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politique

Ce que le film « Demain » ne vous a pas dit

24 Septembre 2016, 08:30am

Publié par Emmanuel Wathelet

Je voudrais d’abord dire combien les monnaies locales, les potagers urbains, la permaculture, une constitution citoyenne, les pédagogies actives ou encore le respect des salariés dans des entreprises dites « horizontales » sont, pour moi, des initiatives séduisantes. D’ailleurs, j’achète bio, mes enfants sont dans une école Freinet et j’ai fait ma thèse sur l’absence de hiérarchie formelle sur Wikipédia. Mais voilà, il y a un malentendu. Un malentendu répété à l’envi, résumé par le film « Demain » dont le slogan promet de « parcourir le monde des solutions ». Je démontre dans cet article que, non, malheureusement, il n’y a dans ces alternatives aucune « solution » et j’en suis le premier désolé.

Ce qui sous-tend les quelques « alternatives » citées dans le premier paragraphe, c’est l’idée selon laquelle il est possible de changer le monde pas à pas, en partant du quotidien des gens et sans exiger d’eux ni prise de risque, ni sacrifice. Pas étonnant que les spectateurs de Cyril Dion et Mélanie Laurent ressentent à ce point une « positive attitude » après la représentation du film « Demain » !

Cette idée a un nom : le réformisme. La pensée réformiste est la conviction selon laquelle un monde meilleur est possible pourvu que l’on adopte les réformes nécessaires. Elle s’appuie sur l’idée que les défauts du capitalisme peuvent être jugulés en adoptant de nouveaux comportements et en votant de nouvelles lois. Aller au travail en train ou à vélo, consommer bio ou échanger des services sont autant de nouveaux comportements lesquels, agrégés les uns aux autres, produiraient l’inéluctable effet de remplacer le système capitaliste corrompu par un capitalisme « sain ». Dans ce nouveau système, la croissance est garantie par l’énergie verte exigée par les électeurs, de même que les excès de la finance et de la spéculation sont régulés par des hommes politiques courageux. Ainsi, le changement vient des (petites) gens et, par contagion, investit l’ensemble de la société. Merveilleux.

Le problème d’une telle vision est qu’elle occulte complètement l’acteur le plus important de la société capitaliste : le capitaliste lui-même ! Chacune des initiatives citées, poussée au terme de sa logique, s’opposera en réalité frontalement à des intérêts puissants que la perspective exclusivement locale fait oublier. Ainsi, si tout le monde cultive son potager en respectant l’environnement et en produisant ses semences, Monsanto ne vendra plus ni ses OGM, ni son glyphosate. Si les citoyens créent des sociétés de journalistes pour empêcher leurs médias d’être détenus par des milliardaires jouant aux rédac-chefs, c’est Bolloré, Niel, Drahi ou Dassault qui verront rouge (si je puis dire !). Si la fabrication de médicaments devient « open source », que diront Pfizer, Glaxo et consorts ? Pas la peine d’en rajouter, vous avez compris le principe.

L’autre erreur, c’est de croire que tout ça, c’est pour après. Dans une certaine mesure, c’est pourtant vrai : la directive de l’UE interdisant les potagers amateurs était un hoax – ce qui n’implique pas qu’une telle décision serait impensable. Toutefois, la règlementation européenne sur les semences est tellement discriminante que seules les variétés des grosses industries répondent aux critères. On voit là la puissance des lobbies…qui agissent aujourd’hui et non pas…demain !

Mais est-ce valable dans tous les secteurs ? Certes oui. Dans leur film, Cyril Dion et Mélanie Laurent s’attardent longuement sur l’expérience de constitution citoyenne en Islande, mais il ne leur faut que quelques secondes pour rappeler que cette dernière est bloquée depuis plusieurs années par le parlement ! Forcément, la constitution allait « contre les intérêts » des députés. Mais ça n’aurait pas été très « positive attitude » de souligner l’échec.

Prenons un autre exemple : le commerce équitable. Le commerce équitable consiste à dire que l’injustice que subissent les paysans du sud (et encore, on parle des producteurs, pas nécessairement des ouvriers agricoles travaillant sous le soleil de plomb) peut être dépassée en « réformant » le commerce classique avec un label rigoureux impliquant des mécanismes de contrôle. Le commerce équitable est-il, à prix de vente égal avec des produits non équitables, rentable ? Non. Preuve en est que ces produits sont plus chers que la moyenne. Il en résulte que ceux qui peuvent se payer ces produits sont précisément ceux qui sont suffisamment riches. Or, les plus riches d’entre nous font partie des privilégiés du système capitaliste. Autrement dit, c’est parce qu’il y a des inégalités par ailleurs que le commerce équitable est possible. Le commerce équitable n’a donc pas pour vocation de se substituer à l’ensemble du commerce puisque, par définition, un privilégié ne peut l’être qu’en comparaison à d’autres qui ne le sont pas. Ici, non plus, pas de changement réel. On pourrait continuer comme ça indéfiniment, avec chacune des « solutions » qui fleurissent un peu partout et qui ressemblent finalement plus à des pansements au système capitaliste, voire à une pernicieuse caution morale.

Vous allez me dire : c’est déprimant ! Oui et non. Oui parce qu’en effet, ce n’est pas « si simple » de changer le monde. Non parce que, définitivement, il est possible de changer le monde. Mais cela implique d’être conscient que ce qu’on voyait comme une solution n’est peut-être qu’une première étape amenant à un blocage nécessaire. Cela implique également d’accepter que changer le monde n’est pas sans risque et ne se fera pas sans sacrifice.

Reprenons avec un exemple. Que des habitants se mettent ensemble pour rédiger une nouvelle constitution, qu’ils prennent conscience qu’ils en sont capables et que le résultat est à la hauteur de la mission assignée, c’est éminemment positif… Mais une fois l’alternative capable de rivaliser avec ce à quoi elle s’oppose, elle dérange. La confrontation est inévitable, la stratégie du « pas à pas » ayant fait long feu. C’est ici que le réformisme atteint ses limites et qu’intervient l’idéal révolutionnaire. Oui, je sais, c’est un peu abrupt. Pourtant, lorsqu’un peuple opprimé souhaite s’émanciper de son dictateur, la révolution est unanimement reconnue comme salutaire. La relative invisibilité du caractère totalitariste du capitalisme (sous couvert d’accepter la critique et même d’intégrer des ébauches…d’alternatives !) ne doit pas faire oublier la malbouffe, les licenciements collectifs, l’écart sans cesse plus grand entre les riches et les pauvres, les guerres pour les matières premières et celles qui enrichissent les industries de l’armement.

Face à ces multiples « blocages » dont on a montré qu’ils sont insolubles par une stratégie du pas à pas, la pensée révolutionnaire se pose comme l’opportunité d’opérer l’ultime « déclic ». Par exemple, les Islandais pourraient considérer leurs députés comme illégitimes et décider démocratiquement d’en élire ou d’en tirer au sort de nouveaux…tout en usant des moyens adéquats, éventuellement manu militari, pour arriver à leur fin. Ni sans risque, ni sans sacrifice disais-je… Dans ce contexte, on comprend que les peuples freinent des quatre fers, quitte à avaler des couleuvres – les Grecs en savent quelque chose. On sait toujours ce qu’on s’apprête à perdre, on ne sait rien de ce qu’on pourrait gagner. Faire la révolution est une décision qui se prend souvent au bord du gouffre, c’est-à-dire dans la pire des positions, celle qui permet le moins d’anticiper le système d’après.

