gens condamnés pour des délits de droit commun, alors que les actions de prévention et de luttes contre la récidive, autre que l’emprisonnement, ont été décriées depuis tant d’années ?

Désolidarisation. Le jour même de l’attentat contre Charlie Hebdo, certains enjoignent les Français de confession musulmane à réaffirmer leur attachement aux valeurs de la République. Comment ne pas voir la violence de cette injonction à la désolidarisation ? Comme si, parce qu’on est musulman, on pouvait être a priorisolidaire de cet attentat. Demande-t-on aux Français de confession chrétienne, à tous les Français, de se désolidariser des actes islamophobes perpétrés depuis quelques jours ? Sans compter l’absurdité qu’il y a à renvoyer publiquement des citoyens français à leur islamité, alors qu’on leur demande chaque jour de mettre cette part de leur identité en sourdine, de ne l’exprimer que dans l’intimité. Une telle injonction à la désolidarisation fait bien sûr le jeu de l’extrême droite, mais aussi de l’islamisme, par les amalgames qu’il génère, la souffrance ou l’exaspération légitime qu’il provoque chez ceux qui sont visés, sommés de donner des gages de leur appartenance à la communauté française, de leur citoyenneté.

« Comment les musulmans pourraient-ils se dissocier d’actes auxquels ils ne se sont jamais associés ? Pourquoi les musulmans auraient-ils à se dissocier de leurs bourreaux ? »écrivent des responsables de collectifs et réseaux citoyens des quartiers populaires et de lutte contre les discriminations. Le fait que plusieurs victimes soient de confession musulmane renforce l’absurdité de cette injonction.

« Peut-être que la plupart des musulmans sont pacifiques, mais jusqu’à ce qu’ils reconnaissent et détruisent leur cancer djihadiste, ils doivent être tenus pour responsables », ose affirmer le milliardaire états-unien Rupert Murdoch le 10 janvier sur Twitter. En réponse à ces propos islamophobes, J.K. Rowling, auteur de la série Harry Potter, rétorque : « Je suis née chrétienne. Si cela me rend responsable de ce que dit Murdoch, je m’auto-excommunie. »

Amalgame. Tout cela nourrit l’amalgame. En témoigne la stigmatisation que subissent les jeunes de Seine-Saint-Denis, pointés du doigt lors de quelques perturbations de la minute de silence, organisée le 9 janvier en hommage aux victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo.

Marie, enseignante en Seine-Saint-Denis : « Les élèves de Seine Saint-Denis n’ont surtout rien demandé. Ils aimeraient bien qu’on leur foute la paix, pour une fois, qu’on arrête de braquer les projecteurs sur eux dès qu’un bas du front islamiste vient dire ou commettre quelque chose d’effroyable.
Pas d’amalgame, dit-on. Sauf qu’on regarde toujours du même côté quand quelque chose ne va pas. On dresse l’inconscient des lecteurs, même les plus intelligents, à créer une association d’idées entre un attentat terroriste et des gamins de Seine Saint-Denis qui ne représentent pas la majorité et qui sont conditionnés par le milieu qui les a vus naître.
Oui, il y a des connards en Seine Saint-Denis. Oui, il y en a qui sont bien contents que Charb se soit pris une balle dans la tête. Non, tous les enfants de Seine Saint-Denis ne sont pas pour ces attentats. Non, tous les enfants de Seine Saint-Denis ne sont pas d’accord avec l’intégrisme islamiste. C’est même le contraire. Certains ont écrit spontanément des plaidoyers pour la liberté d’expression. D’autres ont eu des remarques plus intelligentes que certains adultes. D’autres ont lu « Liberté » de Paul Eluard en sanglotant.
En braquant les caméras et les dictaphones sur une poignée de crétins, on oublie l’intelligence des autres et la sienne. Pendant ce temps-là, des Musulmans et des Musulmanes se font agresser. Des mosquées sont incendiées, taguées, injuriées. »
(Pour mes élèves de Seine Saint-Denis, 10 janvier 2015).

Démocratie. Certains commentateurs soulignent l’importance de continuer à débattre. A dire qu’on peut ne pas être d’accord avec les positions de Charlie, à trouver certaines caricatures malvenues. Car la démocratie, c’est cela : la possibilité de la critique, du débat, de l’engueulade, du désaccord.

Abdelkrim Branine, rédacteur en chef de Beur FM : « Pour la petite minorité de crapules qui disent que Charlie Hebdo a pu mériter ce qui est arrivé, je laisse faire la justice. Ceux qui disent « Je ne suis pas Charlie » le font parfois de façon maladroite, mais il faut les écouter. Il ne faut pas faire de chantage intellectuel et dire comme le président George W. Bush : « Vous êtes avec nous ou contre nous ». Ils veulent simplement dire qu’ils n’étaient pas d’accord avec Charlie Hebdo, sa manière de traiter l’islam et les musulmans. Plus que le fait, réputé sacrilège, de caricaturer le prophète Mahomet, c’est un dessin le montrant avec une bombe dans son turban qui a choqué [en fait un dessin du quotidien danois Jyllands-Posten, republié en 2006]. Il s’apparentait à de l’islamophobie en liant islam et terrorisme. Mais ces désaccords, dans le cas de la tuerie qui a touché Charlie Hebdo, ne comptent pas. Et on n’a pas besoin de dire « Je suis Charlie » pour partager la peine des familles. » [3]

Solidarité internationale. Afghanistan, Algérie, Égypte, Irak, Kurdistan, Mali, Maroc, Palestine, Syrie, Tunisie… Les fronts où la bataille politique se mène contre le totalitarisme islamiste sont nombreux. Des mouvements sociaux y luttent de manière non violente pour les droits et l’émancipation. Et leurs ennemis sont multiples : les groupes armés se réclamant du djihad et de l’islam fondamentaliste mais aussi des dictatures, des régimes autoritaires, des lois répressives, des troupes d’occupation militaire. Il n’y a qu’à constater la périlleuse situation des médias et blogs indépendants du Moyen Orient qui tentent, malgré les risques d’assassinats, d’emprisonnements, de tortures, de châtiments corporels, d’informer – lumières vacillantes en faveur de la liberté d’expression.

Nombre de ces mouvements sont en contact avec des associations et des ONG françaises et européennes. Et ont besoin de leur soutien, comme l’a montré le rôle important qu’a joué l’organisation du Forum social mondial à Tunis en 2013 (lire notamment ici), après le renversement de la dictature Ben Ali, et qui se tiendra à nouveau dans la capitale tunisienne fin mars 2015. Mais ce combat, ces engagements, ces solidarités concrètes ne sont pas suffisamment visibles. Ni la bataille contre le totalitarisme fondamentaliste qui doit être érigé en priorité au même titre que d’autres indispensables combats, y compris sur le sol européen.

Vivre-ensemble. Lorsque l’émotion sera retombée, que les esprits seront un peu apaisés, il faudra prendre le temps de l’analyse de ce qui nous a amenés à ça. Une auto-critique lucide et sans complaisance, le bilan de ces années de démission politique. Pourquoi des gamins paumés aujourd’hui en France se font embrigader ? Pourquoi des jeunes partent faire le djihad en Syrie ? Faire le bilan de ces corps intermédiaires qui se délitent, des associations qui n’ont plus les moyens de faire leur travail sur le terrain. Se demander pourquoi, parfois, nous ne sommes plus capables de penser le vivre-ensemble, de manière sereine. Il ne s’agit pas seulement d’embrigadement religieux, mais aussi comprendre pourquoi tant de jeunes choisissent de se fourvoyer dans des idéologies basées sur la négation de l’autre et le rejet de son humanité, notamment à l’extrême-droite.

Catherine Robert, Isabelle Richer, Valérie Louys et Damien Boussard, professeurs en Seine-Saint-Denis : « Si les crimes perpétrés par ces assassins sont odieux, ce qui est terrible, c’est qu’ils parlent français, avec l’accent des jeunes de banlieue. Ces deux assassins sont comme nos élèves. Le traumatisme, pour nous, c’est aussi d’entendre cette voix, cet accent, ces mots. Voilà ce qui nous a fait nous sentir responsables. Évidemment, pas nous, personnellement : voilà ce que diront nos amis qui admirent notre engagement quotidien. Mais que personne, ici, ne vienne nous dire qu’avec tout ce que nous faisons, nous sommes dédouanés de cette responsabilité. Nous, c’est-à-dire les fonctionnaires d’un État défaillant, nous, les professeurs d’une école qui a laissé ces deux-là et tant d’autres sur le bord du chemin des valeurs républicaines, nous, citoyens français qui passons notre temps à nous plaindre de l’augmentation des impôts, nous contribuables qui profitons des niches fiscales quand nous le pouvons, nous qui avons laissé l’individu l’emporter sur le collectif, nous qui ne faisons pas de politique ou raillons ceux qui en font, etc. : nous sommes responsables de cette situation. Ceux de Charlie Hebdo étaient nos frères : nous les pleurons comme tels. Leurs assassins étaient orphelins, placés en foyer : pupilles de la nation, enfants de France. Nos enfants ont donc tué nos frères. Tragédie. Dans quelque culture que ce soit, cela provoque ce sentiment qui n’est jamais évoqué depuis quelques jours : la honte. » (...)

