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lectures

Les jeux vidéo bénéfiques

26 Octobre 2013, 08:26am

Publié par pam

Matthieu Ricard. 21 octobre 2013.

L’humoriste américain Demetri Martin disait : « J’aime les jeux vidéo, mais ils sont vraiment violents. J’aimerais jouer à un jeu vidéo où l’on aiderait les gens qui ont été blessés dans tous les autres jeux. Je l’appellerais « l’hôpital hyperoccupé. »

Jusqu’à récemment, on avait accordé peu d’attention à la création de jeux vidéo prosociaux, non violents, dans lesquels les personnages coopèrent et s’entraident, au lieu de s’entre-tuer. Les choses sont sur le point de changer.

Depuis deux ans, sous l’inspiration du conseiller scientifique du président Obama, un groupe de chercheurs comprenant des psychologues, des éducateurs et des neuroscientifiques s’est réuni à plusieurs reprises à Washington en vue de considérer la meilleure manière d’utiliser l’engouement des jeunes pour les jeux vidéo à des fins constructives.

Lors de l’une de ces rencontres, Richard Davidson, directeur des Laboratoires d’imagerie mentale et de sciences affectives à l’université du Wisconsin, lança un défi aux fabricants : concevoir des jeux vidéo qui permettent de cultiver la compassion et la gentillesse, plutôt que l’agressivité et la violence.

Davidson s’est associé à Kurt Squire, professeur à UW-Madison et directeur de la Games Learning Society Initiative (la société des jeux d’apprentissage), et leur projet s’est vu octroyer une subvention de 1,4 million de dollars par la Fondation Bill et Melinda Gates, avec pour mission de concevoir et de tester rigoureusement deux jeux éducatifs destinés à aider les élèves de classes secondaires à cultiver leurs compétences sociales et émotionnelles.*

Le premier jeu aidera à cultiver l’attention et à calmer l’esprit. Selon Davidson, « si vous pouvez apprendre à concentrer votre attention, cette faculté aura des effets sur tous les types d’apprentissage ». Le deuxième mettra l’accent sur l’empathie, l’altruisme, la compassion et la coopération prosociale. « L’empathie, a déclaré Davidson, est une composante essentielle de l’intelligence émotionnelle et s’avère être dans la vie un meilleur indice de réussite de l’intelligence cognitive. »

Il y a de bonnes raisons de penser que si ces jeux sont conçus de manière attrayante, propre à utiliser de façon constructive l’attirance générale que les jeunes éprouvent pour ce passe-temps, ils auront des effets positifs sur les joueurs. Saleem et Greitemeyer, parmi d’autres, ont montré clairement que les jeux vidéo prosociaux réduisent le niveau général d’hostilité et les sentiments malveillants, tout en augmentant simultanément les émotions positives, par rapport aux jeux violents ou simplement neutres, et cela, à court et à long terme.**

Pour plus de détails, voir Plaidoyer pour l’altruisme , chapitre 28 « L’origine de la violence : la dévalorisation de l’autre »

Les jeux vidéo bénéfiques

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Matthieu Ricard. Plaidoyer pour l'altruisme.

25 Septembre 2013, 07:24am

Publié par pam

Abreuvés d’images violentes, confrontés à une société en crise, on n’imagine pas la force de l’altruisme, le pouvoir de transformation positive qu’une véritable attitude altruiste peut avoir sur nos vies au plan individuel et, partant, sur la société toute entière. L’une de nos difficultés majeures consiste à concilier les impératifs de l’économie, de la recherche du bonheur, et du respect de l’environnement.

L’économie et la finance évoluent à un rythme toujours plus rapide. La satisfaction de vie se mesure, elle, à l’aune d’un projet de vie, d’une carrière, d’une famille et d’une génération. Elle se mesure aussi à la qualité de chaque instant qui passe, des joies et des souffrances qui colorent notre existence, de nos relations aux autres. Quant à l’environnement, jusqu’à récemment, son évolution se mesurait en termes d’ères géologiques, biologiques et climatiques. De nos jours, le rythme de ces changements ne cesse de s’accélérer du fait des bouleversements écologiques provoqués par les activités humaines.
Nous avons besoin d’un fil d’Ariane qui nous permette de retrouver notre chemin dans ce dédale de préoccupations graves et complexes. L’altruisme est ce fil qui peut nous permettre de relier naturellement les trois échelles de temps — court, moyen et long termes — en harmonisant leurs exigences.

Si nous avions plus de considération pour le bien-être d’autrui, les investisseurs par exemple ne se livreraient pas à des spéculations sauvages avec les économies des petits épargnants qui leur ont fait confiance, dans le but de récolter de plus gros dividendes en fin d’année. Ils ne spéculeraient pas sur les ressources alimentaires, les semences, l’eau et autres ressources vitales à la survie des populations les plus démunies.

S’ils avaient davantage de considération pour la qualité de vie de ceux qui nous entourent, les décideurs et autres acteurs sociaux veilleraient à améliorer les conditions de travail, de vie familiale et sociale, et de bien d’autres aspects de l’existence. Ils seraient amenés à s’interroger sur le fossé qui se creuse toujours davantage entre les plus démunis et les plus nantis.

Enfin, si nous avions davantage de considération pour les générations à venir, nous ne sacrifierions pas aveuglément le monde à nos intérêts éphémères, ne laissant à ceux qui viendront après nous qu’une planète polluée et appauvrie.

Au carrefour de la philosophie, de la psychologie, des neurosciences, de l’économie, de l’écologie, Plaidoyer pour l’altruisme est la somme d’années de recherches, de lectures, d’expériences, d’observation et de réflexion. Il vise à démontrer que l’altruisme n’est ni une utopie ni un vœu pieux, mais une nécessité, voire une urgence, dans notre monde de plus en plus interdépendant à l’heure de la mondialisation.