De plus, toute une population ne sera jamais en même temps au bord du gouffre. Certains en sont loin, d’autres sont déjà tombés. Le changement ne viendra que par ceux qui ont le moins à perdre et le plus à gagner, c’est-à-dire les classes les plus exploitées par le capitalisme dont les « bobos » tentés par le bio ne font évidemment pas partie. Ces classes devront se mettre ensemble et constituer une masse critique, tout en étant correctement informées. Or, la masse critique est de facto tuée dans l’œuf par la façon qu’a le capitalisme d’opposer les pauvres entre eux (il n’y a qu’à voir le succès du Front National auprès des ouvriers) tandis que l’information est aux mains des plus puissants peu enclins à céder leur outil de propagande.

Que penser de tout ça ? D’abord qu’il faut continuer à « faire sa part » comme le rappelle la légende du colibri racontée par Pierre Rabhi. Parce que ça crée du lien social et ça démontre, en effet, qu’il serait possible (au conditionnel !) de vivre autrement. Ensuite, il faut garder en tête que bien avant qu’une alternative soit mise en œuvre unanimement, ceux qui pourraient en subir les conséquences (les multinationales, les milliardaires, etc.) luttent déjà contre elle. Pire, les différents lobbies et entreprises transnationales ne se contentent pas d’anticiper les « alternatives au système », ils continuent de renforcer ce système chaque jour avec de nouvelles propositions (TTIP, CETA), de nouvelles fusions (Bayer et Monsanto), de nouveaux licenciements (Caterpillar, Alstom), de nouvelles guerres. L’action à l’échelon local est donc nécessaire mais insuffisante : doit y être associé l’activisme politique à l’échelle des structures : lois, directives, projets de traités, etc. Enfin, il faut reconnaître qu’un véritable changement implique toujours une certaine prise de risques : répression violente des pouvoirs en place, incertitudes quant au nouveau système, périodes d’instabilité, instrumentalisations diverses, embargos économiques, menaces à la souveraineté nationale.

S’il est important de penser les alternatives indépendamment des obstacles, parce que cela donne le courage de s’y mettre, il l’est encore plus de penser les processus. Pour que la révolution ne soit pas à la manière de celle des planètes un « retour à la case départ », mais un véritable « monde de solutions » – même provisoires.

Source: Investig’Action

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Civilisation...

18 Juillet 2016, 16:14pm

Publié par Nicolas Casaux

L’anthropologue du 19ème siècle E.B. Tylor définit la civilisation comme la vie dans les villes organisée par un gouvernement et facilitée par des scribes (donc usage de l'écriture). Dans ces sociétés, il remarque qu'il y a un "surplus" de ressources, qui peut être échangé ou pris (à travers la guerre ou l'exploitation), et qui permet la spécialisation dans les villes.

L'activiste et écrivain contemporain Derrick Jensen, ayant reconnu de sérieuses erreurs dans la définition populaire de "civilisation" du dictionnaire, écrit:

La civilisation est une culture – c’est-à-dire un complexe d’histoires, d’institutions, et d’artefacts – qui à la fois mène aux, et émerge de la croissance de villes (voir civil, de civis, citoyen, du latin civitatis, cité-état), en définissant les villes – pour les distinguer des camps, des villages, etc. – comme des regroupements de gens vivant de façon plus ou moins permanente en un lieu précis, d’une densité telle que l’importation quotidienne de nourriture et d’autres éléments nécessaires à la vie est requise.[6]

Jensen remarque aussi que puisque les villes ont besoin d'importer les nécessités de la vie, et besoin de croître, elles doivent pour cela créer des systèmes pour la centralisation perpétuelle des ressources, ce qui entraine "des zones d'insoutenabilité grandissantes et une province de plus en plus exploitée..."

L'anthropologue contemporain John H. Bodley écrit que: "La fonction principale de la civilisation est d'organiser l'imbrication de réseaux sociaux idéologiques, politiques, économiques, et militaires, de pouvoir, qui bénéficient différentiellement aux foyers privilégiés..." [7]. En d'autres termes, les institutions de la civilisation, comme les églises, les corporations, les armées, existent et sont utilisées dans le but d'acheminer les ressources et le pouvoir entre les mains des dirigeants et de l'élite.

L'historien et sociologue du 20ème siècle, Lewis Mumford, a écrit une de mes définitions préférées, acerbe et succincte, de la civilisation. Il utilise le terme de civilisation:

Pour désigner le groupe d'institutions qui prirent forme sous la royauté. Leurs caractéristiques principales, des constantes aux proportions variables à travers l'histoire, sont la centralisation du pouvoir politique, la séparation des classes, la division du travail (pour la vie), la mécanisation de la production, l'expansion du pouvoir militaire, l’exploitation économique des faibles, l'introduction universelle de l'esclavage et du travail imposé pour raisons industrielles et militaires [8]. [...]

Nicolas Casaux

http://partage-le.com/2015/02/1084/

Civilisation...

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Terrorisme....

18 Juillet 2016, 15:09pm

Publié par Kler Talarmin

Kler Talarmin :

Terrorisme et anti-terrorisme contre la révolte

14 juillet à Nice. Un trentenaire psychotique, alcoolique et drogué, connu pour « uriner et déféquer dans son appartement » (Libération), violenter sa femme et menacer son entourage commet l'irréparable. Il décide de tuer un maximum de monde sur la promenade des Anglais en fonçant avec un camion 19 tonnes, chargé de fusils en plastique, dans une foule compacte. Mise en pratique macabre d'un célèbre jeu vidéo américain. 84 morts. Un carnage indicible.

Celui qui vient de commettre le massacre est « inconnu des services de renseignement » – ce qui n'est pas le cas de milliers de personnes qui ont, par exemple, manifesté contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes ou contre la « loi travail ». Alors que les corps gisent encore sur le macadam, la classe politique française rivalise déjà d'obscénité. Entre deux saillies racistes, on entend des appels à mener une « guerre totale » (Nicolas Sarkozy), utiliser des lance-roquettes (Henri Guaino), à ouvrir des camps pour les personnes fichées. Le président socialiste se vante immédiatement « d'intensifier les bombardements » à plusieurs milliers de kilomètres de la France, et annonce la prolongation de l'état d'urgence.

48 heures plus tard, Daesh revendique le crime. Comme cela avait été le cas pour la tuerie d'Orlando, durant laquelle un homosexuel refoulé avait exécuté des dizaines de clients d'une boite de nuit gay. Après avoir inventé « l'auto-radicalisation sur internet », la classe politique parle de « radicalisation très rapide » concernant l'assassin de Nice, pourtant connu pour son mépris de la religion.

Le terrorisme et l'anti-terrorisme ne s'opposent pas. Il faut les considérer comme les deux faces de la même pièce : celles d'un dispositif contre-insurrectionnel. Quelques réflexions.

1 - Quelques heures après le drame, Hollande annonçait la prolongation de l'état d'urgence – dont l'inutilité venait pourtant d'éclater au grand jour – démontrant une nouvelle fois que l'anti-terrorisme n'a pas pour finalité d'empêcher un quelconque attentat. Nous vivons depuis des mois dans un pays sous état d'exception, avec des policiers et des militaires à chaque coin de rue, où l'on peut assigner à résidence sans aucun élément à charge un militant écologiste ou un musulman, et interdire les manifestations. C'est pourtant dans ce même pays qu'un camion de 19 tonnes a pu faucher des dizaines de personnes sur plusieurs kilomètres sur l'une des avenues les plus touristiques du monde. Un jour de fête nationale. Dans la ville la plus surveillée de France.

2 – "[A Nice il y a] 999 caméras, et une caméra pour 343 habitants [alors qu'] à Paris, il y en a 1 pour 1532, je suis à peu près convaincu que si Paris avait été équipée du même réseau que le nôtre, les frères Kouachi n'auraient passé 3 carrefours sans être neutralisés et interpellés". C'est la déclaration de l'ancien maire de Nice, Christian Estrosi, juste après les attentats de janvier 2015. Il a fait de sa ville un laboratoire sécuritaire. Si la surveillance à outrance n'empêchera jamais une attaque terroriste, elle s'impose comme un business très important. La peur fait vendre. Il s'agit d'un marché qui s'étend sur plusieurs dimensions : économique, politique, médiatique, à l'heure ou le pouvoir ne se maintient plus que par l'état d'urgence, la peur et le flash-ball.

