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Impermanence...

10 Février 2014, 17:07pm

Publié par pam

Extraits de

"Le livre tibétain de la vie et de la mort" de Sogyal Rinpoché :

Chuang Tzu : “La naissance d’un homme est la naissance de sa douleur. Plus il vit longtemps et plus il devient stupide, parce que son angoisse d’éviter une mort inévitable s’intensifie sans relâche. Sa soif de survie dans le futur le rend incapable de vivre dans le présent.”

La vie est vaine et futile quand elle est fondée sur une croyance erronée en la continuité et la permanence. La plupart d’entre nous vivent ainsi, suivant un plan établi d’avance : jeunesse, études, travail, mariage, enfants, maison, voiture, vacances, retraite... Notre vie est monotone, mesquine et répétitive, gaspillée à poursuivre des objectifs insignifiants. Le rythme de notre vie est trépidant, la dernière chose à laquelle nous pensons c’est la mort. Nous étouffons notre peur secrète de l’impermanence en nous entourant d’un nombre sans cesse croissant d’objets pour en devenir des esclaves. Tout notre temps et notre énergie s’épuisent à les maintenir. Notre seul but devient de nous entourer du maximum de sécurité et de garanties. Lorsque des changements surviennent, nous y remédions par un expédient, solution facile et temporaire. Le pragmatisme en Occident se résume en une vue à court terme marquée par l’ignorance et souvent l’égoïsme.

La paresse orientale consiste à flâner au soleil, sans rien faire. La paresse occidentale consiste à remplir sa vie d’activités fébriles si bien qu’il ne reste plus de temps pour affronter les vraies questions. Nous ne le trouvons jamais. Nous avons tant de responsabilités ! Plutôt des irresponsabilités !

C’est notre vie qui semble nous vivre. Tout choix et tout contrôle semblent nous échapper. L’obsession d’améliorer nos conditions matérielles, qui détermine notre comportement, peut devenir une fin en soi et une distraction dénuée de sens. La société contemporaine m’apparaît comme une célébration de tout ce qui nous éloigne de la vérité, nous empêche de vivre pour cette vérité et nous décourage de seulement croire à son existence. Étrange paradoxe que cette civilisation qui prétend adorer la vie mais lui retire en fait toute signification réelle, qui clame sans cesse vouloir rendre les gens heureux mais, en réalité, leur barre la route menant à la source de la joie véritable. Ce samsâra moderne entretient et favorise en nous une angoisse et une dépression dont il se nourrit en retour. Il les alimente par le biais d’une société de consommation qui cultive notre avidité afin de se perpétuer. Il crée autour de nous un environnement de dépendance presque insurmontable.

Impermanence...

Nous désirons le bonheur. Mais, le plus souvent, la façon dont nous le recherchons est si maladroite qu’elle nous cause seulement plus de tourment. Nous nous demandons comment il est possible d’apprécier quelque chose si nous ne pouvons le posséder. Nous confondons attachement et amour. L’attachement et son cortège : insécurité, possession, orgueil. Si nous nous libérons peu à peu de l’attachement, une grande compassion se fera jour en nous.

William Blake : “Qui veut lier à lui-même une Joie,

De la vie brise les ailes.

Qui embrasse la Joie dans son vol,

Dans l’aurore de l’Éternité demeure.”

Le lâcher prise est le chemin de la vraie liberté. Les changements peuvent façonner notre caractère et arrondir ce qu’il y a en nous d’anguleux. Essuyer les tempêtes du changement nous permettra d’acquérir un calme plein de douceur, mais inébranlable. Notre confiance en nous grandira et deviendra si forte que bonté et compassion commenceront naturellement à rayonner de nous pour apporter la joie aux autres. C’est cette bonté fondamentale existant en chacun de nous qui survivra à la mort. Notre vie entière est à la fois un enseignement qui nous permet de découvrir cette puissante bonté, et un entraînement visant à la réaliser en nous-mêmes. Ainsi, chaque fois que les pertes et les déceptions de la vie nous donnent une leçon d’impermanence, elles nous rapprochent en même temps de la vérité. Tomber ne constitue en aucun cas un désastre mais, au contraire, la découverte d’un refuge intérieur. Les difficultés et les obstacles, s’ils sont correctement compris et utilisés, deviennent fréquemment source inattendue de force.

Impermanence...

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Homo sapiens ?

9 Février 2014, 07:10am

Publié par pam

“Mais quel étrange bruit font dans le crépuscule, ces chênes qu’on abat, pour le bûcher d’Hercule.” Hugo.

Hercule, c’est l’Occident, le japon, la Chine, la Russie, et tous les pays qui les suivent. Hercule, ce sont ces hommes de la pierre et du fer qui ne cessent de croître au détriment des autres espèces et qui sont devenus en quelques siècles à peine une colossale multitude. Le bûcher, c’est la demande gloutonne d'énergie que ce demi-dieu gaspille pour se repaître et grossir encore plus. Viendra l’heure où ayant totalement détruit la biosphère, il s’apercevra qu’il lui faut mourir à son tour. Il n’est qu’un demi-dieu qui dépend exclusivement des ressources de la terre ! Sa peur sera incommensurable !

L’homme ne renaîtra pas forcément de ses cendres, l’intelligence si. Nous étions le produit achevé d’un environnement donné. Celui-ci a changé à cause de nos souillures. Le miracle teilhardien de l’homme épicentre de l’univers était une idée alléchante. J’y ai cru parce que, comme lui, je pensais que la sagesse finirait par triompher. Les sédentaires ont façonné la surface du globe selon leurs besoins qui se sont révélés sans limite. Ils en tirent le maximum, obèrent ses possibilités de recyclage. Si l’homo sapiens disparaît un jour de notre planète, celle-ci retrouvera, j’en suis convaincu, sa créativité première. Sur les ruines qu’il aura laissées, la vie rejaillira, et au bout de la chaîne, la pensée refleurira comme la première fois. La Grande Mère échaudée ne commettra peut-être pas la même erreur, et limitera les capacités de nuisance de ceux qui en seront les dépositaires.

Un jour viendra où l’idée de créer des musées de la biodiversité, des réserves de biotope, ne fera plus sourire.

La fin de la guerre du Vietnam était prémonitoire. Elle annonçait, au pire de la crispation idéologique mondiale, la disparition de ce type de conflit et la prééminence prochaine du pouvoir financier sur le politique, un pouvoir qui ne s’embarrasse, lui, d’aucun principe moral et exploite sans l’ombre d’un discernement toutes les ressources terrestres et humaines.