Ricard, M. (2013). Plaidoyer pour l’altruisme. Nil Editions.

in "Blog - Matthieu Ricard"

Matthieu Ricard. Plaidoyer pour l'altruisme.

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au sujet de la réalité....

16 Septembre 2013, 07:31am

Publié par pam

“Il s’était trompé en créant une structure hermétique comme le Feu de Dieu. Les chances de survie ne résidaient pas dans l’isolement, dans la fermeture, mais dans l’ouverture et le partage. Le repli sur soi rapprochait l’être humain de la nature reptilienne. Or il ne croyait pas que l’homme descendît de l’animal, même s’il en avait parfois le comportement. L’homme était un pont entre le ciel et la terre, dont le regard restait trop souvent rivé à la matière, comme leurré par la gravité. Deux mois avant le cataclysme, Franx avait lu un essai passionnant sur la théorie de la perception subjective de l’Univers. De l’article, il avait retenu que, même si l’auteur ne le formulait pas dans ces termes, la réalité n’était qu’une illusion, une construction mentale, qu’il n’existait donc pas de réalité objective, que les hommes la fabriquaient et l’entretenaient en permanence par la pensée ; la théorie rétablissait la légitimité du couple esprit/matière et la liaison entre les deux, le Verbe, une autre illustration de la trinité chrétienne ou de la Trimurti hindoue, Brahmâ le créateur, Vishnou le conservateur et Shiva le destructeur. En créant le Feu de Dieu, il avait commis la même erreur que Josy et Milou, qui, parce que la peur avait rétréci leur espace mental, avaient sauté de plusieurs dizaines de milliers d’années en arrière.”

Pierre Bordage in “Le feu de Dieu”.

“”Regarder”, interpréter ce que le monde nous offre détermine en grande partie le cours de notre existence. La perception est la source de tout. Chacun de nous choisit la manière dont il ou elle veut considérer la réalité. Cette perception se transforme avec l’âge, certainement, mais nous restons toujours conscients qu’il y a au moins “treize façons de regarder un merle”, comme Stevens le dit si pertinemment. Comme tant d’aspects de la vie qui se situent au-delà du constat empirique, il n’existe pas d’unicité de point de vue. Là encore, la subjectivité domine.”

Douglas Kennedy in “Quitter le monde”.

“C’est notre esprit qui crée le monde dans lequel nous vivons.”

Dalaï-Lama.

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ALBERT JACQUARD. 

13 Septembre 2013, 07:04am

Publié par pam

Quelques phrases tirées de :

"De l'angoisse à l'espoir" Albert Jacquard. 2002.

I - AUJOURD’HUI L’ANGOISSE.

Jour après jour, l’actualité nous cache le mouvement réel de l’Histoire.

Nous sommes en train de vivre une révolution, et nous ne devons pas oublier que toute révolution partage les hommes en deux camps : ceux qui la subissent et ceux qui la conduisent.

Ce qui changent ce sont les conditions dans lesquelles les hommes vivent ensemble sur leur petite planète.

Avec les moyens que nous possédons aujourd’hui, quelques jours seraient suffisants pour détruire l’humanité toute entière.

Ce que vit la société d’aujourd’hui n’aura pas une fin ramenant à l’état antérieur, il ne faut donc pas parler de crise mais de “mutation irréversible”. C’est cette irréversibilité qui est dure à accepter.

...

En fait, à la liberté, beaucoup de nos contemporains préfèrent le confort des repères apportés par la prison de la quotidienneté.

Chez l’être humain, la préoccupation de l’avenir domine la conscience du présent. Plus que chez tout autre animal, l’essentiel des instants vécus est consacré à la préparation des instants qui suivront : d’où l’angoisse permanente du lendemain.

Il nous faut discerner parmi les utopies imaginables celles qui pourront peut-être devenir réalité.

Nous sommes prisonniers de notre planète.

L’Homme est à la mesure de la terre. Puisqu’il ne la quittera pas, il est de son devoir de chercher à vivre avec elle sereinement, en la respectant, en s’efforçant de ne pas la détruire. Quel est l’avenir de notre civilisation, sachant que nous en sommes à la fois les créateurs et les produits ?

Quelles que soient nos capacités à retarder la fin de l’aventure de la conscience, il nous faut l’accepter et donc consacrer nos efforts à rendre meilleur le sort de nos contemporains et de nos descendants.

L’une des richesses de la Terre est la surface habitable ; or, elle est limitée, ce qui interdit une croissance sans fin du nombre des humains.

...

 ALBERT JACQUARD. 

L’alignement de neuf milliards d’humains sur le mode de vie des Occidentaux actuels aboutirait à un gaspillage destructeur ne laissant à nos petits-enfants qu’une Terre exsangue. Pour éviter des inégalités entraînant des conflits catastrophiques pour tous, la seule issue est dans le choix d’une diminution de la consommation par les peuples les plus riches. Combien de temps encore ceux qui sont privés du minimum nécessaire à la survie pourront-ils tolérer le spectacle de l’opulence désordonnée des nantis ? Nous nous sommes jusqu’ici comportés comme si la Terre pouvait supporter sans broncher nos pires actions ; il nous faut désormais comprendre qu’elle est entre nos mains, et qu’elle est fragile. Il nous faire l’inventaire de notre “propriété de famille” et décider de ce que nous pouvons abandonner ou détruire et de ce que nous devons absolument préserver.