« Personne, dans les médias, ne dit cette honte. Personne ne semble vouloir en assumer la responsabilité. Celle d’un État qui laisse des imbéciles et des psychotiques croupir en prison et devenir le jouet des pervers manipulateurs, celle d’une école qu’on prive de moyens et de soutien, celle d’une politique de la ville qui parque les esclaves (sans papiers, sans carte d’électeur, sans nom, sans dents) dans des cloaques de banlieue. Celle d’une classe politique qui n’a pas compris que la vertu ne s’enseigne que par l’exemple. »  [4]

Récupérations. Nous ne sommes pas tous Charlie. Certains aimeraient se convaincre qu’ils le sont. En témoigne la présence dans la manifestation dimanche de dictateurs venus défiler au nom de ce qu’ils bafouent chaque jour. Reporters sans frontières « s’indigne de la présence à la “marche républicaine” à Paris de dirigeants de pays dans lesquels les journalistes et les blogueurs sont systématiquement brimés, tels l’Egypte, la Russie, la Turquie, l’Algérie et les Émirats arabes unis. Au classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF, ces pays sont respectivement 159e, 148e, 154e, 121e et 118e sur 180 ». Willem, un des dessinateurs de Charlie Hebdo, ironisait dans un journal néerlandais : « Ça me fait bien rien rire. Nous vomissons sur tous ces gens qui, subitement, disent être nos amis. »

Hypocrisie. Le communiqué absurde du ministère des affaires étrangères du Maroc, annonçant sa présence à la manifestation, qui précise : « Au cas où des caricatures du Prophète — prière et salut sur Lui —, seraient représentées pendant cette marche, le ministre des affaires étrangères et de la coopération ou tout autre officiel marocain ne pourraient y participer ». L’Arabie Saoudite, qui dénonce la « couardise » de ces assassinats, alors que débute la flagellation du blogueur libéral Raïf Badawi, condamné à 1000 coups de fouet pour avoir critiqué le clergé wahhabite.

Karim Émile Bitar, directeur de rechercher à l’IRIS : « Il est pour le moins ironique de voir une cinquantaine de chefs d’État, dont une belle brochette de chantres de l’autoritarisme, venir honorer des journalistes issus pour la plupart d’un courant de pensée de la gauche radicale, anarchiste et libertaire, hostile à toutes les formes d’État et d’autorités. Tristement ironique également d’assister depuis quelques jours à ce festival de tartufferies, qui aurait donné la nausée, ou peut-être aussi amusé, les victimes de la tuerie. »

Efforts. Non, tous les médias ne sont pas Charlie. Beaucoup de médias proclament qu’ils n’arrêteront pas le combat. Mais quel combat ? Celui pour la liberté de la presse ? Le combat pour faire vivre des médias indépendants des pouvoirs économiques et politiques ? Comment être à la hauteur de l’insolence de Charlie, de sa liberté de ton, de son irrévérence ? Alors que défilent des millions de personnes pour défendre la liberté de la presse, les médias sauront-ils se saisir de cet attachement renouvelé pour s’interroger, loin de la course au scoop, de la priorité à l’émotion et au spectaculaire, des commentaires stériles sur l’actualité ? Sauront-ils demain être à la hauteur de l’attente aujourd’hui suscitée ? A quoi sert la liberté de la presse si elle est mal utilisée ?

Conscience. Si nous sommes Charlie, citoyens debout pour la défense des libertés, nous ne pouvons rester indifférents à ce qui se joue dans le monde. Notamment au Nigeria, là où les massacres perpétrés par le groupe Boko Haram se sont multipliés ces derniers jours et ont plongé le pays dans l’horreur. Une quinzaine de villages ont été attaqués en quelques jours, « des centaines de corps jonchant le sol »décriventles rares survivants. Si nous sommes Charlie, en conscience, nous ne pouvons pas fermer les yeux. Et faire comme si rien, ici, n’avait changé. Notre indignation, notre colère, notre mobilisation, ne peuvent pas être sélectives.

Agnès Rousseaux et Ivan du Roy

@AgnèsRousseaux
@IvanduRoy

comprendre l'évolution de la société ?

L’enfance misérable des frères Kouachi

ELOÏSE LEBOURG (REPORTERRE)

jeudi 15 janvier 2015

Quelle était l’enfance de Chérif et Saïd Kouachi, les deux hommes qui ont assassiné les journalistes et les policiers à Charlie Hebdo ? Une enfance misérable, de père absent et de mère prostituée, dans un immeuble populaire du 19e arrondissement de Paris. Evelyne les a connus, elle témoigne. Un document exclusif de Reporterre

Elle en rêvait, de son logement social. Elle pose donc meubles, enfants, mari, dans un F4 du 156 rue d’Aubervilliers, à Paris. Avec son CAP de comptabilité, Evelyne s’en va chaque matin travailler tout près de la cité, en plein 19earrondissement. Nous sommes dans les années 1980. La mixité sociale n’est encore qu’une théorie, un concept.

« Ici, nous vivions entre pauvres. Et encore, la plupart des gens, une fois passées quelques années, partaient ailleurs. Le quartier craignait vraiment. Nous avons décidé de rester pour changer notre environnement nous-mêmes, nous les locataires du 156. Nous voulions sauver notre quartier. »

Un enfant comme les autres

Alors, Evelyne crée des associations. L’une d’elles, Jeunes et locataires, voit le jour dans les années 1990. Son but est de sortir les enfants, de leur faire découvrir autre chose « que le ghetto ». Son association est une des rares à traverser le temps, elle existe pendant plus de dix ans. Elle parvient à dégoter quelques subventions, alors elle prend la main des gamins du quartier et les emmène ailleurs. Un goûter dans un parc, une sortie dans un beau quartier de Paris, et même un jour : Eurodisney.

On la prévient, dans la bande des enfants, l’un est particulièrement coquin, voire turbulent. Il s’appelle Chérif. Il se balade toujours avec son grand frère Saïd, plus discret. À croire que le plus petit est l’aîné. Saïd pleurniche tout le temps, et suit toujours son cadet. Evelyne surveille le cadet « comme du lait sur le feu ».

« J’adorais cet enfant. Il suffisait qu’on le cajole, qu’on le prenne dans les bras pour qu’il se calme. Moi, je l’ai trouvé touchant, ébahi comme tous les autres par la bande à Mickey. » Un enfant comme les autres, qui croit en la magie de Disney, et qui se calme dès qu’on l’apaise. « On les emmenait au cinéma, Chérif adorait y aller. »

Mère en détresse

Sa mère n’a pas d’argent pour payer la cantine, et elle n’est pas du genre à demander de l’aide. Evelyne qui aide tout le monde à faire ses papiers, ne l’a jamais vue dans son bureau. On ne sait rien du père, et peut-être même les enfants ont-ils des pères différents. Ils ont toujours vécu ici, nés en 1980 et 1982. Deux des cinq enfants ont déjà été placés ailleurs par les services sociaux, quand Evelyne suit Cherif et Saïd.

Quelques mois après la sortie à Eurodisney, Chérif rentre de l’école comme chaque midi. Accompagné comme toujours de son grand frère, il découvre ce midi-là, en plein milieu de l’appartement, sa maman morte. Morte de quoi ? Elle aurait avalé trop de médicaments. Pour beaucoup, il s’agit d’un suicide.

Finalement, tout le monde connaissait le quotidien de cette mère célibataire. Et les langues des habitants du quartier finissent par se délier. Elle ne parvenait plus à subvenir aux besoins de ses cinq enfants, elle avait fini par faire le trottoir pour arrondir les fins de mois. Elle serait morte, selon la gardienne qui était la seule qui lui parlait, enceinte d’un sixième enfant.