3 - S'il y a bien un élément qui met d'accord éditorialistes, politiciens, policiers et djihadistes, c'est le caractère « terroriste » et «islamique » de la tragédie niçoise. Alors que les motivations du tueur n'ont toujours pas été élucidées, la classe politique s'empresse d'appeler à intensifier la « guerre contre le terrorisme ». Dans une étonnante harmonie, Daesh récupère également l’événement. L'opportunisme ne connaît pas de frontières. Du reste, si le tueur de Nice était « inconnu des services de renseignement », son ancienne femme avait en revanche déjà déposé plusieurs plaintes contre lui pour des "violences physiques et morales". Sans que la police ne donne de suite. En France, chaque année 114 femmes meurent sous les coups, et des dizaines de milliers sont violées. Une autre forme de terrorisme, bien plus silencieuse.

4 - Daesh est une multinationale de la terreur spectaculaire. L’État Islamique n'est pas une organisation fasciste, mais les filiations entre l'extrême droite et le djihadisme contemporain sont nombreuses. D'abord, ce sont des idéologies de mort. Dans les années 1930, les franquistes criaient « viva la muerte ! » – « Vive la mort » – et les adeptes de Mussolini reprenaient le slogan « Me ne frego » – « La mort, je m'en fous ». En 2012, Mohammed Merah déclarait « j'aime la mort comme d'autres aiment la vie ».

5- Le djihadisme et le fascisme sont des produits de la guerre et du système carcéral. Le nazisme est forgé sur les cendres de la première guerre mondiale alors que Daesh naît dans l'Irak dévasté par l'armée américaine. Dans les années 1920 Hitler assoit son aura depuis sa cellule de prison alors que les camps de détention américains des années 2000 sont des incubateurs du djihadisme, de même que Coulibaly ou Merah sont fanatisés derrière les barreaux des prisons françaises. Sur le plan des cibles, il s'agit toujours de s'en prendre aux juifs, à la culture – autodafés, destruction de vestiges –, aux femmes ou aux homosexuels, en s'appuyant sur un culte de la force brute, de la violence, du militarisme et une propagande savamment étudiée. En octobre 2015, 85 manifestants d'extrême gauche turcs et kurdes sont tués par des kamikazes de Daesh à Ankara.

6 - Enfin, l’horizon politique énoncé par Daesh est de construire un état impérialiste et totalitaire. Œcuménique. L'idéologie de Daesh a un nom : le takfirisme. Une petite secte sanguinaire dont l'objectif est de provoquer la guerre civile entre musulmans et mécréants, purs et impurs. Une tâche à laquelle s’attèle également fort bien de nombreux dirigeants occidentaux et toute une partie de l'extrême droite.

7 - Ceux qui appellent à mener une « guerre totale » au terrorisme sont les mêmes qui signent des contrats d'armement colossaux avec les dictatures du Golfe - Qatar et Arabie Saoudite - qui apportent un soutien logistique aux groupuscules djihadistes. Ce sont les mêmes qui provoquent des guerres au quatre coins du globe. Les mêmes qui font d'obscènes courbettes aux responsables du désastre.

8 - « Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut, en effet, être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. L’histoire du terrorisme est écrite par l’État ; elle est donc éducative. Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique. » Guy Debord

Le terrorisme et l'anti-terrorisme sont, fondamentalement, les adversaire de toute révolte. Ils cherchent à atomiser paralyser, brutaliser. Les terroristes veulent imposer leur ordre par la peur, ceux qui prétendent le combattre veulent faire régner l'ordre par le contrôle. Et si l'état d'urgence est inutile pour empêcher un attentat, il est en revanche efficace pour faire en sorte que chacun reste à sa place.

L'espoir, la force et les complicités qui sont nées dans le grand mouvement de révolte du printemps 2016 ne doivent pas se laisser étouffer par la terreur. Ce serait le meilleur cadeau à faire à tous ceux qui voudraient nous terroriser.

[Paix à toutes les victimes.]

Terrorisme....

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Nuit debout, la vérité n'est pas dans les médias !...

10 Avril 2016, 14:26pm

Publié par pam

#NuitDebout présente un réel danger. Mais pour qui?

Par sa forme plus que par son propos, le mouvement #NuitDebout s'inscrit dans un processus qui oppose deux visions de la politique depuis plusieurs siècles. Véritable danger pour le système politique en place, il porte un espoir à long terme, malgré le sabotage dont il sera bientôt l'objet.

Deux visions violemment opposées de la politique sont là représentées. D'une part, celle de la démocratie au sens historique du terme. Le politologue québécois Francis Dupuis-Déri a montré dans une somme sur le mot "démocratie", de quelle manière cette idée avait traversé les siècles pour s'arrêter définitivement avec la révolution française durant laquelle le terme "démocrate" était considéré comme une insulte. Quelques années après 1789, le mot prend un nouveau sens. Il n'est plus défini par le pouvoir du peuple à se gouverner lui-même mais par la possibilité pour le peuple de choisir ceux qui auront autorité sur lui. Une sorte de despotisme éclairé en CDD.

Le mouvement "#NuitDebout" représente une expression de ce que Dupuis-Déri appelle l'agora-philie politique. Une expression du peuple, autogérée, libre, sans intermédiaire, sans pouvoir ni autorité. Ce que l'on appelait jusqu'en 1789 la "démocratie" sans besoin d'adjectif.

En face, une classe politique s'est constituée pour occuper le pouvoir. Un marketing politique organise une non-pensée qui laisse croire à l'électeur-trice que son quotidien sera amélioré sans jamais changer les structures sociales où la finance a pris une place prépondérante. Cette idée de la politique, gestionnaire, propose d'écarter le peuple des décisions en vertu de son incompétence, de son irrationalité et de son penchant à défendre des intérêts particuliers. Cette même pensée a percolé dans le système de production où "autogestion" est devenu un terme repoussoir (au moins autant que "féminisme"). Cette agora-phobie politique réduit la diversité des opinions à une opposition spectacle droite gauche où l'électeur, ne voyant plus qu'une copie de l'une sur l'autre, finit par jeter l'éponge et refuse de voter. Ou vote à l'extrême droite.

Aujourd'hui, le véritable débat est moins sur le fond des questions telles qu'elles nous sont présentées, même si elles ont leur intérêt (pour ou contre la loi travail) que sur la forme que prend et surtout prendra l'organisation générale de la politique. Le système actuellement en place est structuré autour d'une classe d'élu-e-s, de militants partisans qui souvent espèrent le devenir à leur tour, d'un système médiatique qui accepte tout débat sauf celui de la structure du pouvoir, et d'une majorité de citoyen-ne-s qui ne vivent pas si mal et préfèrent, dans une paresse entretenue, se réduire à être des consommateurs de politique, comme du reste.

#NuitDebout, après avoir été traité avec dédain, commence à intéresser les médias qui ne savent par quel bout prendre ce phénomène. Car le mouvement agit à rebours de toutes les habitudes: il ne cherche pas la médiatisation, n'a aucun représentant BFMifiable, et il ne s'intéresse même pas à ce que la classe politique qu'il exècre pense de lui. Des stars de la politique vont y jeter un œil, en marge, se font prendre en photo (ou font savoir qu'ils sont passés sans se faire voir) puis repartent avec le sentiment que leur temps sera bientôt passé.