Détruire la couche d’ozone en utilisant l’atmosphère comme une poubelle, c’est condamner toute forme de vie hors des océans. En fait, tous les biens non renouvelables doivent être considérés comme “bien commun de l’humanité”, et donc inviolables. Détruire un bien non renouvelable est commettre un acte irréversible qui appauvrit toute l’humanité ; pire qu’un vol, c’est un crime contre l’humanité à venir.

Au-delà du cas du pétrole, le comportement de l’humanité aujourd'hui est scandaleusement destructeur. Faire confiance à la science et à la technique en croyant qu’elles apporteront des réponses aux problèmes que génèrent ce comportement est une attitude infantile.

Toute croissance correspond à une évolution exponentielle qui ne peut qu’aboutir à des situations intolérables.

Le XVIII° a été caractérisé par le pouvoir des philosophes. Leurs idées, parce qu’elles concernaient le cœur même de la société, avaient un pouvoir proprement révolutionnaire. Et celle qui a dominé et provoqué les bouleversement les plus irréversibles a été celle de l’égalité de toutes les personnes humaines.

Le XIX° a vu, lui, le triomphe des grands patrons d’entreprises.

Le XX° a été celui des avancées techniques les plus fabuleuses, mais le changement le plus radical a été le passage du pouvoir des mains des politiques et des industriels vers celles des financiers et des économistes.

La société occidentale semble faire confiance totale à un processus que l’on croit capable de résoudre tous les problèmes : l’augmentation de la consommation.

La santé, l’éducation, la justice, la culture sont des biens, mais leur valeur ne peut être définie. Dans un monde géré par les économistes, le risque est grand de réduire l’importance de ces secteurs, car, bien que n’ayant pas de valeur, ils ont un coût.

Certes, des mesures palliatives sont adoptées qui permettent à ces exclus d’avoir le minimum nécessaire ; grâce au RMI, ils ont de quoi survivre, grâce à la télévision, ils peuvent participer aux jeux de hasard ou visiter, depuis leur fauteuil, le pôle Sud ; mais ils ne vivent ainsi qu’une existence virtuelle.

L’important est de montrer à chacun qu’il n’est pas “de trop”. Par son appartenance à la communauté humaine, il doit être considéré comme une source, non comme une charge.

 ALBERT JACQUARD. 

V - DEMAIN L’ESPOIR.

Contrairement à une idée répandue, la compétition n’est nullement une nécessité imposée par la nature. Les progrès les plus décisifs n’ont pas été le fruit d’une compétition entre chercheurs, mais l’aboutissement d’un désir personnel de compréhension face à l’angoisse générée par l’ignorance.

Qu’on le veuille ou non, ce siècle connaîtra un changement radical de la société planétaire. Si nous avons la sagesse d’y participer, il peut conduire à une humanité pacifiée, où les inégalités seront moins scandaleuses. Mais sommes-nous prêts à diminuer notre consommation des biens non renouvelables ?

Dans quelques décennies, les conditions de notre survie seront différentes. La population aura encore augmenté de moitié, nos pouvoirs seront encore accrus. Quel usage allons-nous en faire ? Nous vivons une période où les bouleversements sont inévitables.

Essayons d’imaginer deux types d’avenir, l’un dans la continuité du présent, l’autre répondant au désir d’un sort plus humain.

Sommes-nous les uns avec les autres ou les uns contre les autres ?

La voie des financiers des sociétés occidentales répond contre, cette voie de la croissance (consommons plus et tout ira mieux) ne peut mener qu’à l’épuisement des ressources collectives, elle néglige la fonction première de toute communauté humaine : créer un réseau permettant à tous d’échanger et à chacun de devenir une personne.

La nature a produit Homo, mais c’est l’humanité qui a créé l’Homme. Il est temps d’en tirer les conséquences, d’utiliser notre efficacité pour mettre en place un nouvel ordre mondial évitant les erreurs commises jusqu’ici.

L’architecte est le prototype du rebelle ; alors que tout, dans la nature, fait d’aujourd’hui le résultat d’hier, il tente de rendre aujourd’hui compatible avec ce qu’il désire pour demain.

Notre orientation peut se borner à une juxtaposition d’existences indépendantes, enfermées dans leur solitude stérile, à la seule recherche de satisfactions immédiates, ou aboutir à la construction de personnes constamment en quête de contacts, à la réalisation d’une société où chacun se sente merveilleux dans le regard des autres.

L’efficacité nécessaire n’est pas suffisante, il faut laisser parler en l’homme l’angoisse permanente : “Ce que j’ai réalisé aidera-t’il les hommes de demain à vivre plus sereinement ?”

 ALBERT JACQUARD. 

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"L'Ange de l'Abîme" de Pierre Bordage.

10 Août 2013, 07:19am

Publié par pam

" - L'Univers tout entier est fait de croyances...

- Vous affirmez là une bien étrange croyance : l'univers semble plutôt constitué d'atomes, de molécules.

- Nous avons tendance à nous séparer de nous-mêmes, c'est justement dans cette division que s'installent les religions.

- Vous confondez monde subjectif et monde objectif. Nous ne sommes que des souffles dans le temps, mais l'univers, lui, existe depuis des milliards d'années et existera très longtemps après nous.
- Nous nous inventons des mondes objectifs parce que nous avons perdu de vue notre véritable nature. Nous avons l'impression d'avoir été piégés dans un corps mortel, nous cherchons des causes extérieures, nous essayons de trouver le bonheur par des apports objectifs, nous accusons les autres de nos malheurs, mais, tant que nous refuserons de revendiquer nos croyances, nous commettrons toujours les mêmes erreurs, nous serons toujours en quête d'un insaisissable idéal, nous chercherons des vérités là où elles ne sont pas, dans la possession, dans la technologie, dans la religion, dans l'histoire, dans le sang de nos ennemis. L'Univers n'existe que parce que nous l'engendrons à cet instant précis. Son passé est mort, son futur n'est pas écrit."

ou quand la science-fiction rencontre la philosophie...

ou quand la science-fiction rencontre la philosophie...