Les enfants sont orphelins, Saïd a douze ans, Chérif a dix ans. Ils quitteront le 156, pour passer leur adolescence, en Corrèze, dans un établissement de la Fondation Claude Pompidou

"On aurait dû aider cette maman"

Evelyne l’a reconnu sur sa télé mercredi 7 janvier. « J’ai appelé mon gendre, qui lui aussi a grandi dans le quartier. Il m’a bien confirmé. J’ai pleuré. Je me suis dit que je suis responsable. J’aurais dû aider cette maman. On n’aurait jamais dû emmener les enfants à Eurodisney, avec cet argent-là, on aurait dû aider cette maman. Chérif avait une dizaine d’années, pas plus. Finalement, à n’avoir rien vu, nous avons tué cette mère et avons été incapables de sauver ses enfants. »

Evelyne est inconsolable devant sa télévision. « Chérif était un enfant comme les autres. Mais il n’aura pas reçu d’amour… Il a trouvé dans le fanatisme religieux, la famille qu’il n’a jamais eue. Ils ont su lui monter la tête. En même temps, c’est facile de s’en prendre à des gamins aussi isolés et fragiles. Personne n’était là pour le remettre dans le droit chemin. »

"S’il avait eu une enfance heureuse, serait-il devenu terroriste ?

Evelyne tient pour responsable la politique de la Ville. « Le but était de parquer là les pauvres. Et personne ne s’en occupait. Les assistantes sociales démissionnaient une à une. Elles avaient trop de boulot par chez nous, elles préféraient se faire muter ailleurs. Alors chaque mois, on avait une nouvelle personne qui reprenait notre dossier, et au final, on n’avançait pas. »

Evelyne en veut aussi beaucoup au manque d’encadrement des enfants. « Il n’était pas rare que l’on voit des enfants de cinq-six ans traîner devant l’immeuble à minuit. Chérif lui, était comme abandonné. Je me souviens d’un jour durant lequel nous organisions un goûter. Nous n’avions pas de local, alors nous allions dans les caves. Je suis remontée chercher des gobelets, et là, j’ai vu un gardien demander à Chérif, qui était tout maigrelet, de se mettre à genoux pour demander pardon, parce qu’il avait fait une bêtise. Comme il n’avait pas de papa, et une maman absente, il était un peu le souffre-douleur. Enfin, je ne voudrais pas que vous pensiez que je le défends. Mais je veux dire, s’il avait eu une enfance heureuse, serait-il devenu un terroriste ? »

Elle raconte aussi, pour expliquer le contexte de désarroi, l’histoire d’un autre jeune, habitué de la brigade des mineurs, qu’elle faisait dormir chez elle, parce qu’il était battu par sa maman. Un jour, il fugue, les premières nuits, il dort sur le toit. Evelyne finit par le ramasser, lui faire passer une nuit dans le lit de son fils. Le matin, elle le dépose à la police. C’est un habitué, quatre fois qu’il vient. La première fois, à cause d’une brûlure au troisième degré causé par un fer à repasser. Evelyne se met en colère : « Combien de fois devrai-je vous l’amener avant que vous le retiriez de sa mère ? »

Mais le policier veut d’abord savoir comment l’enfant a vécu pendant ces huit jours d’errance. Il comprend tout, quand l’enfant parle d’un monsieur. « Les enfants étaient tellement laissés à l’abandon que le 156 était devenu un repère de pédophiles. Ils passaient le soir, les gamins étaient livrés à eux-mêmes sur le parking. Les parents ne les cherchaient pas… »

"Nous étions entourés de violence"

Evelyne en a marre : « Nous avions quatre centres sociaux dont La maison des copains de La Villette, Action fraternelle, ou encore Espace 19, mais les éducateurs, salariés, n’étaient pas plus âgés que les délinquants et leur donnaient rendez-vous dans les cafés à fumer des clopes et boire des verres. Moi, j’appliquais la méthode bénévole de la ’maman’ et je n’ai jamais eu de problème avec ces jeunes. Sont-ils totalement responsables de ce qu’ils deviennent ? Délinquants, drogués, et pour les frères Kouachi, ces monstres incompréhensibles ? »

Marise (prénom modifié) se pose la même question. À l’époque, elle aussi habite le quartier. Militante, elle multiplie les associations pour venir en aide aux quartiers difficiles. « J’ai vécu de bons moments. Mais avant les années 90, et la prise de conscience que la mixité sociale était indispensable, nous ne parlions pas de ça lors de nos réunions politiques. (NDLR : Marise a d’abord été militante au PC, puis au PS). La société délaisse les pauvres, les met en colère, les rend violents, puis parfois haineux. »

« Les seuls qui acceptaient de vivre au 156 étaient les sans-abris. Nous étions entourés de violence. » Evelyne renchérit. « Je me souviens de ces gamins dont le père était toujours saoûl, et s’endormait avant que les enfants ne rentrent de l’école. Il fermait à clef, les enfants dormaient dans les escaliers. Nous faisions des signalements, mais même les professeurs ne disaient rien… C’est une société entière qu’il faut condamner d’avoir laissé grandir des enfants dans une telle misère. »

"Terreau fertile"

Evelyne, chrétienne qui pense qu’il faut savoir rire de tout, savait que doucement l’islam gagnait dans le quartier. « Je voyais de plus en plus de femmes porter le voile, puis avoir des propos de moins en moins laïcs. »Marise acquiesce : « Au début, dans les années 90, un des pratiquants de la mosquée de la rue de Tanger faisait partie du Conseil de Quartier. On l’aimait beaucoup, il était très laïc, très ouvert. Nous faisions nos réunions dans la mosquée. Je trouvais cela formidable. Puis notre ami, un jour nous a dit qu’il quittait la mosquée, qu’il ne se retrouvait plus dans les paroles de l’imam. Dès lors, la porte de la mosquée nous est restée à jamais fermée, et nous voyions le changement dans le comportement. Les salafistes ont petit à petit pris possession des lieux, jusqu’à l’arrestation de la cellule des Buttes Chaumont. »

Marise pense que l’intégrisme ne peut prendre racine que sur ce genre de terreau fertile où la précarité et l’abandon ont pris la place normalement nécessaire de l’intégration. « Mais je suis optimiste, depuis l’avènement de la mixité sociale, les choses vont mieux. Je reste persuadée que la mixité était la bonne solution. En revanche, ces enfants nés dans le triple abandon, d’une société, parfois de racines, et encore pire d’éducation, n’ont pas pu apprendre les limites, pas pu s’intégrer… Et ils ont trouvé refuge dans la délinquance, la violence, la prison, et parfois dans l’intégrisme religieux. Il reste cependant de nombreuses structures à créer pour prévenir, intégrer, encadrer. Tenez, pour l’intégration, moi j’aime beaucoup animer l’atelier tricot au Centre Social Riquet mais je dis aux femmes d’arrêter de parler une langue entre elles que je ne comprends pas, j’ai l’impression qu’elles parlent de moi. Ça les fait rire. Mais finalement, parler le même langage quand on est ensemble, c’est plus simple non ? »

Pour Marise, « nous sommes responsables de ne pas avoir offert une jeunesse équilibrée à ces mômes, en n’ayant jamais vu la souffrance de leur mère, leur désarroi d’orphelins… Mais ce n’est pas une excuse pour tuer les autres et ne pas avoir le recul face à l’absurdité du fanatisme… »

Evelyne, elle, qui a pris sa retraite et vit maintenant dans la région Centre, concède : « Je ne devrais pas le dire, vous allez me prendre pour une folle, mais quelque part, moi ces gamins-là, je les plains… »

Lire aussi : Je ne suis pas en guerre

Source : Eloïse Lebourg pour Reporterre

Photos : Reporterre

A la fin de son reportage, le photographe de Reporterre a été abordé par deux hommes menaçants, qui lui ont enjoint de détruire ses photos. Dont il n’a pu sauver que quelques images.
Marise vit toujours dans le quartier.
L’ensemble d’habitation du 156 rue d’Aubervilliers a été rénové, et est très différent de ce qu’il était dans les années 1990.

Atterré : hommage à Bernard Maris de Charlie Hebdo

PAR JEAN-MARIE HARRIBEY 8 JANVIER 2015

  • Le mot "atterré” a pris aujourd’hui un autre sens. Il ne désigne plus seulement une poignée d’économistes en opposition avec leurs collègues qui continuent envers et contre toute pensée logique de faire prendre des vessies pour des lanternes aux citoyens et à leurs étudiants. Bernard Maris faisait partie de ces économistes atterrés. Mais aujourd’hui le mot “atterré” désigne l’effondrement qui nous atteint, nous sidère et nous submerge après son assassinat et celui de ses amis de Charlie Hebdo.

Bernard Maris fut peut-être, à l’aube du capitalisme néolibéral qui vit la “science” économique basculer définitivement dans l’apologie de la finance spéculative, l’un des premiers sinon le premier de notre génération à partir en bataille contre cette pseudo-science. Il fit cela avec toute sa connaissance de l’intérieur de la discipline et avec un humour ravageur, à l’image de son Charlie Hebdo, de notre Charlie Hebdo.