Sans faire de politique fiction, on peut penser que le temps de la démocratie au sens classique du terme n'est pas encore venu. Mais si #NuitDebout demeure un mouvement marginal en nombre, il donne néanmoins des perspectives à une pensée qui sera un jour nécessaire. Peut-être demain, dans quelques mois ou quelques années. Car on voit bien que le pouvoir politique représentatif est englué dans un système où la vie des gens ne peut qu'empirer. Le scandale des Panama Papers montre à celles et ceux qui ne l'avaient pas encore compris, à quel point le rapport des forces est disproportionné sur l'échiquier actuel de la politique. Les apparatchiks sincères rêvent encore à "renverser la table" mais en restant sur le même plateau de jeu. Normal, ils-elles s'y voient eux-mêmes en joueur-se de premier plan et nous proposent des primaires "à gauche" ou "citoyennes" pour une élection présiendielle qui perd de son sens.

Il est donc totalement prévisible qu'au moment où une partie de corps social comprend qu'il faut quitter la partie et inventer de nouvelles règles, le système en place se défende, d'une part en insistant lourdement sur la violence des contestataires (la plupart des journaux titrant sur les casseurs où l'on sait que la police s'infiltre pour provoquer les images choc) et d'autre part en valorisant celles et ceux qui, comme Caroline De Haas, contestent la politique qui est menée mais en défendant la partie d'échecs en cours du système politique en place.

On peut d'ailleurs partager beaucoup d'idées de ces élu-e-s en herbe (l'opposition à la loi travail, les droits des femmes...) et s'opposer sur l'essentiel : le renversement pacifique d'un système économique, culturel et politique non réformable et qui nous mène à la catastrophe.

La non violence de #NuitDebout et son indifférence aux commentaires des professionnels de la politique représentent le plus grand danger pour la "démocratie représentative", ce système qui a usurpé son nom. Si le mouvement ne se range pas aux côtés d'un parti ou des syndicats, il y a fort à penser que l'appareil d'état va y trouver remède.

DGR. Quand les médias se taisent, les rues s'expriment.

DGR. Quand les médias se taisent, les rues s'expriment.

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Changer de civilisation....

15 Février 2016, 07:41am

Publié par pam

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L'humanité est une bavure...

30 Janvier 2016, 08:26am

Publié par pam

Un nouveau message de Frédéric Wolff

23 janvier 2016Beauté, Développement

Trouvé sur le blog de Fabrice Nicolino (oui de Charlie..) Planète sans visa :

http://fabrice-nicolino.com/?p=2184

Les jours passent, et je ne vous écris toujours pas. Ce n’est qu’un moment, mais il dure. En attendant, je vous laisse en l’excellente compagnie de Frédéric Wolff. Qui existe bel et bien, contrairement à ce que certains paraissent croire. À bientôt, je le jure. Fabrice Nicolino

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DU PROGRÈS DANS L’EXTERMINATION

Il était une fois la vie au pays du progrès. On y inventait des machines à aller plus vite nulle part et à désirer l’indésirable. Les gens y vécurent de plus en plus vieux et eurent beaucoup de maladies…

Même plus vrai !

En 2015, l’espérance de vie a diminué de trois mois pour les hommes et de quatre mois pour les femmes. La faute à qui ? A la grippe et à la météo, dixit les experts officiels. Ouf.

Pas d’inquiétude, donc. Sur le long terme, on vit de plus en plus longtemps… malades ! Ainsi, l’espérance de vie sans incapacitédiminue depuis plusieurs années – 2006, si mes informations sont bonnes. Un progrès allant rarement seul, on est malade de plus en plus tôt.

Des chiffres ? Puisqu’il faut tout mettre en chiffres, y compris nous-mêmes, allons-y gaiement. Le diabète et les maladies cardiovasculaires progressent cinq fois plus vite que la population. Et les cancers ? Quatre fois plus vite, avec une incidence chez les adolescent(e)s de + 1,5 % par an depuis 30 ans. De plus en plus vite nulle part ? Même plus vrai : de plus en plus vite dans le mur !

Soyons optimistes : ce n’est qu’un début. Nous pouvons faire beaucoup mieux. Les générations nées à partir des années 1960 ont bénéficié, dès leur naissance, des pollutions tous azimuts, d’une alimentation appauvrie et de la sédentarité. Depuis le nouveau millénaire, les ondes nocives du progrès améliorent encore le désastre, faites excuse pour les oxymores des temps modernes – occis et morts en un seul mot, c’est un cauchemar. La synergie est parfaite, donc : les ondes pulvérisent la barrière protégeant le cerveau, la voie est libre pour les cocktails chimiques… Et les nanotechnologies ajoutent la touche finale. Du grand art.

Au final, le marché de la maladie se porte à merveille. Une source de croissance durable bien de chez nous, enfin. Alors soyez patriotes ! Faites-vous dépister à coups de rayons X ! Vaccinez-vous aux métaux lourds ! Amalgamez vos chicots au mercure, rafistolez-vous en batterie, perfusez vos globules et, tant que vous y êtes, prothésez-vous du ciboulot ! Si vous êtes victime d’empoisonnement industriel, optez pour l’empoisonnement thérapeutique ! Suivez la progression de votre diabète et de vos métastases sur votre smartphone, prolongez votre espérance d’agonie et finissez vos jours entouré de machines à respirer, à digérer, à uriner…

A ce rythme-là, il va devenir scabreux de se souhaiter une bonne santé. Personnellement, je le déconseille, sauf à être assuré en cas de procès pour vœu non exaucé. Mieux vaut prévenir. D’ailleurs, c’est ce qu’on nous répète : « On vous aura prévenus. » Respirer tue, alors inspirons un jour sur deux ou expirons, à nous de choisir.

Mais il n’y a pas que l’espérance de vivre en bonne santé. Il y a l’espérance de vivre tout court, comme des vivants du genre humain, l’espérance de fleurir. La menace n’a jamais été aussi grande, de n’être plus que des ombres errantes, ni vraiment mortes, ni franchement vivantes. Exproprié(e)s de nos vies, dépouillé(e)s de notre autonomie, occupé(e)s à ne pas vivre vraiment, à ne pas habiter notre humanité, à laisser des machines décider à notre place… Nous inaugurons joyeusement l’ère des cyborgs post-humains.

La joie, même la joie se retire de nos visages, de plus en plus, elle s’en va et le sens du sacré tout autant, le sacré quand la vie était un miracle, quand on pouvait encore se réjouir sans être saisi d’inquiétude. Ce châtaignier, là où je vis, vous le verriez, c’est un frère. Comment ne pas lui sourire et, dans le même instant, craindre pour lui et pour tant d’autres ?

Mais voilà, il y a beaucoup plus important que la vie. Il y a les secondes que l’on gagne pour se rendre d’un non-lieu à un autre non-lieu. Ça vaut bien un aéroport ravageant des terroirs précieux et, au passage, le climat dont notre grand pays a fait la cause du siècle. Ça justifie un TGV détruisant des habitats et des paysages bouleversants de beauté. Nous sommes devenus si importants, nous et nos affaires à développer sans limites.

L’état d’urgence est étendu. Il devient permanent. Pas l’urgence écologique, non, celle-là, c’est juste pour parader dans les grandes mascarades de la COP 21 et des campagnes électorales. L’urgence dont il est question ici est celle d’en finir avec la vie, le hasard, le don sans limite du vivant et, soyons fous, avec la mort. Comprenez bien : L’humanité est une bavure. Qu’elle soit obsolète, indésirable ou non rentable, elle doit dégager.

Ainsi pourraient s’exprimer nos bons maîtres si, pour une fois, ils parlaient vrai :

Demain sera parfait et vous aussi. Vos émotions, vos défaillances, ça commence à bien faire. La mort vous asticote ? Vos vies ne sont pas à la hauteur ? Place au pilotage universel. Plus rien ne doit échapper à la toute-puissance. Vous n’êtes pas conformes aux normes des intégristes de la machine ? Vous serez désintégré(e)s ! La déchéance physique vous guette ? Vous serez customisé(e)s en série, programmables et réparables à merci. Merci qui ? Merci la machine !