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ÉLOGE DU BON SENS. Marc de Smedt.

2 Août 2013, 07:13am

Publié par pam

Le stress actuel rend de plus en plus nécessaire l’utilisation de gymnastiques de sagesse.

Vouloir être meilleur, c’est aussi vouloir aller mieux. Il faut donc se donner les moyens d’y arriver.

Méditation :

Être capable de voir ainsi sa vie psychique défiler est une expérience fondatrice.

D’abord, cela permet de se détacher de l’emprise de la psyché, de se libérer de cette mainmise de pensées virevoltant sans cesse et occupant de fait tout le champ de la conscience : en effet, si je suis capable de voir bouger mon psychisme, j’entre dans un processus d’indépendance vis-à-vis de lui et suis donc à même de le contrôler mieux.

Durant la pratique de la posture de méditation, se passent les choses suivantes:

- concentration sur l’instant présent

- observation de cet observateur que nous sommes

- développement de la persévérance

- contrôle du souffle

- discrimination de nos énergies positives et négatives

- discernement des rêves et illusions

- maîtrise des passions, émotions et désirs

- accroissement de la prise de conscience

- émergence du détachement, du lâcher-prise

- accroissement de la compassion

- amour de la vérité et de la sagesse

- éclosion du bon sens et de la liberté d’esprit

- apprentissage de la mort en soi

- découverte de la sagesse du vide

- naissance à la paix intérieure

- entrée dans le silence vécu.

Tout cela se passe en vrac et en détail, durant les quelques minutes que nous prenons pour nous asseoir tranquillement dans une posture énergétique centrée sur la respiration. On y découvre quelque chose de fascinant : chaque jour on naît différent.

Le processus une fois engagé, c’est notre existence toute entière qui devient une vraie méditation. On médite sur son existence et on se fait méditer par elle.

Maître Deshimaru : “Il y a le grand ego, celui qui recherche liberté, sagesse, calme et silence et regarde l’autre, le petit ego de tous nos soucis.”

Vivre l’instant présent n’est pas un concept de jouisseur qui renvoie au fameux “carpe diem” des Latins. Le fameux “ici et maintenant” des soixantuitards avait occulté le vrai sens de la démarche qui consistait à essayer de vivre dans l’instant présent en pleine attention.

Hors de l’action, si l’on pense à l’action passée, on n’est plus dans l’instant, on ne naît plus à la nouvelle action présente.

Le mot sanscrit karma signifie avant tout “relation de cause à effet” : c’est la responsabilité attachée aux actes et aussi le poids, moral et matériel, de ceux-ci. Quoi que je fasse, je crée du karma - qui est à la fois mon destin, ma liberté, ma charge d’existence personnelle, ma particularité individuelle et mon rôle, avec tous les effets bienfaisants et pervers qui en découlent pour mes proches, la société, la nature, le cosmos.

Maître Deshimaru prétendait que l’acte de méditer coupe le karma : simplement, par l’acte même de se regarder soi-même, on ne se laisse plus (ou en tout cas moins) emporter par soi-même.

Dans le processus de la méditation, on s’aperçoit que tout problème, quel qu’il soit, diminue en intensité : on se faisait une montagne de telle situation qui, envisagée dans le calme de la posture en silence et de la respiration retrouvée, ne disparaît pas, non, mais retrouve une dimension normale. L’esprit humain a cette tendance de toujours tout exagérer : si l’on reste en phase avec cet esprit, tout notre comportement plongera dans l’exagération et il en découlera des conséquences exagérées. C’est cela, le karma, que l’on peut moduler avec un peu d’introspection, donc de méditation.

Pascal : La faute vient toujours de l’autre.

Et il est facile de manipuler les esprits sur ce thème du bien et du mal - l’art des tyrans, des fanatiques et des hommes politiques ambitieux consiste à en faire métier. À nous de ne pas nous laisser berner. Ne nous laissons pas imposer notre futur ! Inventons-le tous les jours... en sachant être présent au monde.

Malraux : Il faut transformer en conscience le plus d’expérience possible.

La méditation permet de très bien discerner les moments de rêverie fantasmatique où l’on imagine la réalité, les moments de retour en arrière où l’on fouille ses pensées en ressassant souvenirs douloureux ou plaisants, les phases structurantes où l’on fait des plans, où l’on envisage les situations professionnelles et relationnelles, ainsi que les phases de calme, de véritable vide psychique, qui permettent de tout remettre à niveau en créant un véritable lâcher-prise de la conscience.

Les maîtres de méditation insistent beaucoup sur ce lâcher-prise car, en vérité, bon nombre de nos problèmes viennent de nos fixations mentales.

Je pense que l’acte de méditer permet d’éviter l’emprise de la subordination chimique, car on y apprend à faire le ménage en soi et à réguler ses propres émotions et pulsions. Évidemment, ce n’est pas chose facile.

Et c’est le processus respiratoire qui va nous permettre d’agir en ce sens.

Par la pratique, hors des moments de méditation, dans la vie quotidienne, on peut reprendre contact avec son respir et expirer profondément dès que le besoin s’en fait sentir : stress, angoisse, emportement ; ou alors dans un moment libre où l’on reprend racine ne opérant un “rappel à soi”.