Car la bataille qu’il mena était double. D’abord contre ses pairs qui ne lui arrivaient pas à la cheville. Son livre Des économistes au-dessus de tout soupçon ou la grande mascarade des prédictions (A. Michel, 1990) dénonçait déjà il y a vingt-cinq ans, à une époque où les voix contraires étaient rares, les économistes “Diafoirus” et mettait en pièces les prétendues “lois” économiques enseignées dans toutes les universités.

Et il mena aussi une bataille pour la démocratie en rendant accessible, par la voie de la dérision et du pastiche, la dénonciation précise du discours envahissant la sphère cathodique. Il participa à sa manière à la critique de l’austérité pour les pauvres et des largesses pour les riches, du capitalisme envahissant tout, du productivisme qui détruit humains et planète, et son argumentation en faveur de la réduction du temps ne se démentit jamais.

Atterrés que cette voix se soit tue, que cette voix ait été tuée, ulcérés devant tant de violence et de haine envers l’humanité humaine, nous pleurons de tristesse et de stupeur.

Bernard Maris était un “atterré” non violent. Nous sommes tous des atterrés non violents, mais déterminés.

Jean-Marie Harribey, économiste, membre d’Attac

comprendre l'évolution de la société ?

« Notre société a produit ce qu’elle rejette aujourd’hui comme une monstruosité infâme »

Le Monde.fr | 15.01.2015 à 15h37

Par Didier Fassin, professeur de sciences sociales à l’Institute for Advanced Study de Princeton (New Jersey)

Après le temps de la sidération, le temps de la communion et le temps du recueillement autour des victimes des assassinats des 7, 8 et 9 janvier, devra venir le temps de la réflexion sur ces événements tragiques. Or l’émotion légitime et l’apparent consensus qui en a résulté tendent à délimiter l’espace du pensable et a fortiori du dicible. Un périmètre de sécurité idéologique impose ce qu’il est acceptable d’interroger et ce qui ne saurait l’être.

Condamner est nécessaire, analyser devient suspect. « Il y en a assez de toujours essayer de comprendre. À force de trop vouloir expliquer, nous avons fait preuve de complaisance depuis trop longtemps », me disait une personnalité de gauche connue pour ses engagements citoyens. Comprendre, ce serait déjà justifier. Ne plus comprendre, donc : se contenter de juger. Non seulement les tueurs, mais aussi les lycéens de Seine-Saint-Denis qui ne veulent pas respecter la minute de silence, les musulmans qui refusent de dire qu’ils sont Charlie, les personnes qui n’ont pas manifesté le 11 janvier, les collectivités qui offrent la possibilité de repas hallal dans les cantines des écoles – et les chercheurs qui essaient, justement, de comprendre.

« Excuses sociologiques »

On devine en effet le danger qu’il y aurait à tenter d’expliquer : ce serait s’exposer au risque de découvrir en quoi notre société a produit ce qu’elle rejette aujourd’hui comme une monstruosité infâme. Les causes sociales n’ont certes jamais eu bonne presse dans la pensée libérale, pour laquelle le sujet est le seul responsable de ses actes, mais elles ont longtemps nourri la réflexion socialiste, du moins jusqu’à ce qu’un Premier ministre les assimile à des « excuses sociologiques ».

Exeunt les causes sociales – et avec elles tous les travaux de sciences sociales qui s’efforcent de les analyser. Ne restent que des individus, démonisés et pathologisés, dont un commentateur décrit les « tares morales », incluant dans un même diagnostic les meurtriers et tous ceux qui leur ressemblent par leurs caractéristiques sociales, ethniques et religieuses supposées : les « jeunes de banlieue ». Prenons pourtant le risque d’éclairer l’expérience qu’ont ces derniers de notre société tant célébrée pour sa défense des valeurs républicaines.

Vivant dans des quartiers fortement ségrégués dans lesquels les taux de chômage et de précarité sont particulièrement élevés, ils prennent très tôt l’habitude de la stigmatisation et des discriminations. En guise d’éducation civique, leurs parents leur enseignent qu’ils doivent subir sans broncher les provocations des policiers lorsqu’ils sont soumis à des contrôles d’identité en raison de leur apparence. Quand ils recherchent un emploi, ils observent que, quelque diplômés qu’ils soient, leur couleur et leur patronyme érigent des obstacles difficilement franchissables, et quand ils sont en quête d’un logement, ils constatent que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Prier dans des lieux indignes

Les informations glanées dans les médias leur apportent quotidiennement leur lot de commentaires racistes, xénophobes et islamophobes de la part de responsables politiques, solennellement réprouvés par les autorités qui ajoutent néanmoins que ces formules extrêmes sont « de mauvaises réponses à de bonnes questions ».

S’ils sont musulmans, ils prient dans des sous-sols ou des préfabriqués, faute d’avoir obtenu une autorisation pour construire un lieu de culte digne, et bénéficient de jours fériés à Noël et à Pâques, pour le jeudi de l’Ascension et le lundi de Pentecôte, pour l’Assomption de la Vierge et la Toussaint, tandis qu’on les rappelle à l’ordre de la laïcité s’ils viennent à manquer l’école ou le travail le jour de l’Aïd.

À l’occasion, ils découvrent que, dans les prisons irakiennes et afghanes, des GIs urinent sur les corans des détenus pour les humilier ; ils constatent que la persécution des chrétiens par l’Etat islamique suscite bien plus de réprobation internationale que la torture des musulmans par l’armée des États-Unis ; ils apprennent que, dans les territoires palestiniens, une opération militaire soutenue par le gouvernement de la France fait des milliers de victimes parmi la population civile et que les manifestations de protestation contre ces bombardements sont interdites par le ministère de l’Intérieur.

Fait remarquable au regard de ces circonstances, dans leur très grande majorité, tous ces jeunes se taisent pourtant ; ils essaient de s’en sortir ; ils apprécient les efforts méritoires de professionnels et d’associations qui s’efforcent de les y aider ; et comme leurs parents avant eux, ils espèrent que leurs enfants auront plus de chance. En somme, ils respectent un pacte républicain et une promesse démocratique que la société n’honore guère à leur égard. Et lorsqu’un hebdomadaire satirique tourne en dérision ce qu’ils ont de plus sacré et qu’ils se sentent insultés au nom de ce qu’on leur dit être la liberté d’expression, ils détournent simplement le regard.

Prédicateurs illuminés ou cyniques

Cependant, quelques-uns parmi eux entrent dans la délinquance ou la criminalité, voire, au contact de prédicateurs illuminés ou cyniques, basculent dans la radicalité religieuse et la violence meurtrière, quand d’autres, peut-être tentés de les suivre, vivent par procuration ces carrières de révolte dans lesquelles ils n’entrent heureusement jamais.

Alors, se réclamant de valeurs dont ils oublient qu’eux-mêmes les appliquent sélectivement tandis qu’elles sont reconnues par la plupart des musulmans, celles et ceux qui considèrent qu’il serait dangereux de comprendre s’indignent. Contrairement à ce collectif d’enseignants et de citoyens qui déclare lucidement que « nos enfants ont tué nos frères », eux pensent qu’analyser serait risquer de dévoiler un passé problématique, un présent difficile et un futur compromis – risquer de devoir reconnaître une responsabilité dans une tragédie qui meurtrit mais rassemble. Décidément, mieux vaut juger, c’est-à-dire condamner – à l’opprobre, à la prison, au silence, peu importe pourvu que ce soit dans la conscience du devoir accompli.

« Nous sommes un peuple », titre avec enthousiasme un quotidien au lendemain de la manifestation du 11 janvier. Et tous ceux qui savent qu’ils n’en sont pas, de ce peuple, qu’ils n’y sont pas les bienvenus, tolérés tout au plus, continuent de se taire. Ils voient se mettre en place une protection policière aux abords des synagogues mais non des mosquées où profanations et agressions se multiplient. Ils regardent le président de la République aller prier aux côtés du chef de cet Etat israélien auquel il avait naguère déclaré son « amour » et se demandent quand il en fera de même dans un de leurs lieux de culte. Ils entendent le Premier ministre affirmer, dans un bel élan de solidarité : « Sans les Juifs de France, la France n’est plus la France ». Et, sans guère d’illusion, ils rêvent du jour où un chef de gouvernement français oserait prononcer ces mots : « Sans les musulmans de France, la France n’est plus la France ».


En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/01/15/notre-societe-a-produit-ce-qu-elle-rejette-aujourd-hui-comme-une-monstruosite-infame_4557235_3232.html#QeSO8M9VVz0zcMAi.99

comprendre l'évolution de la société ?