Grâce à la machine, vos derniers restes d’humanité sont en voie d’éradication. Le transfert des données touche à sa fin. Votre restant de cerveau disponible est quasiment numérisé et votre code-barres génétique, sur le point d’être opérationnel. Alléluia !

Grâce à la machine… Et grâce à vous. Vous êtes formidables, vraiment. Plus besoin de gardien du troupeau. Le gardien, c’est vous ! C’est une source d’économie et surtout, de consentement et donc, d’efficacité. D’après les derniers chiffres, le taux de pénétration des mouchards électroniques progresse comme jamais. Vous pouvez être fiers. Surtout, ne changez rien.

Continuez à plébisciter vos camisoles numériques. Tout le monde doit tout savoir sur tout le monde. Exhibez-vous ! Twittez, selfiez, restez connectés. Internet et les data centers foutent en l’air le climat ? Connectez-vous pour vous indigner ! L’absurdité menace le cours de votre vie ? Exigez un GPS qui donne un sens à votre existence. Vous vous sentez l’âme d’un(e) rebelle ? Réclamez des smartphones sans antenne-relais près de chez vous ! Vous passez votre vie derrière des écrans ? Syndiquez-vous ! Le digital labour mérite reconnaissance et rémunération. Négociez un statut de larbin que l’on sonne avec treizième mois et réduction du forfait téléphonique.

La planète sera intelligente ou ne sera pas. Il y va de l’optimisation du cheptel et de ses prothèses, de la bonne croissance des flux et du flicage participatif. Pas d’alternative au règne du calcul et de la marchandise. Point de salut en dehors du sacrifice au cyber-Dieu des machines. Tout doit passer par lui, désormais : vos liens avec les autres, vos gestes, votre parole ou ce qu’il en reste. Votre rapport sensible au monde, oubliez-le. Ce qui faisait la vie imprévisible, précieuse, habitée, remplacez-le par le non-espace, le non-temps, la non-vie. Scannez vos aliments et vous avec par la même occasion, évaluez-vous, équipez-vous d’urgence de la fourchette connectée et de la gamelle intelligente pour chat et chien 2.0…

La déchéance de nationalité n’est finalement qu’une étape. Demain, c’est de l’humanité que nous serons déchu(e)s.

Celles et ceux qui veulent nous transformer en machine sont clairement des ennemis. Nous ne sommes pas négociables. Nous ne le serons jamais.

Ne laissons pas leur monde désherber nos vies. Plus que jamais, sauvons ce qui peut l’être : notre humanité, dans ce qu’elle a de plus vulnérable – ses limites et sa finitude – et de plus humble aussi – une espèce parmi d’autres espèces. Quitte à être des « chimpanzés du futur », protégeons les arbres qui nous protègent. Soyons des veilleurs de nos jours, des

L'humanité est une bavure...

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Des anarchistes demandent officiellement la déchéance de la nationalité française

26 Janvier 2016, 06:34am

Publié par pam

BY YANNIS YOULOUNTAS · 22/01/2016

Suite aux annonces nauséabondes de Valls et Hollande…

DES ANARCHISTES DEMANDENT OFFICIELLEMENT LA DÉCHÉANCE DE LA NATIONALITÉ FRANÇAISE À FRANÇOIS HOLLANDE

F.T.P. (Francs tireurs Partisans d’une citoyenneté mondiale)
35 allée de l’Angle
Chaucre le 22 janvier 2016
17190 St Georges d’Oléron
Tel : 05 46 76 73 10
Adresse électronique : editionslibertaires@wanadoo.fr

Objet : Demande de déchéance de la nationalité française

À Mr le président de la république française.

Mr le Président, nous vous faisons une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps.

Nous sommes nés dans ce pays, la France, par hasard. Nous n’avons choisi ni de naître, ni de naître en France. Il en va ainsi de tous les êtres humains. Jusqu’à présent, ce non-choix ne nous posait pas de trop gros problèmes. Nous aurions pu tomber plus mal.

Depuis déjà quelque temps, cependant, entre Notre-Dame-des-Landes et la condamnation de syndicalistes à de la prison ferme, nous avions quelques doutes sur votre capacité à faire rêver d’une France dite pays des droits de l’homme. Vous nous accorderez de ne même pas parler de socialisme. Avec votre dernier tripatouillage politicard à propos de la déchéance du droit de nationalité, les choses sont claires. Vous jouez avec les allumettes. Vous savez que les terroristes se moquent comme de leur première chemise d’être déchus ou non de… Et pourtant, vous êtes en train de mettre en place un arsenal juridique démagogue qui assigne aujourd’hui à résidence des écolos et des syndicalistes et qui, demain, se retournera contre vous.

Rappelez-vous, Martin Niemöller. Libéré des camps par la chute du régime nazi, en 1945. Il est l’auteur de Quand ils sont venus chercher… faussement attribué à Bertold Brecht. Il disait : « Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit,… je n’étais pas communiste. Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit,… je n’étais pas syndicaliste. Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit,… je n’étais pas juif. Lorsqu’ils sont venus me chercher, …il ne restait plus personne pour protester. »

Monsieur le Président, demain, quand ceux que vous prétendez combattre seront au pouvoir, ils se contenteront d’appliquer vos lois. Comment ne comprenez-vous pas cela ? Par voie de conséquence, comme nous le permet encore la Constitution, nous nous déclarons en situation d’insurrection.

Par la présente, veuillez recevoir notre demande de déchéance de la nationalité française. Pourquoi ? Nous autres, Français de hasard, ne voulons plus être français tant que vous incarnerez cette idée de la France. Par la présente, nous vous informons également de notre volonté de créer dans les plus brefs délais une carte d’identité et un passeport de citoyen du monde.

Monsieur le président, prévenez vos gens d’armes, que nous serons lourdement armés de ces armes de destruction massive que sont l’intelligence, la non-violence, l’honneur et… l’humour. Et que nous n’hésiterons pas à tirer ! Avec ces armes là !

Jean-Marc Raynaud, Dominique Lestrat, Yannick Thébault, Stephane Troplain, Paul Boino, Annie Arroyo, Thierry Sassi

Des anarchistes demandent officiellement la déchéance de la nationalité française

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Quand le neuf apparaît déjà

8 Janvier 2016, 16:33pm

Publié par Fabrice Nicolino

7 janvier 2016 / Fabrice Nicolino pour Reporterre


Blessé lors de l’attaque terroriste contre « Charlie Hebdo » il y a un an, Fabrice Nicolino garde l’espoir : "D’un côté le vieux monde, qui tient encore entre ses mains le pouvoir de décision. Et de l’autre, dans les limbes certes, mais lumineuse déjà, davantage qu’une graine. Une pousse. Une pousse déjà vivace."

Journaliste engagé pour l’écologie, Fabrice Nicolino est chroniqueur à La Croix et à Charlie Hebdo,où il a été blessé dans l’attentat du 7 janvier 2015. Il s’exprime aussi sur son blog, Planète sans visa, et a publié récemment Lettre à un paysan sur le vaste merdier qu’est devenue l’agriculture. Aujourd’hui, un an après le terrible attentat, il est à Nantes, aux côtés des Naturalistes en lutte, pour une conférence de presse contre le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Vous savez quoi ? J’ai pris trois balles dans la peau le 7 janvier 2015, au siège de Charlie Hebdo et je ne recommande pas l’expérience. Seulement, je ne supporte plus cette France pétrifiée, tremblante, prête à donner les clés du royaume à ses flics, à ses soldats, à ses nombreux et ténébreux services secrets, que personne ne contrôle parce que personne n’a jamais songé à les contrôler.