Le voyage respiratoire que l’on opère dans la méditation permet de déplier petit à petit l’être vrai recroquevillé au fond de nous, comme s’il était coincé par la charge des émois, désarrois, commotions, impressions de toutes sortes, acculé par toute la gamme des sentiments que notre sensibilité nerveuse et psychique émet et reçoit et dans laquelle nous nous débattons sans cesse.

Apprendre à se promener dans sa respiration libère.

La méditation fait devenir amoureux du monde et rend le cœur compatissant.

Que la posture soit immobile ou en mouvement (Taï Chi), l’entraînement respiratoire, de par sa poussée vers le bas, vers le hara des Japonais (trois doigts sous le nombril), que les Chinois définissent comme le centre vital, ce mouvement créé à la fois force et tendresse. Force : une véritable puissance énergétique nouvelle se révèle en nous et se manifeste par une vitalité accrue. Tendresse : en retrouvant nos capacités cachées, en réveillant peu à peu nos potentialités, la vision que l’on a du monde se fait moins étriquée. Et tout nous parle.

Une fois entré dans ce processus, notre mentalité change. Ayant moins envie de se compliquer la tête et, partant, d’emberlificoter les situations, une certaine sagesse naturelle semble apparaître et nous accompagner : elle simplifie l’existence.

Le nettoyage de ces portes de la perception (Aldous Huxley) permet aussi de réveiller une part subtile de nous-mêmes : l’intuition. Cette perspicacité fait qu’on sent mieux. mais tous ces avantages que l’on peut tirer de techniques d’éveil ne sont rien. Car si on pratique pour les obtenir, on se retrouve dans la conquête de pouvoirs et par conséquent hors de la quête. On reste donc à courir après d’illusoires fantasmes : rêver de devenir un grand moine ou un grand saint est aussi sot que rêver de devenir superman. Il s’agit toujours là de la course au pouvoir absolu, qui est un leurre.

On fait pour bien faire.

Et c’est ici que la méditation rejoint l’art de vivre. Nous n’emmènerons ni nos réalisations, ni nos richesses, ni notre famille, ni tout ce que nous avons aimé, dans notre tombe.

Pourquoi sommes-nous là ? Pour essayer de faire évoluer cette énergie qui nous a été donnée pour quelques années.

Nous sommes liés à l’époque historique dans laquelle nous vivons. Notre transformation intime crée aussi la transformation du monde. Si je crée du calme en moi, de la paix, je crée aussi du calme et de la paix autour de moi. Mais si le leurre et la violence m’habitent, ils habiteront mon monde. Il s’agit donc là d’un choix de vie, d’une éthique de fonctionnement.

Dans l’acte de méditer, la conscience se retrouve face à son propre miroir.

Parce que nos peurs paralysent notre action en ce monde, parce que notre manque de détachement et nos pensées nous ligotent, parce que, enfin, le lâcher-prise intérieur, l’éveil à une conscience de soi plus vaste et le regard neuf suscité par notre méditation nous permettent d’avancer dans un nouvel espace de liberté.

Perdus dans nos pensées, nous ne voyons plus le monde.

Perdus dans la pensée, nous oublions l’être qui existe en nous.

Méditer, c’est trouver un moment de calme pour se poser et se laisser, immobile, traverser par le flux des pensées et préoccupations qui s’en vont alors et cessent d’occuper et d’envahir le champ de la conscience. Libérée, celle-ci devient plus apte à servir. La méditation n’est pas oubli, mais recentrage. Rééquilibrage de nos deux cerveaux. Le gauche et le droit. L’intellect frontal et l’instinct thalamique.

C’est aussi un acte volontaire, et guerrier, qui consiste à briser le moi des habitudes et des apparences, à sortir de sa coquille égotique et figée, afin de se dégager de l’armure caractérielle chère à Reich.

Ce n’est pas facile, c’est un travail :

- sur la colonne vertébrale, notre axe de vie qu’il faut redresser, déployer dans l’assise.

- sur la respiration : expiration profonde et abdominale, vers le hara.

- sur la posture : épaules à détendre, nuque à tenir droite, pouces opposés qui ne doivent faire “ni montagne, ni vallée”.

- sur l’immobilité : par l’arrêt du geste et le silence se développent patience, endurance et pacification nerveuse.

- sur la conscience : “laisser passer les pensées comme des nuages dans le ciel”, sans les entretenir ni les retenir, crée un double processus d’autoanalyse et de vidange du trop-plein cérébral.

Méditer c’est aussi “faire sans faire”, et surtout se retrouver soi-même.

Méditer c’est aussi veiller, s’éveiller, entrer en osmose.

Il faut considérer la méditation comme un havre de paix qui permet de mieux poursuivre l’effort quotidien, la lutte vitale, la marche en avant.

Oui, l’acte même de la méditation sauve et régénère. Encore faut-il s’y plonger avec courage, détermination, vigueur et patience. Sans s’attacher à rien d’autre que l’effort lui-même qui, seul, suffit à notre métanoïa, à notre métamorphose, notre transformation incessante, quotidienne et essentielle. C’est là une façon pragmatique de voir et comprendre les arcanes de notre psychologie intime ; la base même de la connaissance de soi.

quelques extraits de "ÉLOGE DU BON SENS" de Marc de Smedt.

ÉLOGE DU BON SENS. Marc de Smedt.

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"Réconciliation avec la vie" de R. Emmanuel.

26 Juillet 2013, 07:26am

Publié par pam

Les lois immuables du cosmos nous sont devenues étrangères. L’homme n’évolue plus spirituellement.

La vie terrestre est un clin d’oeil dans l’éternité.