Jean Bertolino in “Chaman”. 2002.

Homo sapiens ?

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De Darwin à Lévi-Strauss...

25 Décembre 2013, 06:54am

Publié par pam

Pascal Picq : «Malthus revient frapper à la porte»

Par Yann Verdo | 26/11 | 18:16 | mis à jour à 20:09 | 7commentaires

Dans son dernier ouvrage paru en septembre, « De Darwin à Lévi-Strauss », Pascal Picq pousse un cri d’alarme : l’homme pourrait ne pas survivre à la perte de diversité entraînée par notre mode de vie moderne.

Pascal Picq est l’un des avocats les plus ardents de la pensée darwinienne, qu’il a largement contribué à diffuser en France. - AFP

Pascal Picq, du Collège de France, est avec Yves Coppens l’un des paléoanthropologues français les plus influents et les plus connus. Pour « Les Echos », il revient sur l’analyse passionnée au cœur de son dernier livre, « De Darwin à Lévi-Strauss » : l’espèce humaine, fruit de deux millions d’années d’évolution, pourrait ne pas survivre à la perte de diversité biologique et culturelle entraînée par le mode de vie occidental. Notre modèle de développement est désormais caduc, il est urgent d’en changer.

Une des caractéristiques essentielles du genre humain, écrivez-vous dans « De Darwin à Lévi-Strauss », c’est qu’il s’est disséminé sur les cinq continents et a été capable de s’implanter dans tous les écosystèmes. Un fait unique dans la longue histoire du vivant, dites-vous ?

En effet. L’homme est la seule espèce animale que l’on trouve sous toutes les latitudes, longitudes et altitudes, si l’on excepte les chiens, les chats et probablement aussi les rats qui l’ont suivi dans ses pérégrinations à la surface du globe. Cette grande plasticité écologique est une caractéristique adaptative du genre Homo, un fait de nature bien antérieur à la maîtrise du feu ou à l’élaboration de techniques de taille sophistiquées, ainsi que l’illustre la description récente d’un crâne d’Homo erectus à Dmanisi, en Géorgie : même des hommes de petite taille, il y a 2 millions d’années, ont été capables de s’affranchir du monde des arbres.

Grâce aux progrès fascinants de la paléoanthropologie au cours des dernières années, et tout particulièrement aux apports déterminants de la génétique des populations et de la linguistique historique et comparée, nous avons pu clarifier cet étonnant et brutal processus de diaspora.

Son actualité

« De Darwin à Lévi-Strauss », son dernier ouvrage paru en septembre chez Odile Jacob, est un cri d’alarme face aux atteintes de plus en plus profondes que, depuis la révolution industrielle, Homo sapiens fait subir à la diversité sous toutes ses formes : animale, végétale, linguistique, culturelle… Se mettant dans les pas du naturaliste anglais et de l’anthropologue français, tous deux partis explorer le Brésil à un siècle de distance, Pascal Picq nous entraîne pour un troisième voyage à travers les cultures et les époques. Et s’interroge : pourquoi n’avons-nous pas su entendre le message de Darwin et de Lévi-Strauss ?

Comment se déroule-t-il ?

Le premier acte se produit il y a environ 2 millions d’années, soit dès l’aube de l’humanité, quand Homo erectus sort d’Afrique avec sa communauté écologique savanicole, dont le lion. Avançant vers l’Est, tout ce petit monde (Homo erectus, lions, mammouths, babouins…) rencontre la communauté du tigre qui est à la forêt ce qu’est celle du lion à la savane et là, personne ne passe… Sauf l’homme.

Continuons notre voyage à travers le temps. Nous voici arrivés à -100.000 ans, c’est-à-dire hier à l’échelle de l’évolution. Pas moins de quatre, voire cinq espèces d’hommes différentes peuplent la Terre : Homo sapiens (c’est-à-dire nous) en Afrique et dans le sud du Proche-Orient ; Neandertal au nord de la Méditerranée et en Asie occidentale ; l’homme de Denisova (découvert il y a seulement trois ans !) en Asie centrale ; l’homme de Solo à Java ; et enfin, plus controversé, le petit homme de Florès, également en Indonésie. Aucune de ces espèces ne prend le pas sur les autres.

C’est alors, vers -100.000 ans, que se produit le deuxième acte de l’expansion : celle qui va conduire le seul Homo sapiens partout sur le globe. Fait méconnu, Homo sapiens arrive en Australie avant de s’implanter en Europe, qui est pourtant plus proche de son berceau africain, mais où Neandertal occupe solidement le terrain. Les deux espèces vont d’ailleurs cohabiter en Europe pendant 10.000 ans, il va y avoir des échanges culturels et techniques dans les deux sens – l’homme de Neandertal est tout aussi humain que nous – et puis Neandertal va disparaître.

A l’inverse, Homo sapiens va se disséminer partout dans l’Ancien Monde (l’Afrique, l’Europe et l’Asie) mais aussi – et ceci est sans précédent – en Australie, en Océanie et bien sûr dans les deux Amériques. Outre qu’il est le premier homme à atteindre ces Nouveaux Mondes, le fait distinctif est que ces migrations successives, à pied ou en bateau, ne sont plus dictées par les changements climatiques. Il y a quelque chose dans le cerveau d’Homo sapiens qui le pousse à conquérir toujours de nouveaux horizons, jusque sur la Lune !

Mais cette conquête de la Terre ne s’est pas sans faite sans dégâts pour les autres espèces…

C’est le moins qu’on puisse dire ! Les premières victimes collatérales du succès évolutif d’Homo sapiens ont d’abord été toutes les autres espèces humaines citées plus haut, qui se sont toutes éteintes. Un autre ensemble de victimes a été les grandes faunes du Nouveau Monde qui n’avaient pas, comme celles de l’Ancien, appris à coévoluer avec l’homme. Leur disparition a été extrêmement brutale, au point qu’on la soupçonne d’avoir entraîné une mini-glaciation : tous ces gros animaux, par leurs flatulences, produisaient en effet du gaz à effet de serre !

Un processus de destruction qui s’est effroyablement accéléré… Depuis la préhistoire, écrivez-vous, nous sommes passés de l’ère de la « sauvagerie » à celle de la « barbarie ». Que signifie pour vous ce glissement sémantique ?