Cette France à genoux devant la folie meurtrière donne une idée précise de ce que nous sommes devenus. Incapables de répondre sur le plan de l’imaginaire et de la civilisation, nous ne voyons l’avenir que sous la forme d’une surveillance totale, agrémentée, car nous savons vivre, de creux discours sur la démocratie et la fraternité. Attention, pas de malentendu : je pense qu’il faut nommer le totalitarisme nouveau incarné par les djihadistes. Et je suis bien convaincu qu’il faut savoir sortir des armes – des vraies, en acier trempé – quand il faut affronter des barbares.

Un hymne solennel à consommer des objets inutiles

La question n’est donc pas celle-là. La question est que nous n’avons rien à défendre qu’un monde de pacotille et de falbalas. Quoi ? Le but de la vie sur Terre ne serait donc que la possession de bagnoles – une, deux, trois si possible –, de télés, d’ordinateurs, de téléphones portables ? Il faudrait donc perdre sa vie dans un travail aliéné pour enfin profiter de vacances bien méritées ? À la mer – dans le béton et la furie des foules sur le sable – ou au ski, dans ces villages Potemkine où le personnage principal est désormais la neige artificielle ?

Jamais, me semble-t-il en tout cas, le monde que j’habite par force n’aura été aussi laid. Partout résonne un hymne solennel à consommer des objets inutiles, qu’il faut envoyer de plus en plus vite à la benne. Malgré les innombrables propos publics qui clament le contraire, les frontières entre communautés, générations, classes sociales, se changent en précipices. Mais la France officielle des médias et de la politique s’en moque bien !

Ce qu’elle veut, on le sait : des mises en scène, avec roulements de tambour si possible. Ainsi nos maîtres, bombant le torse, parviennent à croire et à convaincre – un peu – qu’ils existent encore. Voyez l’exploitation faite du grand massacre du 13 novembre, à Paris. La veille encore, on misait sur les embrassades de la COP 21 où, répétaient gazettes, ministre et président, se jouait le sort du monde.

La crise est ce moment où le vieux meurt et où le neuf tarde à apparaître

Le lendemain, des centaines et milliers d’articles vides d’information, mais dégoulinants d’émotion, repoussaient la conférence climatique dans les coulisses. Quel aveu ! Ainsi donc, un acte de guerre – terrible et terrifiant, mais circonscrit – devenait soudain dix fois plus important que la réflexion commune sur le dérèglement climatique, qui menace toutes les sociétés humaines de dislocation. Mais il est vrai que l’élection présidentielle de 2017 vaut bien cela, n’est-ce pas ?

Y a-t-il une voie ? Il existe en tout cas un chemin, même si je ne sais pas où il mène exactement. Le suivre implique selon moi une rupture radicale et définitive avec la totalité des formes politiques existantes. Ce qui comprend celles dont beaucoup de lecteurs de Reporterre se sentent proches :EELV ou le Parti de gauche, par exemple. Toutes ces représentations appartiennent à un monde qui a déjà largement disparu. Pour citer le vieux Gramsci, que je continue à respecter malgré tout ce qui nous sépare à jamais, « Crisi è quel momento in cui il vecchio muore ed il nuovo stenta a nascere ». La crise est ce moment où le vieux meurt et où le neuf tarde à apparaître.

Cela vient peut-être, tant nous sommes aveugles

Oui, le chemin existe certainement. Je parlais d’un peu tout ça, l’autre jour, avec Pierre Rabhi, qui est un très cher ami, et comme un frère, même. Nous étions d’accord pour reconnaître que la société est en marche, sous les apparences de la torpeur. Des millions de gens ont d’ores et déjà changé pour partie leur manière de manger, de se vêtir, de voyager, de cultiver, de produire et même de mourir. L’affreux est qu’aucune force politique n’émerge qui pourrait, qui devrait donner un sens général, et désirable, à ce mouvement des profondeurs.

Cela viendra. Cela vient peut-être, tant nous sommes aveugles. En attendant, je me prépare pour une conférence de presse des Naturalistes en lutte, mes amis. Ce rassemblement bénévole a réalisé sur le territoire magique de Notre-Dame-des-Landes un inventaire prodigieux de ses richesses naturelles. Et trouvé des espèces rares que les bureaux d’étude des bétonneurs avaient, dans leur précipitation, oubliées. La loi étant la loi – je me permets de sourire, ce que vous ne voyez pas –, cette découverte devrait en théorie retarder les manœuvres conjointes de Vinci et Jean-Marc Ayrault, ci-devant maire de Nantes. D’un côté le vieux monde, qui tient encore entre ses mains le pouvoir de décision. Et de l’autre, dans les limbes certes, mais lumineuse déjà, davantage qu’une graine. Une pousse. Une pousse déjà vivace.

Quand le neuf apparaît déjà

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moi je n'irai pas qu'en terrasse....

21 Novembre 2015, 09:15am

Publié par pam

Lettre à ma génération : moi je n'irai pas qu'en terrasse

20 NOVEMBRE 2015 | PAR SARAH ROUBATO

publié par Mediapart

Salut, On se connaît pas mais je voulais quand même t’écrire. Il paraît qu’on devrait se comprendre, puisqu’on est de la même génération. Je suis française, je n’ai pas trente ans. Paris, c’est ma ville. J’ai grandi dans une école internationale où on était plus de quatre-vingt nationalités. J’ai beaucoup voyagé et je parle plusieurs langues. J’ai « des origines » comme on dit maghrébines. Je suis auteur compositeur interprète, artiste, et même un peu anthropologue.

J’ai toujours adoré les terrasses. La dernière fois que j’étais à Paris j’y ai passé des heures, dans les cafés des 10e 11e et 18earrondissements. J’y ai écrit un livre qui s’appelle Chroniques de terrasse. Il est maintenant quelque part dans la pile de manuscrits de plusieurs maisons d’édition. Ça fait drôle d’y penser maintenant. J’aurais envie de rajouter quelques pages. Pourtant aujourd’hui, ce n’est pas en terrasse que j’ai envie d’aller.

Depuis plusieurs jours, on m’explique que c’est la liberté, la mixité et la légèreté de cette jeunesse qui a été attaquée, et que pour résister, il faut tous aller se boire des bières en terrasse. C’est joli comme symbole, c’est même plutôt cool comme mode de résistance. Je ne suis pas sûre que si les attentats prévus à la Défense avaient eu lieu, on aurait lancé des groupes facebook « TOUS EN COSTAR AU PIED DES GRATTE-CIELS ! » ni qu'on aurait crié notre fierté d’être un peuple d’employés et de patrons fiers de participer au capitalisme mondial, pas toi ?

On nous raconte qu’on a été attaqués parce qu’on est le grand modèle de la liberté et de la tolérance. De quoi se gargariser et mettre un pansement avec des coeurs sur la blessure de notre crise identitaire. Sauf qu'il existe beaucoup d’autres pays et de villes où la jeunesse est mixte, libre et festive. Vas donc voir les terrasses des cafés de Berlin, d’Amsterdam, de Barcelone, de Toronto, de Shanghai, d’Istanbul, de New York !

On a été attaqués parce que la France est une ancienne puissance coloniale du Moyen-Orient, parce que la France a bombardé certains pays en plongeant une main généreuse dans leurs ressources, parce que la France est accessible géographiquement, parce que la France est proche de la Belgique et qu’il est facile aux djihadistes belges et français de communiquer grâce à la langue, parce que la France est un terreau fertile pour recruter des djihadistes.