“Aux Indes, il faut faire une distinction entre la religion et la vie spirituelle personnelle de chacun. La religion, c’est un ensemble de croyances entraînant un ensemble de rites traditionnels, de superstitions, d’habitudes, qui en font, en fin de compte, un genre de vie. Ensuite, la vie spirituelle se libère de ces obligations pour retrouver, par le yoga, l’union avec la réalité suprême, l’essence de toutes choses.” André Siegfried.

En l’homme, se trouve la Clef... de tous les problèmes de l’Univers.

La conception matérialiste de l’homme ne peut assurer le bonheur. Surtout dans cette vie où nous pouvons constater l’effondrement de la quiétude de vie et des valeurs morales (dans les peuplades dites sauvages, un homme assure sa subsistance et celle de sa famille en 190 jours de travail effectif... le reste de l’année peut-être considérée comme loisirs).

“L’homme a perdu son âme... c’est pourquoi il est tombé au rang des choses exploitées.” Mauriac

Consciemment ou non, l’homme fait partie du cosmos et doit évoluer avec lui, c’est son devoir et son intérêt. Nous sommes régis par les lois du cosmos. Notre responsabilité est proportionnelle à notre degré d’évolution. Mais, le défaut de l’homme moderne est de croire que les civilisations précédentes étaient le fait d’hommes à demi sauvages : mépris des chimistes pour les alchimistes, des médecins pour les techniques ancestrales de guérison.

Ce n’est pas Dieu mais la quête qui importe. Il faut donc chercher. Les religions suivent les lois sans en donner une explication rationnelle qu’en attend l’intellect. Nous avons perdu la foi.

Chaque tradition possède une obscurité voulue par les anciens.

Einstein : “La chose la plus incompréhensible du monde, c’est que le monde est compréhensible.”

Leconte de Nouy : “La liberté n’est pas un droit, c’est une épreuve.”

"Réconciliation avec la vie" de R. Emmanuel.

La liberté de l’homme et la boite de Pandore.

Spencer : “L’humanité ne consent à marcher droit, qu’après avoir essayé toutes les manières d’aller de travers.”

L’homme a reçu un cadeau qui tel la boite de Pandore contient tous les maux, en plus de l’espérance, toutes les joies, tous les bonheurs possibles. La liberté sans sagesse porte en elle tous les malheurs du monde. Il faut aussi l’amour qui porte en lui la non-violence. Les composants du bonheur terrestre sont amour, calme, patience, contentement, travail, entraide, scrupule de ne léser quiconque, désir de s’élever vers le bien, le beau, le vrai, le juste, respect de toutes croyances, satisfaction de donner plus qu’on ne reçoit, respect de ses pairs, perfection du travail....

Tout mouvement engendre des vibrations et toute vibration engendre le son.

Dans l’univers, le mouvement ne se transmet pas en ligne droite mais, résultante de deux forces antagonistes et complémentaires, le mouvement affecte la forme d’une spirale, le glyphe du Yin et du Yang en est le symbole.

Scientifiquement, tout vit, il n’existe rien d’inerte sur la terre, la terre doit elle-même être un organisme vivant. Les forces éthériques servent d’intermédiaires entre le spirituel et la matière.

Heurt de deux civilisations, orientale et occidentale : l’une étudie les effets, l’autre les causes, l’une s’adapte aux maladies, l’autre les prévoit, l’une impose sa thérapeutique, l’autre harmonise l’homme avec les forces cosmiques, l’une conduit au matérialisme, l’autre au divin.

"Réconciliation avec la vie" de R. Emmanuel.

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Michel Onfray : Théorie du voyage.

22 Juillet 2013, 07:15am

Publié par pam

RENCONTRER SA SUBJECTIVITÉ.

Soi, voilà la grande affaire du voyage. Des prétextes, des occasions, des justifications, certes, mais, en fait, on se met en route mû seulement par le désir de partir à sa propre rencontre dans le dessein, très hypothétique, de se retrouver, sinon de se trouver. Les trajets des voyageurs coïncident toujours, en secret, avec des quêtes initiatiques qui mettent en jeu l’identité. Là encore, le voyageur et le touriste se distingue radicalement, s’opposent définitivement. L’un quête sans cesse et trouve parfois, l’autre ne cherche rien, et, par conséquent, n’obtient rien non plus.

Le voyage suppose une expérimentation sur soi qui relève des exercices coutumiers chez les philosophes antiques : que puis-je savoir sur moi ? Que puis-je apprendre et découvrir à mon propos si je change de lieux habituels, de repères, et modifie mes références ? Que reste-t-il de mon identité dès la suppression des attaches sociales, communautaires, tribales, quand je me retrouve seul, ou presque, dans un environnement sinon hostile, du moins inquiétant, troublant, angoissant ? Que subsiste-t-il de mon être dès soustraction des appendices grégaires ? Quid du noyau dur de ma personnalité devant un réel sans rituels ou conjurations constituées ? Le grand détour par le monde permet de se retrouver, soi, tel qu’en nous-même l’éternité nous conserve.

Pas de haine de soi, ni de célébration de soi, mais une juste estime qui permet de travailler sur son être comme sur un objet étranger. Tout voyage est initiatique - pareillement une initiation ne cesse d’être un voyage. Avant, pendant et après se découvrent des vérités essentielles qui structurent l’identité.