La sauvagerie est un acte de destruction sur lequel nous ne pouvons pas porter de jugement de valeur : l’homme préhistorique d’Amérique tuait pour sa propre survie et, bien sûr, il n’avait pas conscience des conséquences à grande échelle de ses actes. Mais aujourd’hui, c’est en toute conscience que nous détruisons les autres formes de vie, à un rythme effarant. Selon les estimations, le rythme d’extinction des espèces est de 1.000 à 100.000 fois plus élevé qu’il l’a jamais été depuis l’apparition du vivant.

Cette destruction de la biodiversité causée par la globalisation du mode de vie occidental, Darwin a été le tout premier à en prendre conscience et ce, dès les prémices de la révolution industrielle. C’est un aspect du personnage qui est passé relativement inaperçu jusqu’ici. Darwin est peut-être le scientifique le plus cité au monde, mais ce n’est certainement pas le mieux lu !

Au-delà de toute considération morale, pourquoi cette perte de biodiversité est-elle, selon vous, si préoccupante pour le devenir de l’espèce humaine ?

Il faut bien comprendre qu’une espèce ne vit pas dans sa petite niche écologique. Ce concept nous vient de la théologie naturelle, doctrine qui voulait que chacun soit à sa place dans le meilleur des mondes possibles. En réalité, il n’existe aucune espèce dont les populations évoluent seules, elles le font toujours en relation avec des organismes de toute taille. C’est ce qu’on appelle la co-évolution. Toutes les études montrent que plus il y a de diversité dans un écosystème donné, plus il y a d’échanges entre les espèces qui le composent (échanges de tous types qui peuvent aller du parasitisme le plus délétère et la prédation la plus brutale à la coopération et à l’entraide), et plus chacune de ces espèces, prise isolément, en tire profit.

Cette biodiversité qui nous est si indispensable n’est pas toujours visible. Darwin – encore lui ! – a consacré son dernier livre, en 1881, aux vers de terre. Il a montré le rôle éminent joué depuis la dernière glaciation par ces petits animaux (mais représentant une biomasse énorme) qui n’ont eu de cesse de remuer la terre, transporter des matières organiques et, in fine, de produire de l’humus. Sans l’incessant labeur des vers de terre, les agricultures, et donc les civilisations qui en sont les filles, n’auraient tout simplement pas été ! Et pourtant, nos lourds tracteurs d’aujourd’hui les écrasent allégrement… Et les vers de terre ne sont pas tout seuls. 80% de la biodiversité - dont les indispensables microorganismes - se trouvent dans les 30 premiers centimètres de terre.

Vous évoquez les formes d’agriculture modernes. Pourquoi, dans votre livre, dites-vous à leur sujet qu’elles constituent le « cauchemar de Darwin » ?

Parce qu’elles nous conduisent tout droit à la catastrophe. On continue de détruire chaque année des milliers d’hectares de forêt ou de mangrove pour en faire des terres arables. Mais cet accroissement est plus qu’annulé par toutes les terres agricoles qui sont chaque année rendues infertiles par la salinisation des sols, l’excès d’intrants, l’expansion urbaine, etc. Je n’ai pas d’opposition de principe aux OGM. Mais enfin, n’oublions pas que ces OGM – dont les rendements ne sont d’ailleurs pas supérieurs à ceux des autres parcelles – ont été mis sur le marché pour permettre aux multinationales de la chimie de continuer à vendre leurs pesticides ultra-puissants. C’est ce modèle économique-là qui est le cauchemar de Darwin. Pendant 10.000 ans, les agriculteurs, de façon empirique, ont sélectionné une grande variété de plantes et d’animaux pour se nourrir. Ils savaient que cette variété est la condition sine qua non d’une agriculture durable, car elle réduit les risques liés à la survenue d’un agent destructeur donné (météo, parasites...). Mais que faisons-nous aujourd’hui avec les OGM ? Exactement l’inverse. Pour une poignée de variétés produites par des entreprises, nous éradiquons tout l’environnement. Nous mettons tous nos œufs dans le même panier. C’est d’un anti-darwinisme absolu. Toute pratique qui élimine la diversité est potentiellement délétère : c’est la règle d’or de la survie. La diversité est l’assurance-vie des espèces.

Mais alors, que faire ?

Préserver les savoirs agricoles empiriques de toutes les cultures. Et puis rééquilibrer nos régimes alimentaires. Les chiffres sont éloquents. Il faut mobiliser une surface agricole 50 fois plus grande pour produire 1 kg de viande de bœuf qu’1 kg de légumes. Notre régime fortement carné n’est plus tenable. L’obésité est un fléau pire que le cancer. Elle coûte plus aux Etats-Unis que toute sa politique de santé à la France et frappe tous les pays émergents comme la Chine. Le temps n’est pas si lointain où mes parents ne mangeaient de la viande que quelquefois par semaine – et ne s’en portaient que mieux.

Ce régime alimentaire si gras est un trait de la mondialisation. Sans vouloir stigmatiser personne, rappelons-nous que les bœufs de nos hamburgers, majoritairement importés d’Amérique latine, ont été nourris avec du soja transgénique dans des champs pris sur la forêt tropicale, ce qui a participé à l’éradication des singes et surtout des derniers peuples amérindiens. Chaque fois que nous croquons un hamburger, nous croquons un peu de la diversité biologique mais aussi culturelle du monde.

« Diversité biologique mais aussi culturelle », dites-vous. Cela nous conduit de Darwin à Lévi-Strauss puisque l’une des exterminations que vous dénoncez le plus violemment dans votre livre est celle des langues et des cultures. Y a-t-il, là aussi, péril en la demeure ?

Il y a péril pour l’homme. On dénombre entre 4.000 et 7.000 langues (selon la frontière que l’on trace entre « langue » et « dialecte ») encore parlées à la surface du globe. Mais il faut savoir que 97% de la population mondiale s’exprime dans seulement 4% de ces milliers de langues, et que 96% d’entre elles ne sont parlées que par 3% de l’humanité. C’est dire que l’écrasante majorité de ces langues ne sont plus parlées que par une poignée de locuteurs vieillissants et s’éteindront bientôt avec eux. A cet égard, j’aime à rappeler ce si beau mot du poète et ethnologue malien Amadou Hampâté Bâ : « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » On ne retrouvera jamais tous ces savoirs perdus et utiles pour notre avenir à tous ; c’est le « cauchemar de Lévi-Strauss ».