Mediapart :

Il y aura d’autres Charlie tant que

11 JANVIER 2015 | PAR DOMINIQUE G BOULLIER


  1. tant que les guerres apparemment justes seront conduites avec les mêmes méthodes qui ne se soucient plus de gagner les esprits : la pratique de l’asymétrie extrême, celle des drones et celle des bombardements aveugles en Afghanistan, en Irak ou en Lybie ne gagne jamais les cœurs et finit par perdre militairement sur le long terme. Ces méthodes sont alors retournées en argument pour justifier les attaques terroristes hors sol et suicidaires
  2. tant que la puissance financière des dynasties de la péninsule arabe ne sera pas réduite à la portion congrue pour qu’elle arrête de financer les djihadistes (et d’alimenter leur idéologie d’origine, le wahhabisme) pour qu’elle ne tienne plus en otage l’énergie du monde par la rente pétrolière, qui génère le réchauffement climatique et sabote la transition énergétique.
  3. tant que le conflit israélo-palestinien ne sera pas réglé, les deux états reconnus, les murs abattus
  4. tant que la dictature financière ne sera pas terrassée car elle génère la misère, les inégalités mais aussi un modèle perverti de la démocratie : l’esprit de gain sans limite et à tout prix, la spéculation, la guerre économique ont tout envahi. La faillite morale du projet des pays capitalistes nourrit le ressentiment et constitue les religions comme seul refuge des exigences spirituelles. Les dérives des religions en intégrismes et en sectes (fondamentalismes islamistes, juifs, protestants, catholiques) répondent à cette faillite des espoirs de changement politique depuis la domination de la finance au début des années 80.
  5. tant que les banlieues, le chômage et la misère ne seront pas considérés comme les cibles prioritaires pour la cohésion sociale qui est défaite par le libéralisme : les investissements urbains, sociaux, sanitaires, éducatifs sont la grande priorité pour réduire les ghettos spatiaux et mentaux, producteurs de désespoir et de ressentiment. A l’inverse, le choix de la solution unique de l’enfermement généralisé dans des prisons surpeuplées et misérables a produit les résultats qu’on pouvait attendre, le renforcement des réseaux de fanatiques et de mafieux qui passent à l’acte.
  6. tant que les lois des clans, des mafias, des trafics d’influence et des industries de l’armement empêcheront d’interdire tout trafic d’armes et de détruire toutes les caches et circuits pourtant connus, de punir les intermédiaires beaucoup plus fortement que la drogue. Il est aisé pour les sectes de présenter les mafias (armes, drogue, prostitution, jeux, corruption) comme les symptômes de la faillite des « mécréants », même si ces sectes se comportent elles-mêmes comme des mafias.
  7. tant que le personnel politique n’aura pas été totalement renouvelé, les financements privés des candidats totalement interdits, les candidats acceptés seulement après inspection stricte de leurs situations fiscales et patrimoniales, de leurs liens avec les intérêts privés, pour créer un corps d’élus incorruptibles capables de prendre les décisions courageuses.
  8. tant que les racismes et sexismes ne seront pas partout combattus par la loi et par une éducation insistante à tous les niveaux scolaires pour apprendre la culture démocratique de l’altérité, pour apprendre la joie de vivre dans les différences (dont la différence clé homme-femme qui laisse un statut égal aux femmes),
  9. tant que le fait religieux et les principes de la laïcité ne seront pas enseignés et appliqués comme des éléments essentiels de notre diversité et de notre culture commune, de façon à pouvoir contredire les arguments théologiques fallacieux : les cultes doivent prendre leur part de responsabilité mais tout enseignement public laïque doit prendre à bras le corps cette question.
  10. tant que les médias libres, et indépendants des états et des intérêts privés, ne seront pas renforcés par des aides publiques pérennes.
  11. tant que la pression pour la diminution des dépenses publiques et des impôts ne s’inversera pas puisque toutes ces mesures ci-dessus (mais aussi les charges militaires et policières) dépendent des niveaux des prélèvements effectués par les états.

Voilà une liste qui permet de sortir de l’émotion, qui permet surtout de comprendre que la tâche est immense, que tout ce qu’on a détruit depuis près de quarante ans dans les pays capitalistes est en train de renforcer un modèle alternatif totalitaire chez les sectes religieuses, mais aussi chez les autoritaristes nationalistes. Tout se met en place pour un affrontement ethnico-religieux qui laissera impunis les crimes de la finance et du libéralisme, sa destruction des valeurs, des pouvoirs du politique, des états et des collectifs citoyens. L’union nationale n’a aucune chance de survivre à l’émotion, mais elle sera remplacée par l’envie de guerre contre des boucs-émissaires comme ce fut le cas tant de fois dans l’histoire. L’ennemi est déjà désigné, non plus un pays, ni même un groupe terroriste comme pendant les années 70, mais tous les musulmans.

Cette non-politique tripale et tribale est rendue possible par l’impuissance des alternatives sociales portées par les partis politiques. L’esprit de Mai 68 est mort définitivement avec les membres de l’équipe de Charlie Hebdo mais le vide est encore plus évident, vide de la pensée et des formations politiques. Ces partis sont incapables de traiter les peurs pour les réorienter en vision de l’avenir mobilisatrice et obligent tous et chacun à se replier sur les solutions locales ou sectorielles. C’est dans ces pratiques qu’il faut puiser pour inventer les nouvelles formes politiques, hors de la forme parti qui a définitivement dégénéré en entreprises claniques de reproduction oligarchique.

Mais l’ennemi doit être à nouveau clairement désigné, la dictature de la finance et tous ceux qui en sont les alliés (dont les monarchies pétrolières par exemple) mais aussi tous les modèles qui ont pénétré nos esprits malgré nous via les marques, les réseaux, le management, les rankings pour commencer. Ce n’est pas une crise d’identité, à connotation ethnique ou religieuse, c’est une crise de valeurs, abandonnées par la gauche qui a perdu son pouvoir d’attraction des imaginaires, des espoirs et des solidarités au profit des replis sectaires, identitaires, religieux ou nationalistes d’un côté, mercantiles, spéculatifs, égoïstes et tout-puissants de l’autre. Oui, il faut défendre becs et ongles la liberté contre le totalitarisme des sectes islamistes mais il faut réfuter les modèles de liberté libérale qu’a engendrés la finance et qui ont détruit de l’intérieur le moral et la morale des pays capitalistes pour générer partout le ressentiment. Si nous sommes faibles, si nous ne pouvons empêcher les dérives de ces jeunes français, c’est que nous les avons laissés dériver, car nous avons mis les priorités ailleurs que dans la liberté, l’égalité et la fraternité, qui ne sont plus crédibles, sauf l’instant d’une manifestation.

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Vérité et politique...

7 Janvier 2015, 08:09am

Publié par pam

extraits de "Antimanuel de philosophie" de Michel Onfray :

9 - LA VÉRITÉ. Le politicien, le menteur et le cannabis.

Pourquoi honorer le devoir de vérité par la certitude de faire du mal ?

L’idéal est de ne pas se mettre dans la situation d’avoir à mentir, d’éviter l’action que vous vous sentirez obligé de cacher. Prévenir pour éviter de guérir. On peut aussi ne rien dire, sans qu’il soit besoin de mentir (refusé par les chrétiens : péché par omission). Le mensonge peut être un mal nécessaire. La vérité c’est la coïncidence entre l’être et le dire, entre une affirmation et l’état réel d’une chose, d’un fait, d’un geste, d’une parole. Est vrai ce qui a eu lieu.

Vérité rarement bonne à dire. La vie quotidienne se réduit à un genre de mensonge par omission.

Le mensonge rend impossible, et définitivement, la confiance nécessaire à la relation éthique. Chacun a droit à la vérité et il est un devoir de la donner pour celui qui en dispose. Chacun constate ne pas devoir forcément la vérité à tout le monde. Nécessité de distinguer le mensonge pour nuire, celui qui vise une tromperie destinée à soumettre l’autre, à l’éviter, à le mépriser, et le mensonge pour servir, qu’on commet pour épargner peine et douleur à une personne aimée.

On voit mal comment un homme décidé à sacrifier sa vie à la vérité pourrait faire une carrière politique. Comment parvenir au pouvoir, et une fois parvenu au sommet, s’y maintenir ?

Réponse : tous les moyens sont bons. Machiavélisme : art d’évacuer intégralement la morale pour réduire la politique à de purs problèmes de force : la fin justifie les moyens. Dans cette perspective, le mensonge fournit une arme redoutable et efficace.

L’accès au pouvoir suppose la démagogie = mensonge au peuple. Au lieu du souci de l’intérêt général que la fonction appelle, le politicien cherche bien souvent l’assentiment du plus grand nombre (51%!… des votants…) et pour l’obtenir il flatte, séduit, promet sans intention de tenir, et affirme ensuite que ses promesses n’engagent que ceux qui y ont cru.... Il ment aussi sur l’adversaire à discréditer. Il cache aussi ses zones d’ombre. Et il prétend présenter un projet pour le destin de la France alors qu’il a été concocté par des cabinets de conseillers en communication pour correspondre au profil du meilleur produit vendable. Toujours la volonté particulière triomphe au détriment de l’intérêt général.