Oui je sais, la réalité est moins sexy que notre fantasme. Mais quand on y pense, c’est tant mieux, car si on a été attaqué pour ce qu’on est, alors on ne peut pas changer grand chose. Mais si on a été attaqué pour ce qu'on fait, alors on a des leviers d’action :

- S'engager dans la recherche pour trouver des énergies renouvelables, car quand le pétrole ne sera plus le baromètre de toute la géopolitique, le Moyen-Orient ne sera plus au centre de nos attentions. Et d'un coup le sort des Tibétains et des Congolais nous importera autant que celui des Palestiniens et des Syriens.

- S'engager pour trouver de nouveaux modèles politiques afin de ne plus déléguer les actions de nos pays à des hommes et des femmes formés en école d'administration qui décident que larguer des bombes, parfois c'est bien, ou qu'on peut commercer avec un pays qui n'est finalement qu'un Daesh qui a réussi.

- Les journalistes ont montré que les attentats ont éveillé des vocations de policiers chez beaucoup de jeunes. Tant mieux. Mais où sont les vocations d’éducateurs, d’enseignants, d’intervenants sociaux, de ceux qui empêchent de planter la graine djihadiste dans le terreau fertile qu’est la France ?

Si la seule réponse de la jeunesse française à ce qui deviendra une menace permanente est d’aller se boire des verres en terrasse et d'aller écouter es concerts, je ne suis pas sûre qu’on soit à la hauteur du symbole qu’on prétend être. L'attention que le monde nous porte en ce moment mériterait que l'on sorte de la jouissance de nos petits plaisirs personnels.

Ma mixité

Qu’on soit maghrébin, français, malien, chinois, kurde, musulman, juif, athée, bi homo ou hétéro, nous sommes tous les mêmes dès lors qu'on devient de bons petits soldats du néo-libéralisme et de la surconsommation. On aime le Nutella qui détruit des milliers d’hectares de forêt et décime les populations amazoniennes, on achète le dernier iphone et on grandit un peu plus les déchets avec les carcasses de nos anciens téléphones, on préfère les fringues pas chères teintes par des enfants du Bengladesh et de Chine, on dépense des centaines d'euros en maquillage testé sur les animaux et détruisant ce qu'il reste de ressources naturelles.

Ma mixité, ce sera d’aller à la rencontre de gens vraiment différents de moi. Des gens qui vivent à huit dans un deux pièces, peu importe leur origine et leur religion. Des enfants dans les hôpitaux, des détenus dans les prisons. Des vieilles femmes qui vivent seules. De ce gamin de douze ans à l'écart d'un groupe d'amis, toujours rejeté parce qu'il joue mal au foot, qui se renferme déjà sur lui-même. Des ados dans les banlieues qui ne sont jamais allés voir une pièce de théâtre. Ceux qui vivent dans des petits villages reculés où il n'y a plus aucun travail. Les petits caïds de carton qui s'insultent et en viennent aux mains parce que l'un n'a pas payé son cornet de frites au McDo. D'habitude quand ça arrive, qu'est-ce que tu fais ? Tu tournes la tête, tu ris, tu te rassures avec un petit "Et ben ça chauffe !" et tu retournes à ta conversation. Si tous ceux qui ont répondu à l'appel Tous en terrasse ! décidaient de consacrer quelques heures par semaine à ce type d'échange... il me semble que ça irait déjà mieux. Ça apportera à l'humanité sans doute un peu plus que la bière que tu bois en terrasse.

Ma liberté

Je ne vois pas en quoi faire partie du troupeau qui se rend chaque semaine aux messes festives du weekend est une marque de liberté. Ma liberté sera de prendre un autre chemin que celui qui passe par l’hyperconsommation. D’avoir un autre horizon que celui de la maison, de la voiture, des grands écrans, des vacances au soleil et du shopping.

Ma liberté sera celle de prendre le temps quand j'en ai envie, de ne pas m'affaler devant la télé en rentrant du boulot, d'avoir un travail qui ne me permet pas de savoir à quoi ressemblera ma journée.

Ma liberté, c'est de savoir que lorsque je voyage dans un pays étranger je ne suis pas en train de le défigurer un peu plus. C'est vivre quelque part où le ciel a encore ses étoiles la nuit. C'est flâner dans ma ville au hasard des rues. C'est avoir pu approcher une autre espèce que la mienne dans son environnement naturel.

Ma liberté, ce sera de savoir jouir et d'être plein, tout le contraire des plaisirs de la consommation qui créent un manque et le besoin de toujours plus. Ma liberté, ce sera d'avoir essayé de m'occuper de la beauté du monde. "Pour que l'on puisse écrire à la fin de la fête que quelque chose a changé pendant que nous passions" (Claude Lemesle).

Ma fête

Ma fête ne se trouve pas dans l’industrie du spectacle. Ma fête c'est quand j'encourage les petites salles de concert, les bars où le musicien joue pour rien, les petits théâtres de campagne construits dans une grange, les associations culturelles. Passer une journée avec un vieux qui vit tout seul, c’est une fête. Offrir un samedi de babysitting gratuit à une mère qui galère toute seule avec ses enfants, c’est une fête. Organiser des rencontres entre familles des quartiers défavorisés et familles plus aisées, et écouter l'histoire de chacun, c'est une fête.

La fête c’est ce qui sort du quotidien. Et si mon quotidien est de la consommation bruyante et lumineuse, chaque fois que je cultiverai une parole sans écran et une activité dont le but n’est pas de consommer, je serai dans la fête. Préparer un bon gueuleton, jouer de la gratte, aller marcher en forêt, lire des nouvelles et des contes à des jeunes qui sentent qu’ils ne font pas partie de notre société, quelle belle teuf !

N’allez pas me dire que je fais le jeu des djihadistes qui disent que nous sommes des décadents capitalistes… s’il vous plaît ! Ils n’ont pas le monopole de la critique de l’hyper-consommation, et de toute façon, ils boivent aux mêmes sources que les pays les plus capitalistes : le pétrole et le trafic d’armes.

Voilà. Je ne sais pas si on se croisera sur les mêmes terrasses ni dans les mêmes fêtes. Mais je voulais juste te dire que tu as le droit de te construire autrement que l'image que les médias te renvoient. Bien sûr qu'il faut continuer à aller en terrasse, mais qu'on ne prenne pas ce geste pour autre chose qu'une résistance symbolique qui n'aura que l'effet de nous rassurer, et sûrement pas d'impressionner les djihadistes (apparemment ils n'ont pas été très impressionnés par la marche du 11 janvier), et encore moins d'arrêter ceux qui sont en train de naître.

Ce qu’on est en train de vivre mérite que chacun se pose un instant à la terrasse de lui-même, et lève la tête pour regarder la société où il vit. Et qui sait... peut-être qu'un peu plus loin, dans un lambeau de ciel blanc accroché aux immeubles, il apercevra la société qu’il espère.

Sarah

moi je n'irai pas qu'en terrasse....

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solidarité ??????

17 Novembre 2015, 07:51am

Publié par pam

DE L’INDÉCENCE DE LA ‘SOLIDARITÉ NATIONALE’ SUR FACEBOOK

C’est l’Etat Français qui fabrique et vend les armes que les terroristes finissent par pointer sur les populations civiles.

C’est l’armée Française qui est responsable du massacre de milliers de civils chaque année. C’est l’armée Française qui bombarde des hôpitaux et rase des villages en Afghanistan, c’est l’armée Française qui bombarde des villages au Mali, des campements en Somalie. C’est l’Etat Français qui soutient Israël qui massacre, mutile, arrête incessamment des civils, des femmes, hommes et enfants, et qui interdit sur notre territoire, malgré les grands discours sur la « liberté d’expression », les manifestations de soutien aux peuples ainsi massacrés.

C’est l’Etat Français qui a élaboré et testé son matériel anti-émeutes, ses armes et ses bombes, y compris nucléaires, sur la population civile Algérienne dans les années 40-50, et qui y a aussi bombardé des écoles, des hôpitaux, des infrastructures publiques.