Au-delà de toutes ces tendances lourdes qui vous inquiètent, ce que vous pointez n’est-il pas la fin d’un modèle de civilisation hérité des Trente Glorieuses, celui qui ramenait tout à la croissance économique et au PIB ?

Absolument. Encore une fois, notre alimentation en est un bon exemple. On le voit bien aujourd’hui en Bretagne : tout le monde a à perdre avec le modèle super-productiviste imposé par la grande distribution : les agriculteurs qui sont acculés à la faillite et parfois au suicide par la pression du marché, les consommateurs qui voient arriver dans leur assiette des aliments toujours plus médiocres (les végétaux ont perdu 50% de leur saveur et de leur qualité nutritive depuis 50 ans) et les finances publiques qui doivent faire face aux coûts engendrés par l’obésité…

Le credo qui a fait le succès de l’Occident depuis le Néolithique jusqu’aux Trente Glorieuses, « Croissez, multipliez et produisez », a atteint sa limite. Malthus revient frapper à la porte.

Un paléoanthropologue résolument tourné vers l’avenir

A cinquante-neuf ans, Pascal Picq est l’un des avocats les plus ardents de la pensée darwinienne, qu’il a largement contribué à diffuser en France. Auteur de nombreux ouvrages à succès, depuis « Les Origines de l’homme » (1999) jusqu’à « L’Homme est-il un grand singe politique ? » (2011) en passant par « Darwin et l’évolution expliqués à nos petits-enfants » (2009), il s’intéresse de plus en plus à la réception de la théorie de l’évolution dans les milieux économiques et n’a de cesse d’interroger le lointain passé pour éclairer l’avenir de l’espèce humaine.

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éloge de la simplicité

20 Décembre 2013, 08:02am

Publié par pam

Dominique Lobeau, extraits de "Éloge de la simplicité".

La simplicité permet de vivre libéré des préjugés, contraintes et pesanteurs qui nous dispersent et nous stressent. Elle offre la solution à beaucoup de nos problèmes.

J’ai acquis la conviction que moins on a, plus on est libre et épanoui. Mais il faut rester sur ses gardes : les pièges du consumérisme, de l’inertie physique et mentale et de la négativité nous guettent au moindre relâchement.

Cessez de consommer, vous aurez plus de temps à consacrer à votre corps. Et lorsque vous vous sentirez bien dans votre corps, vous pourrez l’oublier et cultiver votre esprit, accéder à une existence pleine de sens, plus heureuse.

“Le monde des connaissances est assez riche pour peupler notre vie, sans y ajouter le besoin de bibelots inutiles qui ne feraient qu’accaparer notre esprit et nos heures de loisir.” Charlotte Périand, in “Une vie de création”.

Ceux qui vivent frugalement sont un danger pour l’économie et la société de consommation, ils sont considérés comme marginaux, inquiétants. Ceux qui par choix, vivent modestement, mangent peu, gaspillent peu, cancanent peu ou jamais, sont qualifiés d’avares, d’hypocrites et d’asociaux.

Les souvenirs nous rendent-ils si heureux ? Plus heureux ? Les choses ont une âme dit-on, mais l’attachement au passé doit-il envahir le futur, rendre statique le présent ?

“Un homme est riche des choses dont il peut se passer.” David Thoreau in “Walden”.

Demandez-vous : qu’est-ce qui complique ma vie ? Est-ce que ça en vaut la peine ? Quand suis-je le plus heureux ? Est-ce que le fait d’avoir est plus important que le fait d’être ? Jusqu’à quel point puis-je me contenter de peu ? Et dressez des listes pour vous aider à désencombrer votre existence.

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LA COMPARAISON.

19 Décembre 2013, 07:33am

Publié par pam

Ce qui accroît la souffrance, et crée le manque, c'est la comparaison.

Spinoza : "Par réalité et par perfection, j'entends la même chose." Autrement dit, la réalité est parfaite.

Le chemin de ma vie, c'est d'accepter, ou plutôt d'accueillir tout mon être, sans rien rejeter de lui. Trouver la beauté, la joie, là où elles se donnent, dans cette vie et non dans une vie rêvée, idéalisée. Se dépouiller au jour le jour, se dénuder de toutes les comparaisons. Évacuer la notion de regret. Tant que nous dilapidons notre énergie, qui est faible certains jours, à vouloir refaire le monde, nous passons à côté de la joie du moment présent et de ce qui est donné. Je ne commente pas la réalité. Je laisse venir l'anxiété, la peur, la tristesse, sans commenter. Parce que la comparaison tue le monde et le réel. C'est peut être ce que m'apprend la pratique du zen, à laisser la réalité être pleinement ce qu'elle est sans la rapporter à nos idéaux.

Alexandre Jollien. Extraits de "Petit traité de 'l'abandon".

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Matthieu Ricard. Plaidoyer pour l'altruisme.

12 Décembre 2013, 07:12am

Publié par pam

LA SIMPLICITÉ VOLONTAIRE ET HEUREUSE. (EXTRAITS)

"La civilisation dans le vrai sens du terme ne consiste pas à multiplier les désirs mais à les réduire volontairement. Cela seul instaure le vrai bonheur et le contentement tout en accroissant notre capacité de servir." Gandhi.

Le mot "austérité n'est pas agréable à entendre. Dans l'esprit de la plupart des gens, il évoque la privation des plaisirs quotidiens, une vie morne et des restrictions interdisant de s'épanouir librement dans l'existence. De plus, d'après certains économistes, les programmes d'austérité sont peu efficaces car ils induisent un sous-emploi, conduisant au chômage et à la récession.

La simplicité volontaire est un concept très différent. Elle ne consiste pas à se priver de ce qui nous rend heureux mais à mieux comprendre ce qui procure une satisfaction véritable et à ne plus être assoiffé de ce qui engendre davantage de tourments que de bonheur. La simplicité va de pair avec le contentement.

La simplicité volontaire, selon Duane Elgin, est une vie extérieurement simple et intérieurement riche.

Simplifier notre existence c'est avoir l'intelligence d'examiner ce que l'on considère habituellement comme des plaisirs indispensables et de vérifier s'ils apportent un authentique mieux-être. La simplicité peut être ressentie comme un acte libérateur. Elle n'implique pas de vivre dans la pauvreté mais dans la sobriété. Elle n'est pas la solution à tous les problèmes mais peut certainement y contribuer. Cette façon de vivre, parfois associée à la sagesse, a été louée de tout temps dans toutes les cultures.