La fonction politique oblige à un mensonge particulier caractérisé par une pratique sophiste. Les sophistes étaient des ennemis de Platon. Pour eux, l’essentiel réside dans la forme, jamais dans le fond. Ancêtres des publicitaires, aucune considération pour les idées véhiculées mais véhiculons et chèrement payés. Pour un sophiste, la vérité réside dans l’efficacité. Est vrai ce qui parvient à ses fins et produit ses effets. Est faux tout ce qui manque son but.

L’art politique est un art de la sophistique, donc du mensonge. Pour dissimuler cette évidence, les théoriciens du droit ont même forgé le concept de raison d’État qui permet de tout justifier, d’entretenir le silence, de classer des affaires secrets défense ou secrets d’État, de négocier avec des terroristes ou des États sanguinaires, de vendre des armes à des pays ennemis des Droits de l’Homme, mais amis quand ils paient.

La raison d’État prouve que l’État existe rarement pour les individus mais que les individus n’existent que pour le servir et qu’en cas de refus d’obéissance il dispose, tout puissant, de moyens de contrainte : police, tribunaux, armée, droit, loi.

Sachez-le, ne l’oubliez pas, et votez si le cœur vous en dit...

Haschich en vente libre à Amsterdam, interdit ici :

Preuve est faite qu’une frontière décide du juste et de l’injuste, du bien et du mal, du permis et du prohibé. Il n’existe donc pas une vérité universelle, commune à tous les peuples, du moins pas tant qu’un État universel n’est pas promulgué et que subsistent des vérités locales, subjectives, propres à des communautés limitées dans le temps et l’espace. La vérité définirait la proposition admise par le plus grand nombre à un moment donné de l’histoire et en un lieu précis. L’ensemble de ces vérités étant sujet à repentir, amendement et modification.

Pourtant, il existe des défenseurs de la vérité absolue, les platoniciens, pour lesquels il existe dans un monde intelligible et hors du temps, un monde des Idées pures. Évidemment, le christianisme s’est nourri de cette pensée pour mieux réfuter la diversité, l’explosion des visions du monde et ramasser sa proposition philosophique pour en faire un corps de doctrine se présentant comme la vérité : “Je suis la Vérité et la Vie” dit le Christ. Pour un chrétien, le temps qui passe, l’histoire et les changements, l’évolution et le progrès n’ont aucune incidence sur la Vérité révélée à laquelle ils sacrifient. Défenseurs de Platon et du Christ croient à la même universalité de la Vérité et à sa permanence en dehors des péripéties historiques.

L’inconvénient, c’est que les chrétiens se sont souvent et beaucoup trompés : géocentrisme (la Terre est au centre du système solaire) par exemple : il a fallu attendre 30 ans après qu’un homme ait mis le pied sur la Lune pour que Jean-Paul II reconnaisse que le soleil est au centre du système.

Vérité issue de la croyance et de la foi contre vérité procédant de la raison et de l’observation : le choc est rude. Car les vérités différentes et successives montrent des opinions changeantes, des certitudes rarement immuables mais occasionnelles et relatives à des conditions historiques. La vérité est singulière et non universelle, relative et non absolue. Est vrai ce qu’une époque énonce comme tel jusqu’à preuve du contraire. En dehors de quelques vérités irréfutables il n’existe que du changement. D’où la validité du perspectivisme (la vérité n’existe pas, seules existent des perspectives) sinon sa vérité. Là où je suis, je ne vois qu’une partie de ce qui m’apparaît. D’où une condamnation à ne saisir qu’une réalité fragmentée, mutilée. La vérité supposerait une saisie globale, intégrale du monde et de sa constitution dans le détail.

Que faut-il en conclure ? Non pas que nulle vérité n’existe, ce qui serait donner des arguments au nihilisme, révisionnisme, négationnisme qui mettent en doute l’existence véritable de faits historiques avérés afin de poursuivre un dessein politique dangereux, mais qu’une vérité n’est qu’un instantané.

Alain : “Le mensonge consiste à tromper, sur ce qu’on sait être vrai, une personne à qui l’on doit cette vérité-là. Le mensonge est donc un abus de confiance ; il suppose qu’au moins implicitement on a promis de dire la vérité.”

Vérité et politique...

La tâche de la philo selon Nietzsche : “Nuire à la bêtise”.

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Edgar Morin : " ayez de l'audace"

28 Décembre 2014, 09:49am

Publié par Hervé Kempf pour Reporterre

Voici un texte qui est un magnifique bilan de l'année, des années écoulées, des références à des gens ou des groupes qui se bougent, qui donnent des alternatives, des solutions, qui partagent, un texte qui donne envie de se lever et de reprendre espoir, de dire non et de dire oui ! bonne lecture et espérons tous ensemble en une nouvelle année plus constructive..

« Ayez de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace »

ENTRETIEN AVEC EDGAR MORIN

lundi 6 octobre 2014

Edgar Morin observe avec attention et pertinence l’évolution du monde. S’interrogeant avec Reporterre sur les chances du politique, il appelle les partis à s’irriguer de l’énergie et des idées du mouvement associatif. Et voit dans l’écologie, non pas une réponse à tout, mais une chance de refaire l’économie et de renouer une relation humaine avec la nature et dans la civilisation.

Pour réfléchir avant La Rencontre de Reporterre, lundi 6 octobre : L’écologie au cœur de la reconstruction politique

Reporterre - Edgar Morin, croyez vous encore à la politique ?

Edgar Morin - Cela dépend de ce que vous entendez par là. Je crois en la nécessité d’une pensée politique pour une action politique. Ce que je vois, c’est que le vide de toute pensée politique dans les représentants de tous les partis de pouvoir ou d’opposition, un vide rempli par le fait d’être à la remorque d’un économisme, qui n’est même pas l’économie stricto sensu, mais une doctrine de l’économie néo-libérale, avec des mots gri-gri, comme croissance, résorber la dette, compétitivité, etc.

Donc, je vois une situation très dommageable, très grave, très menaçante, mais je pense à la nécessité d’une reconstruction d’une pensée politique, qui est un préalable.

Vous allez réunir des gens qui représentent des partis politiques, la gauche, Nouvelle Donne, tout ça, mais il y a aussi une fermentation de pensée politique dans des associations et dans des groupes qui n’ont pas officiellement d’étiquette politique, mais qui portent à mon avis les germes d’un renouveau politique.

Vous avez eu un entretien avec Alain Caillé, qui promeut le convivialisme. Ce mouvement du convivialisme est très important à intégrer dans la pensée politique. Le thème de la convivialité a été introduit dès 1970, par Ivan Illich, en même temps que le message écologique.

Mais alors que le message écologique a fini par prendre – pas aussi puissamment qu’il devrait l’être -, parce qu’il y avait des choses visibles, Tchernobyl, Fukushima, les pluies acides, le réchauffement, la pollution, tout ça est sensible, tous les maux de l’absence de convivialité, d’une civilisation où sont détruites les solidarités, tous ces vices ont été attribués à des facteurs privés.

Ceux qui ne sentent pas bien, qui ont des insomnies, qui ont des maux de tête, qui ont des difficultés digestives, vont consulter le docteur, le psychanalyste, le gourou, ils croient qu’ils ont affaire à des choses personnelles, ce qui est vrai, mais en même temps, ils souffrent d’un mal de civilisation, et ce mal de civilisation n’est pas diagnostiqué. Regardez toutes les souffrances, les myriades de petites souffrances invisibles, causées par la bureaucratisation, aussi bien de nos administrations publiques que de nos grandes entreprises. Les gens téléphonent, ils entendent des petites musiques, on les fait lanterner, le téléphone se coupe, ils vont dans des bureaux, on les renvoie à un autre guichet - on a affaire à un monde de compartimentation, où personne n’aide l’autre, c’est un des exemples de ce mal de civilisation.

Alors, il faut rassembler. Mais chacune de ces associations finit par avoir son autonomie, son petit chef, et dans le fond, ils sont très contents, l’idée d’un rassemblement leur fait peur. C’est comme les nations souveraines qui ont peur de se rassembler.

J’ai cité ce mouvement convivialiste, il y a aussi le mouvement de l’économie sociale et solidaire, il y a le mouvement écologique qui est symbolisé par Pierre Rabhi et aussi Philippe Desbrosses, ils ne sont pas seulement agro-écologistes, ils ont une pensée qui déborde ce champ-là, et au-delà de leur propre pensée, la vision du problème écologiste dans le domaine agricole, il y a quelque chose de vital, parce que nous sommes dominés par une agriculture industrialisée, un élevage industrialisé qui est la pire des choses. C’est cela qu’il faut faire régresser.