Certains se déplacent pour expier leur existence et transportent leur malaise pour tâcher de s’en défaire. Les amateurs de sensations plus que fortes, qui éprouvent le corps sur le principe de la punition, transfigurent le voyage en chemin de croix. Le voyage procède moins de l’ascension du Golgotha que de l’invite socratique à se connaître. La douleur ne présente aucune utilité dans ce processus de découverte de soi. On ne sait rien d’essentiel sur son intimité en retournant la pulsion de mort contre soi et en tâchant de transfigurer de mouvement en esthétique de la souffrance. La négativité suffit dans les doses injectées naturellement par le réel pour qu’on n’ait pas besoin d’ajouter à cette énergie mauvaise. Le défi dans le voyage à performance, la plupart du temps, cache mal les intentions masochistes d’une âme en peine - ou plutôt d’un inconscient en souffrance.

L’entreprise socratique ne nécessite pas l’usage de soi comme d’une chose, d’un objet ennemi. L’estime de soi, à ne pas confondre avec l’amour, la vénération ou la complaisance à son endroit, installe sous les meilleurs auspices, aux antipodes de l’idéal ascétique. Le voyage résume la possibilité d’esthétisation de l’existence dans des circonstances incarnées. De la sorte, il entre dans la composition d'une ascèse métaphysique et conduit sur la voie qui mène à l’appropriation joyeuse et heureuse de sa vie. Au centre du voyage, on ne repère rien d’autre que le moi. Autour, le monde s’organise, se donne en spectacle, se montre et se raconte, mais comme les planètes en gravitation autour d’un astre occupant le milieu.

À l’évidence, on n'évite pas sa propre compagnie, pour d’aucuns, la pire. Ce que l’âme embarque au départ se retrouve à l’arrivée, décuplé. On ne guérit pas en faisant le tour du monde, au contraire, on exacerbe ses malaises, on creuse ses gouffres. Loin d’être une thérapie, le voyage définit une ontologie, un art de l’être. Partir pour se perdre augmente les risques, devenus considérables, de se retrouver face à soi, pire : face au plus redoutable en soi.

Le réel n’existe pas en soi, dans l’absolu, mais perçu. Ce qui à l’évidence, suppose une conscience pour le percevoir. Ce filtre dans lequel passe le monde organise la représentation et génère une vision. Pour son essence, l’être du monde procède de l’être qui le regarde.

On ne voyage pas pour se guérir de soi, mais pour s’aguerrir, se fortifier, se sentir et se savoir plus finement.

Michel Onfray : Théorie du voyage.

Hors de son domicile, dans l’exercice périlleux du nomadisme, le premier voyageur rencontré, c’est soi. L’étrangeté du monde condamne à se satisfaire de la familiarité la plus immédiate, celle que tout un chacun entretient avec son tréfonds. Dans un pays inhabituel, la bête inquiète en nous prend le dessus, elle entend une voix incompréhensible, elle évolue dans un espace dépourvu de repères, elle expérimente la différence qui isole, coupe et sépare, puis met à part et exclut. Tragiquement l’être ne peut déborder l’identité qui le contient. À l’étranger, cette identité flotte, sans attaches, sans points de repère. Sur son trajet, on rencontre un autre que l’on ne reverra probablement pas, une altérité gratuite, une pure altérité. Dans ce jeu, avec un temps suspendu, des fragments d’inconscient habituellement tus remontent à la surface et produisent des effets : angoisse ou enthousiasme, repli ou épanchement, effroi ou emballement. Dans tous les cas, une dynamique travaille vivement l’âme et lui interdit le repos.

Les philosophes de l’Antiquité grecque savaient la fonction formatrice du déplacement. Aller d’un point à un autre, hier comme aujourd’hui, relève moins de l’expérience historique ou géographique que de l’expérience ontologique et métaphysique.

Michel Onfray : Théorie du voyage.

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au sujet du voyage....

16 Juillet 2013, 07:01am

Publié par pam

Michel Onfray "Théorie du voyage".

RENCONTRER SA SUBJECTIVITÉ.

Soi, voilà la grande affaire du voyage. Des prétextes, des occasions, des justifications, certes, mais, en fait, on se met en route mû seulement par le désir de partir à sa propre rencontre dans le dessein, très hypothétique, de se retrouver, sinon de se trouver. Les trajets des voyageurs coïncident toujours, en secret, avec des quêtes initiatiques qui mettent en jeu l’identité. Là encore, le voyageur et le touriste se distingue radicalement, s’opposent définitivement. L’un quête sans cesse et trouve parfois, l’autre ne cherche rien, et, par conséquent, n’obtient rien non plus.

Le voyage suppose une expérimentation sur soi qui relève des exercices coutumiers chez les philosophes antiques : que puis-je savoir sur moi ? Que puis-je apprendre et découvrir à mon propos si je change de lieux habituels, de repères, et modifie mes références ? Que reste-t-il de mon identité dès la suppression des attaches sociales, communautaires, tribales, quand je me retrouve seul, ou presque, dans un environnement sinon hostile, du moins inquiétant, troublant, angoissant ? Que subsiste-t-il de mon être dès soustraction des appendices grégaires ? Quid du noyau dur de ma personnalité devant un réel sans rituels ou conjurations constituées ? Le grand détour par le monde permet de se retrouver, soi, tel qu’en nous-même l’éternité nous conserve.

au sujet du voyage....

Pas de haine de soi, ni de célébration de soi, mais une juste estime qui permet de travailler sur son être comme sur un objet étranger. Tout voyage est initiatique - pareillement une initiation ne cesse d’être un voyage. Avant, pendant et après se découvrent des vérités essentielles qui structurent l’identité.