Pierre Rabhi estime que le temps est venu d'instaurer une politique et une culture fondées sur la puissance d'une "sobriété heureuse" à laquelle on a librement consenti, en décidant de modérer ses besoins, de rompre avec les tensions anthropophages de la société de consommation et de remettre l'humain au coeur des préoccupations.

Tchouang-tseu, sage taoïste : "Celui qui a pénétré le sens de la vie ne se donne plus de peine pour ce qui en contribue pas à la vie."

La crise actuelle a deux aspects : un drame humain, celui des populations les plus pauvres qui souffrent durement des crises financières et de l'inégalité croissante, alors que les riches en profitent pour s'enrichir davantage ; le deuxième est lié à la quête inépuisable du superflu.

La simplicité volontaire est à la fois heureuse (pas constamment tourmentée par la soif du davantage) et altruiste (car elle n'incite pas à concentrer entre quelques mains des ressources disproportionnées qui, réparties autrement, amélioreraient considérablement la vie de ceux qui sont privés du nécessaire).

En n'aspirant pas au déraisonnable, on garde constamment dans le champ de sa conscience le sort de ceux qui sont aujourd'hui dans le besoin ainsi que le bien-être des générations futures.

Consumérisme : (ici) attitude et mode de vie centrés sur la consommation. Peut aussi définir l'action concertée des consommateurs.

Victor Lebow, 1955, spécialiste de la vente au détail aux USA : " Notre économie superproduction exige que nous fassions de la consommation notre mode de vie, que nous convertissions l'achat et l'utilisation de bien en rituels, que nous cherchions nos satisfactions spirituelles et celles de notre ego dans la consommation. L'économie a besoin que les choses soient consommées, brûlées, épuisées, remplacées et jetées à un rythme toujours croissant"………….

Après la crise financière de 2008, Bush a demander aux citoyens américains de recommencer à consommer au plus vite pour que le pays se remette rapidement de la crise et que les gens soient plus heureux…..

Cette logique ne correspond pas aux conclusions des recherches scientifiques. Tim Kasser et d'autres ont étudié les effets du consumérisme : établissant que les individus les plus portés à la consommation de toutes sortes de biens et services - ceux qui donnent la priorité à la richesse, à l'image, au statut social et à diverses autres valeurs matérialistes promues par une société dite de consommation - sont nettement moins satisfaits de leur vie que ceux qui mettent l'accent sur les valeurs plus fondamentales de l'existence comme l'amitié, le contentement, la qualité de l'expérience vécue, le souci d'autrui ainsi que le sentiment de responsabilité de la société et de l'environnement. Ils éprouvent moins d'émotions positives, parlent moins de joie, d'enthousiasme, de gratitude, de sérénité que les autres. Les grands consommateurs sont plus anxieux et déprimée, davantage sujets aux maux de tête et aux douleurs d'estomac. Leur santé est moins bonne, ils boivent plus d'alcool, fument plus de cigarettes, regardent plus la télévision. Quand ils se sentent déprimée, ils ont tendance à aller "faire du shopping". Ils rêvent plus souvent à la mort qui les tourmente. Ils admirent les riches, les trouvant "intelligents, cultivés et réussissant en tout."

Les matérialistes expriment peu d'empathie et de compassion envers ceux qui souffrent, ils sont manipulateurs et ont tendance à exploiter les autres à leur profit. Ils préfèrent la compétition à la coopération. Ils contribuent moins à l'intérêt général et ne sont guère concernés par les questions environnementales. Leurs relations sont plus superficielles et moins durables. D'après Tim Kasser, il semble que "les valeurs matérialistes amènent les gens à penser qu'ils n'ont aucun avantage à être proches des autres et à leur manifester de la sollicitude, car ils n'ont rien à y gagner…Ces valeurs conduisent les individus à considérer les autres principalement comme des instruments pour arriver à leurs fins matérialistes."

Partout sur la planète, l'importance apportée à la richesse et au statut social se révèle être liée à un moindre souci pour l'environnement.

Les recherches de Kasser et de ses collègues démontrent que le goût pour la consommation et les valeurs matérialistes favorisent la souffrance personnelle et font obstacle à l'établissement d'interactions humaines harmonieuses et empreintes de sollicitude. Atteindre des buts liés aux valeurs humaines entraîne une satisfaction beaucoup plus grande que la réalisation d'objectifs matériels.

Pour remédier à l'inclination pour la consommation, Kasser suggère d'interdire toute publicité destinée aux enfants, comme cela a été fait en Suède et en Norvège. Il conclut qu'en mettant l'accent sur les valeurs extérieures par rapport aux valeurs intérieures, nous cherchons le bonheur là où il ne se trouve pas et nous contribuons à notre propre insatisfaction.

Il y a à peine un demi-siècle, on avait une montre ou un appareil photo pour la vie, on en prenait soin, ils étaient fiât pour durer. Aujourd'hui, le cycle de vie des produits de consommation est de plus en plus court, ce qui augmente considérablement la pollution industrielle. Wijkman et Rockström proposent de remplacer l'achat de produits manufacturés par un système de location accompagné d'un service d'entretien et de mise à jour de qualité. Les consommateurs jouiraient des meilleurs produits disponibles, tandis que les fabricants auraient intérêt à faire dure leur produits et à les recycler de manière efficace. Les service de maintenance créeraient aussi de nombreux emplois.

En 2010, 65 milliards de tonnes de matières premières nouvellement extraites de l'environnement sont entrées dans le système économique. ON pense que le chiffre atteindra 82 milliards en 2020.

Quelques firmes (Xerox, Michelin, Rolls-Royce) louent et entretiennent plutôt que de vendre leurs produits.

J.V. Placé a dénoncé l'obsolescence programmée, le fait que nombre d'industriels programment la durée de vie de leurs produits de sorte qu'elle dépasse légèrement celle de la garantie. À la première panne, les produits sont jugés irréparables et il faut donc en acheter un neuf. La loi qu'il a déposée au Sénat imposerait une extension de la durée légale de conformité des produits et l'obligation pour les fabricants de prendre en charge une plus longue garantie et la mise à disposition de pièces détachées sur une période de dix ans à compter de l'achat du produit. Le site commentréparer.com met à la disposition des consommateurs des fiches explicatives pour les aider à réparer eux-mêmes leurs appareils.