Mais il faut une volonté capable de surmonter le poids énorme des lobbies économiques, parce que la politique est asphyxiée par les lobbies financiers, par les gens qui ont de l’argent. Le gouvernement actuel comme l’ancien sont entièrement noyautés par les puissances d’argent.

Alors voilà une pensée politique saine : refaire progresser l’agro-écologie, le retour à une agriculture fermière. Il y a aussi l’économie circulaire, où il y a des idées intéressantes. Il y a ce mouvement qui lie développement personnel au développement social, parce que le grand problème aujourd’hui est qu’on ne peut avancer que si on se réforme soi-même et qu’on réforme la société. Réformer soi-même ne veut pas seulement dire être vertueux ou ne pas se mettre en colère pour rien, mais ça veut dire être capable de discernement dans la consommation, éviter les vraies intoxications qui sont les intoxications consommationnistes et automobilistiques, stimulées par la publicité.

Aujourd’hui, vous avez un peu partout des mouvements qui se dessinent pour la sauvegarde des territoires. Cela va dans le sens de ce que je disais dans mon livre La Voie, plus on mondialise, plus il faut démondialiser. C’est-à-dire sauver des territoires désertifiés et par la désindustrialisation et par l’agriculture ou l’élevage industriels, leur redonner une nouvelle vie paysanne, une nouvelle vie citoyenne, il faut ressusciter les petites patries, locales, régionales, nationales, il y a la méta-patrie européenne, il y a la Terre Patrie, il faut redonner vie à toutes ces terres qui meurent. Et aussi dans le nord de la France, où sévit la désindustrialisation. Il ne faut pas croire que c’est le retour à l’industrialisation qui va sauver les choses, il faut au contraire aller vers une reruralisation, vers un re-artisanat.

Donc, il y a aujourd’hui la nécessité d’une pensée politique qui rassemble en faisceau les idées de ces mouvement épars et qui ne se rassemblent pas. Pourquoi ne pas faire une fédération du renouveau ? Il ne faut pas chercher un modèle de société, ce qui est grotesque dans un monde toujours en mouvement, mais une voie qui nous évite les catastrophes.

Puisque ces mouvements qui n’arrivent pas à se réunir, les partis politiques pourraient-ils porter le message de cette voie que vous dessinez ?

C’est ce qu’ils devraient faire. Mais ce n’est que si les mouvements dans la société civile sont assez forts pour porter ces aspirations et ces idées que les politiques pourraient s’en saisir. Mais cela supposerait aussi la mort et la résurrection sous une autre forme de ce qu’on appelle les partis de gauche. Les sources de la gauche, c’est l’idée socialiste qui veut dire d’améliorer la société, l’idée communiste qui veut dire de créer une communauté, c’est l’idée libertaire qui veut dire de s’occuper des individus, à quoi s’ajoute aujourd’hui l’idée écologiste qui dit qu’il faut trouver un autre rapport à la nature. Mais ces idées ne doivent plus s’opposer, comme les sociaux-démocrates qui s’opposaient aux libertaires, et les uns et les autres. C’est des idées fécondes qui doivent être conjointes.

Nous ne sommes même pas à la préhistoire de ceci, même pas au commencement, il y a des balbutiements, mais il faut essayer.

C’est inquiétant si on n’est même pas à la préhistoire alors que la crise écologique s’aggrave rapidement et qu’il y a une aggravation générale de la situation politique et économique ! Est-ce qu’on peut attendre qu’il y ait cette unification des idées ?

Je crois qu’une résurrection est possible. Mais cela nécessite un diagnostic. Le socialisme a été fort tant qu’il avait un diagnostic fort, posé tant par Marx que par Proudhon, et qui garde en partie sa pertinence. Mais il faut aujourd’hui une pensée plus complexe de l’humain, et aussi une pensée de la mondialisation, pas seulement sous l’angle du processus socio-économique, qui à la fois unifie et disloque le globe - il est très intéressant de voir que c’est en 1990, au moment où l’unification du marché mondial et économique s’est fait que la Yougoslavie s’est disloquée, puis ensuite la Tchécoslovaquie, et aujourd’hui nous voyons le Moyen-Orient se disloquer complètement.

Le même processus formidable de la compétitivité, engagé dans ces années fatales 1990-1995, est aussi une machine désastreuse pour les travailleurs, qui subissent des burn-out, des suicides, des maladies, des perturbations. Tout ce processus énorme, nos politiques n’en ont pas conscience, ils vivent en-dehors de la vie quotidienne des gens.

Il faut prendre conscience de toutes ces souffrances qui n’ont pas de sens réel, efficace. Avant, dans la perspective du communisme, on se sacrifiait pour un avenir meilleur. Mais là, on se sacrifie uniquement pour augmenter les bénéfices du capital, et pour accroitre la condition de servilité du travail. On n’est pas conscient de ces questions, pas seulement au niveau politique, mais aussi au niveau de l’opinion, parce que les gens vivent cela sur le plan de la vie privée, les gens qui souffrent ne replacent pas ce qui leur arrive dans l’ensemble. D’où un fatalisme dans l’opinion, une résignation qui fait considérer comme tout à fait normal le scandale de l’affaire Bettencourt ou que Khadafi ait subventionné la campagne de Sarkozy. Alors, on arrive à un point d’apathie, mais au sein de laquelle peut surgir des accès de fureur aveugle.

C’est à partir d’une pensée que l’action vient. Pour parler du socialisme, il a fallu plus d’un demi-siècle d’incubation pour arriver à la création du parti social-démocrate allemand. Peut-être pourra-t-on voir des prises de conscience accélérées avec l’accumulation des catastrophes.

Mais en France, le mécontentement aveugle se cristallise en faveur du Front national. Il y a ce handicap que le peuple de gauche a dépéri, avec la disparition des instituteurs de campagne, avec la bureaucratisation des professeurs du secondaire, avec tous ces gens qui insufflaient l’idéologie de la Révolution française enrichie par les apports socialiste et communiste à tout un peuple paysan, ouvrier, intellectuel, de classes moyennes - tout ce peuple est en train de disparaître. Par contre, le peuple de droite, qui a toujours existé, est loin de disparaître. Aujourd’hui, la manifestation du mariage pour tous est un triomphe.

Comment peut-on combattre ce fatalisme ?

Il faut que cette voie d’une politique possible soit énoncée et proposée. Différents économistes ont énoncée une vérité évidente qui n’a pas gagné les sphères gouvernementales : l’austérité et les restrictions, comme par exemple la diminution des allocations familiales, vont diminuer la consommation et aggraver la crise. On arrive au même problème que dans les années 1930, où la crise a été aggravée par les mesures qui ont été prises à l’époque.

Ce monde vit dans un somnanbulisme aveugle. Des économistes comme Joseph Stiglitz ou Michel Santi disent ce qu’il faut faire, mais ils sont isolés, les médias ne diffusent que parcimonieusement ces idées. Il faut créer un courant, remonter la pente, parce que les espérances qui étaient encore fortes au siècle dernier, en dépit des désastres de la Deuxième guerre mondiale, dans un monde meilleur – la société industrielle chantée par Raymond Aron, les lendemains qui chantent par l’autre côté, aussi bien l’ouest que l’est annonçaient un avenir, les uns merveilleux, les autres le meilleur possible. Aujourd’hui, ça, c’est effondré, le futur c’est l’incertitude, et il faut accepter de vivre dans l’incertitude. On n’a aucune recette magique pour passer de l’apathie à l’espoir.

Que diriez-vous aux personnes qui se sentent fatalistes, dans l’apathie ?

Je leur dirais : une autre politique est possible. Une relance de l’économie est possible, en relançant une économie écologisée, pas seulement par le renouvellement des sources d’énergie, mais aussi par la dépollution généralisée des villes par des parkings autour des villes et la limitation de la circulation automobile, par une évolution de l’agriculture pour qu’on ait une nourriture saine, je leur dirais, il y a une autre voie possible.

On nous accable du poids de cette dette énorme, mais il ne faut commencer à payer la dette que quand l’économie est prospère. Et en voyant ce qui est valable et ce qui ne l’est pas. En Equateur, le gouvernement du président Correa faisait face à une dette où il fallait payer 170 fois le prix de ce qui avait été prêté. Ils ont dit non, et n’ont payé que ce qui était payable. Et nous, on nous donne cette dette comme une sorte de fatalité de la nature.

Nos malheureux dirigeants socialistes ont été convertis par l’argument capitaliste ; en campagne, ils disaient que l’ennemi principal c’est la finance, aujourd’hui, l’allié principal c’est la finance. Dans la mesure où ils sont intoxiqués par ces idées, la situation est très grave.