Certains se déplacent pour expier leur existence et transportent leur malaise pour tâcher de s’en défaire. Les amateurs de sensations plus que fortes, qui éprouvent le corps sur le principe de la punition, transfigurent le voyage en chemin de croix. Le voyage procède moins de l’ascension du Golgotha que de l’invite socratique à se connaître. La douleur ne présente aucune utilité dans ce processus de découverte de soi. On ne sait rien d’essentiel sur son intimité en retournant la pulsion de mort contre soi et en tâchant de transfigurer de mouvement en esthétique de la souffrance. La négativité suffit dans les doses injectées naturellement par le réel pour qu’on n’ait pas besoin d’ajouter à cette énergie mauvaise. Le défi dans le voyage à performance, la plupart du temps, cache mal les intentions masochistes d’une âme en peine - ou plutôt d’un inconscient en souffrance.

au sujet du voyage....

L’entreprise socratique ne nécessite pas l’usage de soi comme d’une chose, d’un objet ennemi. L’estime de soi, à ne pas confondre avec l’amour, la vénération ou la complaisance à son endroit, installe sous les meilleurs auspices, aux antipodes de l’idéal ascétique. Le voyage résume la possibilité d’esthétisation de l’existence dans des circonstances incarnées. De la sorte, il entre dans la composition d‘une ascèse métaphysique et conduit sur la voie qui mène à l’appropriation joyeuse et heureuse de sa vie. Au centre du voyage, on ne repère rien d’autre que le moi. Autour, le monde s’organise, se donne en spectacle, se montre et se raconte, mais comme les planètes en gravitation autour d’un astre occupant le milieu.

À l’évidence, on n‘évite pas sa propre compagnie, pour d’aucuns, la pire. Ce que l’âme embarque au départ se retrouve à l’arrivée, décuplé. On ne guérit pas en faisant le tour du monde, au contraire, on exacerbe ses malaises, on creuse ses gouffres. Loin d’être une thérapie, le voyage définit une ontologie, un art de l’être. Partir pour se perdre augmente les risques, devenus considérables, de se retrouver face à soi, pire : face au plus redoutable en soi.

Le réel n’existe pas en soi, dans l’absolu, mais perçu. Ce qui à l’évidence, suppose une conscience pour le percevoir. Ce filtre dans lequel passe le monde organise la représentation et génère une vision. Pour son essence, l’être du monde procède de l’être qui le regarde.

On ne voyage pas pour se guérir de soi, mais pour s’aguerrir, se fortifier, se sentir et se savoir plus finement.

Hors de son domicile, dans l’exercice périlleux du nomadisme, le premier voyageur rencontré, c’est soi. L’étrangeté du monde condamne à se satisfaire de la familiarité la plus immédiate, celle que tout un chacun entretient avec son tréfonds. Dans un pays inhabituel, la bête inquiète en nous prend le dessus, elle entend une voix incompréhensible, elle évolue dans un espace dépourvu de repères, elle expérimente la différence qui isole, coupe et sépare, puis met à part et exclut. Tragiquement l’être ne peut déborder l’identité qui le contient. À l’étranger, cette identité flotte, sans attaches, sans points de repère. Sur son trajet, on rencontre un autre que l’on ne reverra probablement pas, une altérité gratuite, une pure altérité. Dans ce jeu, avec un temps suspendu, des fragments d’inconscient habituellement tus remontent à la surface et produisent des effets : angoisse ou enthousiasme, repli ou épanchement, effroi ou emballement. Dans tous les cas, une dynamique travaille vivement l’âme et lui interdit le repos.

Les philosophes de l’Antiquité grecque savaient la fonction formatrice du déplacement. Aller d’un point à un autre, hier comme aujourd’hui, relève moins de l’expérience historique ou géographique que de l’expérience ontologique et métaphysique.

au sujet du voyage....

ENVISAGER UNE SUITE.

Se savoir nomade une fois suffit pour se persuader qu’on repartira. La passion du voyage ne quitte pas le corps de qui a expérimenté les poisons violents du dépaysement, du corps élargi, de la solitude existentielle, de la métaphysique de l’altérité, de l’esthétique incarnée. La vitalité des grands voyageurs me fascine. La quête de soi s’achève au moment du dernier souffle. Jusqu'au bord du tombeau, il s’agit de vouloir encore et toujours la force, la vie, le mouvement.

D’aucuns reviennent de manière compulsive à des endroits déjà visités, retrouvant des habitudes de sédentaires au cœur même de l’expérience nomade. Ces compulsifs me font penser aux prêtres lecteurs leur vie durant du même missel, ignorant la richesse et la variété des bibliothèques. La géographie de la planète vaut d’abord pour la diversité, la différence, la multiplicité. Revoir ici, empêche de voir ailleurs, stationner de manière répétée, même aux antipodes, disjoncte les possibilités nomades et les effets violents du voyage sur le corps et l’âme.

Voyager pour pénétrer le mystère et les secrets d’une civilisation conduit à rencontrer des malentendus. L’illusion rationaliste et intellectualiste préside à cette idée, fausse, qu’on peut travailler en profondeur. L’un parcourt la planète et se réjouit du mouvement sur le pourtour de la mappemonde, l’autre s’installe et creuse son trou, il fore un terrier pour y ensevelir son énergie et sa curiosité.

Envisager une suite suppose donc moins la répétition que l’innovation. Les occasions de partir peuvent être aléatoires. Le poème du monde appelle sans cesse des propositions de déchiffrements.

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Publié depuis Overblog

16 Mai 2013, 08:05am

Publié par pam

“ Si un écrivain est si prudent qu’il n’écrirait jamais quelque chose qui puisse être critiqué, il n’écrira jamais quelque chose qui puisse être lu. Si vous voulez aider les autres, vous devez avoir l’esprit à écrire des choses que certains condamneront.”

Thomas Merton in “ La Quête de la Contemplation ”.

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