"L'esprit s'enrichit de ce qu'il reçoit, le coeur de ce qu'il donne." Victor Hugo.

Paradoxe d'Easterlin : passé le seuil de l'aisance, l'augmentation de la richesse ne conduit pas à une augmentation correspondante de la satisfaction de vie. L'augmentation très importante de la croissance économique aux USA n'a entraîné aucune augmentation de la satisfaction de vie. Les Nigériens s'estiment aussi heureux que les Japonais qui ont un PIB 25 fois pour élevé. Au Danemark, pays où les gens sont les plus satisfaits par leurs conditions de vie, il y a très peu de pauvreté et d'inégalités. Cette satisfaction s'explique, entre autres raisons, par le haut niveau de confiance que les gens entretiennent les uns envers les autres, y compris à l'égard des inconnus et des institutions. Cette confiance va de pair avec un très faible niveau de corruption.

Que pouvez-vous faire avec 4 milliards que vous ne pouvez pas faire avec 2 ? Très peu pour vous-même et beaucoup pour les autres.

Il est émotionnellement plus bénéfique de donner que de recevoir.

H.D.Thoreau : "Notre vie se perd dans les détails… Simplifiez, simplifiez, simplifiez !"

Le président de l'Uruguay, Pepe Mujica, est le plus pauvre du monde et en passe de devenir le plus populaire : "Mon style de vie n'a rien de révolutionnaire, je ne suis pas pauvre, je vis simplement. J'ai l'air d'être un vieil homme excentrique, mais c'est un choix libre et délibéré." Il n'habite pas un palais mais une ferme de 45 m2 avec un puits dans le jardin . Il reverse plus de 90% de son salaire présidentiel à des ONG, notamment à un programme de logements pour les habitants les plus pauvres. "Je veux avoir du temps pour les choses qui me motivent… C'est ça la vraie liberté : la sobriété, consommer peu, avoir une petite maison qui me laisse du temps pour profiter de ce que j'aime vraiment… Si j'avais beaucoup de choses, il faudrait que je fasse attention à ce qu'on ne me les vole pas." L'Uruguay est le pays le moins corrompu du continent sud-américain, et l'un des plus heureux. Il accuse la plupart des dirigeants du monde de nourrir une "pulsion aveugle de promotion de la croissance par la consommation, comme si le contraire signifiait la fin du monde."

Discours mémorable sur la simplicité en juin dernier à la conférence sur le développement durable des Nations Unies :

Nous ne pouvons pas continuer, indéfiniment, à être gouvernés par les marchés ; nous devons gouverner les marchés… Les anciens peuseurs Épicure, Sénèque, et même les Aymaras disaient : "Celui qui est pauvre n'est pas celui qui possède peu mais celui aui a besoins e beaucoup et qui désire toujours avoir davantage."… Le développement ne doit pas être opposé au bonheur, il doit favoriser le bonheur des hommes, il doit favoriser l'amour, les relations humaines, permettre de s'occuper de ses enfants, d'avoir des amis, d'avoir le nécessaire; Parce que c'est précisément la chose la plus précieuse.

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Matthieu Ricard.

11 Décembre 2013, 08:51am

Publié par pam

INTRODUCTION. Extraits. Suite.

Notre époque est confrontée à de nombreux défis. L'une de nos difficultés majeures consiste à concilier les impératifs de l'économie, de la recherche du bonheur et du respect de l'environnement (court, moyen et long terme… nos intérêts, ceux de nos proches, ceux de tous les êtres).

Ceux qui vivent dans l'aisance rechignent à réduire leur train de vie pour le bien des plus démunis et pour celui des générations à venir, tandis que ceux qui vivent dans le besoin aspirent légitimement à davantage de prospérité, mais aussi à entrer dans une société de consommation qui encourage l'acquisition du superflu.

La satisfaction de vie se mesure, elle, à l'aune d'un projet de vie, d'une carrière, d'une famille et d'une génération. Elle se mesure aussi à la qualité de chaque instant qui passe, des joies et des souffrances qui colorent notre existence, de nos relations aux autres ; elle s'évalue en outre par la nature des conditions extérieures et par la manière dont notre esprit traduit ces conditions en bien-être ou en mal-être.

Quant à l'environnement, jusqu'à récemment, son évolution se mesurait en termes d'ères géologiques, biologiques, climatiques, de dizaines de millénaires, sauf lors de catastrophes planétaires dues à l'impact d'astéroïdes géants ou d'éruptions volcaniques. De nos jours, le rythme de ces changements ne cesse de s'accélérer du fait des bouleversements écologiques provoqués par les activités humaines. C'est la première ère ("Anthropocène", l'ère des humains) dans l'histoire du monde où les activités humaines modifient profondément (et pour l'instant, dégradent) l'ensemble du système qui maintient la vie sur terre.

Pour nombre d'entre nous, la notion de "simplicité" évoque une privation, un rétrécissement de nos possibilités et un appauvrissement de l'existence. Pourtant l'expérience montre qu'une simplicité volontaire n'implique nullement une diminution du bien-être, mais apporte au contraire une meilleure qualité de vie. Est-il plus plaisant de jouir du contentement d'un esprit satisfait ou de constamment vouloir davantage - une voiture plus coûteuse, des vêtements de marque ou une maison plus luxueuse ?

Le consumérisme immodéré est étroitement lié à un égocentrisme excessif.

Les pays riches, qui profitent le plus de l'exploitation des ressources naturelles, ne veulent pas réduire leur train de vie. Ils sont pourtant les principaux responsables des changements climatiques et autres fléaux affectant les populations les plus démunies, celles dont, précisément, la contribution à ces bouleversements est la plus insignifiante.

Un Afghan produit 2500 fois moins de C02 qu'un Qatari et 1000 fois moins qu'un Américain.

Le patron du plus grand syndicat de la viande aux Etats-Unis est ouvertement cynique : "Ce qui compte, dit-il, c'est que nous vendions notre viande. Ce qui se passera dans 50 ans n'est pas notre affaire".

Or tout cela nous concerne, concerne nos enfants, nos proches et nos descendants, ainsi que l'ensemble des êtres, humains et animaux, maintenant et dans l'avenir. Concentrer nos efforts uniquement sur nous-même et nos proches, et sur le court terme, est l'une des manifestations regrettables de l'égocentrisme.