C’est l’Etat Français enfin qui alimente en permanence les conflits à l’origine du massacre à Paris de vendredi soir, ainsi que ceux survenus en même temps à Bagdad et Beyrouth, qui ont sombré dans l’indifférence générale, la préférence nationale des victimes a parlé.

Depuis la fusillade qui a éclaté dans Paris, assortie de quelques détonations au stade de France, on voit fleurir des filtres Facebook pour mettre sur sa photo de profil le drapeau bleu-blanc-rouge.
Je sais que Facebook le propose spontanément, et je sais que ça part d’une bonne intention, vous savez, celles dont l’Enfer est pavé.

Parce que, vous voyez, c’est la France, ou plutôt l’Etat Français, qui est ouvertement soutenu à travers ce drapeau, qui est responsable de la situation dans laquelle nous sommes, en majeure partie.

Et où était votre drapeau Nigérian quand Al Quaeda y faisait 2 000 morts civiles, au début de l’année ? Où était votre drapeau Congolais quand le génocide y faisait 6 millions (!) de morts dans l’indifférence internationale généralisée ? Où était votre drapeau Palestinien quand Israël, soutenu par la France, intensifiait ses frappes sur la bande de Gaza à l’été 2014, faisant des milliers de morts civiles ? Elle était où, votre belle “humanité”, celle derrière laquelle vous vous planquez pour prendre le parti d’un Etat qui assassine à l’intérieur et en-dehors de ses frontières, les mêmes civils, les mêmes pères, les mêmes sœurs, les mêmes enfants que ceux qui sont tragiquement morts vendredi dernier ?

C’est tristement ironique de prétendre soutenir des civil-e-s mort-e-s dans un attentat en affichant indécemment les couleurs de la puissance militaire qui cause des milliers de morts civiles tous les ans partout dans le monde. Chaque mort est une tragédie insoutenable, qu’elle survienne en Cisjordanie, à Beyrouth, à Alep, à Alger, et quand vous affichez ainsi votre patriotisme envers un drapeau et un état militaire responsable de milliers d’actes semblables voire bien pires que celui de vendredi dernier, vous crachez allègrement sur toutes les victimes de ces attentats, sur toutes les victimes civiles, les mêmes que vous prétendez soutenir.

Toutes ces personnes qui prétendent défendre la paix, affichent les couleurs d’un pays en guerre ; un pays hypocrite qui ne sait pleurer les mort-e-s que chez lui, mais qui rejette en masse ses réfugié-e-s alors qu’iels fuient les mêmes terroristes que ceux qui ont attaqué Paris, comme c’est le cas de la Syrie, ou encore qu’iels fuient des pays bombardés par la France, comme c’est le cas de l’Afghanistan ; un pays qui instrumentalise les actes terroristes pour justifier son racisme et son islamophobie, dont les amalgames puants sont entretenus par les journaleux qui ne font définitivement plus leur boulot, alors que les musulman-e-s sont les premières victimes de la majorité des attaques terroristes dans le monde ; un pays qui n’ a pas hésité à faire défiler Netanyahu et Marine le Pen pour Charlie Hebdo et « la liberté d’expression ».

Enfin, mes camarades féministes, progressistes, de gauche ou encore plus à gauche, comment pouvez-vous ne pas voir le piège de la dépolitisation qui se referme sur nous ? Cette soudaine « solidarité nationale », cette injonction à « se serrer les coudes » y compris avec les pires raclures racistes, misogynes, homophobes, nationalistes que ce pays ait porté, contre lesquels nous luttons en temps ordinaires ; cette solidarité nationale factice qui laissera encore de côté cette frange oubliée de toute la France, la jeunesse des quartiers et de Banlieue, brisée, désoeuvrée et qui sombre, dans l’indifférence de tout le reste du pays, qui est laissée pour compte et pointée du doigt quand elle refuse de vouer allégeance à ce drapeau qui a souillé leur histoire, qui a détruit des familles, pendant et après la colonisation, cette partie de la France mise au rebut par ces élans de « solidarité nationale », cette même solidarité avec celles et ceux qui nous oppressent.

En ce lundi de gueule de bois nationale, je suis abasourdie par cette naïveté qui prépare l’entrée en force de la Marine en 2017, estomaquée par cette hypocrisie qui consiste à appeler « geste de solidarité » un élan patriote nationaliste, et à nommer « appel à la paix » l’apologie d’un pays guerrier, colonisateur, assassin. Personnellement, je n’ai plus la patience, je n’ai plus la patience ni pour votre naïveté, ni pour votre bien-pensance, ni pour vos œillères qui vous perdront ; je ne peux plus entendre un seul appel à l’unité aveugle avec les raclures que l’on combat, nous féministes, antifascistes, antispécistes ; je ne peux plus voir en peinture une seule injonction au calme et à l’entente cordiale avec la frange extrêmement bleue de ce pays.

Parce que cet attentat a eu lieu dans un quartier riche d’un pays riche, parce que sa population a le loisir d’en parler sur les réseaux sociaux, parce que d’autres pays dépensent de l’argent pour faire de jolies illuminations tricolores, parce que ça se passe en occident, au pied de chez nous, parce que ça aurait pu être nous-même, nous en parlons, et nous nous sentons enfin concerné-e-s par ce que d’autres vivent tous les jours, et pour beaucoup à cause de notre nation, à cause de notre armée ; parce que ça s’est passé au pied de chez nous, nous sommes pris de cet élan de solidarité nationale qui sert à exorciser notre peur, mais camarades par pitié, gardons la tête froide, gardons à l’esprit que ces attentats font du pain béni pour la désinformation d’extrême droite, la récupération à peu de frais, l’instrumentalisation, contre les musulman-e-s, contre les réfugié-e-s, à laquelle nous assistons ; en filigrane derrière ces drapeaux tricolores, se dessine un avenir bleu marine.

NB : A l’écriture de cet article, il me semble essentiel de préciser trois éléments :

  • Certaines personnes ont affiché un drapeau bleu-blanc-rouge alors qu’elles sont ressortissantes étrangères en France, notamment des réfugié-e-s ou ressortissant-e-s de pays musulmans, et ce dans le but de se désolidariser des actes terroristes avec lesquelles elles sont régulièrement amalgamées. Cet article ne les vise pas, et bien que je ne soutienne toujours pas l’initiative, la portée symbolique est bien différente et il est nécessaire d’en tenir compte.
  • Ce que nous critiquons, ce n’est évidemment pas le soutien aux victimes, ou à leurs familles, mais bien le drapeau en lui-même, pour ce qu’il représente, c’est-à-dire ce qui est exposé dans cet article. Afficher son soutien de façon apatriote est largement possible avec une image noire, une image de bougies ou de tour Eiffel.
  • La personne qui écrit cet article a échappé de *ça* aux fusillades de République et est bien consciente qu’elle aurait pu ne pas s’en sortir vivante, et cet article n’est pas un pied de nez à la mémoire des victimes, mais une critique politique de la portée de la montée de nationalisme sous couvert de solidarité nationale à laquelle nous assistons. Par ailleurs, il y a eu des musulman-e-s victimes de cet attentat, et c’est leur rendre un bien triste hommage que d’arborer cette photo de profil “en hommage aux victimes” quand on sait que le lendemain, des femmes voilées étaient refoulées de chez Zara parce qu’elles portaient un signe associé à l’Islam, victimes des amalgames, de la terreur colportée par les médias qui font le jeu du FHaine, portée par un pays qui s’embourbe dans son islamophobie institutionnalisée.
  • FEMINISTEANTIFA Vegan antispéciste, féministe abolitionniste, antifasciste
solidarité ??????

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