Comment convaincre ces gens ? Que faire quand on est dans une époque de somnanbulisme ? J’ai vu ça quand j’étais jeune, puisque j’ai vécu les années trente, années de total somnanbulisme, où on n’a pas compris ce qui se passait, avec la prise de pouvoir d’Hitler, avec la guerre d’Espagne, avec Munich. Aujourd’hui, on nous divertit en pensant qu’on va faire quelque chose contre le califat, en faisant des frappes aériennes, mais c’est dérisoire, on n’a aucune politique, on dit qu’on va reconstruire l’Irak alors que l’Irak est complètement désintégré. Là aussi, on a affaire à un manque de lucidité, à un somnanbulisme profond. Comment secouer tout ça ? Je fais ce que je peux, en écrivant des articles, en répondant à ce qu’on me demande. Il faut continuer à prêcher. Le christianisme a mis quatre siècles avant de s’imposer dans l’Empire romain.

Espérons qu’il ne faudra pas attendre quatre siècles ! Quel pourrait être le rôle des partis politiques, si l’on admet que le pire est évitable ?

Il serait évitable. Si l’on prend le pire de ce qui se passe au Moyen Orient, le pire est évitable par une autre politique, si l’on parle de l’Ukraine, le pire est évitable, il faut trouver des compromis. Mais si l’on parle du cours de la mondialisation, le pire n’est évitable que si l’on commence à penser qu’il faut changer de voie. Parce que nous sommes emportés par un développement incontrôlé des sciences, des techniques, de l’économie, de la finance, du fanatisme – tant qu’on n’a pas conscience de ça et qu’on n’essaye pas de lutter contre ça…

Les partis politiques en ont-ils conscience, par exemple ceux qui vont se retrouver à la Rencontre de Reporterre ?

Oui, mais ils sont minoritaires, et ils ont une conscience d’une partie seulement des problèmes. Par exemple, la gauche mélenchonienne est très juste dans ce qu’elle dénonce, mais ce qu’elle énonce ne va pas assez loin. Ces gens-là devraient puiser dans ce que peuvent leur donner les associations. Dans le passé, la politique de Pierre Mendès-France a été fécondée par un club, le Club Jean Moulin, qui apportait des idées. Aujourd’hui, des associations apportent des idées. Mais les politiques n’y sont pas sensibles.

Vous voulez dire que ces partis politiques se sont coupés du mouvement citoyen et que s’ils veulent retrouver un rôle, il faut qu’ils s’irriguent, qu’ils s’hybrident avec ce mouvement citoyen ?

Certainement. Mais ils tiennent en main chacun une partie de la vérité. Je fais partie du Collectif Roosevelt, mais pas du parti Nouvelle Donne, qui dit des choses très justes sur la relance économique. Malheureusement, les représentants de l’écologie sur le plan parlementaire et politique ont fait de l’écologie à la petite semaine, mais pas une politique écologique de fond, ils ne sont pas inspirés par une pensée politique de fond. Regardez cette polémique sur la décroissance, c’est un problème de pensée binaire, on oppose la décroissance à la croissance, alors que le vrai problème est de savoir ce qui doit croitre et ce qui doit décroitre. L’économie écologique doit croître, l’agro-écologie doit croître, mais ce qui doit décroitre, c’est l’industrie du jetable, du futile, toute l’économie de l’obsolescence programmée avec les produits faits pour être détraqués, pour être remplacés, ou les produits nocifs à base de sucre qui devraient être interdits.

Mais la puissance de ces industries est énorme, alors que la faiblesse de l’opposition est immense.

Quelle pourrait être le rôle de l’écologie dans la reconstruction politique ?

Elle joue un rôle économique clé, parce que la grande relance, c’est l’économie écologisée, mais elle doit aussi être intégrée dans une pensée de nos relations humaines avec la nature, qui doit dicter un certain nombre de comportements dans notre civilisation. Autrement dit, toute politique doit être écologisée, mais on ne peut réduire la politique à l’écologie, parce que les problèmes de la justice, du droit, ne relèvent pas de l’écologie. L’écologie doit faire partie d’un ensemble. Elle peut jouer un rôle vital dans la réponse économique à la crise, mais pas seulement économique, aussi dans une réponse de type humain, anthropologique, afin de nous rendre compte de nos responsabilités humaines, parce que celles que nous avons à l’égard du monde naturel sont les mêmes que celles que nous avons à l’égard de nous-mêmes.

Et si vous pouviez venir à la Rencontre de Reporterre du 6 octobre, que diriez-vous aux intervenants, qui croient encore à la politique ?

Puisez dans l’apport de ces associations multiples qui sont des lieux de bouillons de culture de nouvelle politique.

Essayez d’avoir une conception pertinente du monde actuel et de la situation mondiale, pour baser votre politique.

Et ayez de audace, encore de l’audace, toujours de l’audace.

Source et photos : Hervé Kempf pour Reporterre

Edgar Morin : " ayez de l'audace"

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Métamorphose du monde

7 Décembre 2014, 16:36pm

Publié par pam

Si vous voulez vous faire un cadeau... et que vous avez une bonne heure devant vous, offrez-vous la lecture de "la métamorphose du monde" d'Edgar Morin, Pierre Gonod & Paskua. Je ne vous fais pas un copié-collé, allez voir :

http://metamorphosedumonde.wordpress.com/

Métamorphose du monde

Vous pouvez aussi lire un bel article sur Terra eco :

http://www.terraeco.net/Edgar-Morin-Il-n-y-a-pas-de,56141.html

Il n'y a pas de solution, mais il y a une voie.

extraits :

Où sont les penseurs, les enseignants, les médias, les politiques ?

Vous savez, les responsables sont irresponsables. Il y a eu une usure totale de la pensée politique. A gauche, notamment. A droite, il n’y avait pas réellement de besoin. Il leur suffisait d’administrer les choses telles qu’elles sont. Mais, pour tous ceux qui se proposaient d’améliorer ne serait-ce qu’un peu le monde, il y avait besoin d’une pensée. Tout cela s’est vidé. Et non seulement cela s’est vidé, mais ce vide s’est rempli avec de l’économie, qui n’est pas n’importe laquelle. C’est une doctrine néolibérale qui s’est prétendue science au moment où les perroquets répétaient que les idéologies étaient mortes parce que le communisme était mort ! Cette nouvelle idéologie portait l’idée que le marché est solution et salut pour tous problèmes humains. Et ces politiques y ont cru. Jusqu’à aujourd’hui où ils rêvent de la croissance… Ils n’ont même pas l’intelligence d’imaginer ce qui peut croître et ce qui peut décroître en essayant ensuite de combiner les deux.

Comment notre civilisation peut-elle se réveiller et aller de l’avant ?

Comme souvent dans l’histoire, les forces de changement sont marginales, périphériques et déviantes. Nous les voyons dans le monde et en France. Je pense au courant convivialiste, par exemple. Ce courant prône que les gens doivent bien vivre les uns avec les autres. On le retrouve partout où l’on peut noter un réveil de la vitalité créative, comme dans l’agroécologie et ses différents rameaux : l’agriculture raisonnée, le retour de l’agriculture fermière avec l’apport de la science, le bio. Dans le courant de l’économie sociale et solidaire, avec une revitalisation des coopératives et des mutuelles. Dans l’économie circulaire, où les énergies classiques sont renouvelées avec de l’énergie propre. Dans les villes qu’il faut entièrement dépolluer et déstresser, les campagnes qu’il faut révolutionner pour les faire revenir à une échelle humaine et biologique. Une formidable révolution est en marche, mais elle se manifeste par des éléments très dispersés : des petits bouts d’écoquartiers ici, des fermes des Amanins par là (centre d’agroécologie créé par Pierre Rabhi dans la Drôme, ndlr)

... La force qui m’anime vient d’une certitude. Je sens présente en moi l’humanité dont je fais partie. Non seulement je suis une petite partie dans le tout, mais le tout est à l’intérieur de moi-même. C’est peut-être cela qui me donne l’énergie de continuer sur la voie qui est la mienne. Et à un moment donné, sans que vous ne sachiez pourquoi, c’est comme une catalyse, quelque chose se passe, se transforme, bascule… C’est cela, l’espoir.

Où sont les penseurs, les enseignants, les médias, les politiques ?

Comment notre civilisation peut-elle se réveiller et aller de l’avant ?

Où sont les penseurs, les enseignants, les médias, les politiques ?

Comment notre civilisation peut-elle se réveiller et aller de l’avant ?

Où sont les penseurs, les enseignants, les médias, les politiques ?

Comment notre civilisation peut-elle se réveiller et aller de l’avant ?

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