L'égoïsme est au coeur de la plupart des problèmes auxquels nous faisons face aujourd'hui : l'écart croissant entre les riches et les pauvres, l'attitude du "chacun pour soi", qui ne fait qu'augmenter, et l'indifférence à l'égard des générations à venir.

L'altruisme est le fil qui peut nous permettre de sortir du dédale de ces graves et complexes préoccupations et de relier naturellement les trois échelles de temps (court, moyen, long termes) en harmonisant leurs exigences. Souvent présenté comme valeur morale suprême, l'altruisme n'aurait guère de place dans un monde entièrement régi par la compétition et l'individualisme. Mais dans le monde contemporain, il est plus que jamais une nécessité, voire une urgence. Quelques exemples des bienfaits de l'altruisme : en ayant plus de considération pour le bien-être d'autrui, les investisseurs ne se livreraient pas à des spéculations sauvages avec les économies des petits épargnants qui leur ont fait confiance, dans le but de récolter de plus gros dividendes, ils ne spéculeraient pas sur les ressources alimentaires, les semences, l'eau et autres ressources vitales à la survie des populations les plus démunies. Les décideurs et autres acteurs sociaux veilleraient à améliorer les conditions de travail, la vie familiale et sociale… 1% de la population détiennent 25% des richesses, creusant toujours plus le fossé d'avec les démunis. Ils ouvriraient les yeux sur le sort de la société dont ils profitent. Si nous témoignions de plus d'égards pour autrui, nous agirions tous en vue de remédier à l'injustice, à la discrimination, au dénuement. Nous reconsidèrerions la manière dont nous traitons les espèces animales, les réduisant à n'être que des instruments de notre domination aveugle qui les transforme en produits de consommation.

Enfin, si nous faisions preuve de plus de considération pour les générations à venir, nous ne sacrifierions pas aveuglément le monde à nos intérêts éphémères, ne laissant à ceux qui viendront après nous qu'une planète polluée et appauvrie.

Nous nous efforcerions au contraire de promouvoir une économie solidaire qui donne une place à la confiance réciproque et valorise les intérêts d'autrui. Nous envisagerions la possibilité d'une économie différente, celle que soutiennent maintenant nombre d'économistes modernes, une économie qui repose sur les trois piliers de la prospérité véritable : la nature dont nous devons préserver l'intégrité, les activités humaines qui doivent s'épanouir, et les moyens financiers qui permettent d'assurer notre survie et nos besoins matériels raisonnables (voir Stiglitz, Snower, Layard, Fehr et Bruno Roche).

La plupart des économistes classiques ont trop longtemps fondés leurs théories sur l'hypothèse fausse que les homes poursuivent exclusivement des intérêts égocentriques. Ils ont aussi fait l'impasse que la nécessité pour chacun de veiller au bien d'autrui afin que la société fonctionne harmonieusement.

Contrairement à ce que ressassent les médias, de nombreuses études montrent qu'en cas de catastrophe naturelle ou autre type de drame, l'entraide est davantage la règle que le chacun pour soi, le partage que le pillage, le calme que la panique, le dévouement que l'indifférence, et le courage que la lâcheté.

Qui plus est, l'expérience de milliers d'années de pratiques contemplatives atteste que la transformation individuelle est possible. Cette expérience est maintenant corroborée par les recherche en neurosciences qui ont démontré que toute forme d'entraînement (apprentissage de la lecture ou de la musique par ex.) induit une restructuration du cerveau, tant au niveau fonctionnel que structurel. C'est ce qui se passe également lorsqu'on s'entraîne à développer l'amour altruiste et la compassion.

Les cultures et les individus ne cessent de s'influencer mutuellement. Ils contribueront à faire évoluer leur culture et leurs institutions, et ainsi de suite de sorte que ce processus se répète à chaque génération.

L'altruisme semble donc être un facteur déterminant de la qualité de notre existence, présente et à venir, et ne doit pas être relégué au rang de noble pensée utopiste entretenue par quelques naïfs au grand coeur.

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MATTHIEU RICARD. PLAIDOYER POUR L'ALTRUISME.

10 Décembre 2013, 08:07am

Publié par pam

"Rien n'est plus puissant qu'une idée dont le temps est venu." Victor Hugo.

INTRODUCTION. (extraits)

À mon retour d'Orient, mon regard avait changé, et le monde aussi. J'étais habitué à vivre au sein d'une culture et parmi des personnes dont la priorité était de devenir de meilleurs êtres

humains en transformant leur manière d'être et de penser. Les préoccupations ordinaire du gain et de la perte, du plaisir et du déplaisir, de la louange et de la critique, de la renommée et de l'anonymat, y étaient considérées comme puériles et sources de déboires. Par-dessus tout, l'amour altruiste et la compassion constituaient les vertus cardinales de toute vie humaine et se trouvaient au coeur du chemin spirituel. J'ai été, et je suis toujours particulièrement inspiré par la vision bouddhiste selon laquelle chaque être humain possède en lui un potentiel inaltérable de bonté et d'épanouissement.

Le monde occidental que je retrouvais, un monde où l'individualisme est apprécié comme une force et comme une vertu, au point souvent de virer à l'égoïsme et au narcissisme, était d'autant plus déconcertant.

Sources culturelles et philosophiques de cette différence :

- Plaute : l'homme est un loup pour l'homme.

- Thomas Hobbes : la guerre de tout homme contre tout homme.

- Nietzsche : l'altruisme est la marque des faibles.

- Freud : assure avoir découvert que fort peu de bien chez les hommes.

Supposer que tous nos actes, paroles, pensées sont motivés par l'égoïsme a longtemps influencé la psychologie occidentale, les théories de l'évolution et de l'économie, jusqu'à acquérir la force d'un dogme dont la validité n'a guère été contestée que récemment. Le plus surprenant reste la persistance de grands esprits à vouloir déceler à tout prix une motivation égoïste à l'origine de chaque acte humain.

En Occident, les sages ne sont plus des modèles, on leur a substitué les gens célèbres, riches ou puissants. L'importance démesurée accordée à la consommation et au goût du superflu ainsi que le règne de l'argent me font penser que beaucoup de nos contemporains ont oublié le but de l'existence - atteindre un sentiment de plénitude - pour se perdre dans les moyens. Mais ce monde semble en proie à une curieuse contradiction, puisque les sondages de popularité mettent aux premières places Gandhi, Martin Luther King, Nelson Mandela et Mère Teresa. Reconnaître les vraies valeurs humaines ne nous empêche pas d'être séduits par le miroir aux alouettes de la richesse, du pouvoir et de la célébrité et de préférer l'image de la facilité à l'idée d'un effort de transformation spirituelle.

Dans la réalité quotidienne, en dépit du lot de violences qui afflige le monde, notre existence est le plus souvent tissée d'actes de coopération, d'amitié, d'affection et de prévenance.

Par ailleurs, contrairement aux idées reçues et à l'impression que nous donnent les médias, toutes les études montrent que la violence, sous toutes ses formes, n'a cessé de diminuer au cours des siècles derniers. L'hypothèse de l'égoïsme universel est démentie par l'investigation scientifique. L'altruisme véritable existe et ne se réduit pas à une forme d'égoïsme déguisé.

J'ai été élevé dans un milieu laïc et personne ne m'a inculqué de dogmes sur l'altruisme ou la charité. La seule force de l'exemple m'a appris bien davantage.

Dalaï-lama : "Ma religion, c'est la bonté". " Tout être, même hostile, redoute comme moi la souffrance et cherche le bonheur. Cette réflexion nous amène à nous sentir profondément concernés par le bonheur d'autrui, ami ou ennemi. C'est la base de la compassion authentique. Rechercher le bonheur en restant indifférent aux autres est une erreur tragique."

Tout pratiquant doit d'abord se transformer lui-même avant de pouvoir se mettre efficacement au service des autres. Toutefois, le Dalaï-lama insiste sur la nécessité de jeter un pont entre la vie contemplative et la vie active. Si la compassion sans sagesse est aveugle, la compassion sans action est hypocrite.

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Stéphane Hessel

30 Novembre 2013, 07:49am

Publié par pam

La pensée productiviste, portée par l’Occident a entraîné le monde dans une crise dont il faut sortir par une rupture radicale avec la fuite en avant du “toujours plus”, dans les domaines financiers, des sciences et des techniques. Il est grand temps que le souci d’éthique, de justice, d’équilibre durable devienne prévalent. Car les risques les plus graves nous menacent. Ils peuvent mettre un terme à l’aventure humaine sur une planète qu’elle peut rendre inhabitable pour l’homme.

Nous avons eu cette crise économique, mais nous n’en avons pas davantage initié une nouvelle politique de développement.

La menace de la barbarie fasciste n’a pas totalement disparu. Aussi, appelons-nous toujours à “une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous.”

CRÉER, C’EST RÉSISTER. RÉSISTER, C’EST CRÉER.

Stéphane Hessel
Stéphane Hessel

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Mathieu Ricard. Favoriser la coopération.

22 Novembre 2013, 08:15am

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"La seule voie qui offre quelque espoir d’un avenir meilleur pour toute l’humanité est celle de la coopération et du partenariat." - Kofi Annan

Comme le souligne Joël Candau, du laboratoire d’anthropologie et de sociologie de l’université de Nice : «Notre espèce est la seule où l’on observe des coopérations fortes, régulières, diverses, risquées, étendues et supposant des sanctions parfois coûteuses entre individus sans relations de parenté.»

Entraide, dons réciproques, partage, échanges, collaboration, alliances, associations, participation sont autant de formes de la coopération omniprésente dans la société humaine. La coopération est non seulement la force créatrice de l’évolution, puisque l’évolution a besoin de coopération pour être en mesure de construire des niveaux d’organisation de plus en plus complexes, elle est aussi au cœur des accomplissements sans précédent de l’espèce humaine. Elle permet à la société d’accomplir des tâches qu’une personne seule ne pourrait accomplir. Lorsqu’on demanda au grand inventeur Thomas Edison pourquoi il avait vingt et un assistants, il répondit : «Si je pouvais résoudre tous les problèmes tout seul, je le ferais.»

Coopérer peut sembler paradoxal. Du point de vue de l’égoïsme, la stratégie la plus tentante est celle du «passager clandestin» qui profite des efforts des autres pour parvenir à ses fins au prix d’un minimum d’efforts. Pourtant, nombre d’études montrent qu’il est préférable, pour soi comme pour les autres, de se faire mutuellement confiance et de coopérer, plutôt que de faire cavalier seul.

Selon les épidémiologistes Richard Wilkinson et Kate Pickett : «Si nous nous concevons nous-mêmes comme des individus mus par notre intérêt personnel et un instinct asocial de possession, nous risquons de mettre en place des systèmes reposant sur la carotte et le bâton, la punition et la récompense, créant ainsi une version erronée et malheureuse de l’humanité dont nous rêvons.» Sur le plan individuel, la compétition empoisonne les liens affectifs et sociaux.

Dans une société fortement compétitive, les individus se méfient les uns des autres, s’inquiètent de leur sécurité et cherchent constamment à promouvoir leurs intérêts et leur rang social, sans trop se soucier des autres. À l’opposé, dans une société coopérative, les individus se font confiance et sont prêts à consacrer du temps et des ressources à autrui. Ainsi s’enclenche un cycle vertueux de solidarité et de réciprocité qui nourrit des rapports harmonieux.

Selon Richard Layard, professeur à la London School of Economics, la compétition n’est saine et utile qu’entre les entreprises. Mettre les entreprises en libre concurrence stimule l’innovation et la recherche d’améliorations dans les services et les produits. Elle entraîne aussi une réduction des prix qui profite à tous. En revanche, la coopération est un facteur de prospérité indispensable au sein d’une entreprise.

Depuis quelque temps, on a vu se répandre l’idée selon laquelle il est souhaitable de promouvoir une compétition sans merci entre les employés d’une même entreprise – ou entre les élèves d’une classe dans le cas de l’éducation –, car les résultats de tous devraient s’en trouver améliorés. En réalité, cette compétition est nuisible, car elle détériore les rapports humains et les conditions de travail. En fin de compte, comme l’a montré l’économiste Jeffrey Carpenter*, elle est contre-productive et diminue la prospérité de l’entreprise.

Le travail d’équipe, en particulier, est miné par les incitations et les bonus individuels. À l’opposé, la rémunération du résultat de l’équipe dans son ensemble encourage la coopération et améliore ces résultats. Les dirigeants et les chefs d’entreprise doivent donc s’efforcer de faciliter la confiance, la solidarité et la coopération.

Pour plus de détails, voir Plaidoyer pour l’altruisme , chapitre 36 « Les vertus de la coopération. »

Mathieu Ricard. Favoriser la coopération.

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